Joyeux anniversaire Robert Emmet!

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Un commentaire pour Joyeux anniversaire Robert Emmet!

  1. Liam dit :

    1
    Texte en anglais trouvé sur le site anar Anarkismo.net (http://www.anarkismo.net), sous le titre
    «The ideas of James Connolly, the single most important figure in the history of the irish left ».
    La traduction a été réalisée, en février 2012, par une personne qui est entrée en contact avec le
    Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation (CATS) de Caen (et d’ailleurs). Le CATS
    s’est contenté de relire cette traduction, de la féminiser et d’y ajouter quelques notes
    complémentaires. On remercie la personne qui a traduit ce texte.
    D’autres traductions sont en téléchargement libre sur notre site : http://ablogm.com/cats/
    James Connolly est probablement la plus importante figure de l’histoire de la gauche irlandaise. Il
    était organisateur des IWW aux USA (Industrial Workers of the World, Travailleurs Industriels du
    Monde, un syndicat révolutionnaire américain créé en 1905 – Note du CATS), mais en Irlande il est
    plus connu pour son rôle dans la construction de la phase syndicaliste du mouvement unioniste
    irlandais et pour avoir engagé le corps de défense armé de ce syndicat, l’Armée des Citoyens Irlandais,
    dans l’insurrection nationaliste de 1916. Il a laissé un héritage revendiqué de temps à autre non
    seulement par tous les partis irlandais de gauche mais aussi par les nationalistes de Fianna Fail et de
    Sinn Fein.
    Les idées de James Connolly,
    la plus importante figure de
    l’histoire de la gauche irlandaise
    Connolly est un de ces personnages historiques qui peuvent sembler avoir été aussi bien tout que rien. On
    en appelle à lui pour une myriade d’idéologies politiques qui sont souvent inconciliables. Parfois, il peut
    apparaître comme un révolutionnaire confus sans solides certitudes. Connolly défendait des opinions
    diverses (que je n’aurai, malheureusement, pas la place d’analyser toutes ici). En même temps son
    analyse est unique en cela qu’elle possède une profondeur et une clarté remarquables. À cause de cela, on
    peut trouver dans son travail des citations qui permettent à presque n’importe qui de le revendiquer
    comme avocat de n’importe quelle cause politique. Dans cet article j’essaierai de considérer les aspects
    anarchistes longtemps négligés de la pensée de Connolly et je poserai la question : Connolly était-il un
    libertaire ?
    Connolly n’était pas, bien sûr, un anarchiste. Il a préconisé l’action parlementaire, il a de temps en temps
    préconisé une forme de socialisme d’État et il se considérait comme un nationaliste. Ces positions sont en
    contradiction avec la pensée anarchiste.
    Syndicaliste
    James Connolly était tout d’abord un socialiste. Et quand on lui demandait de donner des détails sur sa
    théorie socialiste, il prêchait toujours pour le syndicalisme révolutionnaire. Les lecteurs de James
    Connolly réagiront peut-être en disant qu’on ne trouve presque nulle part, dans son oeuvre, mention du
    syndicalisme. C’est simplement parce que Connolly a préféré utiliser le terme unionisme d’industrie
    plutôt que syndicalisme.
