IRSP-INLA

Analyse historique et critique de l’INLA-IRSP écrite par Liam O’Ruairc pour Libération Irlande.

Le Mouvement Républicain Socialiste Irlandais a été un acteur significatif dans le conflit nord-irlandais. Et l’activité militaire de l’Irish National Liberation Army n’a pas été insignifiante. En termes de pertes infligées, l’INLA est jugée responsable de 113 morts pendant toute la durée du conflit, d’après la base de donnée Sutton du projet CAIN de l’Université d’Ulster (http://cain.ulst.ac.uk/sutton/book/index.html).

Parmi ces morts, 46 sont des membres des forces de sécurité britanniques, 42 sont des civils, 2 sont des policiers irlandais, 7 sont des paramilitaires loyalistes et 16 sont des paramilitaires républicains (dont 10 membres de l’organisation). D’après la liste des morts au combat, l’organisation a perdu 33 de ses membres au champ d’honneur (http://www.irsm.org/fallen/roll.html). Il est pour le moment impossible de déterminer le nombre exact de personnes emprisonnées pour leur militance dans l’INLA, mais il s’agit de centaines de personnes.

Le Parti Républicain Socialiste Irlandais [IRSP] n’a pas le même poids que l’INLA. Du point de vue électoral, il est insignifiant, et n’a pas pu faire mieux que de faire élire deux conseillers municipaux à Belfast au début des années 1980 et un conseiller municipal dans le sud de l’île. C’est sa connexion avec l’INLA qui donne à l’IRSP la plus grande part de sa signification.

Des célébrités ont été associées au nom de l’IRSP, comme l’écrivain Ronan Bennett, le cinéaste Terry George, le parlementaire indépendant Tony Gregory et Nicky Kelly, mémorable victime d’une erreur judiciaire. Les développements qui vont suivre sont des éléments pour une histoire du Mouvement Républicain Socialiste jusqu’à 1998.

Le 8 décembre 1974, Seamus Costello et ses supporters fondent le Parti Républicain Socialiste Irlandais – Irish Republican Socialist Party. Au meeting de fondation participèrent environ 80 délégués de Belfast, Armagh, de la ville et du comté de Derry, des comtés du Donegal, de Dublin, Wicklow,  Cork, Clare, Limerick et Tipperary. En ce jour fut aussi discutée la question de la formation d’une nouvelle organisation armée.

Dans le communiqué de fondation daté du 13 décembre 1974, publié dans le tout premier numéro de The Starry Plough [« La Charrue Etoilée »] le journal officiel du parti, l’IRSP déclarait que « les objectifs du Parti » étaient « d’en finir avec la domination impérialiste sur l’Irlande et d’établir une république socialiste des 32 comtés, avec la classe ouvrière comme maîtresse des moyens de production, de distribution et d’échange ».

La ligne politique du mouvement fut plus tard résumée comme suit : « Pour la Libération Nationale et le Socialisme ». A cette fin, le Parti affirma qu’il lancerait « une vigoureuse campagne d’agitation et d’éducation politique, au Nord comme au Sud » au sujet des thèmes suivants :
Dans les 6 comtés, « prenant acte du fait que l’interférence impérialiste britannique en Irlande constitue l’obstacle immédiat qui fait face au Peuple Irlandais dans sa lutte pour la démocratie, la Libération Nationale et le Socialisme, la politique du Parti doit viser la formation d’un front uni sur la base des ces exigences :
a) Que la Grande Bretagne renonce immédiatement à toute prétention sur la souveraineté d’une quelconque partie de l’Irlande et de ses eaux territoriales et qu’elle précise immédiatement la date prochaine du retrait total d’Irlande de ses troupes militaires et de sa présence politique.
b) Une fois précisée la date de son retrait total d’Irlande, la Grande Bretagne doit consigner sur le champ toutes ses troupes dans ses casernes, doit libérer tous les internés [emprisonnés sans jugement] et les prisonniers politiques condamnés, doit prononcer une amnistie générale concernant les préjudices subis ayant comme origine les campagnes militaires contre les Forces Britanniques ou l’engagement dans la Campagne de Désobéissance Civile, doit abolir toutes les lois répressives, doit garantir une Charte des Droits qui autorise une pleine et entière liberté d’action politique et mettre hors-la-loi tout type de discrimination, qu’elle soit relative à la classe, au sexe, à la confession ou à l’opinion politique. La Grande-Bretagne doit également accepter le principe de devoir des compensations au Peuple Irlandais, pour toute l’exploitation passée.
c) La politique du Parti Républicain Socialiste Irlandais doit rechercher une alliance opérationnelle et active de toutes les forces radicales dans le contexte du Front Uni pour garantir le succès final de la Classe Ouvrière Irlandaise dans sa lutte pour le Socialisme.
d) Un des objectifs immédiats du Parti sera de lancer une campagne intensive contre la participation à la Communauté Economique Européenne. Nous allons donc tenter de jouer un rôle actif dans le référendum pour ou contre la CEE, dans la zone des Six Comtés et en Grande Bretagne par l’intermédiaire de nos groupes de soutien.
e) Prenant acte que le sectarisme en général et la campagne actuelle d’assassinats sectaires émerge en tant que résultat direct d’une manipulation britannique des éléments les plus réactionnaires de la société irlandaise, nous chercherons à mettre fin à cette campagne sur la base de l’unité d’action de la classe ouvrière Catholique et Protestante contre l’impérialisme britannique en Irlande.

