Qu’est-ce que l’Irlande du Nord?

Pamphlet écrit en 2010 par Brendan Clifford sous le titre Wither Northern Ireland?

Qu’est-ce que l’Irlande du Nord? Quelle est son origine? Quel est son propos?

Si elle était un Etat, elle n’aurait pas besoin d’avoir un propos. Il lui suffirait d’exister et de mener à bien l’exercice de son propre gouvernement. Mais ce n’est pas un Etat, cela n’a jamais été le cas, et il est extrêmement improbable que cela le devienne. Dans un monde composé d’Etats, l’Irlande du Nord est un point d’interrogation. C’est une composante de l’Etat britannique, mais qui est à part du fonctionnement normal de cet Etat. C’est une région étrangère à l’intérieur de l’Etat britannique. Il y a une grande diversité sociale en Grande-Bretagne. Les Ecossais et les Gallois sont différents les uns des autres, et des Anglais. Et à l’intérieur de l’Angleterre, les gens du Yorkshire et ceux du Surrey ont entre eux des différences immanquables. Mais ces différences ne les empêchent pas de mener en commun un Etat. Ils se connaissent, ils sont familiers les uns les autres, et participent à un degré ou un autre à la gestion de l’Etat. Il y a des gens en Ecosse et au Pays de Galles qui ne veulent pas participer à la gestion de l’Etat britannique. Ils veulent des Etats nationaux en Ecosse et au Pays de Galles. Mais les partis nationaux écossais et gallois ne sont pas des organismes étranges et inintelligibles. Ce qu’ils veulent est facilement compréhensible, qu’on soit d’accord ou non avec eux.

Mais combien y a-t-il ici de gens, parmi ceux qui s’intéressent activement à la politique, qui peuvent expliquer ce que veulent le Democratic Unionist Party, le Ulster Unionist Party, la Traditional Unionist Voice, le Popular Unionist Party, l’Ulster Defence Association, etc. ? Ces partis sont incompréhensibles dans le cadre conceptuel de la politique telle qu’elle s’est développé à mesure que se formait l’Etat démocratique. D’où leur étrangeté. Ces partis affichent très visiblement leur Britannicité. Mais ces Britanniques en Irlande, ces unionistes, sont l’aspect de l’Irlande qui est le moins compréhensibles pour les Britanniques. Si ces unionistes veulent être britanniques, pourquoi ne se contentent-ils pas de l’être, comme le font les autres Britanniques?

Une réponse simple serait de dire que l’Irlande du Nord, quelle que soit la définition qu’on lui donne, les empêche de se contenter d’être normalement britannique. Ils agitent des drapeaux britanniques, ils aiment la reine, et le militarisme britannique fait leur joie. L’Empire britannique était la mère-patrie de leurs désirs profonds. Mais, bien que tout ceci ait été englobé dans le fonctionnement de la Grande-Bretagne en tant qu’Etat démocratique fonctionnel, les unionistes ne sont pas du tout des Britanniques.

L’Irlande du Nord est une partie de l’Etat britannique, et en même temps c’est un endroit à part. Jack Straw a récemment expliqué que les Britanniques forment une société tolérante, et même si elle semble quelquefois xénophobe, ce n’est qu’une réponse passagère aux dernières vagues d’immigration en date, face aux Autres les plus récents. Les premiers Autres étaient les Irlandais qui sont arrivés par vagues au début du 19è siècle et qui ont alimenté la révolution industrielle. Beaucoup d’autres les ont suivis. Il y a un certain refus de chacun de ces Autres lorsqu’ils arrivent, mais ce phénomène ne dure pas, l’Autre devenant rapidement une partie du Nous de la Grande-Bretagne.

Ce qui s’est passé avec les unionistes dans le Nord de l’Irlande dans le courant du siècle précédent a été le processus inverse. Eux qui étaient autrefois partie prenante du Nous britannique ont été systématiquement réduits au statut d’un Autre intérieur, un Autre structurel, essentiel, une frappé d’une anomalie mais néanmoins intégré. L’Ulster n’est britannique sous aucun des aspects qui importent dans la conduite d’une politique démocratique

L’Irlande du Nord n’est pas une démocratie et elle est intrinsèquement incapable d’en être une. Elle peut être paisible pendant quelques brèves périodes, mais elle ne peut pas être une démocratie. C’est une structure constitutionnelle fondamentalement instable. Elle a été mise sur pied par la loi gouvernementale britannique sur l’Irlande de 1920, qui était une façon perverse de découper en deux l’Irlande. Elle fut gardée par la Grande-Bretagne qui renonçait au reste de l’Irlande. Les principales structures de l’Etat continuaient d’être britanniques, mais la Grande-Bretagne décida de ne pas la gouverner comme une partie d’elle-même. Elle laissa en fermage le gouvernement de la zone aux protestants qui constituaient les deux tiers de la population. Leur mission principale était de policer le tiers restant, formé de catholiques, avec qui ils étaient en guerre au moment où ils devinrent le gouvernement de l’Irlande du Nord.

La communauté catholique fut pacifiée par la brutalisation dans l’enceinte de l’Irlande du Nord. Sa défaite la rendit amère et obstructionniste. Il pouvait difficilement en être autrement. Elle fut séparée de l’Etat irlandais, bien qu’ayant joué un rôle actif dans la lutte qui l’avait fait naître. Et on lui interdit l’accès aux institutions démocratiques par lesquelles l’Etat britannique était gouverné. Pendant presque un demi-siècle, elle fut maintenue, renfrognée, dans sa subordination par le régime protestant local qui agissait sous l’autorité de Westminster et sous la souveraineté de la couronne. En 1969, une attaque protestante bestiale contre les zones catholiques mit fin à cette subordination renfrognée. Et une guerre s’ensuivit.

