EHK : Le marxisme et la question nationale

Voici une passionnante analyse d’Euskal Herriko Komunistak (EHK) datant de 2000. Né en 1999, EHK se définissait comme courant interne de la gauche abertzale et participa au processus de refondation qui aboutit à la création du parti Batasuna en 2001. L’un des principaux fondateurs et dirigeants de cette époque était Javier Ramos Sanchez, décédé le 19 mai 2011, auteur principal de cette analyse. EHK était alors clairement marxiste-léniniste et visait à terme la création du Parti Communiste d’Euskal Herria.

Mais d’année en année, beaucoup de membres quittèrent le groupe qui dériva vers le trotskysme, renvoyant aux calendes grecques la création du Parti, arguant“qu’il n’y avait pas les conditions”. Javi Ramos n’y était notamment plus depuis un moment. Aujourd’hui, EHK soutient inconditionnellement la liquidation réformiste du MLNV, et certains de ses membres collaborent même activement aux sales manœuvres des liquidateurs contre des militants “dissidents”.

Une des plus importantes raisons pour lesquelles nous sommes marxistes-léninistes est l’extraordinaire précision avec laquelle le MARXISME-LENINISME permet de comprendre (et de plus transformer dans un sens démocratique et libérateur) la question nationale, qui traverse de manière centrale toutes les classes et toute la vie d’Euskal Herria

A la vue de l’avancée des idées et des propositions chaque fois plus droitières, qui touche d’anciens militants marxistes, aujourd’hui vaincus et repentis, nous voulons récupérer les approches CENTRALES de l’idéologie révolutionnaire de la classe ouvrière devant la question nationale.

De plus, nous voulons analyser brièvement la question nationale basque à la lumière de ces approches. Nous pensons qu’il est fondamental que les masses populaires et les organisations qui intègrent le Mouvement de Libération Nationale Basque [http://www.45-rpm.net/antiguo/palante/mlnv.htm] (MLNV) en plus de toute la classe ouvrière et tout le Peuple, fassent siennes, comme d’une boussole à la montagne ou d’un radar dans la mer, ces idées, cette méthode et ces valeurs à l’heure de se confronter de manière démocratique à ce problème si central.

1. QUE DISENT LES AUTEURS MARXISTES SUR LA QUESTION NATIONALE ?

A) Marx et Engels

Marx et Engels sont les premiers à unir la libération des classes et secteurs opprimés par l’exploitation économique et la libération des nations subjuguées. Beaucoup d’anti-communistes interprètent de travers la phrase du Manifeste Communiste les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur enlever ce qu’ils ne possèdent pas (Le Manifeste du Parti Communiste. Il y a beaucoup d’éditions disponibles. Nous avons employé celle des Œuvres Choisies des Editions du Progrès, Moscou, 1973, p. 127).

Sous le capitalisme les ouvrier-e-s n’ont pas de patrie ni pouvoir ni moyens de production ni rien ; ils sont la classe opprimée et pour se libérer ils doivent en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’élever à la condition de classe nationale, se constituer en nation, s’élever à la condition de classe nationale. Marx et Engels aspirent à des sociétés où la Nation ne s’identifie pas avec les castes gouvernantes ou avec des oligarchies puissantes, mais avec la classe travailleuse. Il répète à nouveau cette idée centrale dans une autre des ses œuvres : Le développement du prolétariat industriel dépend en règle générale du développement de la bourgeoisie industrielle. C’est seulement sous la domination de celle-ci qu’il accède à cette existence d’ampleur nationale qui lui permet d’ELEVER SA REVOLUTION A UNE HAUTEUR NATIONALE  (Les luttes de classes en France de 1840 à 1850, éd. du Progrès, Moscou, 1979, p. 38).

En abolissant le capitalisme exploiteur on abolit l’oppression nationale : Dans la même mesure que soit abolie l’exploitation d’un individu par un autre, sera abolie l’exploitation d’une nation par une autre. En même temps que l’antagonisme des classes à l’intérieur des nations, disparaîtra l’hostilité des nations entre elles. Ces phrases géniales placent leurs auteurs parmi les penseurs les plus éminents de la liberté nationale. Mais ils ne se limitèrent pas à les écrire. Ils luttèrent activement durant toute leur vie contre l’oppression des nations subjuguées de leur époque aux mains des grands empires. Dans un congrès de la I. Internationale Ouvrière en 1866 Marx défend une Pologne indépendante de la Russie. Engels en 1882 écrit que la Pologne doit cesser d’être soumise et divisée pour que sa classe ouvrière puisse se développer.

L’écrivain communiste anglais Ralph Fox, qui mourut en combattant héroïquement contre les franquistes espagnols dans les Brigades Internationales, écrivit que aucun historien bourgeois n’a jamais offert une vision aussi réelle et terrible de ce processus de dépeuplement de tout un pays (l’Irlande), la tentative d’extermination complète d’une grande nationalité, comme l’a fait Marx… Que se passa-t-il en Irlande ? Marx l’explique très clairement. Un nouveau et gigantesque processus de pillage. Au XVII. siècle, le peuple irlandais subissait le pillage par les colonialistes anglais de ses propriétés dans sa propre terre. Au milieu du XIX. siècle ils continuaient à être pillés, et en plus, à la fin du siècle, plus de la moitié obligés d’abandonner pour toujours leur pays…

Dans les années 50, Marx fit que se connaisse largement la posture de l’Irlande à travers ses articles dans la presse allemande et nord-américaine. Il prêta une attention spéciale à l’attention en faveur des droits des exploitants agricoles, en dénonçant tout le système propriétaire terrien anglais. (Marx, Engels et Lénine sur l’Irlande, VOSA, Madrid, 1985, pp. 22, 25, 29).

Marx et Engels distinguent dans leurs approches deux nationalismes différents : celui de la bourgeoisie exploiteuse qui cherche à perpétuer sa domination sur une autre nation ou qui cherche à empêcher la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière ; et celui du peuple travailleur opprimé et exploité. Le sociologue marxiste français Henri Lefebvre (qui a visité Bilbo il y a des années invité par IPES) étudie dans une de ses œuvres la distinction irréconciliable entre le nationalisme bourgeois ou fasciste et le patriotisme révolutionnaire (Le nationalisme contre les nations, première édition en 1939, la dernière connue en 1988).

