David Rovics – Saint Patrick’s Battalion

Cet article, publié dans Arts et lettres, Vidéos, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

14 commentaires pour David Rovics – Saint Patrick’s Battalion

    • théodule dit :

      merci liam! cette intervention avait été traduite ici il y a deux ans🙂

      https://liberationirlande.wordpress.com/2012/03/21/comment-trouver-les-siens-ethnos-ou-demos/

      Quand je suis arrivée [à New York en 1969] je n’ai pas mis beaucoup de temps à trouver mes pairs. ‘Les miens’, c’est-à-dire les gens qui savait ce qu’était l’oppression, la discrimination, les préjugés, la pauvreté, et la frustration et le désespoir qu’elles provoquent, n’étaient pas les Irlando-Américains. C’étaient les Noirs, les Porto-Ricains, les Chicanos. Ceux qui étaient censés être « les miens », les Irlando-Américains qui étaient au courant de l’abominable domination britannique, de la Famine et qui soutenaient le mouvement des droits civils en Irlande, et qui savaient que la partition et l’Angleterre étaient la cause du problème, me semblaient les portraits crachés des Orangistes. Ils disaient exactement les mêmes choses sur les Noirs que ce que les loyalistes disaient de nous en Irlande. A New York, le maire m’a donné les clés de la ville, le genre d’honneur sur lequel il ne fallait pas cracher. J’ai donné les clés aux Black Panthers.

      • Monier Alain dit :

        Bonjour,
        J’ai hesite avant de repondre a theodule, mais je me decide afin d’expliciter ce que me donne a penser son temoignage veritablement sincere.
        Dans l’absolu il est incontournable, le choix d’une existence est profondement respectable. Pour autant un positionnement est le fait d’une personnalite complexe , objective et tout autant subjective, et les faits de la realite et du reel sont tout autant un encrage pregnant. Aujourd’hui la classe ouvrieres a laisse la place a tous ces perdus de la vie qui representerait l’essence de toute verite revolutionnaire, les autres ces « declasses de la verite » ne representeraient plus que la decheance d’un systeme.

        Le jugement meme si il est d’essence ideologique est une protestation justifiee qui tient la route. Je demande a Theodule si il veut bien repondre, en quoi cette determination s’associe a l’Irlande. Bien sur Lenine dans le vocabulaire Marxiste stipulait
        que la Liberation Nationale n’etait qu’une simple etape, mais pour autant necessaire. A ce titre je ne saisis pas tes propos reduisant tout Irlandais a un possible « traitre » a la cause. Je ne sents pas tres bien comment pourra se derouler le scenario de la lutte Irlandaise, car il est indeniable et aujourd’hui encore plus qu’hier la « colaboration » des « siens » est tres importante. Comment assigner une pretention Nationale a ceux qui n’en ont pas par « principe ». Un Peuple, une Nation ce n’est qu’un principe subjectif a la base, faconne par diverses actions dialectiques. Le plus souvent d’ailleurs la guerre, les guerres, furent le vecteur determinant. Utiliser une matiere existante pour ensuite la detruire par implosion a fin d’assigner un ordre dont les parametres nesont plus veritablement efficace, me parait non pas revolutionnaire, mais tres incertain. Une Nation Republicaine ce n’est pas rien, et il est evidemment necessaire de l’impliquer dans la finalite du « mieux possible ». Ce mieux possible qui est d’abord un tatonnement historique, ne doit pas mettre en danger la faculte d’etre en vie. Le monde des possibles n’est pas infini, il est indefini. Si un evenement doit intervenir a l’echelon humain ou quantique, on ne peut l’aprehender, il viendra ou il ne viendra pas. On peut jouer a croire que l’on est maitre de la situation, et cela on le fait . La nature ces temps derniers nous a montre catastrophe a l’appuie de ce quel fait de nos jugements. Prendre le Soleil comme un ustensile pour le mieux etre, le mieux vivre, pour se dorer au bord de la mer en construisant villa au bord de l’eau est irresponsable. Le Soleil est un astre est un grand symbole. Notre deni de la realite est tres dangereux. Mesurons chaque chose a sa raisonnance propre sans en discrediter sa realite. Cordialement Alain Monier

  1. Brendan dit :

    Avec ce chanson je viens d’apprendre de nouveau sur une épisode peu connue de l’histoire des immigrés Irlandais en USA, mais qui mérite d’être mieux exposé. Merci

  2. théodule dit :

    Alain, je ne vois pas de quel témoignage tu parles… Est-ce celui de Bernadette à New York? Si c’est le cas, au sujet d’un aspect de la psychologie particulière des irlando-américains (bien connus pour leur présence dans les rangs de la police) regarde ce lien : https://liberationirlande.wordpress.com/2012/01/22/usa-comment-les-irlandais-devinrent-ils-des-blancs/