    Les léninistes aiment beaucoup prétendre que Connolly n’avait été syndicaliste que dans sa jeunesse
    innocente et que, au temps de l’Easter rising (dans laquelle il a joué un rôle qui lui a donné une place
    dans l’histoire), il avait abandonné le syndicalisme. C. Desmond Greaves, l’auteur de la biographie
    2
    définitive de James Connolly, The Life and Times of James Connolly, a écrit que, au début de 1916, « il
    ne lui restait rien de plus qu’un faible écho de syndicalisme » (1). C’est tout à fait étrange car dans son
    dernier ouvrage d’importance, le pamphlet The Re-Conquest of Ireland, publié le 14 décembre 1915,
    Connolly défend avec ardeur le syndicalisme ou, comme il l’appelle, l’unionisme d’industrie. Connolly
    écrit :
    « Le principe d’une complète unité sur le plan industriel doit être sans cesse recherché ; l’union
    d’industrie rassemblant tous/tes les ouvrierEs dans chaque industrie doit remplacer la multiplicité des
    unions qui actuellement gênent et limitent nos opérations, multiplient nos dépenses et divisent nos forces
    face à l’ennemi commun. Avec l’union industrielle comme principe d’action, nous pouvons former des
    branches pour répondre aux besoins d’une surveillance effective des affaires de l’atelier, du chantier naval,
    des docks ou du chemin de fer ; chaque branche étant constituée d’hommes et de femmes maintenant
    associés dans le travail sur la même base technique que nos unions de métiers d’aujourd’hui.
    Ajoutez-y le concept d’Une Grande Union (One Big Union, un grand syndicat, slogan des IWW
    américains – Note du CATS) embrassant tout et vous avez le contour de la forme la plus efficace de
    coalition non seulement pour la guerre industrielle d’aujourd’hui, mais aussi pour l’administration sociale
    du commonwealth (bien commun –Note du CATS) coopératif de l’avenir.
    Un système de société dans lequel les ateliers, les usines, les docks, les chemins de fer, les chantiers
    navals, etc., appartiendront à la nation, mais seront administrés par les syndicats des industries respectives,
    organisés comme ci-dessus, semble le mieux adapté pour garantir la plus haute forme d’efficacité
    industrielle, alliée à la plus grande libération individuelle du despotisme d’État. Un tel système, croyonsnous,
    réaliserait pour l’Irlande les espoirs les plus radieux de tous ses héros et martyrs. »
    C’est du syndicalisme pur et simple et aucune gymnastique historique ne pourra changer le fait que
    Connolly fut toute sa vie socialiste et syndicaliste (2).
    Nationaliste
    Comme je l’ai mentionné plus tôt, Connolly s’est défini comme nationaliste. Cela a permis à des
    générations de nationalistes irlandais de chaque côté du spectre politique de revendiquer l’héritage de
    Connolly.
    Parce que le nationalisme est l’idéologie dominante du capitalisme et qu’il a profondément affecté chacun
    d’entre nous qui vivons sous sa domination, y réfléchir objectivement est un vrai défi.
    Le nationalisme est la justification idéologique de l’État-nation. Il postule que les capitalistes et la classe
    ouvrière partagent un intérêt politique commun ; il imagine que les oppriméEs et leurs oppresseurs/euses,
    les exploitéEs et leurs exploiteurs/euses partagent un intérêt politique commun juste parce qu’ils/elles
    partagent la même nationalité ! Il préconise la création et le renforcement d’un État-nation pour protéger
    cet intérêt commun. Il semble étrange que Connolly, comme socialiste, se soit identifié avec cette
    idéologie.
    Je crois que l’erreur de Connolly est de n’avoir jamais fait la distinction entre la libération nationale et le
    nationalisme. Les socialistes libertaires sont, dans toutes les circonstances, opposés à l’oppression. Les
    socialistes libertaires, donc, défendent tous les mouvements de libération, quelle que soit leur forme. En
    tant que telLEs, les libertaires socialistes devraient (bien qu’ils/elles ne le fassent pas souvent) défendre
    les mouvements de libération nationale. Là où les gens sont oppriméEs en raison de leur nationalité, tous
    les socialistes et tous les progressistes du monde devraient défendre leur droit à se battre contre cette
    oppression. Mais cela ne signifie pas que nous considérions ces luttes comme exemplaires. Bien que les
    mouvements de libération raciale soient rarement des mouvements racistes et que les mouvements de
    libération sexuelle soient rarement sexistes, malheureusement, la plupart des mouvements de libération
    nationale sont nationalistes et tandis qu’ils font campagne contre une forme d’oppression, ils en
    préconisent une autre, à savoir l’oppression de l’État-nation. Les socialistes libertaires doivent à tout
    moment être conscientEs de cette complexité, Connolly ne l’était malheureusement pas.
