La psychiatrie à Belfast

Cette interview avec Patricia Campbell a été faite le mercredi 18 juillet 2012 à Belfast par notre camarade T. 

Pourrais-tu te présenter?

Je m’appelle Patricia Campbell, je suis infirmière, je travaillais en tant qu’infirmière psychiatrique de quartier à Belfast-nord et Belfast-ouest, des endroits exceptionnellement défavorisées socialement et économiquement et qui ont énormément souffert pendant la guerre en Irlande du Nord.

Dans quels quartiers travaillais tu?

J’ai servi tout le monde, les deux communautés, à la fois les nationalistes et les loyalistes-unionistes.

Etait-il possible de faire ce travail pour les deux à la fois?

Oui j’ai travaillé dans Shankill pendant presque une année, cet endroit a été décrit par un chef loyaliste comme la « capitale du loyalisme ». J’ai vu que les mêmes problèmes concernaient les deux communautés, des deux côtés de la barrière, la seule différence étant la couleur du drapeau sur la porte d’entrée. Il y a plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous divisent.

Quelle est la réalité de ton travail, tu rencontres les gens, tu leur parles, que fait une infirmière psychiatrique?

Ma première responsabilité était de mener des examens de la santé mentale, puis de procurer une intervention thérapeutique. J’ai fait des études d’assistance à la personne [« counselling »] et j’ai eu un diplôme de psychothérapie. Une partie de mon travail consiste aussi à travailler avec les familles, de prescrire des médicaments, des psychotropes, et de surveiller les personnes qui souffrent de lourdes blessures de leur santé mentale.

Tu fais ce travail, mais en même temps tu réfléchis à ce que tu fais. Est-ce que ce que ta réflexion joue un rôle dans ta pratique d’infirmière ou est-ce qu’elle s’exprime dans ton engagement politique? est-ce que les deux sont séparés?

Non, pas du tout. Ma pratique d’infirmière m’a politisée. Cela peut paraître étrange, puisque le métier d’infirmière est assez… je le dirai comme ça : c’est une profession très hiérarchisée, contrôlée par le modèle médical, et j’ai appris par expérience que dans ce métier les gens ne sont pas très politisés, c’est une profession très féminine et qui vit sous la contrainte de toutes sortes de procédures. Nous devons suivre le modèle médical. Mais cette profession m’a politisée parce que j’ai rencontré et j’ai soigné des gens qui sont, je dirais, les victimes du capitalisme, du colonialisme, de la pauvreté. J’ai vu tout ce qui arrive dans ces situations où les gens sont totalement opprimés, je peux dire que j’ai vu ces choses depuis la ligne de front, et j’ai une expérience du front pour ce qui touche à ce que ce conflit a fait aux gens, à ce que la pauvreté fait aux gens.

Je pense qu’il devrait y avoir d’autres façons de soigner les gens, je ne pense pas que le modèle médical rende justice à ces situations de maladie mentale. Je vais te donner un exemple : quand on diagnostique une sérieuse maladie mentale chez quelqu’un, ce diagnostic est basé sur l’opinion du psychiatre, pas sur la science. Si par exemple tu as un problème au cœur ou au rein, le diagnostic est basé sur la science, mais si tu as un problème de santé mentale, le diagnostic est basé sur l’opinion du psychiatre. Parce que le cerveau n’est pas l’esprit, l’esprit n’est pas le cerveau. Je pense qu’on ne peut pas ignorer le contexte social dans lequel les gens sont placés, cela ne peut pas être ignoré. Mais c’est ignoré : les symptômes sont traités, mais les causes des symptômes sont ignorées. Comment le problème peut-il être traité si ses causes sont ignorées?

Te retrouves-tu seule face à ce modèle médical dont tu as parlé?

Je suis une voix isolée… ou peut-être pas tant que ça. Il y en a peut-être d’autres par ci par là qui sont d’accord avec moi, mais le modèles médical et les compagnies pharmaceutiques sont si puissantes que nous nous retrouvons à la marge, et on ne rencontre pas vraiment de désir de nous faire sortir de cette marge. En outre, il y a toujours une stigmatisation rattachée à la maladie mentale, et les gens, en particulier ceux qui sont passés par ce conflit, ont tendance à voir la maladie mentale comme une sorte de faiblesse, et ils ne reconnaissent pas cela en eux, ils ne reconnaissent pas qu’ils ont été traumatisés. Ils pensent qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez eux, ils vont chez le psychiatre, celui-ci fait un diagnostic, et ils acceptent ce diagnostic, parce qu’ils pensent que le psychiatre est le mieux placé en ces matières.