Depuis 40 ans, j’ai fait de mon mieux pour dissuader la communauté catholique de mener la guerre. J’ai échoué, mais je ne regrette pas d’avoir essayé. Je ne prétends pas non plus qu’il y avait une alternative constitutionnelle démocratique à la guerre, pour un peuple qu’on pogrom avait brutalement fait sortir de cinquante ans de subordination. Le résultat de la guerre fut l’accord de 1998 qui remit à jour le système de l’Irlande du Nord, lequel reconnaissait implicitement que l’Irlande du Nord, quelle que soit la définition qu’on lui donne, n’est pas une démocratie, ni actuelle, ni potentielle.

Ce nouveau système est une sorte d’apartheid volontaire dans lequel les représentants de chaque communauté dirigent, de droit, une portion du gouvernement local restitué. Les ministères sont attribués aux partis sous l’égide d’une procédure mathématique compliquée liée à leur force électorale. Les ministères ne constituent pas un gouvernement qui exercerait une autorité collective. Il y a une assemblée de parlementaires, mais elle n’a pas autorité sur les ministres ou sur le semblant de gouvernement. En ce qui concerne les votes concernant les affaires importantes, l’assemblée ne vote pas en tant qu’unité. Elle se découpe en deux unités, correspondant aux deux corps communautaires, et chaque mesure en débat doit être adoptée par chacune de ces deux unités.

Le principe de l’exercice de la démocratie par la règle de la majorité est nié dans le nouvel arrangement de l’Irlande du Nord. Cet arrangement est en place depuis 12 ans, il n’a jamais fonctionné de façon autonome. Il n’a pu fonctionner que moyennant l’interférence du gouvernement de l’Etat qui possède les 6 comtés et par une certaine interférence du gouvernement de Dublin. Le propos ordinaire et normal d’un parti politique est de gouverner un Etat. Dans la masse des partis d’Irlande du Nord, un seul s’y refuse – Sinn Fein [provisoire]. L’Etat que ce parti aspire à gouverner est la République d’Irlande [le Free State]. Son but en Irlande du Nord est d’obtenir pour la minorité nationaliste un statut de parité avec la majorité unioniste dans le Nord, avant de placer le Nord dans un Etat irlandais unitaire.

Ce parti participe aux élections législatives britanniques et irlandaises. Il ne souhaite pas siéger au parlement britannique parce qu’il n’aspire pas à gouverner l’Etat britannique. Mais il siège au Dail [le parlement du Free State, à Dublin]. Le SDLP, bien qu’il ait un programme anti-partitionniste, est un parti politique purement nord-irlandais. Il ne participe pas à la vie politique de l’Etat dans lequel il veut placer les 6 comtés. Son anti-partitionnisme reste lettre morte. Et, bien qu’il siège au parlement de Westminster, sa constitution lui interdit de participer au gouvernement du Royaume-Uni. En ce qui concerne les partis unionistes, ce sont tous des partis locaux nord-irlandais (à l’exception peut-être de l’UUP, en déclin, qui s’est récemment rattaché au parti conservateur). Les affaires du gouvernement de l’Etat britannique ne sont jamais l’objet des débats lors des élections en Irlande du Nord, malgré tous ces Union Jack et cet amour pour la reine. Mais comment une situation si étrange a-t-elle bien pu se produire?

Une histoire horrifique

L’Irlande a été gouvernée en tant qu’unité par l’Etat britannique pendant des siècles parce que cela correspondait aux intérêts britannique. Les Irlandais n’ont pas été consultés en cette matière. Leur consentement n’était pas recherché. Seule leur soumission était escomptée. Lorsqu’ils se soumettaient, leur soumission était dépeinte par la propagande de l’Etat britannique comme un consentement, voire comme une participation active. Lorsqu’ils ne se soumettaient plus, ils étaient dépeints comme des fauteurs de trouble, comme des rebelles à l’autorité légale, comme des gens qui ne pouvaient pas être satisfaits parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils voulaient, comme des anarchistes qui ne pouvaient pas tolérer de gouvernement, comme un peuple élevé dans une tradition de violence au nom de certaines visions sauvages et irréalisables.

Mais pendant tout ce temps l’Irlande a néanmoins été traitée en tant qu’unité historique. Pendant tous ces siècles, des divisions sociales majeures existaient en Irlande, et les différents groupes sociaux avaient des volontés différentes. Mais cela n’importait pas, puisque la volonté de l’Etat anglais était de passer outre la volonté de la majorité en Irlande.

Puis en 1912, un gouvernement libéral fit passer une loi pour établir une dose de gouvernement restitué en Irlande à l’intérieur de l’Empire et du Royaume-Uni. Ce gouvernement restitué était censé avoir des pouvoirs très limités, sous la souveraineté britannique et sous la supervision de Westminster/Whitehall. Une minorité en Irlande prit position contre cette proposition d’arrangement et s’organisa politiquement et militairement contre son application. L’Unionist Party, un des plus grands partis britanniques, se déclara prêt à soutenir la résistance à cet arrangement, jusqu’à la guerre civile s’il le fallait. (Le British Unionist Party était la fusion du Tory Party et de l’aile favorable aux réformes sociales du Liberal Party dirigée par Joseph Chamberlain. Il dura des année 1890 aux années 1920, depuis on l’appelle le Tory Party).

