Euskal Herria

A propos du tournant de la gauche aberzale (2011)

Première partie

Le Mouvement de Libération Nationale et Sociale Basque (MLNV) est aujourd’hui clairement à la croisée des chemins. La direction de la gauche abertzale, principalement du parti Batasuna, illégalisé depuis 2002 comme toutes les autres organisations, grâce à la « Loi des Partis », a réalisé une série d’initiatives et d’accords depuis novembre 2009 (1), date à laquelle ils proclamèrent le lancement d’un « processus démocratique ».

Le principe central et fondamental en est « l’utilisation exclusive de moyens de lutte politiques et démocratiques », affirmant explicitement qu’aujourd’hui, face à un Etat bourgeois impérialiste, qui plus est avec de tels vestiges de fascisme comme l’est l’Etat espagnol (vestiges inévitablement appelés à retrouver une seconde jeunesse) que la lutte armée d’ETA,  mais aussi n’importe quelle lutte un tant soit peu « violente », n’aurait aucune légitimité, n’aurait rien de démocratique, ni même de… politique ! (on se demande alors pourquoi on continue à parler de « prisonniers politiques » !!!)

La direction du mouvement a totalement assimilé l’idéologie et le langage de l’ennemi. A présent la « pacification » et la « normalisation » sont devenues des buts en soi, alors que le MLNV a lutté pendant 50 ans pour que la « paix » ne soit pas celle des cimetières et des oppresseurs, mais la conséquence naturelle du respect par les Etats des droits du peuple travailleur basque. En l’espace de quelques mois, la logique s’est complètement inversée.

Les « actes clés » ont été le « texte fondateur » du réformisme « Zutik Euskal Herria » (2) en février 2010 ; des « accords stratégiques » depuis juin 2010 avec EA (Eusko Alkartasuna), aile « gauche » du PNV pendant 23 ans, et Alternatiba, scission « souverainiste » des sociaux-démocrates collabos d’Izquierda Unida ; l’ »Accord de Gernika » en septembre 2010 (3), demandant une série d’engagements à l’Etat espagnol et à ETA ; puis la présentation et la demande d’inscription du nouveau parti « démocratique » Sortu ; et suite à son interdiction, la participation aux élections du 22 mai 2011 de la coalition Bildu, formée par Batasuna-Sortu, EA et Alternatiba, réalisant un score de 313 000 voix. Enfin, à la suite d’une Conférence de « paix » à Donostia, ETA annonçait le 20 octobre 2011 qu’elle « arrêtait définitivement son action armée » (4).

Les dirigeants de la gauche abertzale n’ont eu de cesse de répéter que le choix des voies « politiques et démocratiques », était  « unilatéral », « totalement irréversible », « non soumis à des variables tactiques », ce qui en fait quelque chose de complètement anti-matérialiste et anti-dialectique, sans la moindre prise avec la réalité. C’est tout simplement le reniement absolu, brutal et indécent de 50 ans de lutte, de cohérence et de dignité révolutionnaires, de toute l’expérience accumulée par le peuple basque dans sa lutte de libération, en particulier le fait prouvé chaque jour depuis 50 ans de l’impossibilité absolue de faire avancer la lutte pour la libération nationale et le socialisme par la voie du parlementarisme et du légalisme ; la voie de la trahison réformiste prise par les polimilis/Euskadiko Ezkerra il y a 30 ans (qui finit par s’intégrer dans le PSOE en 1993 !), et par la scission Aralar en 2001.

Le leader et idéologue de ce « processus démocratique », qui n’a de « processus » et de « démocratique » que le nom, est incontestablement Arnaldo Otegi (5), dirigeant important de la gauche abertzale de ces 15 dernières années aujourd’hui incarcéré, à qui est quasiment voué un culte de la personnalité, avec une campagne spéciale uniquement pour sa libération, car c’est un « homme de paix indispensable », « sans qui rien n’est possible », à l’image de son modèle et ami personnel, la pourriture social-traître Gerry Adams.

Cet oubli volontaire de toute notre Histoire lui fait tenir un discours ridicule où il rêve d’une « confrontation démocratique », entre deux adversaires « civilisés » que seraient une « gauche abertzale » réformiste et un Etat espagnol « démocratique », comme on l’a vu dans une interview en octobre 2010, qui a fait date, dans le grand quotidien bourgeois espagnoliste El Pais (6) (puis, entre autres, en décembre 2010 dans le Wall Street Journal !), où il déclarait :

« Il n’y a pas d’autre chemin pour l’indépendance que celui qui se développe par des voies pacifiques et démocratiques. Nous n’envisageons pas compatible le recours à la violence armée avec la stratégie indépendantiste. C’est une des conclusions à laquelle nous sommes arrivés et nous l’exprimons sans ambiguïté [50 ans pour y arriver quand même !!!]. Cela dit, j’espère et je souhaite que le peuple espagnol, ses pouvoirs publics, ses partenaires sociaux, politiques, son Gouvernement acceptent avec autant de force que l’utilisation de la coercition, la torture, l’interdiction de partis, la fermeture de médias… ne peuvent et ne doivent pas faire partie de leur stratégie pour essayer d’empêcher le projet indépendantiste. » (On notera au passage son chauvinisme certain, les masses populaires de l’Etat espagnol étant mises sur le même plan que « leur » gouvernement !)

Il fait là honteusement mine d’oublier que c’est précisément la nature profondément antidémocratique et fasciste de l’Etat espagnol qui amenèrent les révolutionnaires basques à prendre les armes et à continuer la lutte après la « Transition » jusqu’à aujourd’hui. Par l’opération du Saint-Esprit, l’Etat espagnol changerait subitement. On voit là son incapacité totale à comprendre la lutte de classes et le fait que la bourgeoisie recourt TOUJOURS à la violence lorsqu’elle voit ses intérêts menacés. Ce que le MLNV a toujours su.

Depuis deux ans, les dirigeants liquidationnistes (ou « liquis », comme étaient appelés les polimilis) ont multiplié les déclarations de « rejet » (parce que ça passe mieux que « condamnation ») « ferme et absolu » de « toutes formes de violence », celle d’ETA, mais également la kale borroka (la lutte de rue menée par la jeunesse révolutionnaire, allant du lancer de cocktail molotov à l’organisation d’émeutes, en passant par des sabotages en tout genre), mettant sur le même plan violence de l’oppresseur et violence de l’opprimé.

Comme disait Argala : « Condamner n’importe quel type de violence populaire est une sottise brutale et une preuve claire d’incapacité (de la part de qui la condamne) à sortir des perspectives idéologiques de la classe exploiteuse. Les peuples ne pratiquent pas la violence par plaisir de le faire mais poussés par la nécessité pressente d’acquérir un droit humain : le droit à la liberté dans les relations sociales. La violence populaire est toujours défensive face à la violence institutionnalisée de la classe exploiteuse, et par conséquent complètement légitime. »

Cependant, pour certains dans la gauche abertzale, même les pire barbaries verbales depuis deux ans n’étaient « que des paroles », car les dirigeants « ne pensent pas (tout) ce qu’ils disent », ils font ça « juste pour pouvoir être légalisés et participer aux élections ». C’étaient des paroles, certes, mais qui ont été suivies d’innombrables ACTES, sur lesquelles a reposé un virage à 180° de la pratique et de la stratégie.

S’il ne s’agissait « que de mots », pourquoi la gauche abertzale ne l’a-t-elle pas fait il y a des décennies ? Pourquoi les prisonniers « repentis » étaient-ils expulsés du Collectif des Prisonniers Politiques Basques ? Pourquoi une telle intransigeance révolutionnaire pendant 50 ans face aux vendus et aux collabos de toutes espèces ?

Tout simplement, parce que l’Histoire nous a démontré que tout mouvement qui ne se base pas, comme a su si bien le faire le MLNV pendant ses 50 années de lutte, sur l’honnêteté, la dignité et la cohérence, est condamnée à finir dans les caniveaux de l’Histoire.

Lorsque l’on s’engage sur la pente du renoncement à des principes révolutionnaires basiques, celle-ci mène inévitablement à la capitulation idéologique totale, qui précède toujours la capitulation matérielle, notamment militaire. Ceux qui ont vendu en paroles la « paix », la « normalisation », la « réconciliation », les ont toujours mises en pratique, que ce soit, pour ne parler que de l’Etat espagnol, le P »c »E de Carrillo, Euskadiko Ezkerra, ERC en Catalunya, Aralar… et ils on fini en misérables laquais de la bourgeoisie.

Il est en plus impensable pour tout révolutionnaire d’accepter,  au nom d’une légalisation à tout prix et d’une pseudo-manœuvre machiavélique, la diffusion au sein du peuple d’un discours cherchant à semer de graves illusions réformistes et légalistes (même si c’est avec peu de succès), véritable appel à la démobilisation des masses en pleine crise générale du capitalisme !

Un signe révélateur de cette capitulation idéologique ont été, au nom de l’ »accumulation de forces souverainistes et de gauche »,  les alliances très étroites avec leurs nouveaux amis, les sociaux-démocrates les plus putrides comme EA, alors qu’ils étaient combattus sans concession jusque là, pour leur rôle éminemment coupable d’exploiteurs du peuple aux cotés de la bourgeoisie du PNV, et dans la répression, avec la gestion de la politique pénitentiaire et des criminels et tortionnaires de la police autonomique, la Ertzaintza.

Il est sans doute intéressant de mettre ici un exemple significatif, parmi des milliers d’autres, de ce que sont les nouveaux alliés de la direction de la gauche abertzale. En juillet 2009, après l’exécution de deux guardia civil par ETA, Nafarroa Bai, coalition formée par EA, Batzarre, le PNV et Aralar, de même qu’ERC et BNG (également nouveaux amis des liquis) signaient la déclaration suivante au Congrès espagnol :

« Nous voulons manifester à tous les membres de la Garde Civile notre reconnaissance pour leur travail et leur sacrifice permanent en défense de l’Etat de Droit, de notre liberté et de nos droits. De la même façon, nous soutenons et remercions le travail que réalisent toutes les Forces et Corps de Sécurité de l’Etat, qui obtiendront, comme tant d’autres fois, que les assassins soient livrés à la justice et payent pour leur crime. » (7)

Alors certes, EA a subi une scission en 2009, où ses éléments les plus grands-bourgeois et réactionnaires, les plus proches du PNV, quittèrent le parti (et encore, pas tous (8) !) pour former « Hamaikabat », mais il n’empêche que ceux qui restent sont ceux qui n’ont vu aucun problème pendant des années, 23 ANS, à être les zélés serviteurs de la grande bourgeoisie espagnoliste et de son Etat fascisant. A ce titre, il est intéressant et amusant de voir ce que déclarait le président de Hamaikabat en juillet 2010 : « Ce qui retient notre attention est qu’il semble maintenant  que, après 30 ans, la seule chose qui séparait EA de ce monde était ETA et le positionnement de la gauche abertzale par rapport à la violence, alors que nous avions toujours pensé que ce qui le séparait était beaucoup plus que cela, que c’était un projet de société. » (9)

Principes et objectifs sont indissolublement liés. On ne renie les principes que lorsqu’on renie les objectifs, et les traîtres sociaux-démocrates ont tombé le masque en avouant sans complexe leur volonté de création d’un Etat basque au sein de l’Union Européenne impérialiste (10) ! D’un Etat, ils ont encore osé le dire (enfin, plus trop maintenant…), « socialiste » !!! (L’UE, c’est bien ce « truc » dont font partie les Etats français et espagnol ?)