Comme si c’était un problème de reins?

Tout à fait.

Est-ce que la plupart des gens vont consulter et prennent des produits, ou bien restent-ils seuls et s’abstiennent?

Il est reconnu qu’il y a ici énormément de prescriptions d’anti-dépresseurs et de benzodiazépines, que les quartiers de Belfast-nord et Belfast-ouest sont très déprimés, mais beaucoup de gens font de l’auto-médication, ils utilisent l’alcool et les drogues comme moyens de supporter ça. Ils n’ont pas de droits sociaux ou économiques, ni de droits politiques, c’est une situation brutale. Quant aux jeunes, leur développement affectif est complètement étouffé, il est structuré autour du traumatisme et de l’échec.

Est-ce qu’ils parviennent à parler de leurs problèmes et à identifier ce qui ne va pas?

J’ai co-écrit un texte, destiné à être lu lors d’une conférence mondiale de la santé en 2008. J’ai interviewé dix personnes qui étaient usagers des services de santé mentale à Belfast-ouest, mais leurs expériences passées n’ont pas été racontées. La première raison est que ceux qui ont été interviewés dans ce texte n’ont pas jugé bon de parler de leurs expériences, il s’agit d’une question de confiance entre eux et les interviewers. La deuxième raison est que si on leur avait demandé de parler de leurs expériences, ils ne l’auraient peut-être pas fait. Ce qui m’a frappé, c’est qu’on avait prescrit à ces personnes des produits psychotropes, des benzodiazépines, tout un tas de produits qui altèrent l’esprit, mais pourtant leurs expériences sont restées inconnues à ceux qui les ont diagnostiqués et qui leur ont prescrit ces médicaments. Pour moi, c’est quelque chose d’assez choquant.

Mais les symptômes étaient remarqués?

Bien sûr, ils voyaient qu’ils étaient en détresse psychologique, sinon ils n’auraient pas consulté les équipes de santé mentale. Ou alors ce sont les médecins généralistes qui nous les ont envoyés. Quand ils nous arrivèrent, ils furent examinés par des psychiatres, des infirmiers spécialisés en santé mentale et des travailleurs sociaux spécialisés. Puis ils ont été diagnostiqués et traités en fonction des symptômes qu’ils présentaient, comme par exemple des hallucinations, l’anxiété, la dépression, tout un tas de symptômes de détresse psychologique. Ils ont été diagnostiqués et des médicaments ont été prescrits, mais pourtant à aucun moment leurs expériences n’ont été explorées. Cela me pose problème. Les interviewés ont voulu rester anonymes.

Pourquoi cela?

Les problèmes mentaux sont stigmatisés, et éthiquement de mon côté je dois préserver la confidentialité de mes patients.

Il y a eu une guerre ici, penses-tu que la connaissance des problèmes post-traumatiques a augmenté?

Mon opinion est que s’il n’y avait pas eu de guerre, il n’y aurait pas tous ces traumas. Énormément de gens souffrent de traumatismes, beaucoup sont considérés comme trop abîmés pour pouvoir travailler. Dans l’enquête dont je t’ai parlé, un des participants avait été torturé à la prison de Castlereagh, endroit très connu pour les abus contre les détenus, beaucoup de participants ont connu la prison ou ont été pris dans le conflit d’une façon ou d’une autre. Un des psychiatres a posé la question à la conférence en Palestine, c’est là-bas que cela se passait et où nous avons présenté notre article : « Pourquoi ces gens sont-ils encore considérés comme « handicapés », n’y a-t-il pas moyen de les réintégrer et de leur donner un emploi ? »

Je lui ai répondu que beaucoup d’entre eux sont des ex-prisonniers et qu’ils ont un casier judiciaire, même si leurs actions étaient motivées politiquement. Et que par conséquent, on ne leur permet pas de participer à la société. Il y a par exemple beaucoup d’ex-prisonniers qui ont fait des études, qui ont des diplômes, beaucoup de talents à offrir, mais on ne leur permet pas de participer à la vie sociale, donc ils vivent d’aides sociales ou trouvent des emplois dans lesquels ils n’ont que peu de droits ou pas du tout. Les implications sont larges, et cela retient ces gens, disons, dans le système psychiatrique. S’il leur était permis de participer à la vie sociale, cela les aiderait à reconstruire leurs vies et à dépasser leur traumatisme.