Dans les Vingt-Six Comtés

a) Nous chercherons à mener une Campagne Unie de toutes les forces démocratiques contre la législation répressive au sud, et contre la politique de collaboration ouverte avec l’impérialisme britannique telle qu’elle est pratiquée par le Gouvernement des 26 comtés.
b) Le Parti Républicain Socialiste Irlandais s’oppose totalement à l’exploitation de nos ressources naturelles par les entreprises multi-nationales. Notre politique consistera à apporter notre soutien actif et concret à la campagne actuelle pour la nationalisation de ces ressources.
c) Prenant acte du fait que la rapide hausse du coût de la vie et l’augmentation du chômage sont en grande partie un résultat direct de notre participation à la Communauté Economique Européenne, notre politique sera de soutenir activement la formation d’organisations populaires combattant la hausse des prix et le chômage.
Au sujet des élections, le Parti Républicain Socialiste Irlandais expliquait « qu’il n’était pas un parti abstentionniste, et qu’il déterminerait son attitude face à telles ou telles élections sur la base d’une analyse approfondie des conditions concrètes. Avec une telle attitude à l’esprit, nous avons décidé de participer aux prochaines élections dans la zone des Six Comtés. » (IRSP : « The Way Forward », The Starry Plough, avril 1975).

Il y avait une forte coloration « IRA officielle » dans la déclaration de fondation de l’IRSP : le fait de ne pas être abstentionniste, d’en appeler à un « front uni » – « front de libération nationale » comme le disaient les Officiels, ou la revendication d’une Charte des Droits.

A la fin de l’année 1975, le parti comptait au moins 500 membres. Presque tous les activistes venaient des rangs de l’Official IRA, que ce soit de son aile politique ou de son aile militaire ou des deux.

Les raisons mises en avant par les ex-Officiels pour quitter leur organisation étaient les suivantes : « refus d’appliquer les mesures décidées démocratiquement lors des Ard Fheis [congrès national annuel] de 1972 et 1973, « manque de démocratie interne », visible dans la mise à l’écart et les purges qui ont frappé les militants critiques vis-à-vis de la direction, et la « dérive généralisée vers la participation exclusive aux activités réformistes et l’abandon total de l’action politique d’agitation en direction de nos objectifs ». (« Démissions », The Starry Plough, avril 1975).

Lors d’une conférence de presse donnée le 13 décembre 1974, Bernadette Devlin-McAliskey (une des fondatrices de l’organisation) résuma en ces termes le besoin d’une nouvelle organisation politique : « Les Provos [membres de la Provisionnal IRA] se concentrent sur l’expulsion des Britanniques par une campagne militaire sans aucune ligne politique au sujet de la guerre des classes. Et les Officiels n’ont aucune ligne politique au sujet de la question nationale. Nous ferons de l’agitation sur les deux problèmes également. »

Pour une organisation républicaine, il est remarquable de voir la proportion inhabituelle de membres sans culture préalable républicaine, mais dont la culture initiale venait de groupes comme People’s Democracy, Revolutionary Marxist Group ou International Socialist. Bernadette Devlin était la représentante la plus en vue de cette tendance.

Le poids de ces éléments d’extrême-gauche fut vivement ressenti à la première conférence de l’IRSP en 1975, avec la série de résolutions radicales concernant le droit à l’avortement.

La grande majorité des résolutions de gauche fut adoptée, très souvent malgré l’opposition de Costello lui-même, qui était opposé à la résolution sur l’avortement. En tous cas, ces faits ont nourri des allégations venant des Officiels sur une supposée « conspiration trotskyste ».

Cette accusation fut battue en brèche par une déclaration officielle de l’IRSP qui expliquait que ses propres positions étaient « basées sur une réponse Socialiste Irlandaise aux conditions matérielles existant dans notre pays », et que le mouvement ne cherchait pas à importer des « formules étrangères et mécaniques », qu’elles viennent de Lénine, de Trotsky, ou de quiconque. « Connolly, Lalor, Davitt et Pearse nous semblent suffisants en ce qui concerne l’idéologie. » (Irish News, 4 janvier 1975).

Le nom même du nouveau parti soulignait à la fois sa nature républicaine et la forte influence de Connolly. « L’IRSP a été formé par des républicains, des socialistes et des syndicalistes, pas par des révolutionnaires communistes » a dit Jim Lane, secrétaire national de l’IRSP au milieu des années 1980 (Supplément au Starry Plough, décembre 1987). Le mouvement était républicain de gauche dans sa nature. « Costello était un républicain de gauche radical, plus qu’un marxiste » écrivit plus tard Fintan Lane (Robert Lake : Marxisme et Front large, The Starry Plough n°4, 1988).

Il est important de souligner que Costello et l’IRSP ont été dépeints comme plus « rouges » qu’ils n’étaient en réalité.

Costello et ses supporters s’attelèrent d’abord à l’édification des structures de leur parti. En avril 1975 fut tenue la première conférence nationale, fut lancée la publication de l’organe officiel du parti « The Starry Plough », et des locaux pour le parti furent cherchés à Dublin. Mais le parti dut dès le départ se battre pour sa survie, avant même de songer à se développer. Le parti fit face à des problèmes très sérieux, tant subjectifs qu’objectifs, qui handicapèrent son développement et sa croissance.