  3. Monier Alain dit :

    Theodule, merci pour ta reponse, j’ai bien lu le texte que tu me signalais, ce n’est pas tres gratifiant pour les Irlandais Americains. Mais justement tu as bien mis le doigt sur la plaie. C’est bien a partir d’un tel constat qu’il faut reflechir. Bien voir que le deracinement culturel emporte toutes les valeurs communiquees par une structure particuliere et leur appreciation dans une conjoncture politique ouverte ou fermee. La tradition a l’ouverture Universelle existait malgre la durete de l’existence, pour autant le conflit religieux etait pregnant dans le peuple, un certain dualisme existait, l’espoir de sans sortir etait preponderant(bouc emissaire) La regle groupale comme instinct de survie. Tout cela ne justifie rien face a des jugements de valeurs. Ce qu’il faut bien s’efforcer a determiner c’est que si la misere peut etre source d’un retour a l’animalite ( cannibalisme par exemple), il faut tout autant se demander si c’est le seul critere. La dignite est un de nos bagages humain et culturel. L’amour propre comme frustration de cette dignite. Le manque affectif comme rupture avec les soins de l’autre. A ce titre notre complexite Psychologique ne peut pas s’arreter a un seul parametre fut il significatif meme si Lacan a la suite de Marx a bien rencontre la plus value comme structure de l’exploitation. Au dela de l’exploitation accrue par le consumerisme, il existe le Manque inherent a la nature humaine, ce manque, createur du Desir a la fois comme instinct de l’espece et aussi formateur de l’individu dont la realite est le Rien. Mais ce rien est tout, dans la mesure ou on court sans cesse apres afin de s’efforcer a le rattraper sans jamais y parvenir bien entendu. Cordialement Alain Monier