Le sentiment national est ambivalent : il a une interprétation révolutionnaire et une autre réactionnaire. Lefebvre, suivant Marx, interprète la réactionnaire : la déification de la nation permet d’éviter l’analyse précise, objective de la réalité nationale et des intérêts nationaux dans le cadre européen et mondial, et confondre l’intérêt de la réaction politique avec celui du pays. En étudiant le cas français, il constate que la propagande fasciste sur la nation s’est imposée en des occasions à la solidarité de classe parce que la conscience de classe a été souvent présentée par les marxistes de manière idéaliste, comme une conscience spontanée quand en réalité elle doit être construite au moyen d’une lutte incessante contre l’individualisme et le nationalisme.

Les communistes d’EHK prenons note et, comme disent nos camarades d’Iruña, nous renforcerons l’Orgueil Prolétarien, l’orgueil d’appartenir à la classe qui produit tout et qui a tout à changer, parce qu’elle n’a que ses chaînes à perdre.

La nécessité de communauté est plus large et diffuse que la solidarité de classe du fait de survivances biologiques, mystiques et patriarcales. Sa thèse centrale est que la lutte de classes s’identifie avec la construction de la communauté nationale populaire. Mais que c’est le destin des classes moyennes, qui ont été appauvries sans pour autant arriver à se prolétariser, qui confère à la nation une indubitable réalité substantielle. Réflexion utile pour le cas basque.

Henri Lefebvre sympathisait avec la solution donnée par la Révolution Bolchévique à la question nationale. Mais en insistant sur Marx, celui-ci dénonça déjà l’usage démagogique qu’à son époque (à celle-ci aussi) font les grandes puissances impérialistes du droit d’autodétermination, des droits nationaux ou de ce qu’à son époque on connaissait comme principe des nationalités pour assurer leur domination.

Le jésuite basque Gotzon Garate écrité dans un traité à ce sujet : Marx fait noter avec ironie que le principe des nationalités sert d’excuse à la Russie pour qu’aucune autre nation ne s’immisce dans les affaires des nationalités slaves, et finalement celles-ci font valoir leur condition de frères de race pour former un grand empire panslave aux ordres de Moscou. (Marx et les nationalismes séparatistes, San Miguel, Bilbao, 1974, p. 126).

Aujourd’hui le principe des nationalitésest utilisé arbitrairement par l’impérialisme yankee et allemand pour faire fléchir les indépendances des Peuples et imposer des états satellites.

Le secrétaire de l’Internationale Communiste et premier président de la Bulgarie socialiste, Jorge Dimitrov, rappelait déjà en 1935 le véritable sens que donnait Marx à la question nationale : Les intérêts de la lutte de classes du prolétariat contre les exploiteurs et oppresseurs de la patrie ne sont pas en conflit avec les intérêts d’un avenir libre et heureux de la nation. Au contraire : la révolution socialiste sera le salut de la nation. Et lui ouvrira le chemin pour un essor plus splendide… les communistes de la nation oppressive ne pourront pas non plus faire ce qui est nécessaire pour éduquer les masses travailleuses de leur nation dans l’esprit de l’internationalisme s’ils ne livrent pas leur lutte décidée contre la politique d’oppression de leur propre bourgeoisie, pour le droit de l’autodétermination complète des nations asservies par elles… car comme enseignait Marx, le peuple qui opprime d’autres peuples ne peut jamais être libre. (Rapport devant le VII. Congrès de l’Internationale Communiste, Realitat, num. 3 i 4, Barcelona, 1987, pp 97 et 98).

Il est certain que l’unique référence que fait Engels aux basques n’est pas très élogieuse. Citant ce qu’il considère comme des restes de nations piétinées impitoyablement par la marche de l’histoire il nous inclut les basques en Espagne, adeptes de Don Carlos (Cité par Gotzon Garate, p. 167).

Nous pensons qu’est nécessaire une analyse matérialiste correcte des insurrections populaires basques dirigées par les carlistes du siècle dernier. Analyse qui fut déjà correctement réalisée par ETA il y a de nombreuses années : “Les masses paysannes, petite-bourgeoises et pré-prolétaires voyaient les Fueros de la classe dominante comme une chose à elles et pouvaient ressentir le libéralisme espagnol comme une réelle invasion étrangère et les libéraux bilbaiens et donostiar comme des traîtres, comme des beltzak… Le contenu réel de cette lutte, loin d’être la conservation de l’indépendance nationale basque, était condamné à être celui d’un fuerismo pro-féodal, inséparablement uni aux destin des représentants les plus réactionnaires de la couronne espagnole étrangère… Alors que la lutte des patriotes basques actuels est UNE LUTTE REVOLUTIONNAIRE, celle des combattants carlistes était contrerévolutionnaire avec toutes ses conséquences. (Vers une stratégie révolutionnaire basque, K. De Zunbeltz, Iraultza, n°1, Bruxelles, pp 60 et 65).

C’est précisément pourquoi la lutte actuelle s’inspire des vérités universelles formulées par Marx et Engels et c’est pourquoi Engels ne voyait pas d’un bon œil l’orientation de celle-là.

B) Lénine

Le combattant le plus infatigable pour les droits nationaux des Peuples (et, de plus, pour l’unité indestructible de tout le prolétariat mondial) de toutes les époques a été Vladimir Ilich Lénine. Il est certain que Marx et Engels n’approfondirent pas dans une vision abstraite et achevée sur la question nationale (ils ne firent pas non plus une définition scientifique des classes sociales et personne ne doute de leur engagement pour l’émancipation de la classe ouvrière et de tous les exploités).