D’une part, les Officiels tentèrent de balayer l’organisation de Costello avant même qu’elle ne fît surface, en frappant ses partisans, en les menaçant de mort et en leur tirant des balles dans les genoux, pour finir par tuer par balles Hugh Ferguson le 20 février 1976. Trois camarades furent comptés pour morts et plus de quarante furent blessés avant qu’un cessez-le-feu entre les deux organisations ne soit signé en mai .

Mais les Officiels n’avaient pas abandonné la directive d’exécuter Costello, et l’assassinèrent en 1977.

L’assassinat de Seamus Costello en octobre 1977 par l’IRA officielle fut un coup décisif contre l’IRSP. Pour tout type de raisons, le parti, c’était lui. Il était le principal cerveau politique et organisationnel derrière le mouvement. Il laissa le parti dans un état de confusion et sans direction. Et si le combat contre les Officiels s’était concentré principalement à Belfast, il avait néanmoins eu pour effet d’affaiblir le mouvement dans l’ensemble du pays.

Les partisans de Costello ont dû aussi supporter l’hostilité de certains Provisoires [ou « provos », membres de l’IRA provisoire]. Un certain nombre de gens avaient en effet quitté l’IRA provisoire (alors en trêve) pour l’organisation de Costello. Comme moyen de dissuasion contre des défections supplémentaires, l’IRA assassina un de ses membres qui avait rejoint l’IRSP, pour ensuite accuser les Officiels de ce meurtre. Dans un climat pareil, la menace immédiate pour le mouvement ne venait pas de l’Etat ou des loyalistes, mais d’anciens camarades.

Pour couronner le tout, la répression étatique tenta d’écraser l’IRSP, en particulier dans les 26 comtés [Irlande du sud]. Il ne s’agissait pas d’une pression policière de type ordinaire. En juin 1975, la Garda [police d’Irlande du sud] accusa l’IRSP d’avoir tenté de faire exploser un train transportant des officiels à Bodenstown, alors qu’il s’agissait de l’UDA [groupe para-militaire loyaliste].

Le 31 mars 1976 à Sallins, le train Cork-Dublin fut attaqué et dévalisé. Bien que le vol ait été revendiquée plus tard par les Provisoires, le gouvernement de l’Etat Libre [Irlande du sud] se servit de l’affaire pour lancer une attaque politique sournoise contre l’IRSP.

Une quarantaine de membres de l’IRSP fut arrêté, la plupart avouant avoir été torturés, privés de nourriture et de sommeil, frappés et roués de coups. Des médecins et des observateurs des droits de l’homme confirmèrent ces offenses. Trois membres de l’IRSP finirent par être condamnés à de longues peines de prison par la Cour Criminelle Spéciale de Dublin en décembre 1978. Tous les trois étaient victimes d’un coup monté, et après d’intenses efforts d’organisations comme Amnesty International pour que leur innocence soit reconnue, ils furent libérés en 1980. Le dernier d’entre eux, Nicky Kelly, dut attendre l’année 1992 pour être officiellement réhabilité!

Tout cela signifie que pendant ses deux premières années, à cause de ces circonstances objectives difficiles, le mouvement eut du mal à prendre son souffle et dut combattre pour la simple survie. Il connut par-dessus le marché de sérieux problèmes internes, engendrés par des confusions politiques  elles-mêmes liées aux tensions entre le parti, l’armée et le front uni.

Car parallèlement à l’IRSP, Costello et ses partisans avaient construit une organisation armée qui fut plus tard connue sous le nom d’INLA. En effet, la volonté d’assumer à nouveau la lutte armée était une des raisons décisives qui expliquait la rupture avec les Officiels. Au début de l’année 1976, le Conseil Militaire d’une « Armée de Libération Nationale » publia son premier communiqué.

« L’Armée de Libération Nationale a été formée récemment avec comme objectif de mettre un terme à la domination impérialiste britannique en Irlande et de créer une République Démocratique Socialiste des 32 comtés. En tant que révolutionnaires, nous reconnaissons la nécessité impérieuse de l’existence d’une organisation armée anti-impérialiste qui joue un rôle effectif dans la lutte en cours. Après cinq ans de lutte contre l’impérialisme, le peuple irlandais voit la victoire à portée de sa main. En tant que révolutionnaires, notre mission est de faire en sorte qu’il ne soit pas dépossédé de sa victoire par l’acceptation d’une solution de compromis négociée sans que soit fait référence aux intérêts à long termes de la classe ouvrière irlandaise. »

Le communiqué se termine par la liste de quinze opérations menées depuis mai 1975 (« New Army Announced », The Starry Plough n°10, janvier 1976).

A ce moment, l’INLA avait tué au moins douze personnes. Aucun meurtre commis dans le cadre de la dispute avec les Officiels n’est revendiqué par l’INLA, bien qu’en avril 1975 une liste d’attaques a été revendiquée sous l’appellation « Armée de Libération Populaire ».
Manquant d’armes et de munitions, l’armée de Costello avait du mal à percer. Par exemple, en mai 1977, on lisait dans The Starry Plough : « On sait peu de choses de l’Armée de Libération Nationale (NLA) qui est restée relativement silencieuse depuis décembre 1975 » (National liberation army on the offensive » The Starry Plough n°21, mai 1977).

Le document de l’armée britannique de 1978 intitulé « Les futures tendances terroristes » ne mentionne pas l’organisation. Le nom du groupe lui-même n’était pas encore bien clair. C’est seulement en mars 1978 que le groupe armé adopta le sigle INLA, et à cette époque Costello était déjà mort. C’est seulement en 1979 que l’INLA a été mise hors-la-loi. Ses actions armées étaient assez limitées et avaient peu d’impact.