  4. Liam dit :

    Beckett politique ?
    Par Terry Eagleton
    En septembre 1941, l’un des artistes en apparence les moins politiques du XXe siècle
    prit secrètement les armes contre le fascisme. Samuel Beckett, ce pessimiste notoire qui avait
    eu le goût exquis de naître un vendredi saint, en 1906, (de surcroît un vendredi 13), vivait à
    Paris depuis 1937, exilé volontaire de son pays natal comme beaucoup d’écrivains irlandais
    éminents. Contrairement à leurs anciens maîtres coloniaux, les Irlandais ont toujours formé
    une nation cosmopolite, des moines nomades médiévaux jusqu’aux cadres dirigeants de
    l’actuel tigre celtique. Si la dureté du joug colonial fit de certains d’entre eux des
    nationalistes, elle en transforma d’autres en citoyens du monde. Joyce, Synge, Beckett et
    Thomas MacGreevy, qui étaient déjà pris entre deux ou trois langues et cultures,
    s’épanouirent dans l’ambiance de déracinement polyglotte de l’Europe de la grande époque
    du modernisme, de même qu’un demi-siècle plus tard leurs compatriotes épouseraient la
    cause européenne. Il était plus facile d’adhérer à un modernisme réfléchissant ouvertement sur
    la langue lorsqu’on venait d’une nation où le langage, question politiquement minée, ne
    pouvait jamais être pris pour argent comptant.
    Beckett s’était porté volontaire pour conduire une ambulance de l’armée française en
    1940, mais quand les Allemands envahirent le pays, sa femme Suzanne et lui s’enfuirent vers
    le sud, quarante-huit heures à peine avant l’entrée dans Paris des troupes nazies. Après un bref
    arrêt dans un camp de réfugiés à Toulouse, ils arrivèrent épuisés et presque sans le sou chez
    un ami qui habitait une maison sur la côte atlantique, à Arcachon. Quelques mois plus tard,
    attirés en partie par ce qui passait pour la conduite rassurante des Allemands dans la capitale,
    le couple retourna dans son appartement parisien, où il n’eut guère plus que quelques légumes
    à se mettre sous la dent pour survivre lors de l’hiver rigoureux de 1940-41. Selon James
    Knowlson, le biographe officiel de Beckett, là se trouve l’origine des conversations animées
    de Vladimir et d’Estragon, qui parlent de carottes, de radis et de navets dans En attendant
    Godot1. Fidèles à l’expérience de Beckett pendant la guerre, ses personnages sont des
    matérialistes vulgaires, trop occupés à leur survie biologique pour se permettre une réflexion
    grandiose sur leur subjectivité. Ce sont plus des corps, plus que des esprits – des assemblages
    mécaniques de parties de corps, comme dans Swift, Sterne et dans Le Troisième policier de
    Flann O’Brien, où les corps humains ont une fâcheuse tendance à se fondre dans des
    bicyclettes. Le mystère du corps humain, comme celui des taches noires sur une page chez
    Laurence Sterne, né à Tipperary, c’est la transformation de ce morceau de matière inerte qui
    devient plus que lui-même, ne cesse de ramper et de débiter des absurdités alors qu’il devrait
    de droit rester muet comme une tombe. Si la pièce de Beckett Pas moi se focalise sur la
    bouche humaine, c’est parce que le sens et la matière y convergent mystérieusement.
    De retour à Paris, Beckett s’engagea dans la Résistance lorsque la déportation d’un
    ami juif dans un camp de concentration exacerba son dégoût grandissant du régime nazi. Avec
    la générosité dont il était coutumier, il donna ses maigres rations à la femme de la victime. La
    cellule de quatre-vingt résistants qu’il rejoignit, dont l’un des fondateurs était la redoutable
    Jeannine Picabia, fille du célèbre peintre dada, faisait partie de la Direction des opérations
    spéciales britannique. Du point de vue des Républicains pro-nazis de l’État libre d’une Irlande
    officiellement neutre, l’émigré originaire de Dublin était maintenant de mèche avec l’ennemi
    politique. Son rôle dans cette cellule l’amena à utiliser ses talents littéraires : on lui demanda
    de traduire, de réunir, de mettre en forme et de dactylographier les bribes d’information sur
    les mouvements des troupes allemandes rapportées par des agents, avant que cette information
    1 James Knowlson, Beckett (1996), Paris, Actes Sud, 1999, p. 396.
    ne soit microfilmée et sortie clandestinement de France. Comme le jeune garçon dans En
    attendant Godot, les messages de certains de ces agents s’avérèrent peu fiables. En dépit de
    son caractère sédentaire, ce travail était des plus dangereux et, après la guerre, on octroya à
    Beckett la croix de guerre ainsi que la médaille de la reconnaissance pour honorer ses
    services. Le sens du silence et du secret, qualités que l’on retrouve dans son art, fut
    particulièrement utile au maquisard.
    Néanmoins, la cellule fut vite démasquée. Un camarade craqua sous la torture et plus
    d’une cinquantaine de membres furent arrêtés, dont beaucoup devaient ensuite être déportés
    dans des camps de concentration. Alors qu’on leur avait conseillé de quitter la capitale
    immédiatement, les Beckett prirent le risque de retarder leur départ afin d’aller avertir
    d’autres membres de la cellule, ce qui conduisit à l’arrestation de Suzanne par la Gestapo, à
    laquelle elle parvint à échapper en bluffant. Le couple évita l’arrestation d’un cheveu : ils
    quittèrent leur appartement quelques minutes à peine avant que la police secrète ne frappe à
    leur porte. Fuyant de petit hôtel en petit hôtel sous de faux noms, ils se réfugièrent pendant
    quelque temps chez l’écrivain Nathalie Sarraute puis, une fois munis de faux papiers, se
    cachèrent dans le village de Roussillon-en-Provence, où la plupart des habitants les prirent
    pour des réfugiés juifs.
    C’est là que Beckett rejoignit une cellule de la Résistance en 1944. Il cacha des
    explosifs dans sa maison, apprit les bases du maniement du fusil et tendit de temps en temps