Même si on avait déjà entendu par le passé des appels en direction des institutions impérialistes, ils en sont à présent arrivés à considérer l’UE et l’ONU comme pouvant et devant « aider à la résolution du conflit ». Leur but proclamé dès le début était de faire de la « communauté internationale », c’est-à-dire une partie des impérialistes européens et nord-américains, leur « alliée » dans la « résolution du dernier conflit armé en Europe » (L’Irlande, la Corse… ça n’existe pas ! Tous des maffieux et des terroristes !), et à présent, surtout depuis la Conférence de Donostia, ils considèrent cela comme acquis.

Ainsi, une grande nouveauté fut qu’en novembre 2009 les dirigeants de la gauche abertzale acceptèrent que les pseudo- « négociations de paix » devraient suivre les « Principes » établis par le sénateur US Mitchell, qui ont servi à la (très relative) pacification impérialiste en Irlande et à tenter de couvrir le régime fasciste sioniste en Palestine, encore récemment.

Dans la droite ligne de cette capitulation idéologique, la référence au socialisme a été quasiment liquidée par la direction réformiste. Déjà depuis quelques années, on parlait beaucoup de « socialisme du XXIe siècle » ou de « socialisme identitaire » (11).

Le « socialisme du XXIe siècle » semblait être devenu la référence idéologique indépassable de la direction de la gauche abertzale. Si les bourgeoisies nationales d’Amérique latine qui s’en réclament, ont joué un rôle progressiste ces dernières années, aujourd’hui leur dérive réactionnaire est très claire : en Equateur depuis un certain temps déjà, au Venezuela où la bourgeoisie chaviste collabore à présent activement avec l’Etat fasciste colombien, et a de plus livré plusieurs militants basques à l’Etat espagnol. Et Otegi, dans sa dernière interview à Gara (12), exprimait entre autres choses sa joie pour la victoire du valet de l’impérialisme et ex-militaire génocidaire Ollanta Humala à la présidentielle du Pérou !

Mais aujourd’hui même le « socialisme du XXIe siècle » semble être abandonné, au profit d’un  « modèle social alternatif », d’ »un Etat au sein de l’Europe, construit depuis la gauche ». A présent, les liquis semblent ne définir leur mouvement que comme « progressiste ».

A son procès, Otegi disait clairement que pour la « lutte politique » (c’est-à-dire électorale et parlementaire en langage réformiste), son but était de former un « bloc » avec des forces « progressistes » et « indépendantistes », c’est-à-dire bourgeoises et petite-bourgeoises, et que pour cet objectif la lutte armée était un obstacle absolu, et que des trêves temporaires d’ETA ne le permettaient pas non plus (13). Pour ces alliances, les réformistes se voient donc dans l’obligation de répudier et liquider les formes de lutte véritablement révolutionnaires et conséquentes. La subordination du mouvement populaire aux intérêts de la bourgeoisie va toujours accompagnée du renoncement aux formes révolutionnaires de lutte : les moyens deviennent en accord avec les buts.

Clairement, cette « nouvelle stratégie » de la gauche abertzale n’est rien de plus que l’éternelle stratégie réformiste, et tout simplement impossible, de pseudo-conquête du « pouvoir » par les urnes. Comme l’avait si bien dit Otegi, répondant à la question « Croyez-vous que vous reviendrez à la vie démocratique, siéger au Parlement basque un jour ? » : « Sans aucun doute, et permettez-moi de vous faire une prédiction: je vais m’asseoir sur le banc du groupe majoritaire au Parlement, celui des indépendantistes de gauche. Cela arrivera probablement plus tard que nous ne le souhaiterions, mais beaucoup plus tôt que ce que souhaiteraient nos adversaires. » (14)

Malgré tout cela, le propre d’un processus de capitulation social-démocrate, est qu’on tente toujours de le couvrir d’un vernis pseudo-« révolutionnaire », aussi mince soit-il. En Euskal Herria, on a pu compter sur un habillage théorique « révolutionnaire » par le « marxiste » (comme il s’est défini à l’occasion…) Arnaldo Otegi. Par exemple, dans sa fameuse interview, il déclarait (ce qu’il a par ailleurs répété à son procès en juin 2011 (15), ce qui montre au moins la cohérence de son discours social-démocrate !) :

« Dans le domaine politique, cependant, et c’est un phénomène qui se produit au niveau international, on observe clairement le passage de la grande majorité des organisations de caractère politico-militaires avec des identités et natures socialistes et transformatrices, de position insurgées à des positions de caractère et de stratégies démocratico-populaires. La Bolivie, El Salvador, le Nicaragua, l’Uruguay sont un bon exemple de ce que je dis. En définitive, je crois qu’une stratégie efficace pour l’obtention de nos objectifs doit reposer sur notre seule capacité de séduction démocratique. Par conséquent, la gauche abertzale, en tenant compte de variables géopolitiques, économiques et sociales et, fondamentalement, en analysant la situation spécifique du processus politique basque, l’a intériorisé ainsi, et l’a écrit noir sur blanc dans son document de conclusions. »

Ainsi, comme tout social-traître digne de ce nom, il veut faire passer les défaites et les redditions des organisations révolutionnaires armées du siècle dernier, notamment d’Amérique latine, pour des victoires, et tente la même chose avec le mouvement de libération basque : lui et sa clique vendent (le plus souvent plutôt en privé), l’arrivée au « processus démocratique » comme une victoire permise par toutes les années de lutte, notamment de lutte armée ! Avec des jongleries dialectiques comme « La gauche abertzale n’est pas née pour résister, elle est née pour gagner » (Otegi), ou d’autres lamentables escroqueries : « Sur le terrain militaire, l’Etat est plus fort que nous, mais sur le terrain politique il est faible et n’a aucun argument, donc la victoire viendra par le terrain politique »… (16)

Mais ce qui est véritablement triste, est que d’autres, notamment ETA, vendent également officiellement cette version pour essayer de « justifier » la capitulation.

Malgré tout, peu nombreux sont ceux qui y croient vraiment, tout le monde étant plus ou moins conscient que c’est exactement l’inverse : la répression et les insuffisances et les erreurs du mouvement de libération, ont mené à cette situation. En effet, car la contradiction de ce discours saute très vite aux yeux : d’un coté les réformistes affirment que le « changement stratégique » était une nécessité car la gauche abertzale était très affaiblie, c’est-à-dire pour eux, sans représentation institutionnelle, tandis que beaucoup de militants honnêtes en sont venus à penser que ce processus était la seule alternative à l’affaiblissement militaire d’ETA et de la kale borroka. Mais de l’autre côté, ils affirment que « la lutte armée a créé les conditions pour le processus démocratique »… C’est-à-dire qu’elle aurait apparemment changé quelque chose à la situation, qui permette un développement de la lutte de libération dans la légalité et le pacifisme !!

Une autre tentative absolument ridicule a été la récente interview de Rufi Etxeberria, où il osait parler de « révolution démocratique nationale » (17). Alors que depuis deux ans celui-ci s’était borné à faire des déclarations parmi les plus honteuses…

Le vernis pseudo-« révolutionnaire » ne pouvait évidemment pas cacher grand chose. Si pendant longtemps, beaucoup ont nié avec force l’évidence de la trahison, cela est devenu chaque fois plus difficile, au fur et à mesure que l’on a assisté à des déclarations et des initiatives, avec une multiplication ces derniers mois, de plus en plus abjectes.

Deuxième partie

Voici donc un récapitulatif non-exhaustif de ces « exploits », qui vont rester de triste mémoire… Après la présentation de « Zutik Euskal Herria » en février, vint fin mars 2010, sous l’impulsion de l’avocat sud-africain « spécialiste de la résolution des conflits » Brian Currin, la « Déclaration de Bruxelles », signée par une belle brochette d’impérialistes et de pantins de l’impérialisme (18).

Un nombre important d’ »incidents » eut lieu durant les fêtes à l’été 2010. En juin, un poste de la Ertzaintza fut attaqué, que la gauche abertzale qualifia de « hors de sa stratégie » (19). Durant les mois de juillet et août, un nombre très important de containers furent incendiés. A cela, les liquidateurs réagirent ainsi : « Cela induit la gauche abertzale à penser que derrière ces actes se cache une intentionnalité politique de casser la dynamique revendicative » (20).

En septembre 2010, à l’annonce de l’interdiction d’une manifestation, les réformistes, pour montrer leur « respectabilité », déclarèrent qu’ils « priaient instamment les citoyens », « depuis la responsabilité et avec détermination » à ne pas se rendre à Bilbo, « pour ne pas tomber dans des provocations et éviter des troubles » (21).

Si au début certains vendaient l’idée que certes, ETA et la kale borroka c’était fini, mais que l’on ne renonçait pas pour autant à toute action illégale, que l’on impulserait la « désobéissance civile » (exactement le même discours qu’Aralar en 2000 !), cet événement et tous les autres depuis deux ans ont prouvé qu’il ne s’agissait que d’un mensonge de plus, cette « désobéissance civile » étant totalement inexistante. Les voies « politiques et démocratiques » dans la bouche des sociaux-traîtres sont ce qu’elles sont : purs parlementarisme et légalisme.

Fin septembre fut signé l’Accord (Reddition…) de Gernika par de multiples partis, organisations et syndicats. On y préconisait notamment « la réconciliation et la reconnaissance et de réparation de toutes les victimes ». Ils n’ont pas cessé d’affirmer que cela concernait vraiment TOUTES les « victimes », c’est-à-dire qu’ils mettent sur le même plan les militants basques et, entre autres, les tortionnaires fascistes des forces de police espagnoles.

En octobre, vint la fameuse interview d’Arnaldo Otegi dans El Pais. Il y eut quelques jours plus tard une série d’actions de kale borroka (22).

Le 20 novembre 2010, à l’hommage annuel à Santi Brouard et Josu Muguruza, assassinés par le PSOE-GAL en 1984 et 1989, les liquis y invitaient les veuves de deux agents de la Ertzaintza exécutés par ETA (dont le chef du renseignement anti-ETA…) (23). La salle fut apparemment assez vide, et il y eut des huées contre la Ertzaintza…

En décembre 2010, Txelui Moreno déclarait : « Ceux qui ne sont pas en accord avec la voie que nous avons prise en marge de la violence, ne pourront pas être dans la gauche abertzale » (24). Et il répétait exactement la même chose en février 2011 (25).

Après l’annonce par ETA en janvier 2011 d’un « cessez-le-feu général, permanent et vérifiable », les liquidateurs faisaient appel au « Groupe international de contact » de Brian Currin, composé par rien de moins que d’un ex secrétaire-général d’Interpol, deux ex-intermédiaires de la pacification impérialiste dans le Nord de l’Irlande, et d’un ancien conseiller du ministre de la défense israélien lors des « négociations de paix » de Camp David en 2000 (26) !!!

En février 2011, ce fut la présentation des statuts IMMONDES de Sortu, qui, avaient prévenus les liquidateurs, respecteraient la Loi des Partis.

Les liquis affirmèrent alors leur « rejet ferme et sans équivoque de tout acte de violence et de terrorisme et de leurs auteurs », le « rejet de n’importe quel genre de connivence politique et organisationnelle avec la violence, avec les formations et les instruments politiques qui ont été illégalisés à cause de cette connivence, ainsi que n’importe quelle manifestation de ce phénomène terroriste » (27), et leur « volonté de contribuer avec les autres acteurs politiques et sociaux à la disparition totale et définitive de toute sorte de violence, en particulier de celle d’ETA » (28), et promettant l’expulsion de n’importe quel militant qui ne respecterait pas ce « rejet de la violence ».