Cependant, Lénine accorde une grande préoccupation théorique et politique à ce sujet et s’impose dans de durs débats à d’autres compagnons révolutionnaires de grands mérites, mais qui se trompaient en ne donnant pas à la question l’importance qu’elle a. En 1912 Lénine observe dans son exil dans ville polonaise de Cracovie, quand la Pologne était un état vassal de l’empire russe, la domination nationale que subissent les polonais et fait ce commentaire à son compagnon Staline : Les polonais détestent la Russie et non sans raison. Nous ne pouvons ignorer la force de leur sentiment national. Notre révolution devra les traiter avec beaucoup d’attention et même les autoriser à rompre avec la Russie si c’est nécessaire. (Cité par l’auteur trotskiste Isaac Deutscher dans son œuvre Staline, Gallimard, Paris, 1953, p.156).

Lénine suggère à Staline à ce moment la rédaction de son œuvre Le marxisme et la question nationale de laquelle nous parlerons après. Lénine affine ses positions en polémique avec d’autres révolutionnaires de son époque. En 1912 il écrit Notes critiques sur le problème national dans lequel il défend que le programme marxiste sur se sujet comprend deux points principaux : Premièrement, il défend l’égalité de droits des nations et des langues (et aussi le droit d’autodétermination…) et considère comme inadmissible l’existence de n’importe quels privilèges dans cet aspect ; deuxièmement, il défend le principe de l’internationalisme. (Notes critiques sur le problème national, Progrès, Moscou, 1979).

Lénine établit une position dialectique et juste qui unit les deux principes et qui aborde la question national du point de vue de la lutte de classe. Il dit aussi : Si le marxiste ukrainien se laisse transporter par sa haine, très légitime et naturelle, pour les oppresseurs russes, jusqu’à l’extrémité d’étendre même si c’est juste une particule de cette haine, même si c’est juste un certain éloignement, à la culture prolétarienne et à la cause prolétarienne des ouvriers russes, ce marxiste finira dans la mare du nationalisme bourgeois. De la même façon le marxiste russe glissera dans la mare du nationalisme non seulement bourgeois, mais de plus ultra-réactionnaire, s’il oublie, même si c’est pour un instant, la revendication de la pleine égalité de droits pour les ukrainiens ou le droit de ceux-ci à se constituer en Etat indépendantIdem pp. 19 et 20.

Cette analyse est facilement extrapolable à l’Euskal Herria de 2000, dans laquelle il y a quelques patriotes basques qui pataugent dans la mare citée, tandis que tout l’Izquierda Unida-PCE navigue à voiles déployées dans les marécages répugnants de l’espagnolisme réactionnaire.

En 1917 Lénine écrit la brochure Sur le droit des nations à l’autodétermination en lutte dialectique avec la révolutionnaire Rosa Luxembourg (dont nous saluons la mémoire de martyr de la classe ouvrière allemande européenne assassinée par la social-démocratie traîtresse) qui ne considère pas opportun de lutter pour le droit cité. Lénine établit avec clarté la position à ce sujet : Par autodétermination des nations on comprend leur séparation étatique des collectivités de nationalité étrangère, on comprend la formation d’un Etat national indépendant”. (Sur le droit des nations à l’autodétermination, Progrès, Moscou, 1975, p. 7).

Dans ce travail, Lénine règle des comptes avec Trotski qui depuis 1903 avait attaqué ses positions et l’avait accusé de bureaucrate : Trotski rend vraiment un mauvais service à certains admirateurs de Rosa Luxembourg quand…… Les marxistes polonais considèrent que le droit à l’autodétermination nationale manque absolument de contenu politique et doit être supprimé du programme. L’obligeant Trotski est plus dangereux qu’un ennemi ! Nulle part, si ce n’est dans des conversations privées (c’est-à-dire, simplement dans des commérages, dont vit toujours Trotski) il n’a pu trouver de preuves pour inclure les marxistes polonais en général, entre les partisans de chaque article de Rosa Luxembourg. Trotski a présenté les marxistes polonais comme des gens sans honneur et sans conscience, qui ne savent même pas respecter leurs convictions et le programme de leur parti. L’obligeant Trotski !… Jamais, même dans un seul problème sérieux du marxisme, Trotski n’a eu d’opinion ferme, il est toujours entré par la fentede telles ou telles divergences, passant d’un camp à un autre Idem, pp.53 et 54.

En1916 il réplique au trotskiste ukrainien Piatakov qui rejette le droit d’autodétermination dans l’article “Sur la caricature du marxisme et l’économisme impérialiste dans lequel il écrit : L’autodétermination des nations est la même chose que la lutte pour la libération nationale complète, pour l’indépendance complète. (Compilé dans Contre la guerre impérialiste, Progrès, Moscou, 1978, p. 216).

Quand la Révolution triomphe, la domination brutale de l’impérialisme tsariste russe est remplacée par la libération nationale et sociale et par l’application totale du droit à l’autodétermination. Une preuve : Le gouvernement révolutionnaire en 1918 fait cette déclaration A tous les travailleurs musulmans de Russie et d’Orient qui porte la signature de Lénine et Staline : Musulmans de Russie, Tartares de la Volga et de Crimée, Kirghizes et Kazakhs, Turcs et Tartares de Transcaucasie, Tchétchènes et Montagnards d’Ingouchie et tous ceux dont les mosquées et centres de prière ont été détruits, dont les croyances et les coutumes ont été bafouées par les tsars et les oppresseurs de Russie : vos croyance et vos coutumes, vos institutions nationales et culturelles sont dès maintenant libres et inviolables. Organisez votre vie nationale dans la plus complète liberté. C’est votre droit ! Sachez que vos droits et ceux de tous les peuples de Russie sont sous la protection puissante de la révolution et de ses organes, les Soviets des ouvriers, des soldats et des paysans.

Après la révolution, Piatakov continue de casser les pieds à Lénine en disant que l’autodétermination est un mot d’ordre bourgeois. Lénine lui répond avec une autre phrase géniale : Ils nous disent que la Russie sera divisée, qu’elle se défaira en républiques séparées, mais il n’y a pas de raison pour que cela nous fasse peur. Pour beaucoup de républiques indépendantes qu’il y ait, nous n’aurons pas peur ; ce qui est important pour nous n’est pas par où passe la frontière de l’Etat, mais que l’union des travailleurs de toutes les nations se conserve pour la lutte contre la bourgeoisie de n’importe quelle nation. C’est ce que nous répétons aujourd’hui aux espagnols progressistes qui tremblent parce que la vieille Espagne monarco-réactionnaire se défait. L’indépendance d’Euskal-Herria cédera la place à une unité plus étroite de la classe ouvrière combative des deux peuples (libre de la méfiance, la division et même la haine que génèrent les relations de domination) et à de plus grandes défaites de la bourgeoisie impérialiste et rapace.

