Ruairí Ó Brádaigh au sujet de l’institutionnalisation (1986)

Traduction de la vidéo

Alors que le parti cherche du soutien outre-atlantique, des développements significatifs suscitent la controverse à l’intérieur du mouvement en Irlande. Ce week-end va se tenir la conférence annuelle [de Sinn Féin provisoire] à Dublin, qui décidera si oui ou non les républicains vont siéger en tant que députés à l’assemblée [du gouvernement des 26 comtés], si élus. Les observateurs prévoient que les délégués voteront pour ce changement majeur dans la ligne politique. Mais certaines voix se font entendre, contre ce changement.

ROB : Je pense que si cette proposition est acceptée par l’Ard-Fheis [conférence annuelle] dimanche prochain, cela fera pencher la balance en faveur de l’institutionnalisme [“constitutionalism”] et contre l’aspect révolutionnaire du mouvement. Je ne pense pas qu’il soit possible, en dernière analyse, d’être au parlement d’une part et de mener en même temps la lutte armée d’autre part. L’expérience passée montre que les gens qui entrent là-bas [à l’assemblée de Dublin] et font fonctionner le système, à ce niveau-là, deviennent inévitablement des parties de ce système, sont absorbés en lui, et finiront par défendre le système contre ceux qui sont en dehors, comme les républicains traditionnels. Et ils les réprimeront, eux aussi. Tel est le revirement, qui a eu lieu tant de fois.

Votre souci est donc que si les républicains siègent à Dublin aujourd’hui, ce sera Stormont demain et peut-être Westminster un jour?

C’est juste. Et ainsi de suite. Jusqu’à devenir, comme les autres partis avant eux, entièrement institutionnels [“constitutional”]. Et les autres activités deviendront une gêne absolue.

Pour vous, le compromis est exclu?

Sur cette question, oui.

Qui d’après vous, promeut ces réformes?

Je pense que cela vient de ceux qui sont aux responsabilités.

De la direction?

Oui. Ils pensent qu’ils ont une majorité et émergent maintenant en fers de lance.

Mais des déclarations montrent pourtant qu’ils n’ont pas de position en cette affaire?

Eh bien, Gerry Adams, le président, a accueilli favorablement ce que l’IRA a dit à cet égard. Il est évident que toute cette discussion n’aurait pas eu lieu sans leur bénédiction.

Considérez-vous qu’il y a une bataille entre la vieille garde et les jeunes turcs?

Pas vraiment, parce que je ne suis pas d’accord avec cette idée que les jeunes turcs élèvent le mouvement à la puissance révolutionnaire, je pense au contraire que c’est de la contre-révolution : il s’agit de lui donner un coup d’arrêt, non pas immédiatement, mais par étapes. Il s’agit pour eux d’arrêter tout cela et de dévier l’ensemble du mouvement vers l’institutionnalisme.

Si vous étiez au poste de commandement, que feriez-vous à ceux qui sont partisans de ce changement?

Si mon point de vue, si le point de vue républicain traditionnel gagne dimanche prochain, il est logique que nous exigions de ceux qui ont promu cette diversion dans l’institutionalisme qu’ils soient logiques avec eux-mêmes et abandonnent leur position dirigeante. Et nous proposerions une nouvelle élection à la base, poiur une nouvelle direction, lors de la conférence.

Si vous perdez, quelle serait votre position?

Ma position est que je ne peux pas accepter et que je n’accepterai pas ce qui se passe.

Donc une scission est à prévoir?

Ceci est l’affaire des délégués à la conférence.

Mais vous considérez cela comme possible?

Eh bien, il y a beaucoup de ressentiment à ce sujet.

Est-ce que vous envisagez la perspective de violences à l’intérieur du mouvement?

C’est la pire des choses.

Mais c’est possible?

J’espère que non. J’espère que la sincérité sera reconnue des deux côtés.

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2 commentaires pour Ruairí Ó Brádaigh au sujet de l’institutionnalisation (1986)

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Tout ce qui suis est citation. Robert de Jouvenel (la republique des camarades(1914) disait :
    « Il y a moins de difference entre deux deputes dont l’un est revolutionnaire et l’autre ne l’est pas qu’entre deux revolutionnaires dont l’un est depute et l’autre ne l’est pas ». Citation de Juillard : Ce qui est valable pour les elus l’est aussi pour des intellectuels, et l’on s’etonne que Lenine qui etait de confession marxiste ait pu faire des intellectuels militants les gardiens de la purete revolutionnaire contre les tentations (trade-unionistes », c’est a dire reformiste des ouvriers. La suite a montre que c’etait pure illusion ou meme pure imposture, et qu’apres la prise du pouvoir la constitution des intellectuels en caste predatrice de bureaucrates et de technocrates a ete le fondement primordial du Stalinisme (jacques juillard le choc Simone Weil). »
    J’ai beaucoup de respect pour l’homme que fut R.O.B, et je partage le principe qu’il a toujours defendu ,rejetant la participation a une Institution sous le joug de l’oppresseur. Cela ne peut se concretiser sous peine d’imposture. Pour autant et je ne veux surtout pas etre irreverencieux car j’ai trop d’estime pour sa memoire, mais il partageait des principes que la tradition Catholique et Papale a impose de main de maitre dans ses conciles, sous l’oeil bienvaillant du « St Esprit ». Ce partage humain, trop humain aurait pu un jour l’entrainer vers une contradiction interne insurmontable vis a vis de sa posture politique. Mais en fait pour moi ce n’etait pas du tout une contradiction, tout au contraire , la position d’un homme fidele au pacte incontournable avec le Peuple irlandais, et sa decision etait a jamais irrevocable. Pour autant il etait je pense conscient que ce choix imperatif dans sa version Politique necessiterait le bouleversement de nombreuses conscience, et des remises a plat tres delicates.. Ce probleme l’a t’il aborde, peut etre dans l’intimite, aupres de tres proches. Cordialement Alain Monier.

  2. Monier Alain dit :

    Bonjour, quelques citations (Gael Giraud jesuite auteur de l’illusion financiere  »

     »

    A Dublin le gouvernement, sous la pression de la troika ( comission europenne, banque centrale europenne et Fonds monetaires international) a ose vider le fonds de financement des retraites des irlandais pour payer les dettes de ses banques naufragees, Nous legalisons en France a l’avance un hold-uo analogue »

     » le traite de libre echange en cours de negociation entre l’UE et les Etats Unis. En dehors de quelques journaux, cette negociation n’interesse guere les journalistes. Or ce traite peut devenir une veritable bombe ; l’une de ses clauses pourrait autoriser les multinationales a poursuivre un Etat si celuici fait passer une loi qui nuit aux interets de l’entreprise. Par exemple une entreprise qui aurait investi en france et qui s’estimerait penalisee par le revalorisation du Smic pourrait obliger l’Etat Francais a lui verser des milliard de dedommagemet? Ce serait une sorte de revocation du traite’ de Westphalie (1648) qui regit l’Etat-nation occidental. Il est urgent que ce sujet emerge dand le debat public francais : les negociations sont loin d’avoir abouti ; tout est encore possible. »

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