    3
    Connolly était un nationaliste d’une manière ou d’une autre, mais il n’a jamais cru qu’une révolution
    nationale pourrait remplacer une révolution sociale. Il a férocement ridiculisé celles et ceux qui croyaient
    à cette idée dans sa brochure Socialism Made Easy où il a écrit :
    « Quand l’Irlande sera libre, dit le patriote qui refuse le socialisme, nous protégerons toutes les classes, et
    si vous ne payez pas votre loyer vous serez expulséEs comme maintenant. Mais le peloton d’expulsion,
    sous le commandement du shérif, portera des uniformes verts, et la harpe sans la couronne, et l’arrêté qui
    vous mettra à la rue sera tamponné avec les armes de la République d’Irlande.
    Alors, est-ce que cela vaut la peine de se battre pour cela ?
    Et quand vous ne pourrez pas trouver d’emploi et que, de désespoir, renonçant à la lutte pour la vie, vous
    entrerez à l’hospice, la fanfare du plus proche régiment de l’armée irlandaise vous escortera jusqu’à la
    porte sur l’air du St. Patrick’s Day.
    Oh, il sera agréable de vivre à cette époque…
    Maintenant, mon amiE, je suis aussi Irlandais, mais je suis un peu plus logique. Le capitaliste, dis-je, est
    un parasite de l’industrie…
    La classe ouvrière est la victime de ce parasite – cette sangsue humaine – et c’est le devoir et l’intérêt de
    la classe ouvrière d’utiliser tous les moyens en son pouvoir pour évincer cette classe de parasites de la
    position qui lui permet de se nourrir ainsi des forces vives du monde du travail.
    Donc, dis-je, organisons-nous comme une classe pour affronter nos maîtres et vaincre leur pouvoir ;
    organisons-nous pour faire cesser la mainmise sur la vie publique que leur pouvoir politique leur confère ;
    organisons-nous pour arracher de leurs serres de voleurs/euses la terre et les ateliers sur et dans lesquels
    ils nous asservissent ; organisons-nous pour nettoyer notre vie sociale de la tache du cannibalisme social,
    de l’exploitation de l’homme par son semblable » (3).
    Clairement Connolly n’a jamais été tenté d’ignorer la division des classes au nom du nationalisme. Il n’a
    pas pensé non plus qu’il en aurait besoin, en raison de sa théorie originale sur ce qu’est une nation.
    Seulement seize jours avant l’Easter rising (l’Easter Rising est l’Insurrection de Pâques 1916 – Note du
    CATS) il a écrit :
    « Nous sommes pour l’Irlande aux IrlandaisES. Mais qui sont les IrlandaisES ? Pas le/la loueur/euse de
    paillasses, le/la propriétaire de taudis ; pas le/la capitaliste besogneux/euse avide de profit ; pas l’avocatE
    bien nourriE et obséquieux/ses ; pas le journaliste qui se prostitue – des menteurs/euses à la solde de
    l’ennemi. Ceux et celles-là ne sont pas les IrlandaisES desquels l’avenir dépend. Pas eux, mais la classe
    ouvrière irlandaise, la seule base solide sur laquelle une nation libre puisse être construite.
    La cause du travail est la cause de l’Irlande, la cause de l’Irlande est la cause du travail. Ils ne peuvent pas
    être séparés. L’Irlande cherche la liberté. Le/la travailleur/euse veut qu’une Irlande libre soit l’unique
    maîtresse de son propre destin, la propriétaire suprême de toutes les choses matérielles dans et sur son sol.