C) Staline

La vague contre-révolutionnaire mondiale, bien soutenue par des personnes de gauche repenties, a fait de Staline un auteur maudit malgré que son œuvre, citée avant, non seulement est une référence mondiale indubitable mais que dans les années 80 JARRAI acheta des dizaines d’exemplaires de celle-ci à la maison d’édition correspondante pour que tous ses futurs militants l’étudient (si quelqu’un pense que nous racontons des histoires qu’il écrive une lettre au prisonnier politique basque Jose Antonio Enbeita GORRI pour lui demander).

Nous abordons ce sujet avec la brillante aide d’un grand historien français ami de la cause basque, Pierre Vilar, présent au grand cinquantenaire du bombardement de Gernika en 1987, organisé par le MLNV avec d’autres forces sociales et politiques :

«Un terrorisme intellectuel souterrain pousse à demander pardon pour citer Staline. Cela peut peut-être s’expliquer, mais ce qui n’a pas d’explication possible est qu’il faille se confronter à n’importe quel texte de Staline avec les sourcils froncés. La pire méthode à suivre si on veut juger un homme est de le prendre pour un idiot et il n’est pas juste, dans n’importe quel cas, de transgresser les règles élémentaires de la critique dans son prore intérêt, comme le fait l’historien américain Richard Pipes… Selon lui, quand Lénine, en décembre 1912, chargea Staline d’un article sur la nation ce fut par hasard et en l’absence de Shumian, le véritable expert, puisque Staline n’avait rien écrit sur le sujet en ce temps. Et la majorité des historiens… donnent raison à Pipes en criant sa stature d’érudit ! Il suffit d’ouvrir les Œuvres Complètes de Staline – qui ne sont pas introuvables (ils sont dans dans la Bibliothèque centrale de l’UPV dans le campus de Leioa ; notre note) – pour se retrouver… avec un long article daté de 1904 et intitulé : Comment la social-démocratie comprend la question nationale ? Et se demander par conséquent quelle est la méthode de travail des historiens. Article fondamental qui explique pourquoi Lénine, dans une lettre à Gorki (février 1913) lui parle d’un merveilleux géorgien qui travaille sur le problème national…»

«Ses appréciations coïncident avec celles de Lénine : il faut lutter contre l’oppression de l’Etat et non en faveur de l’idéologie nationaliste. Il faut proclamer le droit au “divorce” et non l’obligation de divorcer. Il revient aux nationalités de démontrer leur maturité. Il n’y a pas de nation en soi mais des consciences en formation selon divers degrés d’exigence politique».

«Devant de telles constatations, comment s’étonner qu’en 1913 Lénine charge Staline d’un article “théorique” sur la “nation”, réfutant les “austro-marxistes” ? C’est toujours, selon Pipes, une banalité d’affirmer que Lénine ne fut pas très satisfait de l’article et il y a plusieurs indices à ce sujet. Mais on en oublie un : en 1917, Lénine confia à Staline le “Commissariat des nationalités”» (“Sur les fondements des structures nationales”, Realitat, num 3 i 4, Barcelone, 1987, pp. 38, 39 et 40).

Et, exerçant la fonction de commissaire du Peuple des nationalités, Staline dit aux sociaux-démocrates finlandais en 1917 : “Nous donnons aux finlandais la pleine liberté de déterminer leur propre vie comme aux autres peuples de Russie”. En 1921 Staline reconnut une large autonomie, la restitution des terres prises par les tsars aux paysans et la “chariah” musulmane aux Peuples musulmans du nord du Caucase et ceux-ci créèrent réciproquement la République Soviétiques des Montagnards qui incluait l’actuelle Tchétchénie (massacrée par le néotsarisme capitaliste d’Eltsine-Poutine), l’Inghouchie, l’Ossétie et d’autres territoires.

Nous tenons à souligner que les intellectuels progressistes les plus sérieux et les moins soumis au totalitarisme bourgeois considèrent que l’œuvre de Staline Le marxisme et la question nationale est un apport classique et, donc, de permanente actualité. En plus des cités Henri Lefebvre et Pierre Vilar, deux sociologues basques engagés dans la gauche abertzale ont reconnu que personne ne met en doute la personnalité de Staline dans les sujets concernants le problème national et sa réputation comme autorité respectable dans cette matière Paulo Iztueta, Jokin Apalategi, (Le marxisme et la question nationale basque, Itxaropena, Zarauz, 1977, pp. 41, 43, 44).

L’historien anglais Eric Hobsbawn (aujourd’hui le plus prestigieux) reconnaît que l’œuvre citée de Staline exerça beaucoup d’influence internationale, non seulement chez les communistes, mais surtout dans le monde dépendant et estime que la définition de la nation qu’y donne Staline est probablement la plus connue (Nations et nationalisme depuis 1780, Crítica, Barcelone, 1997, pp. 10 et 13).

La définition en question est celle-ci : La nation est une communauté humaine, stable, historiquement constituée, de langue, territoire, vie économique et formation psychique qui se traduit en une communauté de culture.

Il y a une autre position de Staline qui nous paraît utile actuellement. Celle qui se réfère à la nécessité qu’a le prolétariat des nations dominantes de prêter un soutien résolu et actif au mouvement de libération nationale des peuples opprimés. Staline se demande s’il est nécessaire de tous les soutenir indistinctement. Sa réponse est seulement ceux qui tendent à affaiblir et renverser l’impérialisme et non à le maintenir et le consolider (Principes du léninisme, Editions en langues étrangères, Pékin, 1969, p. 75).