La volonté d’une minorité en Irlande devint une chose sacrée pour l’une des plus grandes institutions faisant l’opinion publique en Angleterre en 1912, traitement que la volonté de la majorité en Irlande n’a de son côté jamais connu. En Grande-Bretagne, le conflit au sujet de cette proposition de gouvernement restitué (appelé Home Rule) s’intensifia entre 1912 et 1914, alors que la loi était discutée au parlement. A l’été 1914, au moment où le processus du vote de cette loi était en train de se terminer, le conflit prit des airs de guerre civile, une guerre civile en Grande-Bretagne entre le gouvernement libéral et l’opposition unioniste qui soutenait ouvertement la résistance militaire à cette mesure.

Face à l’opposition de l’armée unioniste qui s’était exercée et armée illégalement, le gouvernement libéral ne fit pas appliquer la loi. Il n’osa pas le faire parce que le parti unioniste avait renforcé sa position dans l’opinion publique britannique par son opposition ouverte au parlement, en soutien à une minorité en Irlande. Ce que fit le gouvernement libéral fut de proposer l’idée d’une division de l’Irlande afin que la minorité se tombe pas sous l’autorité de la majorité, même dans les affaires de gouvernement local. Il suggéra donc une partition temporaire, de 6 ans. Ceci fut rejeté par les unionistes, et la crise continua.

Fin juillet-début août 1914, la guerre européenne fut déclarée. Le gouvernement n’avait pas signé de traité avec aucun des belligérants et n’était pas obligé d’y prendre part. Il nia plusieurs fois au parlement avoir des engagements secrets. Mais il profita de l’opportunité présentée par la guerre européenne pour se joindre à l’alliance contre l’Allemagne. Ceci lui permettait aussi de conjurer la crise qui menaçait le pays d’une guerre civile. Il apparut avec évidence que le gouvernement libéral, tout en professant la paix pour satisfaire ses parlementaires, avait fait non seulement des accords secrets avec la France pour combattre l’Allemagne, mais aussi des préparatifs militaires précis. L’action de Sir Henry Wilson était au cœur de ces accords militaires secrets avec la France, lui qui était un ferme partisan de la cause unioniste.

En mars 1914, conjoncture qui pouvait voir le gouvernement appliquer la loi de Home Rule, le corps des officiers, basés dans le camp du Curragh près de Dublin, fit savoir qu’il démissionnerait si la loi passait. Compte tenu des accords militaires secrets avec la France, une telle chose ne pouvait avoir lieu. Sir John Seeley, le ministre de la guerre (on appelait les choses par leur nom en ce temps-là) , sacrifia sa carrière politique pour empêcher la mutinerie du Curragh et sauva le gouvernement. Il passa un deal avec les officiers mutins qu’il n’était pas autorisé à passer et qui allait contre la ligne politique établie. Puis il démissionna. Cela conjura la crise dans l’armée.

Mais on ne trouva pas immédiatement un remplaçant à Seeley au ministère de la guerre, parce que très peu de gens dans le parti libéral, et même dans le gouvernement, étaient au courant des accords militaires secrets avec la France. Par conséquent, le premier ministre prit le poste de ministre de la guerre pendant un temps, en attendant de remplacer Seeley. Mais la guerre avec l’Allemagne arriva plus vite que prévue. Il fallait saisir l’occasion, même si le gouvernement était en plein désarroi. Une telle opportunité ne reviendrait pas. Ainsi fut évitée le danger d’une guerre civile domestique. La crise de la Home Rule atteignait son pic au commencement de la guerre européenne. Les tirs de l’armée qu’on entendit à Dublin le 26 juillet 1914 aurait pu déclencher une grave crise gouvernementale si la guerre européenne n’avait pas justement commencé.

Le premier ministre Asquith n’était pas un surhomme, bien qu’il semblait le penser. Il ne pouvait pas à la fois se pencher sur la crise domestique tout en dirigeant comme il faut le ministère de la guerre. Il semble que la Grande-Bretagne se soit lancée dans une guerre européenne qui était beaucoup plus importante qu’elle ne s’y attendait.

La façon britannique de guerroyer était toute maritime, la Grande-Bretagne possédant une plus grande marine que toute combinaison de deux autres marines, et ne s’engageait au sol qu’avec des troupes réduites. Cette petite armée de terre, la force expéditionnaire, était prête en août 1914. Elle était dirigée par Lord Chancellor Haldane, qui l’avait instruite lorsqu’il était ministre de la guerre. Mais la situation changea quand le général Kitchener, héros des guerres coloniales, fut placé au poste de ministre de la guerre, alors vacant, sous la pression populaire.

Kitchener était partisan d’une guerre terrestre de grande ampleur. La Grande-Bretagne se vantait de n’avoir pas de service militaire ni de conscription obligatoire, à la différence des Etats continentaux. Ses guerres étaient menées par des armées de volontaires. Mais la guerre de Kitchener avait un appétit insatiable de chair à canon, et en 1915 il y eut une conscription virtuelle, suivie d’une conscription actuelle en 1916. Les mutins du Curragh étaient dans leur élément, le parti unioniste florissant, et le parti libéral entra en déclin sous le poids de la guerre qu’il avait lancée, la Guerre Mondiale, ainsi fut nommée la guerre européenne une fois la Grande-Bretagne entrée en lice.