    Le monde du travail cherche à faire de la nation irlandaise libre la gardienne des intérêts du peuple
    d’Irlande et, pour les garantir, il investirait dans cette nation irlandaise libre tous les droits de propriété
    jugés contraires aux besoins de l’individu, en gardant à l’esprit que l’individu est enrichi par la nation et
    non par la spoliation de ses semblables. »
    Comme on peut le voir, Connolly pensait que la vraie nation irlandaise c’étaient les IrlandaisES ; il a dit
    une fois : « L’Irlande sans son peuple n’est rien pour moi » (4). Il pensait que la nation irlandaise
    n’incluait pas les capitalistes. Il est clair que pour Connolly la nation irlandaise et la classe ouvrière
    irlandaise (dans le sens le plus large du terme) étaient synonymes. Cependant, avec cette logique, George
    W. Bush ne serait pas Américain et la reine d’Angleterre ne serait pas Anglaise. Mais ce n’est pas la seule
    incohérence dans le nationalisme de Connolly.
    Tout d’abord, quand Connolly dit « l’Irlande aux IrlandaisES », que veut-il dire ?
    Veut-il dire l’Irlande pour celles et ceux qui vivent en Irlande ? Sûrement pas, beaucoup de gens qui
    vivent en Irlande ne sont pas IrlandaisES. Ils/elles sont beaucoup, vivant en Irlande, qui se présenteraient
    comme AméricainEs, ou Britanniques, ou CanadienNEs, ou ChilienNEs, ou ChinoisES, etc. Donc, à
    moins que Connolly n’ait pensé que ces gens sont IrlandaisES sans le savoir, cela n’est pas une
    interprétation correcte de son slogan.
    4
    Veut-il dire l’Irlande pour celles et ceux qui s’identifient comme IrlandaisES ? Je suis sûr que non. Je suis
    sûr que Connolly trouverait détestable l’idée que des ouvrierEs ne se verraient pas octroyer des droits
    égaux à cause de leur identité nationale. Il me semble que Connolly n’a pas réfléchi sérieusement à ce
    qu’il dit.
    CertainEs pourraient dire que c’est une critique injuste. Ils/elles pourraient soutenir que c’est seulement
    depuis peu que de nombreuses personnes vivant en Irlande ne sont pas Irlandaises, un phénomène dont
    Connolly n’avait aucune connaissance. Et ils/elles marqueraient un point, mais pas un point très important.
    Connolly était un migrant. Il a grandi comme Irlandais en Ecosse et a passé 8 ans en Amérique, vivant en
    Irlande pendant seulement 12 ans. Connolly aurait dû comprendre que l’État-nation ne peut pas être un
    cadre d’auto-émancipation pour les ouvrierEs.
    Cependant, quand une nation est politiquement opprimée, elle est politisée et un mouvement de libération
    nationale apparaît. L’Irlande au tournant du vingtième siècle était une nation dans les griffes d’un
    mouvement de libération nationale.
    Connolly a cru que, dans l’Irlande de son époque, il y avait d’une part le capitalisme impérialiste
    britannique et d’autre part l’Irlandais luttant contre l’impérialisme pour une nouvelle façon de vivre.
    Connolly croyait que cette nouvelle façon de vivre devait être socialiste et il pensait que toutes les forces
    combattant le capitalisme et l’impérialisme en Irlande devaient s’unir et lutter ensemble.
    Dans Labour in Irish History, son oeuvre la plus importante, il écrit que la classe ouvrière est « l’héritière
    des idéaux irlandais du passé – le reliquaire des espoirs de l’avenir » (5). Le socialisme représentant les
    espoirs de l’avenir.
    Unité
    Connolly était un grand avocat de l’unité de la gauche. Il pensait que, pour créer le socialisme, tous/tes
    celles et ceux qui luttaient pour un nouveau système social devaient travailler ensemble et s’offrir
    mutuellement assistance et solidarité. Même si une telle union diluait le message politique des
    syndicalistes révolutionnaires comme lui, il pensait que : « Le développement de l’esprit de combat est
    plus important que la création de l’organisation théoriquement parfaite ; que, en effet, l’organisation la
    plus théoriquement parfaite, à cause de sa perfection même et de son immensité, peut représenter le plus
    grand danger pour le mouvement révolutionnaire si elle a tendance, ou est utilisée à réprimer et
    restreindre l’esprit de combat et de camaraderie dans la base » (6).