Il est clair que les mouvements maffieux et fascistes qui ont pris le pouvoir dans d’ex-républiques socialistes, comme par exemple les dénommés fronts populaires baltiques d’il y a 10 ans, les intégristes pro-capitalistes en Tchétchénie et Bosnie, le dictateur pro-OTAN de Géorgie Shevarnadze (ancien dirigeant du PCUS à l’époque de Gorbatchev), les néonazis en Croatie, les terroristes à la solde de l’OTAN de l’ancienne Armée de Libération du Kosovo, etc. et d’autres mouvements d’extrême-droite comme le Vlaams Block flamand et la Ligue du Nord italienne et l’archi-féodal et obscurantiste mouvement du Dalaï Lama tibétain, employé comme bélier contre la Chine Populaire, non seulement ne méritent pas de soutien mais le rejet le plus actif de tous les anti-impérialistes et antifascistes.

En revanche d’authentiques mouvements de libération comme le Front Polisario, le Front Populaire de Libération de la Palestine, le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste, les patriotes libanais antisionistes, le mouvement républicain irlandais dans ses divers aspects, les patriotes communistes galiciens et catalans, le mouvement corse, le mouvement révolutionnaire de libération des noirs nord-américains, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, la Révolution Cubaine, les masses yougoslaves et irakiennes anti-impérialistes, les mouvements indigènes et paysans de l’Equateur, les lumumbistes congolais, la Nouvelle Armée du Peuple des Philippines et beaucoup d’autres, méritent un soutien solidaire actif. Nous avons aussi observé comment d’anciens mouvements de libération optent pour diverses raisons pour la voie de la capitulation et le passage dans les rangs ennemis. C’est le cas d’une ancienne guérilla colombienne (M-19), de la bourgeoisie palestinienne autour d’Arafat et récemment le triste cas du PKK et de son leader Ocalan. Voir à ce sujet l’article éclairant Le double drame du peuple kurde publié dans Resumen Latinoamericano n°45, janvier-février 2000.

Quand cela se produit, ils cessent de manière automatique d’être des sujets de solidarité internationaliste. Nous regrettons que, malgré l’expérience de ces dernières années, cette réflexion simple et claire ne se soit pas encore installée dans toute la gauche abertzale, ce qui l’a amenée à cahoter, à s’isoler et à faire souvent des gaffes.

D) James Connolly et d’autres

Les luttes de libération nationale les plus importantes du XX. siècle ont été dirigées par des combattants inspirés du marxisme. En Palestine George Habache et Nayef Hawatme, au Sahara Occidental Mohamed Lamine, en Guinée Amilcar Cabral [http://www.45-rpm.net/antiguo/palante/cabral.htm], au Ghana N’Krumah, au Surinam Anton de Kom, Charles Balagne en Guadeloupe, Camille Sylvestre en Martinique, en Algérie Houari Boumediene, en Angole Agostinho Neto, au Vietnam Ho Chi Minh et Phan Van Dong, au Mozambique Samore Machel, en Birmanie Aun Sang, en Corée Kim Il Sung, en Inde Manabendra Roy et tant et tant d’autres, connus et anonymes. Les Partis Communistes luttent activement et militairement contre la domination nationale et coloniale des peuples de Chypre (années 20 et 30), Irak (30), Syrie (20 et 30), Soudan (40), Indonésie (20 et 30), Vietnam (des années 30 à 70), Laos et Cambodge (années 60 et 70), Chine (40), Inde (30 et 40), Malaisie (50), Liban (70) et d’autres, sans compter les luttes armées contre la domination nazi-fasciste dans la II. Guerre Mondiale en Europe.

Mais nous voulons nous arrêter particulièrement sur la pensée et la lutte des révolutionnaires les plus proches. En Irlande est la grande figure de James Connolly, le premier marxiste qui unit la lutte de libération nationale irlandaise avec la lutte pour le socialisme. Dans tous les pays où vivent des personnes originaires d’Irlande il y des associations fondées en l’honneur de James Connolly. Il lutta contre le démembrement de l’Irlande. Dans son travail La Reconquête de l’Irlande (1914) il exposa les méthodes utilisées par la bourgeoisie anglo-irlandaise pour éviter l’alliance entre les travailleurs protestants et la population catholique punie et appauvrie. Il était partisan d’unir le mouvement ouvrier. D’autres de ses travaux sont La classe ouvrière dans l’histoire de l’Irlande (1910) et la biographie du chef de l’insurrection de 1798 Wolfe Tone. Le Mouvement Républicain Socialiste Irlandais formé par l’organisation armée INLA, le Parti Socialiste Républicain Irlandais (IRSP) et les prisonniers de guerre socialistes républicains, se considère héritier de James Connolly. Il fut exécuté par les impérialistes britanniques en 1916 après l’insurrection indépendantiste de Pâques à Dublin.

En Corse se détachent deux figures : Simon Jean Vinciguerra, grand intellectuel en langue corse et résistant antifasciste, membre du Parti Communiste. Il écrivit : Il faut rappeler que la langue française nous a été imposée, que c’est la langue de ceux qui nous gouvernent… Dans une langue est toute l’âme et l’esprit d’un peuple. Et nous, corses, nous sommes un Peuple !. Et Jean Nicoli. Résistant communiste à l’invasion fasciste de la Corse. Sauvagement assassiné par les fascistes en août 1943. Dans la dernière lettre à ses enfants il dit Je meurs pour la Corse et pour le Parti. Dans la Galice de nos jours se détache Mariano Abalo, ex-secrétaire général de l’Union do Pobo Galego qui rompt avec cette organisation et avec le BNG quand la ligne social-démocrate s’impose et crée le Parti Communiste de Libération Nationale et le Frente Popular Galega. Il a été maire de Cangas de Morrazo, toujours fidèle à la solidarité internationaliste avec la lutte du Peuple Basque.