    des embuscades aux Allemands la nuit. Si Vladimir et Estragon dorment dans des fossés, leur
    créateur le fit aussi. Il était même plus vagabond qu’eux, puisque la pièce ne nous dit pas
    qu’ils le sont. De retour à Paris après la guerre, le couple s’est à nouveau retrouvé amaigri et à
    moitié affamé, tout comme le reste de la population de la ville. Quand Beckett se mettait à
    écrire, il avait parfois les doigts violacés par le froid. Pendant ces années-là, il aurait vécu une
    grave dépression. Dix ans auparavant, il avait suivi une psychothérapie avec Wilfred Bion.
    L’angoisse et l’exil
    Beckett fut donc l’un des rares artistes modernistes engagés à gauche plutôt qu’à
    droite. Et James Knowlson a incontestablement raison d’affirmer que « bien des éléments
    caractéristiques de sa prose et de ses pièces ultérieures sont directement issus des périodes
    d’incertitude absolue, de désorientation, d’exil, de faim et de privation »2. Ce que nous
    voyons dans son oeuvre n’est pas une condition humaine intemporelle, c’est l’Europe du XXe
    siècle déchirée par les guerres. Il s’agit, comme l’a reconnu Adorno, d’un art après
    Auschwitz, qui continue de croire en son minimalisme austère et en son implacable désolation
    par le biais du silence, de la terreur et du non-être. Son écriture se fait ténue jusqu’à atteindre
    les limites du perceptible. Il ne reste même plus assez de sens pour pouvoir nommer ce qui
    nous afflige. Une histoire sans rime ni raison se met en branle laborieusement, avant d’être
    brutalement interrompue par une autre fiction tout aussi dénuée de sens. Ces textes austères et
    dépouillés, qui semblent s’excuser d’avoir l’outrecuidance d’exister, font preuve d’une
    hostilité toute protestante contre l’ostentation et l’excès ; leurs mots scintillent un bref
    moment, émergeant d’un vide où ils s’empressent de retomber. Le silence et la précision
    méticuleuse sont ce qui peut nous rapprocher le plus de la vérité. Beckett a remarqué un jour
    que son ami James Joyce ne cessait de compléter ses écrits, tandis que lui « a compris qu’il
    allait dans le sens de l’appauvrissement, de la perte du savoir et du retranchement et dans la
    soustraction plutôt que l’addition »3. Comme son compatriote Swift, il prend un malin plaisir
    à la diminution.
    L’art de Beckett conclut un pacte avec l’échec contre le triomphalisme nazi, dont il
    défait l’absolutisme mortel avec les armes de l’ambiguïté et de l’indétermination. Comme il le
    2 James Knowlson, Beckett, op. cit., p. 452.
    3 James Knowlson, Beckett, op. cit., p. 453.
    dit lui-même, son mot favori était « peut-être ». Aux totalités mégalomanes du fascisme, il
    oppose le fragmentaire et l’inachevé. À la manière de Socrate, Beckett préférait l’ignorance
    au savoir, sans doute parce qu’elle produisait moins de cadavres. Par leur morosité et leur
    hilarité, ses oeuvres semblent conscientes du fait qu’elles auraient très bien pu ne pas exister –
    que leur présence est une farce aussi gratuite que celle du cosmos –, mais c’est justement ce
    sens de la contingence, au moins aussi comique que tragique, qui peut se retourner contre les
    mythologies meurtrières de la nécessité.
    Comme beaucoup d’écrivains irlandais, du grand philosophe et théologien négatif
    médiéval Jean Scot Érigène jusqu’à Edmund Burke et son esthétique du sublime, Flann
    O’Brien et le philosophe irlandais contemporain Conor Cunningham4, Beckett, lecteur avide
    d’Héraclite, était fasciné par la notion de néant – phénomène plutôt bénin pour Sterne,
    « considérant », comme il le remarqua, « tout ce qu’il y a de pire en notre monde ». Comme
    l’écrivit l’évêque Berkeley, « nous autres Irlandais avons tendance à considérer quelque chose
    et rien comme de proches voisins ». Peuplé de personnages d’une maigreur lacanienne
    alarmante, le monde diminué de Beckett existe quelque part dans cette région crépusculaire
    comme forme d’anti-littérature allergique à toute boursouflure rhétorique et à toute plénitude
    idéologique. Quand Godot fut monté pour la première fois à Londres, en 1955, on entendit du
    public scandalisé fuser le cri : « Voilà comment nous avons perdu les colonies ! ».
    Démystifications à l’irlandaise
    Pourtant, le degré zéro de l’écriture dépouillée de Beckett, à laquelle l’idiome de
    Descartes et de Racine semblait plus adapté que la langue de Shakespeare, est aussi une
    riposte à la rhétorique ampoulée d’un nationalisme bien plus inoffensif que celui d’Hitler :
    celui du républicanisme irlandais. Comme pour Joyce, son vif attachement à la culture
    irlandaise a survécu bien qu’il n’ait pas mis les pieds en Irlande pendant des années ; il avait
    un faible pour un trait de cette culture qui lui paraissait frappant : le sens spécifiquement
    irlandais du désespoir et de la vulnérabilité. Il était toujours heureux de boire un verre avec un
    compatriote de passage à Paris ; son humour noir et son esprit satirique (une de ses premières
    oeuvres avait pour titre Dream of Fair to Middling Women5) sont des caractéristiques
    culturelles autant que personnelles. Si les paysages affamés et immobiles de son oeuvre se
    situent dans l’après-Auschwitz, ils sont aussi un souvenir subliminal de l’Irlande de la grande
    famine, de sa culture coloniale pauvre et monotone et de ses masses désenchantées qui
    attendent passivement le salut messianique qui ne vient jamais vraiment. Le nom « Vladimir »
    en est peut-être une manifestation particulièrement ironique. Quoi qu’il en soit, en tant
    qu’Irlandais du Sud protestant descendant d’émigrés huguenots du XVIIIe siècle, Beckett
    appartenait à une minorité culturelle d’étrangers assiégés, dont certaines des grandes
    demeures furent entièrement brûlées lors de la guerre d’indépendance et dont beaucoup se