En 1977, elle n’est responsable que d’une mort, et d’aucune en 1978. Le 30 mars 1979, l’INLA réussit à exécuter Airey Neave, membre du parti conservateur et secrétaire d’état de l’ombre aux affaires nord-irlandaises : sa voiture piégée par une bombe à mise à feu télécommandée explosa avec lui dans le Palais de Westminster.

Ce fut cette attaque spectaculaire frappant au coeur de l’establishment britannique qui plaça clairement l’INLA sur la carte politique. Mais dans le même temps, la question du rôle de l’INLA était devenue une grande source de tensions et de controverses à l’intérieur du mouvement Républicain Socialiste.

Déjà en 1975, une dénommée « faction de gauche » emmenée par Bernadette Devlin-McAliskey critiquait le fait que l’aile militaire séparée se tenait hors du contrôle du parti et de son programme, et jugeait que l’armée devait être subordonnée au parti sur la base du centralisme démocratique.

Car autrement, le « Groupe B » ne serait qu’une version miniature de l’IRA, parlant un langage plus à gauche. La « faction de gauche » sortit perdante du débat, et onze personnes de la direction politique quittèrent l’organisation.

Cette scission affaiblit significativement le mouvement, qui perdit des cadres politiques expérimentés. Bernadette Devlin-McAliskey accusa le Mouvement Républicain Socialiste « d’être objectivement indiscernable des deux ailes du mouvement républicain, tout en combinant peut-être les pires éléments de chacun d’eux ».

L’accusation d’être « objectivement indiscernable » de chacune des deux ailes du mouvement républicain était probablement le point-clé, car on ne voyait pas clairement ce qui différenciait qualitativement la campagne de l’INLA de celle de la PIRA, mise à part la rhétorique plus gauchiste.

Ceci s’ajoutait à des faiblesses politiques et programmatiques qui persistent jusqu’à aujourd’hui. « Il y avait des mouvements vers la gauche, suivis de mouvements vers le militarisme, puis vers le militarisme d’extrême-gauche, et ainsi de suite. Manquant d’une assise ferme dans les principes socialistes, le mouvement se faisait facilement la proie des modes du moment » constate Gerry Ruddy, dirigeant politique de l’IRSP de longue date (Gerry Ruddy, Une Histoire du Mouvement Républicain Socialiste Irlandais, deuxième partie, The Starry Plough, série 10 n°19, 2005).

L’idée « pour la libération nationale et le socialisme » restait à l’état de slogan et ne s’est pas développée en un programme concret. Jusqu’en 1984, il y avait clairement un manque de théorie, il n’y avait pas une direction ferme sous le slogan « pour la libération nationale et le socialisme », avec pour conséquence l’absence d’objectif clairement défini à atteindre.

Ce qui émergea, ce fut une situation où l’appel à un « Front Uni » était devenu l’alpha et l’oméga de la politique de l’IRSP.

Le problème était que Costello avait élevé la tactique du Front Uni au niveau d’une stratégie. En tant que tactique, il est très logique de la part de l’IRSP de s’engager dans des actions communes, dans un front commun avec d’autres organisations sur des sujets spécifiques et avec des buts spécifiques. Cependant, le Front Uni n’est pas le catalyseur décisif pour la lutte.

Le développement du Front Uni devrait être subordonné à la nécessité de construire le parti, celui-ci étant le véhicule décisif qui permet d’atteindre la libération nationale et le socialisme.

Il y avait un problème de priorités, parce qu’en effet l’IRSP tendait à subordonner le développement du parti à la construction du Front Uni, et laissait volontiers son point de vue politique propre être submergé dans un Front Uni. Costello en appelait à un Front Uni sans indications claires sur les dangers de la politique du « plus petit dénominateur commun » dans l’agrégat de forces divergentes.

Le résultat fut l’incapacité du parti à développer une une idéologie claire et à définir sa politique au-delà du slogan « Pour la Libération Nationale et le Socialisme » et de l’appel vague à un « Front Uni ».

Cela devint évident au moment de la lutte contre la criminalisation. Pendant la lutte des blocs-H au tout début des années 1980, l’IRSP soutenait sans aucune critique le comité Bloc-H, qui était inter-classiste. Selon un membre dirigeant de l’INLA, la campagne Bloc-H/Armagh [Les blocs H à Long Kesh étaient là où luttaient les prisonniers politiques républicains hommes, à Armagh, les femmes] montrait « la voie qui va de l’avant vers la construction d’un front large » (Interview de l’INLA, Saoirse, sans date, p.2).

Mais en pratique, l’IRSP ne faisait que suivre les Provos. En proportion de leurs partisans emprisonnés (il y avait 29 prisonniers sous les couvertures quand Bobby Sands entama son jeûne à mort), l’INLA a payé un très lourd tribut pendant les grèves de la faim, avec la mort de trois de ses membres grévistes de la faim.

Pendant les grèves de la faim de 1981, l’IRSP réussit à faire élire deux conseillers municipaux à Belfast, le seul succès électoral dans l’histoire du parti. (Le parti finit par perdre ces sièges au profit du Sinn Fein. Pendant les années 1980, il eut aussi un conseillers municipal dans le Shannon.)

La politique de front uni pendant la période des grèves de la faim engendra maint problèmes pour le mouvement.