2. LA FORMATION DE LA NATION BASQUE

Nous défendons la thèse que la Nation a forgé sa conscience en passant par trois phases successives et progressives : la phase fueriste-carliste, qui est un moment embryonnaire et primitif de la conscience nationale aliéné par l’idéologie ultraréactionnaire du carlisme intégriste, féodal et archimonarchique ; la phase du nationalisme bourgeois dans laquelle pour la première fois Sabino Arana affirmant qu’“Euskadi est la patrie des basques et “nous ne sommes ni espagnols ni français pose les bases de la conscience nationale moderne. Il rompt partiellement avec l’idéologie carliste, mais traîne les adhérences réactionnaires d’anti-ouvriérisme, racisme, antimaketismo, intégrisme catholique, etc. propres à cette idéologie ; enfin, la phase de la conscience nationale et populaire encadrée dans la pensée libératrice de Marx et Lénine construite par ETA en rupture avec le nationalisme bourgeois. C’est la phase supérieure et la plus démocratique, progressiste et conséquente.

La Nation basque ne se fonde sur aucune sottise raciale, comme l’affirmait Arana, mais sur la volonté politique de la majorité populaire. C’est à la classe ouvrière que revient d’assumer un rôle décisif et dirigeant. La révolution socialiste et la libération nationale sont unies pour la première fois, et de manière naturelle et logique on fait appel aux penseurs qui ont théorisé cette unité.

Il ne faut pas voir cette évolution de manière dogmatique ni mécanique mais dialectique. Chaque phase a été nécessaire et a amené des éléments positifs et négatifs et des luttes internes entre des courants et fractions de classe opposées. Elle n’a pas non plus avancée de manière linéaire mais, à la chaleur de la lutte de classe, des reculs se produisent parfois. Ce processus n’est pas non plus à la marge de la situation internationale mais complétement influencée par celle-ci, pour le meilleur et pour le pire. Par exemple, Arana fait siennes les théories sur l’existence et la supériorité de la “race” inventées par le nationalisme romantique européen du XIX. siècle. Le comte français de Gobineau dit dans son Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855) que “toute civilisation est produit de la race blanche. Marx le qualifia de “chevalier de la barbarie.

Dans les années 60 les militants d’ETA rompent avec le nationalisme bourgeois, se rapprochent de la classe ouvrière révolutionnaire, découvrent ses grands penseurs et les font siens. Ils assument la tactique des 4 fronts exposée par le communiste vietnamien Truong Chin : le front militaire, front culturel, front ouvrier et front politique. Ils assument les approches de Mao, de Lénine et de Marx, tandis que les nationalistes petit-bourgeois de la première génération abandonnent l’organisation en désaccord avec l’adoption du marxisme. Tel est le cas de Txillardegi qui abandonna ETA en 1967 et qui en 2000 continue d’insister sur son vieil anticommuniste à l’odeur de naphtaline, avec ses arrières protégées par l’avancée des forces contre-révolutionnaires au niveau mondial [il est mort le 14 janvier 2012]. La petite-bourgeoisie est défaite et ETA renaît comme grande avant-garde révolutionnaire de tout le Peuple quand il assume le MARXISME-LENINISME dans la seconde partie de la V. Assemblée en 1966. Ainsi l’écrivent les prisonniers dans la prison de Burgos dans leur manifeste de 1970 :

ETA fut définie dans la V. Assemblée, sans ambages d’aucune sorte, comme organisation socialiste. Il n’y a aucun genre de doutes non plus quant au type de socialisme que nous définissons : ni humaniste ni réformiste ni rien de ce genre : marxiste-léniniste. Après avoir été définie comme organisation socialiste, il était réfuté qu’ETA fusse un front national, à moins que ce que nous constituions ne fusse un front national socialiste, chose absurde en elle-même… Le programme politique des marxistes-léninistes n’est pas une technique pour capter des imprudents, mais l’expression fidèle des intérêts de classe du prolétariat.

Le chauvinisme étroit est remplacé par l’internationalisme prolétarien : “Le Peuple Basque est solidaire avec les peuples espagnol et français dans leur affrontement avec cette oligarchie oppressive”. La classe qui assume la lutte nationale est le prolétariat en arrachant la direction à la bourgeoisie : “Durant plus d’un demi-siècle le nationalisme basque a été dirigé par la bourgeoisie. Ensuite, avec la consolidation du pouvoir monopoliste dans l’Etat espagnol surtout, les contradictions s’aiguisent et le nationalisme basque devient révolutionnaire. A partir de ce moment la bourgeoisie nationale commence à être supplantée par le prolétariat”. La V. Assemblée reconnaît que “la classe ouvrière est la classe la plus révolutionnaire et celle qui doit diriger, par conséquent, la Révolution Basque”. Toutes ces citations sont extraites du livre d’Iztueta et Apalategi déjà cité.

Cette Révolution a pour objectif de construire le socialisme et la société sans classes. Le philosophe français Jean-Paul Sartre reconnaît dans sa préface du livre de Giselle Halimi Le procès de Burgos en 1970 que la majorité des dirigeants d’ETA “semblent marxistes-léninistes”. (“Le document de Burgos”, Punto y Hora, 172, avril 1980).

Ces définitions sont d’une importance capitale pour la constitution d’une conscience nationale démocratico-révolutionnaire et nous considérons comme fondamental que le MLNV les réassume dans leur intégralité. Tout notre hommage militant aux compagnons qui menèrent cette lutte à ce niveau : Jokin Gorostidi, Itziar Aizpurua, Txutxo Abrisketa, Goio López Irasuegi (décédé après sa dernière lutte contre les liquidateurs d’EE), Arantza Arruti et le reste des inculpés à Burgos en 1970 (à l’exception des traîtres sociaux-démocrates), les frères Enbeita, Madariaga, Xabier Bareño, Beltza, Mikel Etxeberria, Txomin Ziluaga, les frères Etxebarrieta [http://www.45-rpm.net/antiguo/palante/etxebarrieta.htm] malheureusement décédés et tant d’autres.