    réfugièrent dans la région de Londres après 1922. Encerclés par ce que, jeune étudiant
    ascétique de Trinity College originaire du quartier bourgeois de Foxrock, il appelait
    dédaigneusement l’intolérance et l’orgueil gaéliques, les protestants d’Irlande du Sud se
    retrouvèrent piégés dans le provincialisme catholique de l’État libre d’Irlande. Les derniers
    mots du père de Beckett sur son lit de mort furent : « Bats-toi, bats-toi, bats-toi ! », ce qui
    avait peut-être une connotation politique, même s’il affaiblit largement cette injonction
    martiale en ajoutant, avec un sens remarquable de la litote : « Quel beau temps ce matin ! ».
    Cette chute du sublime au ridicule était digne de son fils. Isolé et exilé, Beckett quitta
    l’Irlande pour s’installer quelque temps à Londres, en 1933, après l’arrivée au pouvoir du
    régime autoritaire et théocratique de De Valera. Il ne devait passer que deux années
    4 Voir Conor Cunningham, Genealogies of Nihilism, Londres, Routledge, 2002.
    5 Samuel Beckett, Dream of Fair to Middling Women, Londres, Riverrun Press et Calder Press Publications,
    1992 (posthume, inédit en français). On pourrait traduire le titre par Rêve de femmes plus ou moins belles (NdT).
    supplémentaires de sa vie en Irlande. Comme à tout émigré de l’intérieur, ne pas avoir de
    chez-soi lui semblait aussi logique à l’étranger qu’en Irlande. L’aliénation traditionnelle de
    l’artiste irlandais pouvait se transformer en quelque chose de plus chic : l’angoisse de l’avantgarde
    européenne. L’art et la langue serviraient de substituts à l’identité nationale, qu’on se
    plaisait à qualifier de démodée dans la Bohème des cafés polyglottes au moment même où la
    menace du nationalisme le plus nocif de l’ère moderne se précisait.
    Et pourtant, non sans ironie, il y a quelque chose de spécifiquement irlandais dans la
    manière dont Beckett prend ses distances avec ce qu’on appellerait aujourd’hui les stéréotypes
    culturels irlandais : d’une part, rien n’est plus irlandais que la démystification, et, d’autre part,
    Beckett, tout comme Joyce, rejette son pays d’une manière particulièrement intime : le linge
    sale se lave en famille. Insulter l’Irlande est une vieille coutume irlandaise, à laquelle seuls les
    Irlandais (certainement pas les Britanniques) ont le droit de s’adonner. Cette pratique est aussi
    typiquement irlandaise que l’exil. Beaucoup de critiques de l’Irlande sont des nationalistes
    défroqués, de même que l’Église catholique irlandaise produit quantité d’athées. Protestant
    non-conformiste minoritaire perdu au milieu d’une nouvelle et vigoureuse orthodoxie
    culturelle, Beckett, un peu à la manière de Wilde, est parvenu à traduire la fin de la
    domination du protestantisme irlandais en une fidélité plus profonde à la dépossession. Il
    existe une tradition forte de protestants irlandais « convertis » au radicalisme, de Wolfe Tone
    et de Thomas Davis jusqu’à Parnell et Yeats. Ce qui aide à dégonfler les boursouflures
    rhétoriques chez Beckett est aussi ce qui démystifie le confort des bons sentiments
    humanistes. C’est le procédé inhumain de la logique combinatoire, qui permet de faire
    permuter rigoureusement les mêmes insignifiants petits riens avec la précision clinique et
    entièrement impersonnelle de ce qu’on appellerait plus tard le structuralisme. Il y a quelque
    chose de pointilleux et de monacal dans l’art de Beckett, méticuleux jusqu’à la folie, qui
    rappelle en partie un rationalisme protestant sans illusions. On retrouve un trait similaire chez
    son collègue Yeats, bourgeois dublinois dont les rêveries celtiques coexistent avec l’ordre
    maniaque du monde de la magie. Dans l’oeuvre de Beckett, Molloy doit ranger les pierres
    qu’il suce dans une série de poches spécialement cousues dans ses habits et déplacer chaque
    pierre dans une poche différente après l’avoir sucée, afin qu’aucune pierre ne soit sucée dans
    le mauvais ordre. On pense ici au philosophe fou de Sterne, Walter Shandy, ou aux projets
    insensés des narrateurs de Swift. Poussé jusqu’au bout de sa logique, le rationalisme se
    renverse complètement. Il existe une tradition irlandaise vénérable de ce type de satire, dans
    une culture marquée par l’idéalisme philosophique qui n’a jamais produit de grande tradition
    rationaliste ou empiriste.
    Les textes de Beckett s’apparentent à un tour de passe-passe, à une combinaison
    ingénieuse des mêmes fragments et des mêmes restes, au moyen d’une économie de gestes
    qui est à la fois subversive sur le plan théâtral et captivante sur le plan de la mise en scène. Le
    lecteur ou le public en sort appauvri mais plus honnête. Ce qui est frappant, c’est
    l’extraordinaire exactitude avec laquelle celui qu’on soupçonne d’obscurantisme tisse le vent,
    la logique clairvoyante avec laquelle il sculpte le vide et cherche, comme il le dit lui-même, à
    « exprimer l’inexprimable ». C’est avec un scrupule obsessionnel qu’il arrache à ce qui
    s’apparente au néant des nuances de sens toujours plus ténues. Les matériaux qu’utilise
    Beckett sont peut-être bruts et aléatoires, mais, comme souvent dans l’art anglo-irlandais, la
    manière dont il les traite est hautement stylisée et possède l’élégance et l’économie du ballet.
    Tout se passe comme si l’intégralité de l’appareil formel de la vérité, de la raison et de la
    logique était resté intact, quoique son contenu ait disparu depuis longtemps ; et même s’il
    s’agit là d’un antidote à l’exubérance gaélique, il s’agit aussi d’une forme en partie tributaire
    de la scholastique catholique irlandaise la plus typique. Tout, dans ce monde de l’après-
    Auschwitz, est ambigu et indéterminé, ce qui rend difficilement compréhensible la persistance
    implacable de la douleur physique à l’état brut. Et en ce qui concerne l’indétermination, le