« L’engagement de l’IRSP dans le Comité Bloc-H/Armagh pendant les grèves de la faim a sapé nos forces et nous a détourné des affaires organisationnelles du parti » a rappelé plus tard une membre dirigeante (Margie Bernard, Daughter of Derry, 1989).

Plus important encore, le parti n’avait pas développé un profil politique différencié, ni une stratégie.

Et lorsque les Provisoires   se mirent à développer une image et une rhétorique plus à gauche, la base potentielle de soutien à l’IRSP subit une érosion.

Bernadette Devlin-McAliskey a admis dans une interview que le Sinn Fein du début des années 1980 ressemblait au type d’organisation que Costello cherchait à construire.

L’IRSP devenait indiscernable des Provisoires. Ceci explique qu’à l’intérieur des factions militaires, on fut tenté de se prouver qu’on était égal ou supérieur à l’IRA, dans le but de tirer à soi le soutien.

A l’époque des grèves de la faim, il y eut un afflux de nouveaux membres à l’INLA, mais une grande partie d’entre eux étaient des soldats perdus, des gens n’ayant pas réussi à se faire admettre chez les Provisoires, ou ayant été expulsés de leurs rangs, ce qui confirmait le propos de McAliskey selon lequel l’organisation attirait les « pires éléments ».

Les années 1980 virent l’activité de l’INLA monter en flèche, et le militarisme devint le trait dominant dans le mouvement. La figure majeure de cette tendance était Dominic « Mad Dog » McGlinchey, qui avait une excellente réputation en tant que militaire opérationnel, mais une moins bonne en termes de direction politique. (Comparez par exemple l’interview de Dominic McGlinchey dans le Starry Plough de novembre/décembre 1983, p. 10.11 avec celles de Seamus Costello pour voir la différence).

Le 6 décembre 1982, l’INLA mena l’attaque la plus sanglante de son histoire en  posant une bombe dans le pub Droppin Weel à Ballykelly, faisant 17 tués, dont 11 soldats britanniques en permission, les autres étant des civils dont quatre femmes. « A la fin de 1982, dans le décompte des tués, l’INLA a supplanté l’IRA provisoire pour la première fois » (Holland et McDonald, p. 333).

McGlinchey était conidéré comme « le suspect le plus recherché d’Irlande (cf l’interview de Vincent Browne). La réputation du mouvement était ternie par des opérations imprudentes dont il fut accusé, à tort ou à raison. La plus connue fut la mort par balles de trois fidèles presbytériens lors de l’attaque de l’église de Darkley, dans le comté d’Armagh. Bien que les armes utilisées appartinssent à l’INLA, cet acte n’a pas été revendiqué par l’organisation (cf l’article « l’INLA nie son implication à Darkley », dans le Starry Plough de novembre/décembre 1983, p.5).

La tentative de devenir « plus provo que les provos » a été contrecarrée par certains à l’intérieur du mouvement. Un document de discussion interne de 1984, écrit par un officier d’éducation de l’IRSP (qui était alors aussi membre de l’INLA) critiquait cette évolution de l’INLA.

Il l’accusait de faire du « suivisme » vis-à-vis de l’IRA et « d’entrer parfois consciemment en concurrence avec elle ». Car elle « se ruait dans une activité frénétique contre le RUC, l’UDR et l’armée britannique, pour ensuite observer des périodes de calme plat ou presque, à cause de l’écrasement de nos capacités opérationnelles due à la répression ». Une telle conception est jugée « primitive ».

Le document poursuit en expliquant que « les tirs contre des hommes en permission de l’UDR ou du RUC n’ont pas eu d’effet politique » et que « les attaques contre des politiciens loyalistes comme réponse aux assassinats sectaires est une erreur politique. »

Il préconisait de soutenir ce qu’il nommait « une guerre de position » qu’il définissait comme l’acceptation du fait qu’il n’y aurait pas de changement décisif dans le rapport de forces contre l’impérialisme britannique avant que l’Etat des 26 comtés ne soit défié politiquement ou que ne se produise un changement politique décisif en Grande-Bretagne ». (propos cités in Gerry Ruddy, Histoire du mouvement républicain socialiste, 3è partie, The Starry Plough, série 10 n°21, 2005)

Cependant, après l’arrestation de Dominic McGlinchey en 1983, l’activité de l’INLA chuta à un niveau très bas, en grande partie à cause du système des repentis qui a littéralement décimé le mouvement entre 1982 et 1986. Des douzaines de personnes connurent la prison suite aux dénonciations des repentis Jackie Goodman, Jackie Grimley, Raymond Gilmour et Harry Kirkpatrick. Mais les principales difficultés que rencontra le mouvement furent les problèmes internes sérieux engendrés par l’absence de direction politique.

Sans McGlinchey et sans leader fort ni direction collective, sans parler de l’absence du principe « la politique au poste de commandement », le mouvement se divisa en une série de factions luttant pour le pouvoir.

Derrière les murs des prisons, le système des repentis envenima les hostilités entre les diverses factions. Et la pire des choses finit par arriver, à partir de la fin de l’année 1981 : le fusil fut utilisé pour résoudre les différends. Ces « divisions meurtrières » empêchèrent le mouvement de percer politiquement.

Lors de l’Ard Fheis de 1984, l’IRSP adopta formellement les principes de Marx, Engels et Lénine.  « L’Ard Fheis de 1984 a été une tentative de rompre avec le « républicanisme de gauche » et d’adopter le socialisme scientifique de Marx et Engels pour analyser et ensuite formuler un programme politique pour la révolution irlandaise » (Editorial, The Starry Plough, décembre 1987).