Tu as parlé de traumatismes qui traversent les générations. Des gens ont vécu le conflit dans leur chair, mais pourrais-tu parler de leurs enfants?

Les jeunes d’aujourd’hui sont les enfants de gens qui ont été emprisonnés, qui ont participé au conflit en général. Beaucoup de gens qui ont une vingtaine d’années aujourd’hui se souviennent des raids contre les maisons, des visites aux prisonniers, de toute cette atmosphère qui existait, mais plus profondément c’est leur vie, leur développement qui est structuré autour du traumatisme. Ils ont grandi dans des quartiers où les gens ont été complètement traumatisés. Être élevés par un père et une mère traumatisée dans une société où il n’y a pas de droits sociaux et économiques, pas de droits politiques, un sectarisme omniprésent… on communie dans l’absence d’espoir. De plus en plus de gens s’auto-mutilent, les implications vont loin : on diagnostique des « désordres de la personnalité » chez beaucoup de jeunes gens, ce terme est très controversé. Qu’est-ce qu’un désordre de la personnalité? Cela se définit en fonction de ce qui est normal pour le psychiatre. On en revient à l’opinion du psychiatre, qui n’a pas la même vision du monde que les gens qui ont grandi dans ces quartiers.

Peut-on dire que c’est la situation qui est malsaine?

Oh oui.

Est-ce que la division sectaire de la société traverse aussi les individus? Je veux dire : est-ce qu’il y a une anxiété ou une peur dans le rapport avec les autres en général?

Oui. Si on compare Belfast aux autres villes dans le monde, comme Londres, la structure des quartiers ici est fondée sur l’inhibition-endiguement [‘containment’]. Pa seulement l’endiguement par les psychotropes, qui endigue-inhibe effectivement  les individus et les groupes – d’ailleurs on ne sait pas bien ce que ces drogues font à l’esprit – mais en tous cas elles endiguent-inhibent toute la pensée de la personne. Et toute la structure de la vie sociale et de la géographie correspond à l’endiguement-inhibition. Par exemple quand je travaillais à Londres comme infirmière de santé mentale, il y avait des endroits « chauds » à éviter, je tournais à gauche, à droite et je les évitais. Mais ici la structure géographique est telle que je ne peux pas, il y a plein de culs-de-sacs. Au sommet de tout cela, il y a la division sectaire.

Les gens ne vont pas s’aventurer dans le territoire des « autres ». Par exemple, les gens des quartiers républicains, ou nationalistes si tu veux, auront très peur d’aller à Shankill Road qui est un quartier loyaliste, et vice-versa, les gens de Shankill éviteront de passer par Falls Road. Les gens ne sont pas libres. Il n’y a pas de flux libre dans la ville. Les gens sont hyper-vigilants, leur état d’esprit est hyper-vigilant tout le temps. Il s’agit de se protéger soi-même, et cela n’a pas disparu. Depuis 1994, le cessez-le-feu, cela fait 18 ans. Ceux qui sont nés à ce moment sont adultes aujourd’hui, et ils continuent à ressentir cette peur, car leur développement a été structuré dans ce type d’environnement. Le sectarisme a empiré depuis 1994. Et il n’y a pas la moindre tentative de la part des partis politiques dominants de s’attaquer à ce problème. Pour la galerie, il mènent des initiatives trans-quartiers, ce qui est très positif et je les en félicite, mais au fond il reste que les partis politiques dominants continuent d’exister sur une base sectaire [ethno-confessionnelle].

Du clientélisme?

Oui.

Mais il y a eu un processus de paix, ou de normalisation, ou tout un chacun est censé avoir droit au soin. Il y a des financements de l’Union Européénne. Est-ce qu’il y a un lien entre la santé mentale et le processus de paix?

Il y a eu beaucoup d’argent de l’Union Européenne pour différents projets. Il y a eu beaucoup de choses positives issues de ces financements européens, et beaucoup de promesses de faites. Mais il y a une chose qui ne s’est pas améliorée, ce sont les services de santé, en particulier les services pour les gens ayant des problèmes de santé mentale. Il y a des groupes d’assistance qui font du très bon travail, mais il faut un renversement complet du système actuel de soins. Il y a beaucoup de corruption, je ne me censure pas là-dessus. Les services de santé sont dirigés par une clique de bureaucrates corrompus, soutenus par les politiciens à Stormont. Je pense que le système est corrompu à partir du sommet. Il y a eu une couverture médiatique là-dessus. Les gens sont devenus anesthésiés, ou plutôt habitués au fait que l’argent public va à des décideurs corrompus et incompétents, l’argent ne va pas aux services de la « ligne de front ».