    problème n’est pas tant que presque rien ne se passe, mais plutôt qu’il est difficile de savoir
    avec certitude si quelque chose se passe, voire ce qui pourrait constituer un événement.
    L’attente constitue-t-elle une action ou l’absence d’action ? Il s’agit à l’évidence d’une
    manière de différer, mais, pour Beckett, cela s’applique à l’existence même de l’homme qui, à
    l’instar de la différance derridienne, ne se perpétue qu’en repoussant perpétuellement tout
    sens ultime. Pour reprendre les termes de Clov dans Fin de Partie, tout ce que nous pouvons
    savoir, c’est que « quelque chose suit son cours », avec toute la force irrésistible d’une
    téléologie qui serait toutefois entièrement dénuée d’objet.
    Le refus de l’achèvement
    Le sens ultime pourrait être la mort, que l’on doit souhaiter avec ferveur dans un
    monde où le seul opium de la souffrance est l’habitude, pur réflexe mécanique qui est la
    version désormais dégradée de la coutume que Burke révérait. Pourtant, il n’y a en fait pas de
    mort dans l’oeuvre de Beckett, il n’y a qu’une désintégration progressive de corps toujours
    plus à vif et rigides. La mort serait un événement bien trop grandiose et définitif pour ces
    figures éviscérées. Même le suicide requiert un minimum d’identité qu’elles sont loin de
    posséder. Les personnages de Beckett ont donc toute l’invulnérabilité des personnages
    comiques, sans la ruse qui permet de réussir ni la gaîté d’esprit. Ils ne s’élèvent même pas
    jusqu’au tragique, ce qui aurait au moins constitué une forme de récompense. Ils se contentent
    de bafouiller leur rôle et de cafouiller au moment crucial, distraits par une épingle à cheveu ou
    un chapeau melon. La grande tirade métaphysique de Lucky se désagrège à peine les mots
    prononcés. On est en présence d’une vulgaire farce ou d’une inversion carnavalesque plutôt
    que d’une forme noble de théâtre. Certes, l’arrivée de Godot serait un moment fort, mais qui
    pourrait dire, dans un monde d’un dénuement conceptuel extrême où le sens se fait plutôt rare,
    qu’on le reconnaîtrait quand il arriverait ? Il se peut que Godot soit en réalité Pozzo ; Vladimir
    et Estragon ont peut-être mal entendu le nom. À moins que ce temps douloureusement figé,
    qui efface le passé de sorte qu’il devient nécessaire de se réinventer complètement à chaque
    instant, ne soit l’arrivée de Godot, un peu comme le caractère catastrophique de l’histoire
    indique de manière négative, pour Walter Benjamin, l’imminence de la venue du Messie.
    Peut-être n’y avait-il aucune chose cruciale qu’il fallait absolument racheter, contrairement à
    ce que croyaient les personnages. Selon un courant de la pensée messianique, le Messie
    transfigurera le monde en procédant à des ajustements mineurs.
    Le problème, pourtant, c’est que l’univers de Beckett est justement le genre d’endroit
    où l’idée de rédemption a un sens, tout en étant totalement absente. Au coeur de cette
    condition lamentable se trouve un vide plein de sens dans la mesure où, contrairement à son
    descendant plus ingénu, le postmodernisme, le modernisme est assez vieux pour se souvenir
    d’une époque où la vérité et la réalité semblaient exister abondamment, si bien que leur
    disparition continue de le tourmenter. On ne risque cependant pas, ici, de sombrer dans un
    excès de nostalgie, car les souvenirs, et donc l’identité, se sont effondrés avec tout le reste.
    Une seule chose surnage et peut servir de consolation : si la réalité est effectivement
    indéterminée, alors le désespoir n’est pas possible. Logiquement, dans un univers
    indéterminé, il doit y avoir de l’espoir. Si rien n’est absolu, on ne peut pas être absolument
    certain que Godot ne viendra pas ou que les nazis triompheront. Si le monde est inachevé,
    notre connaissance de ce monde doit l’être aussi, auquel cas rien ne dit que, si on le regarde
    d’un point de vue entièrement différent, ce paysage de monstres, d’infirmes et de boules de
    chair glabre ne soit à la veille d’une transfiguration.
    Se raccrocher à la possibilité de la rédemption a au moins un avantage : cela nous
    permet de prendre conscience de la distance énorme qui nous en sépare. On a parfois accusé
    Beckett de nihilisme, mais si son univers était dénué de valeurs, rien ne justifierait tant de cris
    et de hurlements. Sans un certain sens des valeurs, nous ne serions même pas en mesure
    d’objecter à notre souffrance et nous ne parviendrions donc pas à nous rendre compte que
    notre triste sort est tout sauf normal. Mais ces valeurs ne peuvent être énoncées directement,
    de peur qu’elles ne soient idéologisées et ne conduisent à un flot de bons sentiments
    humanistes qui ne feraient qu’aggraver le problème au lieu de le résoudre. Au contraire, les
    valeurs doivent se manifester de manière négative, par la lucidité implacable avec laquelle
    l’écriture se confronte à l’innommable. Parce que la distance requise pour cette confrontation
    est aussi la distance de la comédie et de la farce, les valeurs se trouvent également, comme
    c’est si souvent le cas chez les auteurs irlandais, dans cette transcendance momentanée et
    inexplicable d’un monde de monotonie et d’oppression que nous appelons trait d’esprit. La
    folie, le pointillisme, le corps, l’auto-ironie, l’arbitraire, la répétition sans fin : voilà
    exactement le genre de motifs sombres qui peuvent se révéler très drôles et dont se régale ce
    maestro comique du post-humanisme. Si, en dernière analyse, Beckett est bien un auteur
    comique, c’est d’abord parce qu’il refuse la tragédie comme forme d’idéologie. Comme Freud
    et Adorno, il savait qu’avec leur pessimisme sobre, les réalistes servent plus fidèlement la
    cause de l’émancipation des hommes que les fervents partisans de l’utopie.
    (Traduction Luc Benoit)