Ils ajoutèrent ensuite, en sollicitant l’inscription dans le registre des partis politiques, dépassant allégrement les strictes exigences de la Loi des Partis :

« Il n’existe pas de similitude avec Batasuna parce qu’ont été modifiés les éléments essentiels de ce qu’était Batasuna, et parce que la nouvelle formation matérialise dans ses statuts une rupture organique, fonctionnelle et d’activité » avec le parti interdit.

« Les statuts  ne sont pas simple rhétorique formelle. Ce sont des faits et, en plus, des faits indiscutables qui mettent en évidence une position et des compromis en faveur de la fin de la violence. Bien qu’en eux même ils ne servent pas à garantir cet objectif, ils constituent un instrument extrêmement efficace pour mettre fin à la violence d’ETA. »

« Les statuts de Sortu et sa légalisation conduiront à la fin de la violence au Pays Basque et dans l’Etat, parce qu’ils représentent l’étranglement définitif de n’importe quel espace social et politique pour que ceux qui la pratiquent puissent continuer avec leur activité, et quel que soit le processus de sa disparition, il est évident que celle-ci s’accélère. »

« Les statuts  de Sortu encouragent le processus de disparition de la culture politique de la violence dans la société basque. » (29)

« Sortu est absolument étranger à n’importe quel genre de connivence avec la violence et le terrorisme et par conséquent, à donner une continuité aux conduites qui ont provoqué l’interdiction de Batasuna. » (30)

Ainsi, après 30 ans de criminalisation par l’Etat espagnol, dont 15 d’illégalisations, des années à dénoncer des centaines et des centaines de farces de procès, ils ont donné crédit absolu aux thèses de l’Audiencia Nacional et du juge Garzon selon lesquelles « Tout est ETA » et qui ont servi à l’interdiction de toutes les organisations ces quinze dernières années !!!

Ils ajoutaient : « La Loi des Partis n’envisage pas l’exigence de rejeter les crimes passés d’ETA.  C’est aujourd’hui, avec ETA en suspension de ses activités terroristes, quand cela a une authentique transcendance que de la gauche abertzale naisse une force politique qui rejette de manière indubitable la violence et le terrorisme de cette organisation et contribue avec les autres agents politiques et la société dans son ensemble à la laisser orpheline de n’importe quel soutien social et politique » (31).

La condamnation des actions passées d’ETA fut donc la seule ligne rouge qu’ils ne passèrent pas, pas encore… Il faut ajouter qu’il n’y avait volontairement pas la moindre allusion aux prisonniers politiques basques dans les statuts.

Depuis « Zutik EH », les critiques et les oppositions claires s’étaient multipliées, mais ces statuts déclenchèrent un bouillonnement important dans les bases de la gauche abertzale, Au lendemain de la présentation des statuts, des militants quittèrent les structures, des graffitis apparurent en masse.

Peu de temps après, deux actions de kale borroka furent réalisées, en commémoration du massacre par la police de 5 ouvriers le 3 mars 1976 lors des grèves à Gasteiz (32). Au même moment eut lieu l’arrestation d’un commando d’ETA.

Il fut particulièrement écœurant de voir que Sortu garda volontairement le silence sur l’arrestation des militants. Le gouvernement leur dit que Sortu « se trouvait devant une opportunité parfaite pour se démarquer de la violence ». Sortu leur répondit que « dans leurs statuts étaient inclus le rejet de tout type de violence, où sont inclus les actes de violence de rue, les mauvais traitements et la torture ». Ils dirent qu’ »ils n’iraient pas plus loin que cette déclaration exprimée par écrit jusqu’à ce qu’il soit une organisation légale ». Ils assurèrent qu’ »à partir de ce moment, le parti assumera sans aucun type de doutes la responsabilité pour gérer de manière ferme et cohérente tous les principes et engagements assumés sur le papier » (33) (ça promet !!!).

Mais ensuite, les misérables de Sortu condamnèrent les actions de kale borroka, et un soi-disant projet d’attentat contre le social-fasciste Patxi Lopez, président de la Communauté autonome basque (CAV), arraché sous la torture aux militants d’ETA !!! (34)

Début avril, eurent lieu dans l’Etat français des tirs supposés de membres d’ETA lors d’une course-poursuite avec des gendarmes. Bildu déclara « rejeter l’incident » (35). La direction de la gauche abertzale se caractérisa par une réaction pire que celle de Bildu : « Les engagements pris par ETA avec le cessez-le-feu ne sont absolument pas compatibles avec la fusillade », qui est « incompréhensible et injustifiable ». « Ainsi, la gauche abertzale la rejette tant par sa gravité que parce qu’elle entrave la nouvelle phase ouverte en Euskal Herria ». « Nous demandons à ETA de ratifier ses engagements et de fournir dès que possible les explications pertinentes pour que soient éclaircis les faits. » (36) Tout cela sans qui plus est absolument rien connaître des conditions de la fusillade !!

Et si ce n’était pas suffisant, Sortu en rajoutait une couche avec un autre communiqué où le parti soulignait entre autres « son rejet sans équivoque et éthique à l’usage de tout type de violence » (37)

Fin avril, à l’occasion de l’Aberri Eguna (Jour de la Patrie), apparurent dans tout Hegoalde (Pays Basque Sud), des tags disant « Gora gudariak » (« Vive les combattants »). Le 27 avril, les réformistes, entre autres des délégués de LAB, organisaient un rassemblement en soutien à un prisonnier repenti cherchant à se faire réembaucher, rassemblant une vingtaine de personnes (38).

Le même mois, Bildu, coalition entre EA, Alternatiba et des « indépendants abertzale de gauche », annonçait que chaque candidat de ses listes pour les élections du 22 mai devrait signer « un engagement à s’opposer par tous moyens légitimement en son pouvoir à toute violation des droits humains et à l’usage de la violence » (39).

Les élections municipales et forales de mai 2011 furent source de grande joie pour les liquidateurs, en apparence confortés dans leur projet. On ne peut pas vraiment dire que la contestation apparut dans les résultats électoraux. Bildu, obtenait 313 000 voix (40), remportant notamment la mairie de Donostia et la Diputacion Foral de Gipuzkoa.

Ce résultat « historique » est bien sûr à relativiser, car il est difficile de quantifier quelque chose dans ces élections. D’une part, l’abstention fut forte comme toujours, près de 40 %, et elle augmenta un peu en Nafarroa et Araba, à la quelle il faut ajouter les votes blancs et nuls. Bildu compta avec les voix d’EA, d’Alternatiba (une partie d’IU), tandis qu’Aralar connut une plus que prévisible saignée. Tous les observateurs, de la gauche abertzale compris, s’accordent à dire que la coalition a reçu les votes de personnes et de secteurs qui n’avaient absolument rien à voir avec la gauche abertzale (41).

D’autre part, sachant qu’il s’agit d’élections municipales, municipalités où la gauche abertzale a jusqu’à présent généralement tâché de défendre les intérêts populaires, bien que cela nécessiterait un large débat  avec une analyse des évolutions dans ce domaine ces 30 dernières années, et étant donné en plus que Bildu a failli être illégalisé, beaucoup de militants critiques ont voté pour Bildu « faute de mieux », « pour dégager le PPSOE et le PNV »… etc.

Il est bien sûr évident que l’ensemble des 313.000 voix ne sont pas en soutien à la liquidation et au réformisme, bien qu’une importante partie le soit. Dans tous les cas, ces votes n’ont clairement qualitativement rien à voir avec les 250 000 votes de Herri Batasuna de la grande époque, ou des 150 000 de ces dernières années…

Après le succès de Bildu, Pello Urizar d’EA et Oskar Matute d’Alternatiba, déclaraient immédiatement que ces résultats « impliquent le retrait définitif d’ETA ». Ils assurèrent que « les indépendants abertzale de gauche » de Bildu aussi « considèrent que la violence ne peut pas être une voie pour agir ni une excuse. Nous sommes dans une autre étape, et celle-ci est bien la définitive ». « ETA doit disparaitre et les mécanismes pour qu’il en soit ainsi doivent se mettre en marche ». « Si une fois ETA a eu un soutien social, maintenant elle l’a perdu ».

Pello Urizar souligna que Bildu « est arrivé aussi pour gérer, et ne va pas être un simple pari pour le non, mais pour construire ». « Nous mettrons à présent notre programme sur la table en voyant la volonté des autres partis car nous croyons qu’il y a une possibilité d’arriver à des accords » (42). Ils disaient là une fois de plus clairement que leur objectif est la pleine intégration dans les institutions bourgeoises.

Ce n’est pas pour rien que le PNV laissa Bildu gagner la Diputacion de Gipuzkoa en refusant l’alliance que lui proposaient le PP et le PSOE. Contrairement à ce qu’il avait fait en 1991 en s’alliant au PSOE lorsque Herri Batasuna avait obtenu la majorité…

Bildu se montra notamment près à un pacte pour  gouverner avec le PSOE en Navarre contre l’UPN, mais ces deux derniers se sont alliés (43)… On assistait également à des pactes avec le PSOE et même avec le PP dans certaines villes ! (44) A la mairie de Donostia, le drapeau espagnol continue toujours de flotter bien haut, et la grande pancarte disant « ETA NO » n’a pas bougé…

Carlos Garaikoetxea, premier président de la CAV dans les années 1980 pour le PNV et fondateur d’Eusko Alkartasuna, dit très clairement, qu’après la victoire de Bildu en Gipuzkoa, la construction du TGV n’allait en aucun manière que ce soit être arrêtée : « Que quelqu’un regarde le programme de Bildu et il verra que cela n’apparaît à aucun endroit. De plus, très significativement le candidat au poste de député général a dit que cela n’est même pas la compétence de Bildu. C’est la manière la plus frontale de le démentir. Nous avons seulement proposé des corrections : nous ne voulons pas un Y, mais un H, pour structurer le Pays Basque avec la Navarre » (45).

En août, la question « EA a-t-elle perdu une partie de sa personnalité dans cette coalition ? », le même Garaikoetxea répondait : « J’ai la conviction, d’abord, que l’apport d’EA a été essentiel. Et, bien que naturellement tout le monde ait à renoncer à un certain protagonisme, je crois que l’évolution de Bildu est influencée au niveau idéologique par un rapprochement vers des postures social-démocrates, vers un centre gauche modéré. C’est ce qui est à observer dans la gestion. » Et répétait : « Personne dans Bildu n’a dit que l’on veut paralyser le TGV. » (46)

Une action très critiquée fut qu’en septembre Bildu, pour prouver sa « responsabilité », vota avec le PP, le PSOE et le PNV, en faveur de la fusion des caisses d’épargnes Kutxa, BBK et Caja Vital en une banque, alors qu’ils s’y opposaient jusqu’à alors. Bildu s’est fait alors critiquer par la gauche par le syndicat ELA (47), qui n’est pourtant pas la gauche abertzale…

Fin juin et début juillet 2011 avait lieu le procès dit « Bateragune » contre Otegi et 7 autres coaccusés. On assista là à la confirmation de quelque chose d’absolument honteux, d’une manière tout simplement hallucinante.

Jusque là, les liquidationnistes paraient leur projet de « légitimité », et ils le répétaient à satiété : le choix des voies « politiques et démocratiques » était soi-disant le fruit d’un débat mené durant l’hiver 2009-2010, selon les chiffres officiels, parmi 7500 militants, dont 5800 (80 %) avaient approuvé le texte « Zutik Euskal Herria ».