    Connolly croyait que la lutte pour le socialisme, pour le commonwealth coopératif, pour une république
    des ouvrierEs, pour la reconquête de l’Irlande, pour le nouveau système social, devait être conduite sur
    tous les fronts. Il voyait le potentiel révolutionnaire dans toutes les organisations ouvrières autonomes. Il
    a soutenu inconditionnellement le mouvement coopératif en affirmant qu’il faisait partie de la même lutte
    que le syndicalisme. Il est même allé jusqu’à soutenir le mouvement de défense de la langue irlandaise.
    Bien qu’il ait cyniquement observé que « on ne peut pas enseigner le Gaélique à unE affaméE », (7)
    Connolly a apprécié le fait que le mouvement de défense de la langue irlandaise ait été un mouvement
    « de résistance indépendant, confiant dans le pouvoir d’auto-émancipation des gens » (8).
    Bien sûr, la principale préoccupation de Connolly était le sort de la partie de la population irlandaise qui
    croissait le plus vite, la classe ouvrière industrielle (les salariéEs). Il soutenait que celle-ci devait s’unir
    dans des syndicats d’industrie. Il a dit :
    « L’adhésion des ouvrierEs à des syndicats étroitement structurés selon le modèle des industries
    modernes, en suivant les lignes naturelles du développement industriel, est par excellence la forme la plus
    rapide, la plus sûre et la plus pacifique du travail constructif dans lequel le socialisme puisse s’engager.
    Cela prépare, dans le cadre de la société capitaliste, l’organisation du travail de la République socialiste et
    ainsi, tout en développant le pouvoir de résistance de l’ouvrierE face aux intrusions présentes de la classe
    5
    capitaliste, cela le/la familiarise avec l’idée que le syndicat qu’il/elle aide à créer est destiné à supplanter
    cette classe au contrôle de l’industrie dans laquelle il/elle est employé. La puissance de cette idée
    transforme le travail aride et besogneux des syndicats en un travail de construction du socialisme
    révolutionnaire… Cela confère aux détails triviaux des incidents quotidiens de la lutte des classes une
    nouvelle et superbe signification » (9).
    Il argumentait vigoureusement contre le syndicalisme de métiers, c’est-à-dire quand les travailleurs/euses
    sont diviséEs en syndicats par métiers, bien qu’ils/elles travaillent dans la même industrie et luttent contre
    les mêmes patronNEs. Il soulignait que si une seule section de travailleurs se mettait en grève sur un
    chantier, la grève serait inefficace, et il plaidait pour que tous les travailleurs d’un même chantier
    appartiennent au même syndicat. Il montrait aussi comment le syndicalisme de métiers encourageait le
    snobisme de métier. Par exemple quand les employéEs de bureau se moquent de l’équipe de nettoyage,
    ou quand les petitEs cadres font de même avec celles ceux qu’ils/elles ont sous leurs ordres, ou encore
    quand les travailleurs/euses manuelLEs rejettent les doléances des travailleurs/euses intellectuelLEs.
    Connolly prêchait pour que tous les métiers soient unis et pour que les travailleurs soient tous organisés
    industrie par industrie dans une seule grande fédération (One Big Union).
    Tout autant qu’il croyait à une lutte sociale unie, Connolly a cru à la nécessité d’une force socialiste unie
    dans cette lutte. Il traitait presque toujours le mouvement socialiste comme si c’était un tout homogène, ce
    qui n’est bien sûr pas le cas. Après un siècle de « socialistes » comme Staline, Mao, Pol Pot, Trotski et
    Lénine d’une part, et les clones de Blair et Schröder d’une autre, nous ne pouvons plus simuler l’unité là
    où il n’y en a pas.