  5. Monier Alain dit :

    Bonjour, « l’instant de la differance Derridienne ne se perpetue qu’en repoussant tout sens ultime »
    Becket lui parlerait du refus de l’achevement, la desintegration du corps plus que la mort. Oui effectivement il affirme qu’il n’y a pas de sens ultime, pour autant il parle « d’evenement » comme stade intermediaire s’ouvrant a une attente, un espoir indefini. Son erreur a mon sens, c’est qu’il arrive a tomber dans un Humaniste qui retombe dans le bon, le bainfaisant. Becket lui deroule la misere de l’homme, par la maladie mentale, la pourriture du corps sans songer a la « mort ». Son experience est une destruction moique, passage dans le monde dans le temps avec tout bagage que son mouvement. C’est deja une experience spirituelle que cette disparision moique, l’argument des saints, des hommes de l’esprit. Une sorte de foi sans foi, une neantisation de l’etre . Ce depouillement est peut etre une reponse, pour autant il garde en lui comme Joyce et d’autres une Fibre Irlandaise autonome par rapport a l’enracinement territorial en faisant des citoyens du monde avec mouture Irlandaise. la langue comme attribut du rapprochement d’un eloignement. Ces constatations ne sont pas si eloignees que les miennes. « Les valeurs ne peuvent etre enoncees directement ideologisees, bons sentiments humanistes ». C’est pour cela qu’il est tres difficille d’aprehender avec des paroles ce que pourrait une realite qui nous echappe, celle peut etre de l’Irlande Republicaine qui n’aurait rien a voir avec l’idee attribuee a la Republique en general. C’est cela qu’il serait necessaire d’atteindre, et la formuler se serait la tromper., se tromper. A ce titre il faut se regarder dans une glace, avant de montrer du doigt le voisin juge irresponsable, conditionne dans son amour propre, donc son ego, par tous les objets auxquels il assigne, un sens, une valeur perdue, ou qui n’existe que par le non sens auquel la regle de la grammaire, de la langue attribut un sens. Becket est un « initie » en cela il sait ce que d’autres ne peuvent atteindre. Il y a donc un possible innommable, qui permet un decentrement par rapport a soi, comme le monde quantique nous le monde, sorte peut etre d’echappatoire, mais c’est comme dans les bibles religieuses, il y a un quota qui sera sauve, echappera au jugement. Pour les autres, il reste la foi du charbonniers, les ideologies. Le Reel nous echappe mais il nous offre parfois des pepites, mais ces pepites ne sont pas monayables, elle reste dans la bourse. L’Irlande existe, les Irlandais existent parce que on leur a transmis des fibres materielles et existentielles qui reste accrochees sic Becket, Joyce. Eux furent des ecrivains et a ce titre l’espace mondial leur fut nécessaire comme l’oxygene est a l’air. Par cela meme ils ont decouverts qu’ils etaient des etres semblables aux autres dans une sorte d’illumination evenementielle, mais pour autant sans leurs fibres Irlandaises, ils ne sans seraient jamais rendu compte. A cet effet la pensee reste ouverte. Ce sont ses hommes d’exceptions qui nous ont demontre qu’il y avait un ou des ailleurs, ses savants, ses artistes, philosophes en sont les temoins. Nous vivons de leurs apports depuis des millenaires, et nous attendons tous que cela nous soit donne aussi, mais en vain. Cette mort qu’avait eloigne Becket, elle touche de plein fouet des milliards d’autres. Apres la premiere guerre mondiale le mot » mort « est tombe hors des calendriers, en desuetude laissant la place au nominatif « defunt » Le refoulement de la mort traumatise; tout le monde ne peut etre Becket, cet initie. Cordialement Alain Monier