Pourtant, depuis le début, des militants remettaient fortement en doute la nature « démocratique » de ce débat : un texte ne remettant pas en cause la nécessité d’une stratégie politico-militaire, « Mugarri » (48), aurait été volontairement occulté et n’avait pas été présenté dans les assemblées, des militants critiques expulsés des assemblées ou non informés des réunions… Les militants soulignaient de plus que ces assemblées étaient exceptionnellement courtes pour décider d’un changement stratégique de cette ampleur.
Cependant, quand bien même le choix de Zutik EH aurait été démocratique, il faut souligner ce texte ne disait absolument pas tout ce qui fut fait depuis : les statuts de Sortu, l’unilatéralité totale, la demande de reddition à ETA… etc.

Et devant les tribunaux fascistes, Otegi, Rafa Diez, et compagnie, reconnaissaient l’existence du document Mugarri, après que les réformistes en aient farouchement niés l’existence dans les assemblées, disant que ce n’était qu’une invention des flics et des médias. Ils avouèrent qu’ils en avaient volontairement bloqués la diffusion, et que 4 personnes décidèrent que le débat devait se faire autour d’une seule proposition ! (49)

Le comportement d’Otegi et de sa clique fut absolument écœurant puisqu’ils ne dénoncèrent à aucun moment l’Etat espagnol et son appareil judiciaire, mais se présentèrent au contraire comme les « gentils » face aux « méchants » d’Ekin qui voulaient continuer la lutte armée, qu’ils vendirent littéralement (50).

Otegi résuma la politique des liquis depuis deux ans : « Nous voulions réorienter la ligne politique de la gauche abertzale par la voie des faits » (51), c’est à-dire face à ceux qui étaient opposés à leur ligne et qu’ils n’avaient nullement consultés, ETA, le Collectif des Prisonniers Politiques Basques (EPPK), l’organisation révolutionnaire de jeunesse Segi, et Ekin, organisation de dynamisation et de coordination de la gauche abertzale. Car Otegi savait parfaitement que pour toutes ces organisations la sacro-sainte « unité » de la gauche abertzale prévaudrait, malgré les désaccords et toutes ses basses manœuvres.

« L’utilisation de la violence, loin de résoudre les problèmes, les enkyste et les rend encore plus difficiles. » (52) « La stratégie militaire d’ETA est de trop et entrave. » « Nous voulons l’arrêt définitif de la violence armée et le démantèlement de la structure militaire. » « Nous avons fait virer le transatlantique de la gauche abertzale et pour virer, les grands transatlantiques ont besoin de beaucoup de mètres, on ne peut pas le faire en une fois. » « Je suis fier et satisfait d’avoir fait virer le transatlantique de la gauche abertzale. » « Nous avons commencé en étant quatre ou cinq et nous sommes à présent 313 000. » (53)

Ces révélations d’Otegi vinrent démolir complètement, entre autres, la version vendue aux militants récalcitrants, selon laquelle, tout le « processus » était fait avec l’accord d’ETA, que c’était même elle qui avait fixé cette ligne… Il faut ajouter qu’Otegi a eu exactement le même comportement lâche et honteux à au moins deux autres procès. (54)

On peut noter ici quelque chose de très intéressant, c’est que, dans les mouvements et partis révolutionnaires, la ligne de droite, opportuniste et bourgeoise, ne s’impose quasiment JAMAIS « à la loyale », en jouant « fair-play ». Nous en avons de nombreux exemples :

En URSS, pour imposer leur ligne bourgeoise Khrouchtchev et les autres révisionnistes menèrent des intrigues incessantes. Les marxistes-léninistes, comme Jdanov en 1949, furent assassinés. Quelques mois avant la mort de Staline en 1953, tout le système de sécurité qui le protégeait était démantelé. Lorsque Staline fut retrouvé inconscient par la garde, personne ne prévint de médecin… En 1957, la majorité marxiste-léniniste de la direction du Parti fut éliminée par les Khrouchtchevistes. (55)

En Chine en 1976, à la mort de Mao, pour restaurer le capitalisme la clique de Deng Xiaoping arrêta la « Bande des Quatre  » et assassina des dizaines de milliers de communistes.

Au Salvador, les partisans de la ligne bourgeoise orchestrèrent le « suicide »-assassinat de Salvador Cayetano Carpio en 1983, représentant dans le FMLN la ligne de la Guerre Populaire Prolongée (56).

En Irlande, l’exemple de la clique Gerry Adams-Martin McGuinness est absolument édifiant. Il y a d’une part le rôle absolument dramatique et criminel d’Adams lors des grèves de la faim de 1981 (57). En 1986, ils imposèrent lors du congrès du Sinn Féin l’abandon de l’abstentionnisme. Leurs opposants, qui n’étaient autre que la plupart des fondateurs et dirigeants de l’IRA et du Sinn Féin provisoires, soulignèrent d’importantes irrégularités dans cette décision, et formèrent Republican Sinn Féin et l’IRA – Continuity Army Council (58). Entre 1987 et 1992, l’IRA provisoire perdit tant de membres et à un rythme si élevé que cela semblait à peine possible, notamment l’embuscade de Loughall en 1987, dans laquelle tomba une des meilleures unités de l’IRA, fermement opposée à la ligne de la clique d’Adams (59). Gerry Adams était par ailleurs en pourparlers secrets avec le gouvernement britannique dès 1982, alors que personne n’en savait rien au sein du mouvement républicain !

Au Népal, les « accords de paix » de 2006 entre le Parti Communiste maoïste et l’Etat bourgeois se firent alors que d’importants dirigeants révolutionnaires étaient emprisonnés en Inde (60). Depuis 2006, la clique Prachanda-Batharrai a systématiquement violé toutes les décisions prises dans les réunions du Parti, la dernière étant la remise des clés des containers d’armes de l’Armé Populaire de Libération (61).

C’est-à-dire que, même si on ne peut parler d’ »agents infiltrés », les tenants de la ligne de droite agissent de fait véritablement comme des saboteurs, des criminels et des agents de l’impérialisme, parfois en relation directe avec celui-ci. On constate là que la ligne de droite a une dimension éminemment conspiratrice. En Euskal Herria, ils n’ont pas dérogé à la règle…

Le 5 juillet, la Diputacion de Gipuzkoa « rejeta » une attaque contre un monolithe en mémoire de Juan Mari Jauregi, dirigeant du PSOE et Gouverneur civil de Gipuzkoa, exécuté par ETA en 2000 (62). Le 27 juillet, la municipalité Bildu de Tolosa « rejetait » l’attaque contre le monolithe, et décidait de financer sa réparation (63)

Le même mois, Rafa Larreina, membre de Bildu et de l’Opus Dei (!!!), disait clairement :
« Bildu n’est pas ETA et, de plus, c’est Bildu qui obtient qu’ETA cesse d’exister. » (64).

Le 5 août, Bildu présentait « une offre de coalition visant la défense des droits d’Euskal Herria » aux élections au sénat et au congrès espagnol le 20 novembre 2011, à destination d’Aralar, mais également… du PNV (65) ! Le PNV refusa, sans surprise Aralar donna sa réponse positive un mois plus tard (66), et Bildu est devenu « Amaiur ».

Alors que la nature réactionnaire et totalement soumise à la grande bourgeoisie du PNV est démontrée et prouvée chaque jour depuis plus de 30 ans, Sortu-Bildu osait cette proposition indécente, prouvant sa soumission aux intérêts de la bourgeoisie. En réalité, le PNV n’est définitivement que le « bras régional » de la grande bourgeoisie monopoliste espagnole (nous analyserons cela dans la seconde partie).

Quant à Aralar… Lorsque ce « courant », derrière son leader Patxi Zabaleta, se scinda de la gauche abertzale il y a 11 ans, le parti fut qualifié unanimement de TRAÎTRES et combattu par tous les militants de la gauche abertzale, donnant lieu à un dur affrontement.

Face à ceux qui « osaient » dire que Batasuna avait pris le même chemin qu’Aralar avec 10 ans de retard, « taper » sur Aralar (mais pas sur EA, pourtant avec un curriculum bien pire !!!) était devenu un des seuls moyens pour tenter de « resserrer les rangs ». C’était la seule réponse possible des réformistes, puisque évidemment, aucun défenseur de la « nouvelle stratégie » n’est capable d’expliquer quelles sont les différences idéologiques avec Aralar.

Par exemple, en décembre 2010 Txelui Moreno déclarait : « A cette époque, Aralar fit une réflexion, se présenta et le parti fut légalisé. Nous, nous avons fait une réflexion pour avancer par des voies pacifiques et ils nous emprisonnent. La différence fondamentale avec Aralar est que nous, nous ne renonçons pas à la confrontation politique avec l’Etat pour atteindre nos objectifs politiques, qui sont l’indépendance et le socialisme. » (67)
Et il répétait exactement la même chose en février 2011, au lendemain des statuts de Sortu (68).

Nous verrons un peu plus loin si ce qu’il dit là a un sens, et quelle sont les raisons de ce traitement différencié par l’Etat espagnol d’Aralar et de la gauche abertzale. En tout cas, un des arguments pour expliquer la soi-disante différence entre les deux, était qu’Aralar semblait tout faire pour ne pas s’allier avec eux. La raison en est extrêmement simple : jusqu’à il y a peu, dans le domaine de la trahison et de la malhonnêteté, Aralar était bien au-dessus de la direction de Batasuna. Mais l’union avec Aralar vint démolir tout cela de A à Z… Les réformistes ajoutaient qu’ils souhaitaient former un groupe parlementaire avec ERC…(69)

Le 8 août, Bildu se rendait à l’hommage au chef du patronat Joxe Mari Korta exécuté par ETA en 2000. Le membre de Bildu Oskar Matute assurait que les personnes qui assistèrent à l’hommage représentaient « avec une normalité absolue et catégorique l’ensemble de Bildu » (70).

Il faut souligner ici qu’un des fils reliant tous ces événements depuis deux ans à été la censure sélective systématique par le journal Gara, des déclarations un peu trop « choquantes » des dirigeants de la gauche abertzale. Cet article (71) en est un exemple parfait. Gara écrit que « des membres d’EA » sont allés à l’hommage de Joxe Mari Korta, pour éviter le mot « Bildu » qui n’apparaît qu’une seule fois dans l’article…

Et évidemment, depuis deux ans le journal n’a pas accordé la moindre audience dans ces colonnes aux personnes et secteurs critiques du « processus », à part des éditoriaux et des articles des « nouveaux » théoriciens « révolutionnaires » pleins de sous-entendus, notamment en défense de la fusion des caisses d’épargne (72). Ajoutons qu’une telle censure s’exerce aussi sur internet, sur le site « Kaosenlared » où des dizaines et des dizaines de commentaires critiques sont effacés par article…

Le 10 août, Juan Karlos Izagirre, le maire de Donostia, déclarait : « La dissolution d’ETA est proche ». « Pour notre part nous mettons tout notre possible et il s’agit d’un processus irréversible ». « Pour moi l’idéal serait un hommage auquel les dirigeant de n’importe quel parti pourrions aller sur les victimes de toutes les couleurs ». « Nous luttons pour obtenir ce scénario » (73).