En 1915, les unionistes purent passer en force au gouvernement, dans une coalition avec les libéraux. En 1916, ils devinrent la force dominante du gouvernement, avec Lloyd George comme premier ministre et les libéraux d’Asquith en position de vaine opposition. La loi de Home Rule pour l’Irlande disparut du programme, elle n’était plus qu’une lettre morte dans les annales. Le militarisme avait été diffusé dans la politique irlandaise quand fut soulevée l’armée unioniste. La population irlandaise, calme pendant deux siècles, n’ayant connu qu’une révolte armée localisée, en fut frappée.

Les dirigeants du mouvement pour la Home Rule prirent position pour la guerre britannique contre l’Allemagne, puis contre la Turquie, et recrutèrent des soldats pour y combattre. La guerre était dans l’atmosphère politique comme jamais depuis la fin du 17è siècle. Toute la société en était infectée. Il y eut une petite révolte armée contre la Grande-Bretagne en 1916, vite réprimée. Il aurait dû y avoir une élection en 1915, mais les élections étaient suspendues, et un gouvernement non élu resta en poste jusqu’en décembre 1918.

Un nouveau parti irlandais fut formé après le soulèvement de 1916. Il prit le nom de Sinn Fein. Il absorba l’ancien parti qui avait ce nom. Son programme était d’établir un gouvernement indépendant en Irlande. Aux élections de décembre 1918, il gagna trois quart des sièges irlandais sur la base de ce programme. Le gouvernement et le parlement britanniques, qui avaient mené la Grande Guerre sous les slogans de « démocratie » et du « droit des petites nations », ne tint pas compte du vote irlandais et continua à gouverner l’Irlande. Les députés élus sur la base du principe d’établir l’indépendance irlandaise se réunirent en assemblée à Dublin en janvier 1919.

Cette assemblée se déclara elle-même parlement irlandais. Elle déclara l’indépendance de l’Irlande et élut un gouvernement. Ce gouvernement se mit à établir des institutions fonctionnelle dans tout le pays. En 1920, il y eut des élections municipales. Dans la majorité des comtés, les candidats soutenant l’indépendance irlandaise gagnèrent les mairies, qui abjurèrent leur allégeance au gouvernement britannique et la donnèrent à l’irlandais. Mais en 1919 le gouvernement britannique avait déclaré illégal le gouvernement irlandais. Comme il ne pouvait plus gouverner l’Irlande par les voies constitutionnelles, il le fit par la force. Il y avait en Grande-Bretagne la croyance profondément ancrée que les Irlandais étaient incapables de soutenir une position d’hostilité vis-à-vis de la Grande-Bretagne, et celle-ci continuait à les gouverner d’une main ferme, sans tenir compte de ce que les Irlandais voulaient.

Le vote irlandais pour l’indépendance ne comptait pour rien aux yeux des Britanniques. Si les Irlandais qui avaient voté en majorité pour l’indépendance avaient laissé le parlement et le gouvernement britannique les gouverner, le résultat de l’élection de 1918 aurait vite été considéré comme un de ces événements bizarres et inexplicables qui ne méritait que l’oubli des gens sérieux. Cette attitude avait très bien fonctionné dans le passé. Sous la main ferme de l’Angleterre, la plupart des gens rentraient dans le rang et redevenaient sages. Mais cette fois-ci cela n’eut pas lieu. Les Irlandais prirent au sérieux leur vote. Ils défendirent le gouvernement qu’ils avaient élu, contre les tentatives britanniques de le balayer par la force. Quand la Grande-Bretagne tenta de continuer à gouverner l’Irlande par la force brute, les Irlandais recoururent à la force pour soutenir le gouvernement qu’ils avaient élu. Et ainsi il y eut la guerre.

Beaucoup de ceux qui combattirent l’armée britannique en Irlande en 1919-21 pour défendre leur gouvernement irlandais élu, avaient combattu dans l’armée britannique contre l’Allemagne et la Turquie en 1914-18. En 1914, la Grande-Bretagne disait, à des fins de recrutement en Irlande, que la guerre contre l’Allemagne n’était pas menée pour elle-même et son empire, mais que le but de la guerre était de faire entrer un idéal dans la réalité de la structure des affaires du monde. Cet idéal fut résumé ainsi : « la démocratie et les droits des petites nations ». Or les Irlandais se disaient démocrates et réclamaient leurs droits en tant que petite nation, qu’ils montrent alors leur sérieux en rejoignant les autres peuples de l’empire dans cette armée, pour donner une force réelle à cet idéal et établir un nouvel ordre mondial.

Il est tout à fait surprenant de constater que cet appel anglais a été écouté par la majorité nationaliste en Irlande. Malgré toute leur expérience des façons de faire anglaises, les Irlandais crurent, et ils s’enrôlèrent en grand nombre. Un idéal leur avait été vendu, qu’ils achetèrent, et pour lui ils tuèrent et se firent tuer. Ils n’étaient pas d’humeur à oublier cette expérience en la considérant comme une simple filouterie, mais plutôt à demander des comptes au filou. Les petits artisans, les paysans et les ouvriers qui formaient l’armée qui défendit le gouvernement irlandais élu en 1919-21 ne furent pas brisés par le pouvoir militaire britannique, exercé pour l’essentiel d’une manière terroriste, ni par sa propagande. Après deux ans d’une guerre qu’il ne gagnait pas, le gouvernement britannique décida de jouer la carte des négociations. Sa guerre irlandaise n’était pas bien vue internationalement. Bien qu’il eût gagné la guerre et étendu son empire, il avait dû s’endetter massivement auprès des USA en leur achetant des armes pour combattre l’Allemagne, qui ne s’effondrait pas, comme prévu, en 1915. En 1919, il était lourdement endetté auprès des USA où les Irlandais exerçaient une forte influence politique.