Le précédent et la première pierre de la conception démocratique et révolutionnaire de la Nation Basque fut la position qu’assumèrent les communistes basques de la Fédération Basco-Navarraise du Parti Communiste d’Espagne qui en 1935 créèrent le Parti Communiste d’Euskadi. Position fondée sur le marxisme-léninisme et sur la critique que réalisa l’Internationale Communiste (I.C.) en 1931 au PCE pour qu’il abandonne la ligne antiléniniste, espagnoliste et de négation du droit d’autodétermination qu’il suivait :

La situation présente, dans laquelle la lutte nationale de la Catalogne, Vasconie et Galice s’est convertie en l’un des facteurs les plus importants du développement de la révolution démocratique espagnole, crée le devoir au Parti d’opérer un sérieux virage dans sa politique nationale… le Parti doit propager par tout le pays le droit de la Catalogne, Vasconie et Galice à disposer d’eux-mêmes jusqu’à la séparation. Il doit défendre ce droit avec grande énergie devant les ouvriers d’Espagne, pour détruire leur mentalité hostile au nationalisme catalan, basque et galicien. En Catalogne, Vasconie et Galice, les communistes doivent faire comprendre aux ouvriers et paysans la nécessité de leur union étroite avec les ouvriers et paysans révolutionnaires d’Espagne pour mener avec succès la lutte contre l’impérialisme espagnol, démasquer les hésitations des nationalistes, en appelant les masses à user librement de manière absolue de leur droit à disposer d’eux-mêmes jusqu’à la séparation…”.

Cette politique signifiait rompre avec l’influence qu’exerçait la ligne anti-basque erronée du PSOE qui contribuait à diviser le prolétariat basque et signifia que pour la première fois des secteurs prolétariens prenaient la tête de la lutte nationale. Politique qui se reflète dans ces mots de 1934 :

“Le comité régional de la Fédération Communiste Basco-Navarraise partant du fait rigoureux de l’existence du mouvement national-révolutionnaire d’Euskadi et des aspirations, profondément ressenties, d’émancipation et de libération nationale des masses populaires basques, en intelligence étroite avec notre Parti Communiste de la nation oppresseuse et notre glorieuse I.C., fait public devant les masses opprimées d’Espagne, Catalunya, Galitzia, Euskadi et Maroc, la ferme intention d’aller à la création du Parti Communiste basque” qui “aspire à être l’avant-garde consciente, active, organisée et combattante du prolétariat révolutionnaire basque. Et seul le prolétariat révolutionnaire basque, dirigé par son Parti Communiste, entraînant derrière lui tous les ouvriers, tous les paysans laborieux, tous les exploités et opprimés d’Euskadi, propulsera jusqu’à son triomphe, la libération nationale et sociale basque de la vassalité et de l’oppression de l’impérialisme espagnol”. (“Vers la création du Parti Communiste Basque”, Euskadi Roja, nº 54, 31 mars 1934).

Le dirigeant communiste Jesús Larrañaga Txurruka “Goiherri” et tout le PC d’Euskadi qui transformèrent ce parti en le plus vaillant défenseur d’Euskal Herria dans les champs de bataille de 1936 à 1939 représentèrent le sommet organisationnel et militant. La défaite militaire, son assassinat aux mains du franquisme et la disparition de l’I.C. qui exerçait un si sain travail de vigilance léniniste, permit à la direction du PC d’Espagne avec Carrillo au front de liquider la ligne léniniste et de recommencer à se baser sur l’espagnolisme diviseur de la classe ouvrière. Ce vide sera comblé à partir de la fin des années 60 par la nouvelle avant-garde de la Révolution Basque : Euskadi ta Askatasuna (ETA). Nous nous reconnaissons comme modestes mais fermes continuateurs de la ligne marxiste-léniniste de Goiherri et du Parti Communiste d’Euskadi de 1935 à 1937 et de la ligne marxiste-léniniste d’ETA et de la gauche abertzale et révolutionnaire.

La conception m-l d’ETA lui permit de comprendre la relation entre les différentes classes sociales d’Euskal Herria, étendre son travail au sein de la classe ouvrière jusqu’à donner lieu à la création du syndicat LAB (qui en cette année 2000 fête 25 heureuses années de lutte), comprendre la nouvelle tactique employée par l’oligarchie après la mort de Franco, utiliser la lutte armée non pour remplacer la lutte de masses comme l’accusaient les trotskystes, mais pour la stimuler, l’activer et la protéger, frapper l’appareil de répression avec exactitude et faire en définitive de la Nation Basque une tranchée de combat des idées les plus progressistes et les plus démocratiques. D’énormes réussites sont la création de nouveaux partis ouvriers abertzale comme LAIA et HASI, la création d’une large Unité Populaire autour de la “Table d’Altsasu”, le rejet actif de la constitution espagnole, la critique conséquente de la capitulation de la gauche espagnole du PSOE-PCE, la naissance d’un journal de masses et l’élimination d’un groupe social-démocrate qui s’était fait fort en son sein, la lutte conséquente contre l’oligarchie financière sur tous les fronts, la pratique active de l’internationalisme prolétarien avec d’autres nations sans état européennes et mouvements de libération du tiers monde. L’élaboration théorique de la gauche abertzale pose le caractère de la future révolution socialiste basque et la nécessité de l’organisation :

“La révolution socialiste, par son caractère intrinsèque, exige la participation active et consciente de la majorité des opprimés. La prise du pouvoir et la disparition progressive de l’état ne peut pas être réalisé par une minorité consciente et radicalisée, mais peut seulement être l’œuvre du prolétariat avec les couches populaires opprimées… Nier la nécessité du parti, signifie désarmer la classe ouvrière de l’instrument indispensable de sa libération et l’abandonner au sort de l’idéologie bourgeoise”. (“Le parti révolutionnaire”, Lantzen, LAIAren aldizkari, 1978).

La gauche abertzale est le point de convergence naturel de beaucoup de militants communistes, marxistes et progressistes non disposés à céder devant les manœuvres de l’ennemi de classe : l’Organisation Communiste d’Euskadi (Drapeau Rouge)-OCE-BR s’intègre dans HASI, LAB et ETA et son responsable politique, Carlos Lucio, offre sa vie dans le combat armé ; des intellectuels de l’Etat comme Alfonso Sastre, Eva Forest, José Bergamin, Justo de la Cueva, De la Mata, etc. établissent leur résidence en Euskadi ; d’ex-militants d’ORT, PTE, AC, PCE, PCE VIII-IX, PCT, MC, LCR, et d’autres organisations communistes s’intègrent dans le MLNV ; des vétérans du PSOE comme Miguel de Amilibia, député socialiste du Front Populaire et président de la Junta de Défense de Gipuzkoa dans la guerre font de même. En plus d’anciens jelkide de droite qui comme Telesforo de Monzon vivent une nouvelle jeunesse abertzale et populaire dans les rangs du MLNV.