Le 13 août, dans une manifestation à Donostia qui fut par ailleurs un vrai flop, pour la première fois dans un acte public, les liquis « rejetèrent sans réserve » les attaques contre les monolithes de Juan Mari Jauregi et Fernando Mugica, autre dirigeant du PSOE exécuté en 1996. « Il n’est pas admissible que l’on attaque ainsi la mémoire des victimes de la violence » (74). Le 16 août, Juan Karlos Izagirre trinquait avec les élus du PP (75) ! Cela fit d’ailleurs scandale au sein du PP… Le 19 août, Txelui Moreno osait dire que  « le conflit armé est terminé ou presque terminé » (76), avec 700 prisonniers qui croupissent dans les geôles espagnoles et françaises ! Le même jour, dans une conférence en Catalunya, le député général de Gipuzkoa Martin Garitano, déclarait : « Ce qui s’est passé en Catalogne fut plus qu’une erreur », en parlant de l’attentat d’Hipercor à Barcelone en1987, qui fit 21 victimes.

Cela est simplement honteux, car la responsabilité de ce massacre est totalement celle de la police espagnole, qui refusa d’évacuer le magasin malgré les multiples appels d’ETA. Même la « justice » espagnole dut le reconnaître en condamnant l’Etat à verser des indemnités aux familles des victimes.

A ceux qui lui demandaient pourquoi il ne demandait pas « clairement » la dissolution d’ETA, il répondit  « Si tu dis que tu ne veux pas qu’il y ait de violence politique, tu es en train de dire que tu ne veux pas que ces formations existent. Ce qui ne me plaît pas à moi est que quelqu’un me dicte les paroles que j’ai à dire. » « Si nous le faisions, ça ne servirait à rien non plus. Ils nous exigeraient autre chose » (77).

Fin août apparurent lors des fêtes de Bilbo des dizaines de « Gora ETA » (78).

Début septembre, Bildu annonçait qu’il ne boycotterait pas la « Vuelta » d’Espagne, qui passait par Euskal Herria pour la première fois depuis 33 ans : « En tenant en compte la situation politique que vit Euskal Herria il est temps de participer et, pour cela, au passage de la Vuelta nous agirons avec responsabilité et respect, mais en même temps, en revendiquant que nous sommes en faveur du cyclisme, contre les impositions et qu’Euskal Herria est une nation » (79).

Le 26 septembre les princes d’Espagne devaient assister à l’inauguration du « Basque Culinary Center » à Donosti. Martin Garitano et Juan Karlos Izagirre devaient y assister aussi. Le 14 septembre, les porte-paroles du conseil municipal déclaraient qu’ »en principe », Izagirre assistera « sans aucun type de problèmes » à cet acte avec les princes. Martin Garitano ne confirma pas ni ne nia sa présence à l’inauguration. Il déclarait qu’ »il est très tôt pour annoncer quoi que ce soit, et l’acte n’est pas encore dans l’agenda » (80).

Le 19 septembre Garitano disait « qu’il est invité à l’événement et l’agenda de la semaine qui vient n’est pas clôt ». Sur la coïncidence possible avec les princes, il affirma que « la diputacion ne fera pas question de principes de ces choses ». « Ce n’est pas une photographie, plus ou moins spectaculaire, qui va conditionner notre action de Gouvernement. Nous travaillons dans notre maison et donnons la bienvenue à qui vient avec bonne volonté, avec respect pour le lieu où il arrive, et nous allons faire de la politique sans simagrées. » « Le protocole est le protocole, et le respect mutuel est le respect mutuel » « Nous voudrions s qu’on respecte aussi notre peuple et sa capacité de décision » (81). Et le 20 septembre, il affirmait enfin qu’il n’irait pas à l’acte avec les princes, « parce qu’ils sont le symbole de la négation de ce peuple ».

Le 23 septembre 2011 fut créé la « Commission internationale de vérification » du cessez-le-feu d’ETA, formée entre autres par Ray Kendall, secrétaire général d’Interpol pendant 15 ans (également membre du Groupe international de contact), Ram Manikkalingam, conseiller principal de l’ancien président du Sri Lanka dans le « processus de paix », et qui « participa dans la résolution des conflits » en Irak (!!!) et en Irlande où il fut « facilitateur » dans les « négociations » pour le désarmement de l’INLA, et Satish Nambiar, ex-vice-chef de l’Etat major des forces armées génocidaires d’Inde… (82). ETA annonça le 1er  octobre « sa disposition à collaborer avec cette commission ». (83)

A la fin du mois de septembre, la mairie PNV de Bilbo ordonnait la destruction du gaztetxe Kukutza du quartier Errekalde, pour satisfaire les intérêts immobiliers du propriétaire.

Face à cette agression contre tout un quartier ouvrier et populaire et à la sauvagerie sans limite des zipaio (agents de la ertzaintza), qui blessèrent des dizaines et des dizaines de personnes, et en arrêtèrent autant, le peuple répondit par la résistance, une résistance admirable (84). Démenti cinglant de tout les discours pacifiste et social-traître de la direction de la gauche abertzale, preuve éclatante que nier et « rejeter » misérablement un principe universel et fondamental tel que « Là où il y a oppression, il y a résistance », n’a jamais empêché que, tôt ou tard, la résistance populaire ressurgisse toujours face à l’injustice. En plus des milliers de manifestants, le bilan officiel fut de près de 600 containers renversés dans toute la ville, dont 60 et plusieurs véhicules incendiés, deux sièges du PNV caillassés, un distributeur bancaire incendié.

La direction de la gauche abertzale, comme à son habitude, eut des déclarations tordues, en condamnant une partie des « incidents », ceux qui eurent lieu dans le quartier Uribarri, « hors de propos et injustifiables ». Ils exprimèrent « leur solidarité » à un homme qui subit des brûlures en essayant de retirer un container en flammes, et aux « habitants du quartier ». « Ce qui est arrivé à Uribarri dénature la lutte en défense de Kukutza et renforce la position intransigeante d’Azkuna. » (85)

Enfin, le 17 octobre 2011, avait lieu la fameuse « Conférence de Paix », avec les criminels impérialistes Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU entre autres au moment de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, Jonathan Powell, chef de cabinet de Tony Blair, et Pierre Joxe, entre autres ministre de l’Intérieur français à l’époque des assassinats du GAL en Iparralde (Pays Basque Nord). A ceux-ci ajoutons l’exportateur de capitulation en chef Gerry Adams, l’ancien premier ministre irlandais Berthie Ahern et l’ancienne première ministre norvégienne Gro Harlem Brundtland. (86)

Voici la conclusion de la déclaration qu’ils rédigèrent :

« Nous invitons l’ETA à déclarer publiquement l’arrêt définitif de toute action armée et à solliciter le dialogue avec les gouvernements d’Espagne et de France pour aborder exclusivement les conséquences du conflit. Si une telle déclaration est faite, nous encourageons vivement les gouvernements d’Espagne et de France à bien l’accueillir et à consentir à l’ouverture d’un dialogue traitant exclusivement des conséquences du conflit.

De notre expérience dans la résolution de conflits, il y a souvent d’autres sujets qui, s’ils sont abordés, peuvent aider à atteindre une paix durable. Nous suggérons que les représentants politiques et acteurs non-violents se rencontrent pour discuter des questions politiques et, en consultation avec la population, de tout autre sujet qui pourrait contribuer à créer une nouvelle ère pacifique. De notre expérience, les observateurs tiers ou les médiateurs facilitent un tel dialogue. Ici, le dialogue pourrait, si les personnes impliquées le souhaitent, être accompagnées par des médiateurs internationaux. Nous conseillons que des mesures conséquentes soient prises pour promouvoir la réconciliation, apporter reconnaissance, compensation et assistance à toutes les victimes, reconnaître le tort qui a été causé et tenter de soigner les plaies, au niveau des individus comme de la société. Nous sommes disposés à constituer un comité pour accompagner la mise en œuvre de ces recommandations. » (87)

Comme on le voit, évidemment pas la moindre allusion aux CAUSES du conflit, la négation du droit à l’autodétermination (et ne parlons même pas de l’oppression capitaliste et fascisante des Etats !). C’est le propre d’une capitulation. Rien de moins que Jimmy Carter, Tony Blair et George Mitchell déclarèrent soutenir la déclaration… (88) Le lendemain, les liquidationnistes de la gauche abertzale exprimèrent « leur adhésion à toutes et à chacune des conclusions de la conférence » (89). Le 20 octobre, venait donc le fameux communiqué d’ETA…

Troisième partie

Voyons à présent quelle a été la réponse des Etats face à tout ces « pas » faits par la direction de la gauche abertzale. Le fait est que l’Etat espagnol comme l’Etat français ont méprisé royalement les appels des réformistes en faveur d’un processus qui « édulcorerait » la capitulation ; la bourgeoisie veut la reddition immédiate et inconditionnelle d’ETA. Même « l’arrêt définitif de l’activité armée » ne leur suffit pas, à part peut être en apparence pour le PSOE, qui a déjà fait ses valises. Le PP exige que les militants d’ETA se rendent et que les caches d’armes soient remises, rejoints semble-t-il en cela par l’Etat français (90).

Depuis le début du « processus », l’Etat espagnol n’a absolument pas bougé d’un iota, alors que les sociaux-traîtres osent dire que nous sommes entrés dans une « nouvelle ère ». Nouvelle ère pour qui ? La surenchère répressive n’a jamais cessé, avec la collaboration indispensable de l’Etat français, d’innombrables rafles contre toutes les organisations, suivies comme toujours de tortures, et la situation des prisonniers n’a fait que s’aggraver. Malgré son comportement ignoble au procès, le « groupe d’Otegi » a été condamné à 10 ans de prison ! A part cette exception notoire, on note cependant que les représentants de Batasuna-Sortu ont été épargnés par la répression, qui s’est concentrée sur Segi, Ekin, le Mouvement pour l’amnistie, les avocats des prisonniers, et bien sûr ETA.

Depuis deux ans, le ministre de l’intérieur RuGALcaba et les autres dirigeants les plus fascistes se contentaient de constater « qu’on entendait des choses qu’on n’entendait pas avant », mais que la seule chose qu’ils demandaient était « la disparition définitive d’ETA ». Au mieux, quelques voix au sein du PSOE s’élevèrent en faveur de la légalisation de Sortu, comme Patxi Lopez.

En effet, malgré qu’il remplisse absolument tous les critères de la Loi des Partis, en mars 2011 le tribunal suprême refusa la légalisation de Sortu, pour « continuité avec Batasuna-ETA », la condamnation de la violence n’étant que « formelle », « tactique »,  tout cela obéissant aux  « plans d’ETA ». Les liquis se rabattirent alors sur leur plan B, la coalition Bildu, où ils figuraient en tant qu’ »indépendants abertzale de gauche ». Celle-ci fut également interdite dans un premier temps, mais le tribunal constitutionnel finit par la légaliser en mai 2011, mais à une seule voix près. Le PP et toute l’extrême-droite crièrent au scandale.

Tout cela montre le niveau de fascisation de l’Etat bourgeois espagnol (et donne une idée de ce que ce sera avec le PP au pouvoir !), qui n’a pas hésité à interdire d’élections les sociaux-traîtres de longue date au parcours irréprochable que sont EA et Alternatiba.

Le seul « geste » de Madrid a été la proposition d’un « plan » proposant le « rapprochement progressif des prisonniers » dans l’optique de leur « réinsertion », par Patxi Lopez en septembre 2011 (91).

Même si la répression a en apparence été aveugle, on peut cependant noter qu’Otegi a été rapproché à la prison de Logroño (La Rioja). Beaucoup pensent que son maintien en prison est une manœuvre de l’Etat pour faire volontairement d’Otegi un « martyr », et donner du crédit à son discours démobilisateur. Il a de plus certainement joué un rôle important en prison en diffusant ses thèses liquidationnistes en direction d’EPPK.