Ces irlando-américains, issus de l’immigration de masse, elle-même produite par la conduite britannique de l’économie de l’Irlande ayant culminé dans la Famine, étaient fortement anti-britanniques. Ainsi, le gouvernement britannique, à l’été 1921, décida de négocier avec les leaders irlandais qu’il avait défini deux ans auparavant comme un « gang meurtrier ». Cependant, il ne négocia pas avec eux en tant que dirigeants élus des Irlandais. Même si l’élection législative de 1918 avait été renforcée par les élections municipales de 1920 et une autre élection au début de l’été 1921, le gouvernement britannique ne reconnaissait à Sinn Fein aucune valeur constitutionnelle. Il ne négocia pas avec eux comme un gouvernement le ferait avec un autre gouvernement. Il négocia avec eux comme avec des rebelles, cherchant à trouver un deal avec eux, qui leur donnerait une certaine autorité en échange de leur soumission à l’autorité souveraine de la couronne.

Avant d’entrer dans ces négociations avec les rebelles de Sinn Fein, et pour savoir quoi en faire, le parlement britannique avait découpé l’Irlande au moyen de la Loi sur le Gouvernement de l’Irlande de 1920, qui en mai 1921 avait établi l’Irlande du Nord en tant qu’entité séparée, avec des élections tenues lors de ce mois de mai et un gouvernement établi en juin. L’intention britannique était qu’il y ait également un parlement et un gouvernement d’Irlande du Sud, à l’image de celui du Nord. L’élection de mai 1921 fut tenue sous le régime de cette Loi, mais l’électorat nationaliste vota contre elle en masse. Aucun partisan de la Loi sur le Gouvernement de l’Irlande ne fut élu dans les circonscriptions démocratiques des 26 comtés, seules les circonscriptions d’élite des universités en élirent quelques uns. Sinn Fein gagna tous les sièges des 26 comtés à l’automne lorsque commencèrent les négociations avec le gouvernement britannique, mais ce parti refusa de négocier en tant que représentant de l’Irlande du Sud sous le régime de la Loi britannique, et la Grande-Bretagne ne reconnaissait pas les représentants de Sinn Fein en tant que représentants d’un gouvernement indépendant démocratiquement élu.

Début décembre 1921, on présenta aux délégués de Sinn Fein qui négociaient à Londres avec le gouvernement britannique un ultimatum : on leur donna un document en exigeant d’eux qu’ils le signassent immédiatement, sans consulter leur gouvernement à Dublin. S’ils s’y refusaient, la Grande-Bretagne lancerait une « guerre immédiate et terrible. » La Grande-Bretagne était prête à appliquer en Irlande les méthodes qui lui avait permis de gagner la guerre contre les Républiques Boers [dans l’actuelle Afrique du Sud] vingt ans auparavant, à savoir : ceinturer le pays de blockhaus lourdement armés et masser la population dans des camps de concentration. Les délégués acceptèrent l’ultimatum. Ils signèrent ce qui allait être appelé le « traité, sans consulter leur gouvernement.

Mais le « traité » n’était pas un traité. Les traités sont passés entre des autorités souveraines, or la Grande-Bretagne ne reconnaissait aucune autorité légitime au Dail [le parlement irlandais poussé à la clandestinité]. Ils considéraient les délégués de Sinn Fein comme des dirigeants d’une bande rebelle avec qui un deal pouvait être passé. Or, en signant un « traité » sans consulter leur gouvernement, et agissant contre les instructions explicites de leur gouvernement, ces délégués se réduisirent effectivement au statut de simples rebelles. Quelques semaines plus tard à Dublin, le Dail accepta à une faible majorité l’accord qui avait été passé, et accepta pour cette raison le statut d’un groupe rebelle dont l’autorité découlait de celle de la Grande-Bretagne

Une minorité qui n’acceptait pas ce statut de simple groupe rebelle fit sécession. La majorité se réunit en tant que parlement de l’Irlande du Sud sous le régime de la Loi sur le Gouvernement de l’Irlande. Ils formèrent un gouvernement provisoire sous la tutelle de l’autorité britannique. Ils établirent une nouvelle armée, armée par la Grande-Bretagne, pour combattre l’armée républicaine qui avait défié la Grande-Bretagne pendant deux ans. La « guerre civile » fut la conséquence. Les dirigeants des deux côtés firent de leur mieux pour l’éviter, mais la Grande-Bretagne insista pour qu’elle ait lieu. Michael Collins, le principal dirigeant « pro-traité », fit fonctionner une diplomatie informelle pour rabibocher les deux camps, mais il fut rappelé à l’ordre par une série d’ultimatums féroces venus de Whitehall [quartier de Londres où sont les ministères – désigne par métonymie le gouvernement britannique]. Le 29 juin 1922, il fut à l’origine des premiers tirs de la guerre civile, avec de l’artillerie britannique, après que Whitehall eut menacé d’une intervention britannique au cas où l’armée « pro-traité » ne le ferait pas.