Dix ans après la fondation du mouvement, le parti tentait de se transformer en quelque chose de qualitativement différent du concept initial de Costello : un parti communiste. Un des initiateur de cette tentative affirma plus tard que celle-ci avait été « prématurée » (Gerry Ruddy, Histoire du Mouvement Républicain Socialiste, 3è partie). Il s’agissait essentiellement d’une résolution de papier, plus formelle que réelle. Mais elle eut surtout un effet pratique dans les recommandations du volontaire emprisonné Tomas Ta Power.

Ta Power a été la figure la plus significative de toute l’histoire du mouvement depuis Seamus Costello. Les idées de ta Power représentent le plus grand défi au militarisme, qui dominait le mouvement depuis les années 1970. Ta a profité de son passage par la prison pour analyser les problèmes que traînait le mouvement tout au long de son existence ou presque. Il lui semblait nécessaire de transformer entièrement l’INLA/IRSP si elle voulait devenir une force authentiquement révolutionnaire.

Il fallait pour cela, proposait-il, « affronter la contradiction de base » dans le mouvement. Ne pas le faire, en se contentant d’aménagements de surface, signifierait repousser des problèmes qui se reposeraient plus tard à l’identique.

Ta expliquait que la relation qui s’était établie entre l’INLA et l’IRSP, ce dernier jouant le rôle de petit compagnon, devait être renversée. Il fallait à la place que l’INLA devienne comme l’arête tranchante d’un parti révolutionnaire, nouveau, revitalisé.

Les conclusions établies dans le document écrit en prison par Thomas « Ta » Power représentent la tentative la plus sérieuse de tirer les leçons de l’histoire du mouvement, avec en son coeur la nécessité de placer la politique, les idées politiques et la lutte politique au sommet des préoccupations.

Comme le disent l’introduction et la conclusion du document : « Notre essai a appelé l’aspect armé du mouvement à se subordonner à la direction politique du parti. En Irlande, où la force physique a été inséparablement liée au concept du républicanisme pendant des siècles, et où le parti, quand il existait, n’était en général rien d’autre qu’un appareil porte-parole de l’armée, un tel concept est quelque chose de pratiquement inouï. »

Ta a étudié soigneusement les idées marxistes lorsqu’il était en prison, et l’influence de ces idées est manifeste dans ce document. La primauté donnée à la politique dans le mouvement et la construction d’un parti authentiquement révolutionnaire sont les tâches immédiates pour le mouvement.

« Nous en venons encore une fois au rôle du parti révolutionnaire, qui est absolument essentiel si notre objectif est de vaincre. Sans ce rôle de guide, sans une idéologie révolutionnaire, sans une analyse des forces disposées contre nous, sans l’application de la stratégie et des tactiques correctes, la lutte échouera. »

Cette question de la construction d’un parti révolutionnaire, des tactiques et de la stratégie qu’un tel parti devrait adopter est un thème central du document.

« Un parti révolutionnaire doit posséder une idéologie révolutionnaire, une idéologie qui nous rende capables d’analyser le monde, les forces motrices à l’oeuvre dans le monde, et de planifier une campagne basée sur une telle analyse.

Une campagne qui soit consistante, droite, fidèle aux principes et ferme dans son application, avec le marxisme comme guide pour l’action et l’idéologie, car celui-ci représente les intérêts historiques de la classe ouvrière, qui par le canal d’un parti révolutionnaire vise le renversement de l’ordre capitaliste et le commencement de la construction du communisme. »

Toutefois, les résolutions de 1984 et les recommandations de Ta Power n’eurent pas l’heur de se concrétiser, car une faction tenta de démanteler le mouvement par la force. En octobre 1985, la plus grande partie du comité central fut forcée de démissionner sous la menace des armes à feu. Il y eut une tentative de départager et concilier les deux factions qui échoua, et une dispute sanglante en 1987 laissa onze personnes sur le carreau, Ta Power y compris.

Aujourd’hui, le Mouvement Républicain Socialiste ne considère pas ces événements de façon « toute blanche ou toute noire» (Histoire du mouvement républicain socialiste, 4è partie, The Stary Plough, série 11, n°1, 2006).

La dispute sanglante  de 1987 a laissé derrière elle un héritage désastreux. Dans la perception du mouvement par le public, il y eut cette teinte de fratricide et de luttes intestines sanglantes. Les choses empirèrent de surcroît avec les activités incontrôlées de Dessie O’Hare et de son gang très peu de temps après la dispute sanglante, activités que l’INLA dénonça (communiqué de presse de l’INLA, The Starry Plough, décembre 1987).

Dix ans après la mort de Costello, un observateur put parler sans avoir complètement tort de la fin « dostoïevskienne » du mouvement (Henry Patterson, The Politics of Illusion, 1989). Les Provos publièrent des communiqués demandant au mouvement de se dissoudre, en alléguant qu’il avait cessé de jouer un rôle progressiste (Une dissolution maintenant! APRN, mars 1987). Le mouvement disparaissait de l’échiquier politique.