Si c’est le cas, il faut dire que c’est très brillamment joué de la part de la bourgeoisie espagnole. Car, que ce soit voulu ou non, son emprisonnement participe de fait à cette  « légitimation » : « Il est toujours emprisonné, ça ne peut pas être un traître réformiste. » C’est cette interprétation simpliste qui prévaut.  La répression inlassable prouverait que « la voie prise est la bonne voix », voire même que « l’Etat n’a jamais eu aussi peur » (sans déconner !).

Cela prouve simplement que l’Etat espagnol ne veut même pas de pseudo-« négociations », et qu’il n’y aura donc pas de  « solution à l’irlandaise ». Pourquoi ? Cela tient à trois raisons :
– La très nette différence de nature entre l’impérialisme britannique et l’impérialisme espagnol ; nous analyserons cela dans la seconde partie de cet article. La conséquence la plus éclatante en est donc que, après 3 négociations ratées (1989, 1998 et 2006) parce qu’ETA a toujours refusé la reddition en échange de… rien, le PSOE a refusé catégoriquement depuis le début du « processus » de négocier, et ne parlons pas de ce qu’il adviendra avec le PP… Même l’annonce de l’ »arrêt définitif de l’activité armée » ne les satisfait pas et ils continuent d’exiger la dissolution. Tout simplement parce que l’Etat espagnol ne PEUT PAS négocier.

Pourquoi ? Parce qu’en en termes de réforme institutionnelle, contrairement à l’Etat britannique dans les années 90, il n’a absolument rien à offrir. Même la seule amnistie de tous les prisonniers politiques basque en échange de la dissolution d’ETA (le fait que celle-ci accepte étant en plus loin d’être acquis, de même que beaucoup de prisonniers s’y opposeraient) n’était en aucun cas dans les projets du PSOE. RuGALcaba  l’a dit : « Il n’y a pas d’amnistie selon notre Constitution ».

En effet, quel en serait l’intérêt pour l’Etat espagnol, à part l’invraisemblable danger de voir des centaines de gudari à nouveau en liberté ! Et surtout, qu’est-ce qui pourrait bien l’y pousser ? Déjà, les associations de victimes ultra-réactionnaires ont averti : « Nous ne tolérerons pas que s’ouvre une ère d’impunité ». Il suffit de voir les campagnes et tollés politico-médiatiques délirants à chaque libération d’un prisonnier d’ETA…  Le ministre de l’intérieur français Claude Guéant déclarait pour sa part : « Les personnes d’ETA actuellement dans nos prisons le sont à titre préventif où pour accomplir leurs condamnations pour des faits précis et dans le cadre d’un procès. Il n’y a pas de raison pour que la justice ne s’applique pas. La justice est un élément fondamental de la démocratie, elle doit s’appliquer. Il n’y a pas de motifs pour que le gouvernement établisse une loi d’exception. » (92)

Rappelons en plus que même en Irlande, les prisonniers républicains n’ont pas bénéficié d’une amnistie, mais d’une libération conditionnelle révocable à tout moment, qui est depuis une épée de Damoclès au dessus de leur tête. Et aujourd’hui des anciens prisonniers sont à nouveau incarcérés parce qu’ils n’ont pas renoncé à leurs idées politiques !

Le fait est qu’après des années de répression et d’illégalisations tout azimut, le gouvernement PSOE, en alliance étroite avec le PP sur la question de la lutte « antiterroriste », s’est retrouvé face à un nouveau scénario : la gauche abertzale semblerait vouloir faire disparaitre elle-même ETA, liquider toute lutte qui déborde la légalité bourgeoise, et rentrer dans le « jeu démocratique ».

Et la seule véritable concession de l’Etat espagnol depuis le début a consisté en la légalisation de Bildu, on l’a dit, à une voix près. Cette décision et les autres tergiversations autour de Sortu, reflètent les contradictions au sein de la bourgeoisie par rapport à sa « gestion » du « problème basque », car il y a pour elle de nouvelles variables. Le label 100 % « démocratique » de Bildu, notamment avec la présence d’EA et d’Alternatiba,  a du par exemple jouer dans la décision du Tribunal constitutionnel, car cette illégalisation était plus difficile à faire passer…

De cette légalisation, de même que de la relative indulgence vis-à-vis de la direction de Batasuna-Sortu (à part les campagnes de criminalisation délirante des médias bourgeois et du PP) on peut conclure qu’il y a eu une volonté de la bourgeoisie PSOE de garder tous les fronts ouverts dans sa lutte contre le MLNV, d’avoir « deux fers au feu », c’est-à-dire y compris la cinquième colonne que sont devenus les Otegistes.

Cependant, la bourgeoisie espagnole sait très bien que la tendance liquidatrice réelle est très faible dans le MLNV. Pour anesthésier durablement le mouvement, il faudrait faire au moins un semblant de concession, mais l’impérialisme espagnol n’en a pas la capacité. Il est tout à fait conscient que s’il n’en fait aucune et se contente d’exiger la dissolution inconditionnelle d’ETA, la gauche abertzale ne restera pas éternellement passive en suivant sagement les consignes de la direction capitularde (cela en sachant de plus qu’il y a toujours une partie qui ne se laisse pas endormir par les illusions dès le début), et que tôt ou tard la lutte reprendra. C’est pour cela que son axe central, à long-terme pour en finir avec la gauche abertzale était, est et restera toujours la répression car il n’a pas les moyens de corrompre durablement le mouvement.

On voit là la différence avec Aralar. Aralar fut une scission d’un secteur totalement social-démocrate de la gauche abertzale, qui ne représentait aucune menace pour l’Etat et ne demandait aucune contrepartie, se mettant à son service pour lutter contre le MLNV. Au contraire, les réformistes actuels agissent (pour le moment) « à la tête » de bases militantes honnêtes, et ce sont uniquement celles-ci, encore une fois à l’exception d’Otegi, qui ont subi la répression depuis deux ans ! De plus, les dirigeants réformistes demandent des contreparties, certes minimales, mais que l’Etat espagnol ne peut aujourd’hui clairement pas accorder .

Il faut s’interroger sur l’évolution de la stratégie répressive espagnole. Alors que des fissures évidentes commencent à apparaitre dans l’ »unité » de la gauche abertzale, on peut parier que la répression va devenir de plus en plus chirurgicale. Comme les dirigeants réformistes ont été épargnés, il est aussi hautement probable que la répression se soit concentrée depuis deux ans sur certains militants au sein même d’ETA.

La clé de toute stratégie est la complémentarité : dans ce cas-là, répression et récompense pour les traîtres, la carotte et le bâton. Pour le moment, Rome semblait ne pas payer les traîtres… Mais c’est peut-être tout simplement que Madrid considérait que les Otegistes n’allaient pas assez vite ! Nous verrons à présent…

En tout cas, selon la presse espagnoliste, très bien « informée » par la guardia civil, ceux-ci estiment que le risque de scission dans ETA est « très élevé »… (93) Ce qui serait évidemment plus que logique… Guéant déclarait pour sa part qu’ »il comptait maintenir au niveau opérationnel beaucoup de prudence. Il se peut, comme dans les fins d’autres conflits terroristes, que des soldats perdus continuent de lutter pour cette cause déjà perdue. Nous continuerons à être aux aguets. » (94)

– Le processus de capitulation du mouvement républicain provisoire a été lent et progressif, et a duré près de 12 ans, entre le début de la capitulation idéologique en 1986, qui entraîna la constitution de l’IRA-CAC et de Republican Sinn Féin, et la conclusion de la capitulation en 1998 avec l’ »Accord du Vendredi Saint », qui entraîna la scission de la Real IRA et du 32 County Sovereignty Movement en 1997. On peut constater que la direction de la gauche abertzale a fait beaucoup plus en vraiment beaucoup moins de temps, et cela a créé une contestation importante, renforcée par le fait que les militants voient que, de toute façon, l’Etat espagnol est resté intransigeant et n’a rien lâché.

On peut ajouter qu’une partie du MLNV a des bases marxistes-léninistes et marxistes-léninistes-maoïstes, qui la rendent plus opposée que les autres à la direction réformiste.

Depuis les années 80,  la véritable cinquième colonne de l’impérialisme qu’était la clique Adams-McGuinness sapait de l’intérieur le mouvement provo à tous les niveaux, idéologique et militaire, et cela amena le mouvement à accepter une reddition quasi inconditionnelle. On ne peut pas dire que le MLNV a connu jusqu’en 2009 de phénomène semblable.

Jusque là, malgré une perte évidente de théorie prolétarienne scientifique, le MLNV, à la grande différence des Provos donc (qui acceptèrent en 1998 moins qu’ils n’avaient refusé en 1973 avec le traité de Sunningdale !), n’avait renoncé sur aucun point fondamental de la revendication démocratique : la fin de la lutte armée ne viendrait qu’avec la reconnaissance du droit à  l’autodétermination (avec l’étape transitoire d’une autonomie élargie pour les quatre provinces du Sud, le « cadre démocratique »), et l’amnistie totale. Mais cependant, ces revendications étaient condamnées depuis le début qu’à ne buter sur un mur absolument infranchissable : celui de la survie même de l’impérialisme espagnol. Nous analyserons cela dans la deuxième partie de cet article.

– Enfin, la phase terminale de la crise générale du capitalisme qui aggrave toutes ces contradictions, et éloigne de jour en jour la possibilité même que les illusions réformistes puissent durer. Les luttes de classes s’aiguisent dans tous les pays impérialistes et pays périphériques d’Europe, avec des révoltes et des émeutes, notamment en Grèce, en Angleterre, en Italie ; dans l’Etat espagnol, avec le mouvement des « indignés », qui a aussi lieu aux Etats-Unis ; des mouvements populaires dans l’Etat français (en 2010) et ses colonies « DOM-TOM » ; les grandes révoltes dans tous les pays arabes ; les avancées considérables ces dernières années de la Guerre Populaire menée par les Partis Communistes maoïstes en Inde et aux Philippines, comme elle résiste au Pérou et en Turquie et se prépare dans d’autres pays d’Asie, et la contestation qui grandit au sein du Parti Communiste du Népal ;  les guérillas révolutionnaires qui continuent en Colombie, Kurdistan, Mexique, Paraguay et ailleurs ; la résistance anti-impérialiste en Irak et Afghanistan. Le « modèle » par excellence revendiqué par les sociaux-traîtres de la gauche abertzale, le Nord de l’Irlande, s’effondre économiquement et politiquement, comme la semi-colonie du Sud,  et la lutte de libération ne cesse d’y grandir.

En face, les Etats bourgeois européens se préparent et s’arment, notamment juridiquement, pour la répression contre-révolutionnaire, dans un processus de fascisation progressive.

En Euskal Herria, depuis longtemps laboratoire de la contre-révolution, active comme préventive, cela est aussi apparu. En particulier, l’accroissement de la guerre sale qui eu lieu à partir de 2008, avec des enlèvements et des séquestrations extrajudiciaires avec tortures de militants basques des deux côtés de la frontière, qui culminèrent avec la mort du militant d’ETA Jon Anza en avril 2009, dont le corps ne fut découvert qu’un an plus tard à Toulouse, dans laquelle la complicité des forces répressives françaises est évidente. Les derniers cas de militants tués dans le cadre de la guerre sale, étaient les militants d’ETA Xabier Kalparsoro « Anuk » en 1993, Josu Zabala « Basajaun » en 1997 et Joselu Geresta « Ttotto » en 1999, « suicidés » par la police espagnole. Trois militants apparurent également « suicidés » en prison ces dix dernières années.