C’était la guerre civile la plus étrange qui soit. Les deux parties voulaient la même chose, un Etat irlandais indépendant. Il y eut combat parce qu’une partie ne voulait pas avoir à subir un nouvel assaut britannique si elle refusait de faire la guerre à la partie qui refusait de se prosterner devant la Grande-Bretagne.A Westminster,  Churchill reconnaissait les pro-traités en tant que sous-traitants britanniques. Il disait qu’il valait mieux que les Irlandais se battent les uns contre les autres plutôt que de faire intervenir directement la Grande-Bretagne, ce qui les unirait contre elle. Les pro-traités gagnèrent la « guerre civile », mais dix ans après les anti-traités parvinrent au pouvoir par la voie des urnes, avec un parti [Fianna Fail] qui a été au pouvoir presque tout le temps depuis 1932. Et le parti fondé pour appliquer le traité revint au républicanisme. La Grande-Bretagne fut la grande gagnante de la « guerre civile » qui a duré pendant les années 1922-23. Cette guerre détruisit le corps politique acharné et compétent qui l’avait affronté dans la période 1919-21. Quand les républicains revinrent au pouvoir en 1932, ce fut dans un Etat qui avait été gravement endommagé. Le corps politique n’avait pas récupéré de ce que la Grande-Bretagne lui avait fait en 1922. Mais, dans ses limites, c’était une démocratie fonctionnelle.

Comment le Nord fut-il manié?

Lorsque la Grande-Bretagne décida en 1921 de se retirer de la plus grande partie de l’Irlande, elle lui infligea les plus lourds dégâts possibles en la quittant. Son propos était d’affaiblir l’Etat avec lequel elle aurait affaire, en le rendant aussi dépendant que possible d’elle-même et en le rendant vulnérable à son influence. Ceci peut être considéré comme une logique d’Etat impériale courante. Il n’y a rien de troublant à cela, les discussions à ce sujet au parlement britannique étaient d’ailleurs fort explicites. On ne peut pas considérer cela comme sournois. Par contre, la grande sournoiserie, la perfidie d’Albion, se voit dans sa mainmise de la partie du pays qu’elle retenait dans le Royaume-Uni.

On peut légitimement dire que le tort qui a été fait au Nord en le maintenant, a été encore plus grand que celui fait au Sud en le laissant partir. La Grande-Bretagne n’a pas simplement divisé l’Irlande, laissant une partie s’en aller tout en laissant l’autre partie trouver sa place à l’intérieur de la vie politique de l’Etat britannique en accord avec les voeux de la majorité dans les six comtés. Non, ce qu’elle a fait, c’est fabriquer un système politique séparé dans les six comtés, l’Irlande du Nord, et le couper du reste de la vie politique de l’Etat.

La chose nommée Irlande du Nord a été imposée par la Grande-Bretagne à deux communautés en guerre l’une contre l’autre. Aucune des deux communautés n’a demandé une telle chose. Toutes deux furent obligées de vivre là-dedans, une des deux communautés étant le policier de l’autre. L’idée que le gouvernement de Westminster à ce moment-là, formé des politiciens les plus expérimentés qu’il y ait jamais eu dans un cabinet britannique, ait pu penser qu’ils procuraient un bon gouvernement aux six comté, est risible.

Le système de l’Irlande du Nord n’est pas un Etat. Dans les décennies récentes, il a été caractérisé comme tel par toute une série d’autorités universitaires : le professeur Dermot Keogh de l’université de cork, le professeur David Fitzpatrich de Trinity College à Dublin et le professeur Lord Bew de la Queen’s University à Belfast. Mais ce n’est pas un Etat. Des leaders du Ulster Unionist Party ont entretenu pendant quarante ans que l’Irlande du Nord était devenue une sorte d’Etat. Ils l’ont décrite comme un dominion. Le Canada et l’Australie étaient des dominions. En 1972, le gouvernement britannique abolit l’Irlande du Nord d’un trait de plume [référence à l’abolition du parlement de Stormont et au passage au gouvernement direct de la province par Londres]. Il n’aurait jamais osé une telle chose au Canada ou en Australie. Dans sa forme et sa substance, l’Irlande du Nord est une sorte de gouvernement local subordonné à l’autorité de Westminster. Les institutions majeures de l’Etat sont des parties intégrantes de l’Etat britanniques. C’est la vie politique des six comtés qui est séparée de l’Etat. Les institutions majeures de l’Etat maintiennent leur fonctionnement indifférentes à ce qui se passe dans la vie politique séparée de la région.

Lorsque le gouvernement restitué fut établi en Ecosse, ce fut en réponse à une demande en ce sens venue d’Ecosse. Le pouvoir exercé par le gouvernement écossais est plus grand que le pouvoir qu’a pu avoir n’importe quel gouvernement d’Irlande du Nord. Un changement de gouvernement peut avoir lieu en Ecosse d’une façon normale, alors que cela n’est pas imaginable dans le système de l’Irlande du Nord. Mais personne n’a jamais entendu parler d’un Etat écossais. Lorsque la restitution des pouvoirs à l’Ecosse a eu lieu, les partis politiques qui gouvernent le Royaume-Uni ne se sont pas retirés d’Ecosse ni ne l’ont obligée à produire des partis politiques à elle. Au contraire, les partis labour, liberal et tory ont redoublé d’efforts en Ecosse pour y maintenir en vie la politique britannique. Mais lorsque l’Irlande du Nord fut mise sur pieds, les partis britanniques cessèrent d’y opérer, laissant les deux tiers protestants et le tiers catholique s’affronter les uns les autres dans un système dont aucun des deux ne voulaient.