  6. Liam dit :

    L’Etat britannique cherche a generaliser la pratique des tribunaux secrets en Irlande du Nord
    http://www.thedetail.tv/issues/310/cmp-story/secretary-of-state-requests-use-of-secret-courts-for-first-time-in-northern-ireland-civil-cases
    On peut penser qu’il veut lancer toutes sortes de proces pour la periode 1968-1998

  7. SLP dit :

    Oui évidemment l’épopée des transfuges irlandais San Patricios, qui combattirent d’ailleurs aux côtés… de NOIRS passés eux aussi au camp mexicain vu que le Mexique avait aboli l’esclavage (bon ok il existait des formes de servage très dur, mais voilà) depuis son indépendance et qu’un des objectifs du rattachement du Texas aux US était justement de pouvoir le pratiquer ; n’étaient sans doute pas représentatifs de la grande majorité des immigrants irlandais qui sont tranquillement devenus des Yankees racistes, massacreurs d’Indiens etc. Entre autres exemples : http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Sheridan

    C’est brièvement évoqué dans « Gangs of New York » : les Irlandais se révoltent contre la conscription obligatoire, l’État perd un temps le contrôle de Manhattan… mais en même temps ils lynchent les quelques Noirs présents.

    Comme d’ailleurs beaucoup d’Italiens et même de Juifs, même si une minorité conséquente de ceux-ci se sont engagés pour les droits civiques des minorités (voire la révolution sociale) : un bon exemple est le procès de Chicago http://en.wikipedia.org/wiki/Chicago_Seven ou, aurait-on pu dire… Hoffman (Abbie, le révolutionnaire) vs Hoffman (Julius, le juge). Le juge Julius Hoffman était juif et les principaux accusés l’étaient aussi : Abbie Hoffman, Jerry Rubin, Lee Weiner.

    Il y a aussi eu en 1915 l’affreux lynchage antisémite de Leo Frank http://fr.wikipedia.org/wiki/Leo_Frank qui a donné naissance à l’Anti-Defamation League (équivalent de la LICRA) et « accessoirement » au second Ku Klux Klan. Mais il y a une tache sur l’histoire Leo Frank : dans sa défense il avait utilisé des arguments extrêmement racistes contre son principal accusateur (et probable coupable d’ailleurs) l’afro-descendant Conley. En fait Frank a été DOUBLEMENT tué par l’antisémitisme mais AUSSI par le racisme anti-noir (sur lequel il a essayé de s’appuyer pour se défendre) : les jurés avaient tout simplement estimé… qu’un Noir ne « pouvait pas » avoir inventé une histoire crédible pour se disculper (une telle inventivité désignait au contraire irréfutablement « le Juif » selon eux).

    Il suffirait (aussi) de parler des sionistes en Palestine… C’est tout simplement le fait de passer d’un « paradigme racial » à un autre. En Irlande, t’es catholique t’es une merde. En Italie, t’es un terrone (méridional) t’es une merde. En Europe de l’Est, t’es juifs t’es un untermensch. Tu arrives aux US… certes t’es pas WASP mais bon, t’es blanc. Il y a des Noirs, des Jaunes, des Indiens et des Hispaniques au-« dessous ». Tu arrives en Palestine t’es un Européen face à des Orientaux « arriérés ».

  8. Liam dit :

    Un nouveau rapport indique encore une fois que depuis le partage du pouvoir les conditions de vie se sont pauperisees – pas de dividendes de la paix

    http://www.irishtimes.com/news/politics/peace-brings-no-dividend-to-the-poorest-in-the-north-1.1739265?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter#

  9. Liam dit :

    Que ce serait-il passe si les insurges avaient gagne en 1916?
    WHAT WOULD HAVE HAPPENED HAD THE INSURGENTS WON IN 1916?
    Once success was achieved there would be « a victory parade down O’Connell Street by Irish Volunteers and Prussian Grenadiers with crowds cheering and throwing flowers as bands played ‘A Nation Once Again’ and ‘Deutschland Uber Alles’. The newly independent Irish state would ally itself with Germany, Austria-Hungary, Bulgaria and Turkey and provide the German navy with military bases. (Michael Foy & Brian Barton, The Easter Rising, Sutton Publishing, 1999, pp.18-19. This information is based on the Ireland Report in the Roger Casement papers, NLI MS 130855(5)) Would this new state be a Republic? According to two leading members of the IRB, Desmond FitzGerald and Ernest Blythe, both supporters of the 1916 rising, there were those among the IRB leadership, including Pearse, Plunkett and macDonagh, who were contemplating the establishment of an independent Ireland with a German prince on the throne, obviously not a Protestant Hohenzollern, but the catholic Bavarian prince Joachim. (see: Ernest Blythe, An Irish Monarchy, The Irish Times 15 April 1966 Desmond FitzGerald, The Irish Times, 7 April 1966)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s