Il n’y pas cette volonté, c’est un problème systémique qui doit être soulevé. J’ai perdu mon emploi parce que j’ai défié ce système, et je continuerai à le défier. Je suis passionnément intéressée au sort des gens dans les quartiers de Falls, de Shankill etc. Je crois que si les gens peuvent dépasser leur traumatisme et reçoivent les soins appropriés, ils seront plus forts pour combattre pour leurs droits sociaux et économiques. Ils ne peuvent pas encore le faire aujourd’hui parce qu’ils sont trop endigués-inhibés.

Lors des défilés orangistes la semaine dernière, nous avons été frappés par la propagande joyeuse et festive à se sujet, et par la différence avec la réalité. Penses-tu qu’il y a une atmosphère schizophrène ici, entre le gouvernement qui cherche à donner une bonne image de Belfast et de l’Irlande du Nord où tout le monde est heureux et cette réalité sans espoir dont tu as parlé? Y a-t-il un conflit entre la propagande et la réalité?

Tout d’abord, je dirai que le processus de paix a été une solution britannique à un problème irlandais. Ce n’est pas dans l’intérêt des dominants, du gouvernement britannique, de faire l’unité dans la classe ouvrière. Les politiciens de Stormont, tous sans exception, appliquent les mesures politiques britanniques. Les marches orangistes qui ont lieu ici tous les étés suscitent beaucoup de tension et d’excitation, cela n’a rien à voir avec un festival ou une célébration, mais avec la domination d’un groupe sur un autre. Les gens du quartier d’Ardoyne par exemple, sont assiégés tous les 12 juillet. Cela doit être résolu, cela doit prendre fin. Tant que cela continuera, cela envenimera les rapports entre les quartiers. Je fais du travail de quartier dans le groupe « Patients First« , à Belfast-est, un quartier loyaliste, et nous somme tombés d’accord sur le fait qu’il y a plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous divisent. Si nous nous réunissons sur ces questions, ces choses dont nous avons été témoins peuvent être résolues, si les gens des deux communautés se retrouvent dans la lutte sur les questions sociales et économiques. Par contre, ces marches entretiennent la séparation entre communautés. Et si le travail trans-quartier ne donne aucun résultat, c’est qu’il n’est pas porté par une conscience de classe, il n’y a aucune tentative d’unir les gens de ces quartiers sous ce commun dénominateur de classe. Pourtant c’est la seule façon de dépasser le problème.

Mais compte tenu de la puissance de l’impérialisme et du tribalisme, comment procéder?

Je suis pour un nouveau mouvement des droits civiques. La différence entre ce nouveau mouvement et l’ancien mouvement des droits civiques dans les années 60, quand j’étais enfant, c’est qu’il s’agissait à l’époque d’obtenir des droits pour la population nationaliste qui subissait énormément de discrimination. Nous avons obtenu ces droits, je fais partie de la communauté nationaliste – bien que je ne me définisse pas comme nationaliste, je suis internationaliste et je n’aime pas le terme de nationalisme, il y a un certain fascisme en lui – mais ce nouveau mouvement pour les droits civiques est destiné aux deux communautés. Nous avons parlé tout à l’heure de cette situation sans espoir, mais j’ai l’espoir qu’un tel mouvement nous rassemble tous, avec une participation de non-nationalistes et de non-nationaux, j’espère qu’ils nous rejoindront pour exiger des droits en tant qu’égaux et que nous pourrons avancer sur cette base. Il y a un désir pour un tel mouvement, ce qui nous manque c’est le leadership et la perspective.

Il y a une lourde propagande de paix et de prospérité qu’on voit partout dans les rues, pour produire des illusions chez les gens. Comme par exemple les modèles de beauté imposés qui font que les individus vont se mépriser et se haïr. Est-ce que cela contribue à la maladie mentale?