La première publication officielle du mouvement après la dispute disait : « Il est certes facile de se nommer d’un trait de plume parti marxiste-léniniste, mais c’est tout autre chose de construire dans les faits un tel véhicule. Nous reconnaissons qu’il y aura devant nous une lutte longue et ardue pour développer une théorie révolutionnaire et une pratique capable de mener à une intervention décisive dans la lutte irlandaise. En rompant avec le républicanisme/militarisme, nous pensons avoir fait les premiers pas sur ce chemin. » (Editorial, The Starry Plough, décembre 1987)

Pour ce faire, la clé était la relance du journal The Starry Plough. « Nous espérons qu’An Camcheachta [« Charrue étoilée » en irlandais] pourra devenir l’Iskra de l’Irlande… en Irlande aujourd’hui, il y a une carence de théorie politique, un manque complet de direction et de leadership qui se reflète dans le reflux actuel de la lutte. Nous espérons qu’An Camcheachta remplira ce vide en stimulant le débat et les polémiques acérées. » (Editorial, The Starry Plough, n°2, 1988)

Le journal se mit à publier le matériel le plus sérieux qu’il ait jamais produit, avec des discussions critiques sur la nature et la fonction du parti (Patrick Mcphilips : Construire le Parti d’avant-garde, The Starry Plough, n°3, 1988), le front large (Robert Lake : Le marxisme et le front large, TSP n°4, 1988) ou la lutte armée (Seamus Morgan, Marxisme, violence et internationalisme, TSP n°6, 1989), et pour finir la liste en beauté, pour la première fois l’héritage politique de Seamus Costello fut l’objet d’un examen critique (Francis Glenn : Seamus Costello, TSP n°7, 1989).

Cependant, des proclamations du genre « l’IRSP est le seul parti socialiste révolutionnaire en Irlande qui tente de construire un parti communiste authentique » (Editorial, TSP n°6, 1989) n’ont été que rhétoriques. Les efforts sérieux pour développer la théorie marxiste étaient en décalage avec les supporters de base du mouvement.

A partir de 1990, l’IRSP cessa de fonctionner et n’existait plus que sur le papier. La chute du mur de Berlin n’a certainement pas encouragé le développement des résolutions de 1984. Et le 5 décembre 1994, les anciens locaux de l’IRSP à Dublin furent vendus, trois jours avant le vingtième anniversaire du mouvement, et il y eut également la tentative de vendre son seul bureau restant à Belfast : signes que c’en était fini pour le parti.

Si en 1986, Gerry Adams pouvait parler du « presque défunt IRSP » (La politique de la liberté irlandaise, p.132), en 1995 il écrivait « le dorénavant défunt » (Une Irlande libre vers une paix durable). En termes militaires, l’INLA devint insignifiante. En 1996, l’organisation « restait incapable de mener des opérations effectives contre les forces de sécurité. Elle n’a revendiqué aucune exécution de membre actif de l’armée ou de la police en Irlande du Nord depuis 1984 » (Holland et McDonald, p.544).

Les tentatives d’attaques contre les forces de la couronne britannique firent plus de blessés et de morts dans l’INLA que dans les forces de sécurité, il y eut deux volontaires tués en opération à la fin des années 1980.

Incapable d’infliger des pertes au Nord, l’INLA tenta brièvement de lancer une campagne en Angleterre, mais sans beaucoup de succès, avec au maximum l’exécution d’un sergent recruteur à Derby en 1992.

Mais à partir de 1993, l’organisation connut davantage de succès en s’en prenant aux Loyalistes, avérés ou perçus comme tels. « 1994 a été l’année où l’INLA fut la plus active depuis 1987 » ( Holland et McDonald, p.543). L’incident le plus significatif eut lieu le 16 juin 1994, quand l’INLA parvient à exécuter dans le secteur de Shankill deux membres dirigeants de l’UVF, Colin Craig et Trevor King, avec un de leurs associés. Lors de la même année, elle tua trois autres loyalistes présumés à Belfast.

Même si ces attaques permirent à l’organisation de se vanter de sucès opérationnels, politiquement elle ne contribuèrent pas au développement de la politique Républicaine Socialiste.

En fait, l’impression qu’elle donnait était d’être une « force supplétive » des Provos, et faute de se relier au développement de la politique républicaine socialiste, l’INLA se rabaissait au rang de milice d’auto-défense (Holland et McDonald, p. 533-534 et 564)

La dernière opération majeure de l’INLA eut lieu le 27 décembre 1997, lorsque deux volontaires exécutèrent le leader loyaliste Billy Wright à l’intérieur de la prison de Maze, avec des armes passées en contrebande : ce fut l’assassinat le plus sensationnel de l’organisation depuis 1979 (Récit de l’intérieur : L’INLA exécute ‘King Rat’, The Starry Plough, avril 1999).

Pour autant, le mouvement ne put pas progresser politiquement.

Gerry Ruddy remarque que « la direction de l’Armée, malgré son adhésion au document de Ta Power, entama après quelques années un processus de dépolitisation, qui semait les graines de bouleversements à venir dans le mouvement » (Histoire du mouvement républicain socialiste, 4è partie).

Ceci aboutit à une lutte de pouvoir dans l’organisation, qui prit les vies de six personnes entre le 31 janvier et le 3 septembre 1996, y compris les vies des deux leaders Gino Gallagher et Hugh Torney.