Nous voulons souligner aussi l’importance du fait que des communistes aient exercé des fonctions de direction du MLNV dans les années 70 et 80. L’importance centrale d’un cadre communiste de haut niveau comme Jose Miguel Beñaran “Argala” [http://www.45-rpm.net/antiguo/palante/argala.htm] dans la conception de la politique d’ETA et du MLNV tant contre la dernière phase de la dictature fasciste comme de l’installation du régime de domination monarco-libéral nous paraît indiscutable. On ne peut pas comprendre le surgissement de dirigeants de cette qualité politique sans l’accumulation révolutionnaire d’ETA et de tout le Peuple depuis des décennies précédentes. Nous ne nous lasserons pas de signaler en Argala les vertus d’un authentique militant communiste basque du XXI. siècle, serviteur du Peuple et de la classe ouvrière et porteur d’une nouvelle morale, la marxiste-léniniste.

Il ne nous paraît pas fortuit que la direction répressive de l’état capitaliste espagnol, le service secret militaire, ait assassiné deux des dirigeants qui ont exercé un rôle plus remarquable dans l’orientation révolutionnaire du MLNV : Argala et Santi Brouard [http://www.45-rpm.net/antiguo/palante/brouard-muguruza.htm]. L’activité politique du parti HASI (Herriko Alderdi Sozialista Iraultzailea) jusqu’à son III. Congrès dans les années 80 suppose un autre moment exceptionnel dans l’organisation de la l’Unité Populaire-Herri Batasuna, dans la combinaison réussie des luttes institutionnelle et de masses et dans la construction d’une conscience nationale démocratique et internationaliste. Son président Santi Brouard affirme que “la lutte est notre principale arme vers la conquête de l’Indépendance et du Socialisme en Euskadi”. Santi Brouard : “Lutte et organisation, la clef de la victoire”, Punto y Hora, n°321, 1983.

La liquidation de ce parti, à la fin de 1987, nous paraît un épisode funeste pour la lutte nationale et sociale d’Euskal Herria, dont les auteurs et responsables (pas les simples exécutants) doivent encore à notre Peuple une explication honnête et transparente. Notre hypothèse est que se produisit une alliance des forces petite-bourgeoises non disposées à accepter l’hégémonie communiste obtenue à la force du poignet par le travail acharné des militants de HASI et d’autres révolutionnaires du MLNV. Si nous nous trompons nous rectifierons très à l’aise devant l’explication justifiée que nous demandons.

La liquidation de HASI coïncide avec l’effondrement du camp socialiste autour de l’URSS et cela permet au courant petit-bourgeois social-démocrate et anticommuniste qui s’est maintenu tapi et dans l’attente de son moment dans le MLNV d’émerger. Un cas scandaleux, et qui exerce encore une certaine influence est celui de Txillardegi.

Quand en août 1991 le Bureau National d’HB se refuse à condamner la tentative de rétablir l’ordre soviétique par une partie de la bureaucratie qui veut éviter la contre-révolution qui a mené l’ex-URSS au chaos absolu, à la guerre civile et au pillage par une bande de criminels sans scrupules menés par Eltsine, Txillardegi publie dans Enbata “Fallait-il condamner le putsch ?” (Txillardegi, Enbata, nº 1190, 29 août 1991, Baiona), un texte attaquant l’organe auquel il appartient et faisant l’éloge du criminel Boris Eltsine :

“S’il y a quelqu’un qui a montré une sensibilité réelle par rapport aux problèmes nationaux c’est bien Eltsine. En ce qui concerne le putsch, c’est celui qui a fait rapidement face aux conspirateurs… Eltsine est un ancien dirigeant de haut niveau du PCUS : et il connaît mieux que les gauchistes occidentaux de salon ce que le système communiste a donné”.

Face au bureau de HB, qui propose un retour aux idéaux de 1917, “écrasés par Gorbatchev et Eltsine” ce démagogue dit que “c’est faux… Nous condamnons le putch sans réserves” et demande une gauche “humaniste, non-bureaucratique, non-staliniste, pluraliste”.

Sous le drapeau de l’anti-stalinisme il soutient Eltsine en août 1991, qui se dispose à se lancer sur l’état soviétique pour l’abattre et le piller, ruiner la population, canonner le parlement russe, détruire la Tchétchénie et faire renaître le vieux tsarisme. L’anticommuniste Txillardegi est complice politique du bandit Eltsine.

Ce discours empoisonne un secteur de la gauche abertzale qui abandonne toute référence au socialisme et au marxisme et s’accroche à une conception maximaliste de l’indépendance, dépourvue du contenu révolutionnaire qu’ETA lui imprime depuis la fin des années 60.

En accord avec ces temps de contre-révolution, JARRAI abandonne au début des années 90 le marxisme dans les programmes de formation des militants et Egin adopte une ligne de plus en plus anticommuniste. L’internationalisme solidaire dans les relations extérieures est remplacé par le soutien à des processus contre-révolutionnaires qui désintègrent des états socialistes fédéraux et favorisent la néo-colonisation occidentale. Le pragmatisme néo-social-démocrate ne conduit la lutte nationale et sociale d’Euskadi nulle part et embrouille la militance. Il nous coupe des nos alliés naturels que sont les authentiques mouvements de libération nationale, les secteurs démocratiques et révolutionnaires et les régimes progressistes.

Nous sommes pour récupérer la ligne historique du MLNV, qui unit indissociablement libération nationale et sociale avec l’horizon mis sur la constitution d’une République populaire d’Euskal-Herria. Aujourd’hui comme hier l’alternative la plus raisonnable et la plus démocratique est INDEPENDENTZIA TA SOZIALISMOA.

GORA EUSKAL HERRIA ASKATUTA
GORA EUSKAL HERRIA SOZIALISTA
GORA MARXISMO-LENINISMOA

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