    Le Parlement
    Connolly n’a pas vécu pour voir la misère de la social-démocratie ni la barbarie du léninisme. Il n’a
    jamais vu avec quelle rapidité les individus abandonnent leurs principes une fois placés à un poste de
    pouvoir. En partie à cause de cela, bien que syndicaliste, il ne fut jamais anarcho-syndicaliste.
    En 1908 il y eut une scission dans les IWW (les Industrial Workers of the World, une organisation
    principalement américaine à laquelle Connolly a consacré beaucoup de temps et d’énergie). La scission
    était essentiellement entre le marxiste Daniel De Leon et ses disciples et les anarcho-syndicalistes. Il n’est
    pas inutile de noter que Connolly s’est mis du côté des anarcho-syndicalistes contre le marxiste Daniel De
    Leon.
    De Leon avait une grande influence sur Connolly, qui se considéra De Leoniste pendant de nombreuses
    années. Cependant, alors qu’il était en Amérique, Connolly a été dégoûté par le sectarisme et le
    dogmatisme de De Leon. De Leon prétendait que, pour réaliser le socialisme, la classe ouvrière devait
    élire un parti socialiste soutenu par une union d’industrie forte au Parlement, de façon à faire advenir un
    gouvernement socialiste. Il croyait qu’ainsi la classe ouvrière pourrait contrôler l’État et conduire vers le
    socialisme. Il pensait que la classe ouvrière devait élire son « parti travailliste socialiste », un parti qu’il
    considérait comme la seule vraie organisation socialiste en Amérique. Il croyait que le socialisme
    adviendrait par les urnes, pourvu que le scrutin ait été soutenu par une union d’industriel forte. Il a écrit :
    « La force du scrutin révolutionnaire consiste dans l’organisation industrielle minutieuse des ouvrierEs
    productifs/ves structuréEs d’une telle façon que, quand ce scrutin est lancé, la classe capitaliste puisse
    savoir qu’il y a derrière la force pour le mettre en application » (10).
    Cela a semblé bizarre à Connolly. Pourquoi créer des unions industrielles capables de mettre en
    application une révolution et d’être les lieux organisationnels d’une société socialiste pour ensuite ne pas
    les utiliser ? Pourquoi créer un mouvement révolutionnaire capable de mener la révolution et se contenter
    ensuite d’attendre le « scrutin révolutionnaire » ? Connolly trouvait que c’était ridicule. Il pensait que :
    « La lutte pour la conquête de l’État politique n’est pas la bataille, c’est seulement l’écho de la bataille.
    La bataille réelle est la bataille menée chaque jour pour le pouvoir de contrôler l’industrie et la jauge du
    progrès de cette bataille ne doit pas être trouvée dans le nombre de votes ajoutant une croix au-dessous du
    6
    symbole d’un parti politique, mais dans le nombre de ces ouvrierEs qui s’inscrivent dans une organisation
    industrielle avec le but avoué de se rendre maîtres de l’équipement industriel de la société en général.
    Cette bataille aura son écho politique, cette organisation industrielle aura son expression politique. Si
    nous acceptons la définition de l’action politique ouvrière comme celle qui amène les ouvrierEs en tant
    que classe en conflit direct avec la classe possédante en tant que classe et les y maintient, nous devons
    nous rendre compte que rien ne peut le faire aussi aisément que l’action aux urnes. Une telle action
    dépouille le mouvement ouvrier de toute trace de corporatisme, de telle façon qu’il devienne souhaitable,
    et même nécessaire, de s’en remettre aux grèves et aux occupations, et elle souligne le caractère de classe
    du mouvement ouvrier. Il est donc absolument indispensable pour la formation efficace de la classe
    ouvrière selon des lignes correctes que l’action aux urnes accompagne l’action dans l’atelier » (11).