Par ailleurs, un développement important de l’arsenal répressif fut l’acceptation en décembre 2010 par l’Etat français d’un Mandat d’Arrêt Européen (MAE) contre Aurore Martin, militante de « nationalité française » de Batasuna, pour des faits non-répréhensibles (réunions et conférences de presse au nom de Batasuna en Hegoalde) dans l’Etat français, créant un précédent grave. Puis en juillet 2011 vint le MAE contre l’ex-militant d’ETA Daniel Dergi, lui-aussi de « nationalité française », pour des faits pourtant prescrits dans l’Etat français, mais qui fut finalement refusé.

Le gouvernement Zapatero a avancé les élections générales prévues en 2012 au 20 Novembre 2011, justement à cause de son discrédit total face à la crise. Comme l’ont montré les dernières élections, avec une lourde défaite du PSOE, la victoire du PP aux élections générales est quasiment certaine. Avec le PP au pouvoir, même les réformistes et les idéalistes les plus optimistes n’auront plus aucune raison d’espérer quoi que ce soit…

Car les liquidationnistes et leur programme sont tout simplement en décalage total avec la réalité actuelle. Ils voudraient faire tourner la roue de l’Histoire à l’envers, mais ils ont 15 ans de retard. Qu’ils le veuillent ou non, l’heure n’est pas à la (fausse) paix, et ne la sera plus jamais, jusqu’à l’anéantissement complet du capitalisme, car il est en phase TERMINALE.

Pourtant, il est évident que ce processus de capitulation, et le fait qu’il ait pu se développer avec une relative facilité dans une partie du MLNV,  ne tombe pas du ciel. Si les graines de la capitulation ont pu germer, c’est qu’elles ont été plantées sur le terrain relativement favorable d’une partie de la gauche abertzale, un terrain plus ou moins réformiste.

Ce liquidationnisme ouvert et assumé, c’est le fruit de deux décennies de lutte de lignes, depuis la fin des années 80 et le début des années 90, avec la « Fin de l’Histoire », le reflux mondial des forces révolutionnaires, entre une ligne révolutionnaire, prolétarienne, qui est la ligne historique du MLNV, et une ligne petite-bourgeoise radicale.

On peut situer clairement l’émergence de cette ligne au moment de la liquidation de H.A.S.I., Herriko Alderdi Sozialista Iraultzailea (Parti Socialiste Révolutionnaire du Peuple), entre 1987 et 1992. HASI était le Parti de classe moteur du mouvement révolutionnaire basque. Les changements organisationnels, stratégiques et tactiques qui ont eu lieu depuis ont été l’expression du rapport de force entre ces deux lignes ; nous analyserons cela en détail dans la seconde partie de cet article.

Les deux lignes ont coexisté assez pacifiquement ces vingt dernières années, la contradiction entre les deux n’atteignant jamais un caractère antagonique. Cependant, la ligne petite-bourgeoise radicale gagnait lentement mais sûrement l’ascendant sur la ligne prolétarienne, tandis que la majorité des militants de la gauche abertzale se trouvaient au « centre » entre les deux. Cela faisait un moment que cette ligne avait totalement triomphé dans la direction de Batasuna, et ces dernières années, elle tendait de plus en plus vers le réformisme et la conciliation, des secteurs petit-bourgeois renonçant de plus en plus à la libération sociale.

Sous l’influence de plusieurs facteurs, cette ligne a effectué un saut qualitatif et s’est transformée il y a deux ans en ligne capitularde et liquidationniste. La contradiction avec la ligne révolutionnaire est devenue alors clairement antagonique. Quels ont été ces facteurs ?

Le plus important sans doute, est le manque de formation idéologique ces 10-15 dernières années. Cela, tous les militants de la gauche abertzale l’ont remarqué. Cette carence est ce qui a permis à la ligne petite-bourgeoise radicale de grandement se développer, et qui a mené une grande partie de la gauche abertzale, se situant plutôt au « centre », a observer assez passivement tous le processus démocratique depuis deux ans.

Les véritables liquidationnistes n’étaient à l’origine qu’une poignée, et ils ont pour noms Arnaldo Otegi, Rafa Diez, Rufi Etxeberria et Txelui Moreno. Mais du fait de ce manque de formation, ils ont bénéficié, surtout au début, d’un important mouvement de suivisme, beaucoup de gens honnêtes qui, dans la situation de blocage, sentaient la nécessité de tenter « autre chose », et soutenaient donc le « processus », avec certes quelques, ou beaucoup, de doutes et réticences. Cela en sachant que même des « communistes », idéologiquement assez ou bien formés, le soutiennent inconditionnellement par pure lâcheté, ou parce que ce sont de purs saboteurs trotskistes (95).

Il y a un facteur qui explique l’opportunisme de la ligne petite-bourgeoise ces dernières années. On remarque rapidement que ceux qui ont impulsés la ligne liquidationniste sont presque tous exclusivement issus de Batasuna et LAB, en réalité d’un appareil bureaucratique qui s’est développé en leur sein.

Otegi n’a cessé de le répéter, l’ »élément déclencheur » de son « illumination » pacifiste a été l’attentat de l’aéroport de Barajas en décembre 2006. L’explosion, malgré les appels d’ETA et l’ »évacuation » par la police, tua deux personnes dans le terminal. Il reprend honteusement la version de l’Etat (96), qui attribue à ETA et à cet attentat l’échec des négociations, alors que celles-ci se poursuivirent jusqu’en juin 2007 !

Cela montre qu’Otegi était déjà prêt à cette date à faire abandonner la lutte armée, alors qu’absolument RIEN n’avait été obtenu, et que l’Etat espagnol s’évertuait à saboter les négociations, comme en 1989 et 1998, avec l’arrestation de membres d’ETA, qui plus est des négociateurs qui avaient des « sauf-conduits », les illégalisations, et y compris l’arrestation d’Otegi lui-même !

Il n’était ainsi semble-t-il plus capable de supporter les « conséquences » de la lutte armée, la répression et les illégalisations, qui touchaient les organisations de la gauche abertzale. C’est-à-dire qu’en fin de compte, avec les illégalisations, l’Etat espagnol a frappé là où cela faisait le plus mal pour toute une couche de « politiciens » de la gauche abertzale devenus professionnels, les empêchant de grappiller quelques sièges dans les institutions de la « démocratie » bourgeoise fascisante espagnole.

Il est aussi important de souligner que, comme il l’expliquait fort bien dans sa magnifique interview dans El Pais, il a développé des contacts très étroits avec des représentants de la grande bourgeoisie espagnole, comme Jesus Egiguren, dirigeant du PSE, sur qui il osait dire dans un véritable plaidoyer pour la collaboration de classe : « Jesús Egiguren est une personne très engagée dans la recherche d’une solution juste et démocratique au conflit. Au-dessus de nombreux différents, après la longue et intense relation que nous avons entretenue, je ressens de l’estime pour lui. Lorsque l’on obtiendra un scénario de solution, ceux qui aujourd’hui le critiquent dans son propre parti et maintiennent une position de « champions de la fermeté », et ceux qui optons pour une sortie démocratique, allons nous asseoir pour bavarder autour d’un bon café. »

Alors que celui-ci n’a rien de plus que le rôle du « gentil flic » à cotés des autres « méchants flics » dans son parti social-fasciste (comme Rodolfo Ares, actuel ministre de l’intérieur de la CAV), comme cela semble s’être passé dans les négociations de 2006-2007.

Au développement de cet opportunisme est étroitement lié l’affaiblissement militaire d’ETA de ces dernières années. La victoire leur semblant de plus en plus lointaine, les réformistes en sont arrivés à la conclusion qu’ils avaient beaucoup plus à perdre qu’à gagner, et que se lancer dans l’électoralisme pouvait certainement rapporter gros, les élections devenant un objectif en soi.

A terme, une scission dans la gauche abertzale, sous une forme ou une autre, est évidemment inévitable. Dans tous les mouvements révolutionnaires, il y en a eu pour BEAUCOUP moins ! Mais pour le moment, elle ne vient pas, bien qu’il y ait beaucoup de signes encourageants. Fin octobre, des militants révolutionnaires ont agi, en menant une campagne d’affichage et de tags assez massive appelant à l’abstention aux élections du 20 novembre (97). Beaucoup de tags en faveur d’ETA sont également apparus (98).

Un facteur très important pour en expliquer l’absence de scission est que, historiquement, les seules qu’il y ait eu au sein du MLNV ont été celles d’opportunistes et de liquidationnistes de droite,  que ce soit Euskadiko Ezkerra, les défections de certains membres connus dans les années 90, et la plus récente et la plus douloureuse, celle d’Aralar en 2000-2001. La nécessité d’une scission pour dépasser le mouvement « officiel » par la gauche est donc quelque chose de totalement nouveau.

Ces dernières années, face à la répression et aux illégalisations, on a beaucoup serré les rangs. Si les militants ont avalé des couleuvres ces deux dernières années, c’est au nom de la sacro-sainte « unité ». Le même argument est utilisé depuis des années par des « communistes » de la gauche abertzale pour repousser aux calendes grecques la construction du Parti Communiste.

Les dirigeants liquidationnistes se sont félicité à de nombreuses reprises dans leurs interviews d’avoir réussi à maintenir l’ »unité » de la gauche abertzale. Pour le moment, la véritable tendance de fond que l’on observe, est qu’énormément de militants révolutionnaires, en particulier des cadres historiques, ont préféré « rentrer à la maison », quitter les organisations, plutôt que de mener la bataille idéologique contre les liquidateurs.

Il y a quelques mois, notamment après les statuts de Sortu, les militants critiques recevaient la visite de « commissaires politiques » venant s’enquérir des raisons de leur départ. Aujourd’hui il y a trop de départs… Et ce sont à présent les liquidateurs eux-mêmes qui enjoignent les cadres et militants qui ne sont pas d’accord avec la ligne à quitter les organisations !

Des signes très révélateurs ont été l’annonce par Ekin de son « autodissolution » en octobre 2011 (99), les liquis s’en félicitant ouvertement (100), et qu’EPPK adhère officiellement à l’ »Accord de Gernika ». Et enfin bien sûr l’annonce d’ETA. Le nombre de participants aux manifestations, en particulier celles uniquement en faveur du clan Otegi, a connu une baisse absolument historique, notamment de la jeunesse, impossible à cacher.

Même les réformistes ont reconnu en octobre dans le texte « Zutik Euskal Herria zehazten », censé faire le bilan depuis « Zutik EH », qu’il y avait « des difficultés de cohésion » et que « nous ne pouvons pas dire que le processus ait des bases fermes dans les villages et quartiers » (101) ! On peut alors imaginer l’état réel de la situation…

Une chose est sûre, aujourd’hui la seule ligne de gauche qui vaille face à la trahison social-démocrate, est la ligne révolutionnaire marxiste. Le saut qualitatif de la ligne petite-bourgeoise a aiguisé les contradictions, et les « centristes » devront rallier l’un des deux camps. Les abertzale marxistes-léninistes (une partie « à tendance » maoïste) ont été clairement à l’avant-garde de la critique et de l’opposition théorique et pratique à la liquidation réformiste, depuis le tout début il y a deux ans, et ils notaient évidemment des signes inquiétants de dérive réformiste depuis plusieurs années (102).