Les protestants et les catholiques dans le Nord étaient en guerre les uns contre les autres, alors que le système qui exigeaient des premiers qu’ils gouvernassent les derniers fut imposé par Westminster. Mais il n’étaient pas des belligérants isolés. Les catholiques faisaient partie du mouvement nationaliste irlandaise qui avait gagné les élections législatives sur la base d’un programme indépendantiste, alors que les protestants faisaient parie du parti unioniste britannique de l’époque (une fusion libérale-conservatrice) dont le but était de vaincre le mouvement indépendantiste irlandais, et même d’empêcher l’autonomie de toute l’Irlande [all-Ireland Home Rule]. Pendant cette guerre, le pays fut découpé et l’Irlande du Nord instituée. Les nationalistes du Nord se virent soudain coupés du mouvement national dans lequel ils avaient agi et se retrouvèrent coincés dans le Royaume-Uni, tout en étant coupés de la vie politique britannique, à laquelle ils auraient probablement participé. Quand aux unionistes d’Ulster, ils furent placés dans un gouvernement restitué avec comme mission principale de gendarmer les nationalistes, et leur position en tant que partie organique du parti unioniste britannique prit fin. On leur laissa cette seule tâche.

Mais la loi sur la partiton, la Loi sur le Gouvernement de l’Irlande, ne fut pas par elle-même ce qui divisa pas le pays. Une loi qui aurait simplement divisé le pays, en laissant partir une partie et en gardant une autre dans le Royaume-Uni, n’aurait pas eu les conséquences qu’a eu la loi de 1920. Le pays fut découpé par cet engin : un gouvernement restitué des 6 comtés à qui on laisse le choix de rejoindre le reste de l’Irlande ou de s’en séparer. Et, après la nouvelle donne issue du « traité » dans le Sud, la situation fut telle que le Nord devait ou bien s’incorporer dans un système entièrement irlandais, ou bien faire sécession. C’est bien sûr ce qu’il fit, et ceux qui avaient tiré les ficelles savaient pertinemment qu’il allait le faire. Le pays aurait pu être divisé par une décision claire de Westminster, qui aurait pu tenir avant d’être affrontée par un défi substantiel dans le Nord. Il y aurait eu une sorte de statu quo dans le Nord, à l’intérieur duquel un semblant de système démocratique aurait pu voir le jour.

Mais au lieu de faire cela, Westminster joua en mode Ponce Pilate : ne pas procéder soi-même à la division, mais laisser les « Irlandais » eux-mêmes décider quoi faire, tout en laissant les unionistes d’Ulster décider qu’il y aurait partition.  Mais de telle sorte que les unionistes d’Ulster soient obligés de revoter la partition à chaque élection, faute de quoi elle disparaîtrait. Le désaccord au sujet de la partition serait donc l’objet central de toute élection. Et les catholiques ne pouvaient pas choisir la partition, parce que de toutes façons celle-ci n’impliquait pas la possibilité d’exercer son choix à l’intérieur de la vie politique britannique. A certains moments, les catholiques firent pression pour être admis dans la politique britannique. Mais la Grande-Bretagne a toujours refusé d’admettre l’Irlande du Nord dans sa propre vie polituque. La partition ne signifait pas l’entrée dans la vie politique britannique, elle signifait l’Ordre d’Orange.

La « connexion britannique »

On permit aux protestants d’Ulster d’avoir leur « connexion britannique ». Mais la manière dont on les laissait se connecter eut pour conséquence de les rendre chaque année moins britanniques. Et moins ils devenaient britannique, plus ils devenaient rageusement anti-irlandais. Quand je me suis engagé dans la politique des six comtés il y a quarante ans, j’ai tenté de montrer aux protestants d’Ulster ce qui leur arrivait au sein d’un système qu’ils n’avaient jamais demandé, mais dans lequel la Grande-Bretagne leur avait assigné un rôle. J’ai tenté de leur demander de s’engager dans la vie politique de l’Etat britannique. Il y avait à l’époque, dans une partie substantielle de la communauté catholique, une disposition à soutenir une campagne pour l’ouverture de la vie politique britannique aux six comtés. Mais tous les gouvernements britanniques, Labour comme Tory, s’opposaient complètement à ce projet. J’ai fait ces efforts pendant vingt ans. Finalement, l’influence britannique sur les unionistes eut le dessus et ils rejetèrent le projet d’entrer dans la politique britannique.

Au début, je me demandais pourquoi la Grande-Bretagne insistait tellement sur le fait que la politique en Irlande du Nord devait se confiner au conflit communautaire entre protestants et catholiques. Aucun des politiciens avec qui j’ai discuté, et j’ai discuté de cela avec des gens qui allaient plus tard se retrouver au gouvernement, n’a jamais trouvé qu’il s’agissait d’un bon système, ou qu’un gouvernement normal pourrait en émerger. Mais dans la pratique ils ont tous opté pour le maintien de ce système en faveur duquel ils ne trouvaient aucun argument de principe. J’en ai conclu que ceux qui agissaient derrière le rideau, à Whitehall, avaient compris que le système de l’Irlande du Nord était bon à quelque chose, même s’il était mauvais pour le peuple des six comtés, et que cette compréhension était un bagage nécessaire pour tous ceux qui espéraient s’élever dans la hiérarchie de Westminster. Ce mauvais système de gouvernement des six comtés est bon pour l’influence qu’il a sur la vie politique de l’Etat irlandais.

Par un effet remarquable de propagande, la Grande-Bretagne a pu persuader les gens « respectables » de la République [Free State] que ce sont eux qui sont responsables des troubles dans le Nord, parce qu’ils ont autrefois exprimer des sentiments favorables à l’unité irlandaise, ou exprimer des sympathies à l’endroit des catholiques du Nord, dit des méchancetés sur le régime unioniste ou chanté une rebel song, ou même parce qu’il ont pensé qu’il était juste que ceux qui ont voté pour l’indépendance irlandaise en 1918 combattissent pour elle en 1919-21, lorsque la Grande-Bretagne ignora leur vote. La Grande-Bretagne mit en place ce système diabolique en Irlande du Nord, dont la destinée a fait culpabiliser le Sud.