Oui, bien sûr. Les gens sont si rabaissés et dépourvus de pouvoir [‘disempowered’] qu’ils manquent beaucoup d’estime de soi. Ils sont diabolisés, des quartiers entiers sont diabolisés par les médias. On les appelle des « dissidents ». Si vous vous écartez de la direction des pouvoir établis, même en opinion, on vous qualifie de « dissident ». Ce terme a des connotations extrêmement négatives : ça implique que vous êtes un personne violente, qui soutient l’incendie et le meurtre, que vous êtes un dealer de drogue. Ce terme est là pour disqualifier ceux qui s’écartent, disons, du statu quo. Il est très difficile de faire face à ça. Tu parlais de schizophrénie, je te dirai que Mother Ireland en tant que mère-patrie a grandement souffert. Mother Ireland est mentalement malade : elle est schizophrène, violentée, colonisée, elle a subi la pauvreté, la famine, la guerre civile, pas de répit pour elle. Il est temps que Mother Ireland soit soignée convenablement, qu’elle soit respectée et reçoive une intervention thérapeutique adéquate et des droits sociaux et économiques, car c’est cela qui rend tout le monde malade. C’est la cause de la maladie : la maladie mentale c’est une maladie sociale.

Tu fais aussi partie d’un syndicat, est-ce que tu pourrais nous en dire un mot?

Je suis présidente de l’Independent Workers Union. C’est un syndicat qui organise des travailleurs de toutes les communautés et sur la base de toute l’Irlande.

Quelle est l’origine et les buts de ce syndicat?

La raison qui nous a fait nous appeler « independent« , c’est que nous avons commencé en tant que petit groupe opposé au partenariat social, alors que les chefs syndicalistes siégeaient à la table du gouvernement et des patrons pour négocier les droits des travailleurs, je dirai plutôt pour mettre en question les droits des travailleurs. Pour eux, siéger à ces commissions est très important. Nous leur avons répondu qu’ils remettaient en question les droits des travailleurs. J’ai une expérience personnelle des bureaucrates syndicalistes qui négocient la perte des droits des travailleurs, qui ont été acquis au prix de durs combats par nos ancêtres. Ces droits qui autrefois n’existaient pas sont de nouveau retirés. Les privatisations rongent les services publics et des bureaucrates corrompus et incompétents sont au poste de commandement. Et ils sont là parce que le mouvement syndical l’a permis. Donc nous grandissons, nous faisons du travail d’organisation pour construire ce syndicat et offrir une alternative. Par exemple les gens de cette coopérative [là où nous faisons l’interview] sont tous des collègues de l’IWU. Nous commençons à voir les fruits de notre travail. Seul, un syndicat ne pourra pas… je veux dire ce n’est pas la réponse à tous nos problèmes, mais il permet de former des groupes solides partout. C’est donc un commencement.

Qui cherchez-vous à organiser?

C’est un syndicat pour tous : les travailleurs immigrés, les catholiques, les protestants.

Dans le droit du travail, est-ce qu’il y a une différence entre le Free State et l’Irlande du Nord?

Ce ne sont pas les mêmes législations. Ici cela se rapproche beaucoup du modèle anglais, mais dans le Sud la législation est très ressemblante.

Pour en revenir à ton métier d’infirmière : tu nous a dit que tu avais formé des étudiants : est-ce qu’ils ont découvert le conflit et ses traces en accompagnant tes patients?

Ces jeunes avec qui j’ai travaillé ont tendance à normaliser l’anormal, à cause du poids des procédures mécaniques et du modèle médical.

Ils séparent les différents segments de la vie?

Oui, la profession ne prête pas attention au lien entre le contexte social de l’expérience du patient, et ses symptômes. Ils se focalisent sur les symptômes et le traitement est une réponse médicale, des médicaments. En plus de cela, il n’y a pas assez de services thérapeutiques pour accueillir les malades. Surtout, il faut un renversement complet dans la façon dont les examens sont pratiqués, dans la façon dont les questions sont posées. Et la confiance doit exister entre le patient et le soignant. Lorsque le patient perçoit que celui qui le traite appartient à une autre classe ou à une autre communauté, il ne dira rien. Il y a les deux aspects, la classe et l’appartenance communautaire, mais la classe ne doit pas être négligée. J’ai connu des cas de gens de la communauté loyaliste qui ne disaient pas un mot à celui qu’ils percevaient comme ne faisant pas partie de leur classe. Mais ils pouvaient me parler à moi, parce qu’ils me percevaient comme appartenant à leur classe. La classe est une question très importante, en particulier dans la maladie.

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