Pour élaborer une ligne capable d’impulser à nouveau une dynamique révolutionnaire, qui permette de sortir de l’impasse, il est nécessaire de faire une analyse et un bilan critique des 50 années de lutte du MLNV. Quand et comment a émergé, puis grandi, la ligne réformiste ? Quelle a été l’évolution stratégique de la gauche abertzale depuis 50 ans, et quelles ont pu en être les erreurs ? C’est ce que nous tâcherons d’analyser ici.
[à suivre]

Un commentaire pour Euskal Herria

  1. NOTES

    1. http://www.ezkerabertzalea.info/altsasu.php

    2. http://www.ezkerabertzalea.info/zutikeuskalherria.php

    3. http://www.gara.net/agiriak/20100925_acuerdogernika.pdf

    4. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20111021/298421/fr/ETA–arret-definitif-des-activites-armees

    5. D’ailleurs ex-polimili qui fit partie d’un groupe qui s’autocritiqua et intégra ETA (m) : http://www.elcorreo.com/vizcaya/prensa/20070609/politica/diez-anos-arnaldo-otegi_20070609.html

    6. http://www.ezkerabertzalea.info/irakurri.php?id=5656

    7. http://www.congreso.es/portal/page/portal/Congreso/Congreso/SalaPrensa/NotPre?_piref73_7706063_73_1337373_1337373.next_page=/wc/detalleNotaSalaPrensa&idNotaSalaPrensa=1006&anyo=2009&mes=7&pagina=1&mostrarvolver=S&movil=null

    8. Un bon échantillon des bourgeois d’EA : http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/05/nuestros-camaradas-de-bildu.html

    9. http://www.diariovasco.com/v/20100725/politica/necesario-acuerdo-para-contrarrestar-20100725.html

    10. http://www.gara.net/azkenak/02/247398/es/Sortu-es-nombre-nueva-formacion-que-marca-antes-despues

    11. Analyse du “socialisme identitaire” dans la dernière partie de ce document : http://servirlepeuple.over-blog.com/pages/Un_apport_au_debat_politique_et_ideologique_Democratie_et_socialisme_pour_Euskal_Herria-2785191.html

    12. http://www.gara.net/paperezkoa/20110619/273532/es/El-tiempo-corre-nuestro-favor-seguir-acumulando-fuerzas-es-importante

    13. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/declaracion-de-arnaldo-otegi-en-el.html

    14. http://www.ezkerabertzalea.info/irakurri.php?id=5656

    15. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/declaracion-de-arnaldo-otegi-en-el.html

    16. Une analyse de cette escroquerie : http://www.gara.net/paperezkoa/20100701/207788/es/Fuerza-ideologica-debilidad-militar

    17. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/rufi-saca-su-teoria-revolucionaria-en.html

    18. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20100330/191128/fr/Initiative-internationale-pour-le-Pays-Basque
    http://www.lejpb.com/paperezkoa/20100416/194218/fr/Un-soutien-international
    19. http://www.gara.net/paperezkoa/20100625/206832/es/La-izquierda-abertzale-situa-ataque-Agurain-fuera-su-estrategia
    20. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2010/08/zutik-eh-se-desmarca-de-las-acciones.html
    21. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2010/09/batasuna-acata-la-prohibicion-de-la.html

    22. http://servirlepeuple.over-blog.com/article-quelques-actions-en-euskal-herria-60312323.html
    23. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2010/11/los-reformistas-ya-no-saben-que-hacer.html
    24. http://www.publico.es/espana/351254/no-cabe-la-violencia-en-nuestra-estrategia-independentista
    25. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/02/txelui-morenoquien-no-este-de-acuerdo.html
    26. http://gicpaisvasco.org/miembros/
    27. http://www.elpais.com/articulo/espana/claves/estatutos/Sortu/elpepuesp/20110209elpepunac_37/Tes
    28. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110208/247277/fr/Nouvelle-donne-politique
    29. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/03/sortu-dice-en-el-supremo-que-su.html

    30. http://www.elpais.com/articulo/espana/Sortu/dice/puede/condenar/ETA/imponer/disolucion/elpepiesp/20110316elpepinac_6/Tes

    31. http://www.elpais.com/articulo/espana/Sortu/dice/puede/condenar/ETA/imponer/disolucion/elpepiesp/20110316elpepinac_6/Tes

    32. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/03/la-disidencia-se-manifiestaun-grupo-de.html

    33. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/03/sortu-recuerda-que-rechaza-todo-tipo-de.html

    34. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/03/sortu-se-desmarca-de-eta-y-de-la-kale.html

    35. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110412/259641/fr/La-gauche-abertzale-denonce-fusillade

    36. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/04/batasuna-sobre-el-tiroteo.html

    37. http://www.gara.net/azkenak/04/259745/es/Sortu-rechaza-tiroteo-pasado-sabado-e-insta-ETA-tomar-medidas

    38. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/04/zutik-eh-y-lab-ya-publicamente.html

    39. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110415/260259/fr/Bildu-signe-contre-lusage-violence

    40. http://eu.wikipedia.org/wiki/2011ko_udal_eta_foru_hauteskundeak_Hego_Euskal_Herrian

    41. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/05/entre-70mil-y-130mil-votos-nuevos-bildu.html

    42. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/05/bildu-ya-carga-contra-eta.html

    43. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110623/274322/fr/Socialistes-et-conservateurs-Navarre-scellent-l%E2%80%99accord-anti-Bildu

    44. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/el-pse-organiza-con-el-apoyo-de-bildu.html
    http://www.deia.com/2011/07/03/politica/euskadi/bildu-apoya-al-pp-para-tratar-de-minimizar-la-presencia-del-pnv-en-entes-publicos-y-comisiones

    45. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/05/garaikoetxea-niega-que-la-victoria-de.html

    46. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/c-garaikoetxeabildu-esta-influenciada.html

    Sur la politique économique de Bildu : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=135227

    47. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/compromiso-y-sensatez-ya-son-palabras.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/el-sindicato-amarillo-ela-adelanta-por.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/ela-bildu-deberia-darlo-por-roto-si.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/ela-reitera-su-oposion-al-acuerdo-de.html

    48. Le document est disponible sur internet : http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/mugarri-txostena.html

    49. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/06/porque-no-se-debatio-la-ponencia.html
    http://www.gara.net/paperezkoa/20110701/275991/es/Dos-arrestos-sin-orden-prueban-que-Garzon-Policia-iban-improvisando

    50. Déclaration d’1h30 d’Otegi : http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/declaracion-de-arnaldo-otegi-en-el.html

    51. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/06/los-diarios-fachas-mienten-otegi.html

    52. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/06/los-diarios-fachas-mientenotegila.html

    53. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/tribunales-juicio-por-el-caso-de.html
    http://videos.vidayestilo.es/nacional/20110707/otegi-asegura-que-violencia-sobra-estorba/23906.shtml

    54. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2010/11/otegi-se-desenmascara-como-lo-que-es.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/40-anos-de-comportamiento-ejemplar-de.html
    55. http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Ludo_Martens_Un_autre_regard_sur_Staline.pdf
    56. http://www.kaosenlared.net/noticia/memoria-de-un-revolucionario
    57. https://liberationirlande.wordpress.com/2011/01/13/gerry-adams-lodieux-manipulateur/
    58. https://liberationirlande.wordpress.com/histoire-de-lira-provisoire-1970-76/histoire-de-lira-provisoire-1976-86/
    59. https://liberationirlande.wordpress.com/histoire-de-lira-provisoire-1970-76/histoire-de-lira-provisoire-1987-2007/
    60. http://servirlepeuple.over-blog.com/article-situation-decisive-au-nepal-83180812.html
    61. http://servirlepeuple.over-blog.com/article-nepal-a-va-barder-83101919.html
    62. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/bildu-inagura-una-nueva-era-en-la.html
    63. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/un-ayuntamiento-de-bildutolosa.html
    64. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/07/larreina-de-bildubildu-no-es-eta-y.html
    65. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/oferta-electoral-de-bildu-al-pnv-y.html
    66. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/estaba-cantado-los-socialdemocratas.html
    67. http://www.publico.es/espana/351254/no-cabe-la-violencia-en-nuestra-estrategia-independentista
    68. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/02/txelui-morenoquien-no-este-de-acuerdo.html
    69. http://www.gara.net/bereziak/20n/artikuluak/artes302323/Izquierda-abertzale-Aralar-revalorizan-voto-Amaiur
    70. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/ya-esta-aqui-ya-vamos-los-homenajes.html
    71. http://www.gara.net/azkenak/08/283699/es/Miembros-EA-Diputacion-Gipuzkoa-asisten-homenaje-Joxe-Mari-Korta
    72. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/excusatio-non-petita-accusatio.html
    73. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/alcalde-de-donosti-bildurriel-fin-de.html
    74. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/la-izquierda-abertzale-rechaza-ante.html
    75. http://sareantifaxista.blogspot.com/2011/08/no-hay-nada-que-celebrar.html
    76. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/la-ia-da-por-acabado-o-casi-acabado-el.html
    77. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/bildu-tacha-de-mas-que-un-error-que-eta.html
    78. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/08/en-fiestas-de-bilbo-los-criticos-mueven.html
    79. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/nuevos-tiempos-bildu-no-boicoteara-la.html
    80. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/bildu-recibira-los-principes-de.html
    81. http://www.elmundo.es/elmundo/2011/09/19/paisvasco/1316419143.html
    82. http://paperekoa.berria.info/harian/2011-09-29/006/001/Su-etena_egiaztatzeko_batzordea_osatu_dute_nazioarteko_bost_adituk.htm
    http://www.gara.net/paperezkoa/20111009/295856/es/Los-cinco-verificadores-lideres–conflictos-claves-decadas-
    83. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/tocado-y-hundidoeta-anuncia-que.html
    84. Chronique de la résistance populaire : http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/09/gure-harrotasuna-by-un-vecino-de_2587.html
    85. http://www.elcorreo.com/vizcaya/noticias/201109/27/izquierda-abertzale-ares-azkuna.html
    86. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20111018/297716/fr/Communaute-internationale–long-chemin-
    87. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20111018/297739/fr/Declaration-finale
    88. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/nos-hablan-todavia-de-independentzia-ta.html
    89. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/elkarri-aralar-gesto-por-la-paz-ez.html
    90. http://www.elcorreo.com/vizcaya/v/20111022/politica/antiterrorismo-frances-reclama-entrega-20111022.html
    91. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20110930/293907/fr/Rapprochement-des-prisonniers-debat
    92. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20111103/300906/fr/Le-ministre-l%20Interieur-fran%C3%A7ais-%20aux-aguets
    93. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/11/la-txakurrada-advierten-de-que-el.html
    94. http://www.lejpb.com/paperezkoa/20111103/300906/fr/Le-ministre-l%20Interieur-fran%C3%A7ais-%20aux-aguets
    95. http://www.nodo50.org/ehk/index.php
    http://boltxe.info/
    96. http://www.ezkerabertzalea.info/irakurri.php?id=5656
    Voir sa réponse à la question : “Qué pensó y que hizo al conocer el atentado de la T-4? ¿Llamó a sus interlocutores de Loiola? ¿Qué les dijo? ”
    97. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/abstentzioa-carteles-y-pintadas-por.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/11/el-pueblo-trabajador-vasco-no-se-rinde.html
    98. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/aparecen-pintadas-en-gernika-grupo.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/11/pintadas-en-elizondo-nafarroa.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/11/aparecen-pintadas-de-apoyo-eta-en.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/11/aparecen-de-nuevo-pintadas-en-gernika.html
    http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/11/pintadas-en-lekeitio-ehs-es-como-dios_10.html

    99. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/ekin-lo-autodisuelven.html
    100. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/garitano-saluda-la-decision-de-ekin.html
    101. http://euskalherriasozialista.blogspot.com/2011/10/como-sera-la-situacion-real-para-que.html
    102. Notamment l’organisation Kimetz : http://www.kimetz.net/

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