L’Irlande du Nord a été mise en place en tant qu’instrument de la politique britannique envers l’Irlande en tant que tout. Elle n’a pas été mise en place pour son propre bien, en tant que moyen conduisant à un bon gouvernement. Son propos est au-delà d’elle-même. Elle a été utilisée pour démoraliser la politique des 26 comtés et pour briser la compréhension républicaine de l’histoire, projet dans lequel les universitaires Keogh, Fitzpatrick et Lord Bew se placent aux avant-postes. Le développement britannique de la région a été clôturé. La seule question qui reste : est-ce que l’Irlande du Nord est appelée à être un moyen idéologique de subversion du Sud, ou bien un moyen de restaurer le moral politique et historique de la République, à la lumière de la véritable histoire de l’île?

3 commentaires pour Qu’est-ce que l’Irlande du Nord?

  1. ACKER dit :

    Merci pour votre exposé exhaustif sur la véritable nature du « territoire » (colonie britannique protestante ?) d’Irlande du Nord. Pensez-vous qu’il puisse s’acheminer vers un statut plus stable, comparable à celui du Sud-Tirol Haut-Adige en Italie du Nord, avec deux tiers de germanophones (particularistes, autonomistes voire séparatistes) et un tiers d’Italiens (de culture et de conviction) ? Quel intérêt la Grande-Bretagne (plus précisément l’Angleterre) a-t-elle encore dans le chantage répressif qu’elle exerce envers le Sud sur le dos des Catholiques du Nord ? Ne peut-elle espérer se les attacher par une dévolution qui les contenterait ? Il est vrai que les Sud-Tiroliens ont pu revendiquer des droits linguistiques (défense de l’allemand) qui ne concernent peut-être plus les Catholiques d’Ulster, entièrement anglophones, au gaélique oublié. Au pire, une réduction du territoire britannique d’Ulster serait-elle une solution, en augmentant la part de la population protestante par cession de territoires occidentaux et méridionaux à l’Irlande libre ? Mais peut-être que les Protestants eux-mêmes ne voudraient pas de cette solution, à moins que la natalité catholique les fasse réfléchir ? La situation est-elle durablement bloquée ?

  2. Liam dit :

    Il est tres interessant que vous souleviez la question du Sud Tyrol. L’exemple du Sud Tyrol est utilise par les unionistes: l’Italie a clairement rejette les demandes irredentistes de l’Autriche, ce qui fait que les actions armees au Sud Tyrol n’ont pas ete durables alors que la Grande Bretagne n’a pas assez attaque les articles ‘irredentistes’ 2 et 3 de la constitution des 26 comtes du sud ce qui a encourage la lutte armee dans le nord. (l’expert anglophone sur le sud tyrol est d’ailleurs un (feu) homme politique Unioniste)
    Les Accords de 1998 ont clairement stabilise le statut constitutionel de l’Irlande du Nord en renforcant la souverainete britannique et le gouvernement de Dublin a revise ses articles 2 et 3 de la constitution. De ce fait, il n’est juridiquement plus possible de soulever la dispute constituionelle dans les institutions internationales. Le Nord de l’irlande a un parlement autonome ce qui fait partie du processus de devolution. Une re-partition de l’Irlande du Nord n’est pas possible vu que l’unite pour l’autodetermination es celle de 6 comtes, et pas de comtes particuliers et que une unite plus petite ne serait pas economiquement viable. La Grande Bretagne a un interet politique dans le nord de l’Irlande car ce n’est pas une colonie mais fait partie integrale de l’Etat britannique. Si il laisse tomber les 6 comtes, alors pourquoi pas egalemment le nord de l’Angleterre? La consequence serait un « salami slicing » de l’Etat ce qui n’est pas constitutionellement viable.

  3. Acker dit :

    Merci pour votre attention et la réponse. Mon propos n’était pas de rejoindre moralement les unionistes…qui peuvent difficilement s’appuyer sur l’exemple sud-tyrolien, puisque la partie de la population initialement brimée et discriminée (les germanophones) est certes empêchée de s’unir à l’Autriche, mais en échange voit ses droits spécifiques (linguistiques entre autres) garantis et appliqués, ce qui n’est peut-être pas entièrement le cas de la minorité catholique d’Irlande du Nord, aux droits plus ou moins noyés dans ceux de l’ensemble de la population, à majorité protestante ? Quant à l’argument unioniste de prévention de la désagrégation de l’Etat britannique, dans votre exemple, le Nord de l’Angleterre est en continuité territoriale avec le sud, alors que l’Ulster en est séparé par un bras de mer, et relié par contre au reste de l’île d’Irlande…la géographie plaide donc plutôt contre l’union avec l’Etat britannique !
    Et de fait, en dehors de l’espoir de l’union avec l’Irlande, que reste-t-il aux Catholiques comme élément identitaire ? Le souvenir historique d’avoir partagé la même culture que les « Irlandais libres », eux-mêmes désormais anglo-saxons ? Le souhait de ne plus être discriminés ? Se contenteront-ils d’une réelle fusion britannique, abandonnant la fusion irlandaise ? Eternel débat du régionalisme, veut-on rester fidèle aux racines, voire s’unir aux voisins-cousins, ou simplement être respecté et impliqué pleinement dans la vie publique ?

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