Gino Gallagher avait pu en quelques mois commencer le processus de reconstruction du parti et de l’armée. Par exemple, pendant les quelques mois où Gino Gallagher contrôlait l’organisation, l’IRSP eut une couverture de presse cinq fois supérieure à celle que l’organisation avait connue pendant les sept années précédentes (Gino Gallagher : Examen de son impact sur l’IRSP dix ans après, TSP, série 11, n°1, 2006)

« En 1994, l’IRSP, bien qu’elle critiquât le prétendu « processus de paix », conseilla à l’INLA d’adopter la politique d’attendre et de voir. Cette analyse fut acceptée par l’INLA, qui adopta une position de défense et riposte en mars 1995 » (The Plough, feuille d’information de l’IRSP de Belfast, n°2, janvier-février 1998). Le 22 août 1998, après l’accord de Belfast auquel il s’opposait et après les plaintes du public suite à la bombe d’Omagh, le Mouvement Républicain Socialiste publia le communiqué suivant :

«Nous avons accepté le conseil et l’analyse de l’Irish Republican Socialist Party selon lesquels les conditions pour la lutte armée n’existent pas. L’Irish National Liberation Army est désormais passée de la position de défense et riposte à celle du cessez-le-feu total. Nous avons ordonné à nos unités de ne pas mener d’actions offensives à partir d’aujourd’hui à midi. L’Irish National Liberation Army a désormais cessé le feu. En déclarant ce cessez-le-feu, nous reconnaissons que la situation politique a changé depuis la formation de l’INLA. Nous reconnaissons que la lutte armée ne peut jamais être la seule option pour les Révolutionnaires. Face aux nouvelles conditions qui dominent, il est tout simplement juste d’y répondre. Ces conditions exigent un cessez-le-feu.

Bien que nous estimions que le Good Friday Agreement ne valait pas les sacrifices de ces trente dernières années et que nous lui soyons toujours politiquement opposés, le peuple de l’île d’Irlande a clairement exprimé ses vœux. Les classes ouvrières ont enduré le gros des conséquences de la guerre ces trente dernières années. Elles ont également souffert de la répression, des privations sociales, du chômage et de la pauvreté. Nous reconnaissons leur désir d’un arrêt de la violence exprimé par le référendum, et pour un futur pacifique. Dorénavant, la responsabilité, dans le camp des partis politiques, des gouvernements et des observateurs, est d’assurer que les souhaits démocratiques du peuple irlandais soient écoutés. Cela inclut tous les groupes armés. C’est pourquoi nous avons pris la décision du cessez-le-feu, afin de suivre les désirs populaires.

Maintenant, regardons les conséquences de la guerre menée de notre côté. Nous reconnaissons et admettons des fautes et des erreurs très graves dans notre poursuite de la guerre. Des gens innocents ont été tués, blessés, et parfois nos actions en tant qu’armée de libération nationale ont été loin de ce qu’elles auraient dû être. Nous, en tant que républicains, en tant que socialistes et en tant que révolutionnaires, faisons pour cela nos excuses sincères, chaleureuses et authentiques. Cela n’a jamais été notre intention, souhait ou désir que d’être mêlés à des guerres sectaires ou intestines. Ces actions n’auraient jamais dû exister.

Mais nous n’avons rien à nous faire pardonner en ce qui concerne le fait de mener la guerre aux Anglais et à leurs écuyers loyalistes. Ceux qui ont fait des nationalistes leurs proies l’ont payé très cher. Quoi qu’il en soit, la volonté du peuple irlandais est claire. Il est temps de faire taire les armes et de donner aux classes ouvrières le temps et les opportunités de mettre en avant leurs exigences et leurs besoins. Dans les nouvelles conditions qui dominent, nous soutenons la politique de l’IRSP qui a notre entière confiance et notre soutien. Pour le dire dans les mots de notre fondateur Seamus Costello parlant de sa classe : « Nous ne sommes rien, soyons tout ». (http://irsm.org/statements/inla/980822.html)

L’histoire du mouvement républicain socialiste a été réduite par certains à une série de « divisions mortelles ». Mais quelle est la nature de ces divisions? Elles sont politiques, pas personnelles.

Le problème principal de l’IRSP a été de se déclarer élève de la tradition de Connolly tout en vivant comme problématique l’assimilation de la méthode marxiste. En termes idéologiques, il a oscillé entre le républicanisme de gauche et le marxisme. Ceci a entraîné un manque de clarté idéologique et par conséquent un manque de direction.

Lénine a écrit ces mots célèbres : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». Mais le mouvement a rarement donné son importance centrale au travail théorique. Quand il le fit à la fin des années 1980, les membres de la base s’en plaignirent (voir par exemple la lettre de ‘Red Speedwagon’ dans le n°8 de TSP, 1990).

Au lieu d’organiser sur la base de la théorie, le Mouvement Républicain Socialiste finit par s’organiser autour de personnalités individuelles (Costello, McGlinchey, Hugh Torney, Gino Gallagher, …).

Ceci déboucha naturellement sur de sérieux problèmes. « Les questions politiques ne peuvent pas être séparées mécaniquement des questions organisationnelles » a écrit Lénine. La confiance donnée au front uni plutôt qu’à la construction du parti, ainsi que la suprématie organisationnelle du militarisme, ont été clairement des obstacles au développement politique, ce qui aboutit au fait que l’IRSP-INLA est aujourd’hui politiquement insignifiant.

Publicités

3 commentaires pour IRSP-INLA

  1. Séb dit :

    « nous ne sommes rien, soyons tout » de Costello…. ça en dit long sur le niveau idéologique et culturel de ceux qui ont rédigés ce communiqué…

  2. Ping : Il y a 25 ans tombaient, sous les balles de traîtres, Ta Power et O’Reilly | Liberation Irlande

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s