    Comme vous pouvez le voir, Connolly n’était aucunement anarchiste, mais préconisait plutôt une sorte de
    de De Leonisme inversé. De Leon soutenait que le parti devait conduire vers le socialisme et que le rôle
    de l’union d’industrie était de soutenir le parti, tandis que Connolly affirmait que l’union d’industrie
    devait conduire au socialisme, et que le rôle du parti était de soutenir ce syndicat. C’est une distinction
    importante.
    De Leon prêchait pour une révolution qui impliquerait la prise de contrôle de l’État, une révolution menée
    par des politicienNEs. Connolly défendait une révolution qui donnerait le pouvoir immédiat à la nouvelle
    forme d’organisation sociale, une révolution menée par les ouvrierEs eux/elles-mêmes. De Leon
    argumentait pour une révolution politique qui pourrait mener à une révolution sociale. Connolly se
    prononçait pour une révolution sociale tout de suite.
    Connolly écartait l’idée que le socialisme pourrait advenir par la prise de contrôle de l’État. Il ne pensait
    pas que les institutions politiques d’alors pourraient être utilisées pour réaliser le socialisme. Il a écrit :
    « Les institutions politiques d’aujourd’hui sont simplement les forces coercitives de la société capitaliste
    dans laquelle elles ont grandi et sur laquelle elles sont basées. Les divisions territoriales du pouvoir entre
    les mains de la classe dirigeante dans des âges passés ont été transportées dans la société capitaliste pour
    répondre aux besoins de la classe capitaliste quand cette classe a renversé le pouvoir de ses prédécesseurs.
    La délégation de la fonction de gouvernement entre les mains des représentantEs éluEs de certains
    quartiers, des États ou des territoires, ne se fonde sur aucune division naturelle réelle convenant aux
    exigences de la société moderne, c’est une survivance d’un temps où les influences territoriales étaient
    plus puissantes dans le monde que les influences industrielles, et c’est pour cette raison qu’elle ne
    convient absolument pas aux besoins du nouvel ordre social, qui doit être basé sur l’industrie…
    La social-démocratie, comme son nom l’implique, est l’application à l’industrie, ou à la vie sociale de la
    nation, des principes fondamentaux de la démocratie. Une telle application devra nécessairement
    commencer dans l’atelier et progresser logiquement et consécutivement vers le haut en passant par toutes
    les catégories d’organisation industrielle, jusqu’à atteindre le point culminant de la direction et du pouvoir
    exécutif national. Autrement dit, la démocratie sociale doit procéder du bas vers le haut, tandis que la
    société politique capitaliste est organisée de haut en bas… »
    « Sous le socialisme, les États, les territoires, ou les provinces existeront seulement comme des entités
    géographiques et n’auront aucune existence comme sources de pouvoir gouvernemental, bien qu’ils
    puissent être les sièges d’organismes administratifs… »
    « Comme nous l’avons montré, l’État politique capitaliste n’a aucune place sous le socialisme ; donc, les
    mesures qui aspirent à placer des industries dans les mains ou sous le contrôle d’un tel État politique ne
    sont en aucun cas un pas vers cet idéal ; elles ne sont que des mesures utiles destinées à limiter l’avidité
    du capitalisme et familiariser les ouvrierEs avec le concept de copropriété » (12).
    Comme on peut le voir, Connolly n’était pas du tout social-démocrate (13), c’était un socialiste fervent,
    engagé dans l’accomplissement du socialisme. Comme on peut le conclure des citations précédentes, il
    n’était pas non plus un socialiste d’État. Cependant, cela mérite quelques réserves. Connolly a quand
    même écrit :
    « Les socialistes ne sont contraints en tant que socialistes qu’à l’acceptation d’un grand principe : la
    propriété et le contrôle des moyens de production de la richesse par l’État » (14).
    7
    C’est clairement la revendication d’un socialisme étatique. Il est, cependant, directement contredit par un
    autre de ses écrits :
    « La propriété et le contrôle de l’État ne sont pas nécessairement le socialisme – si cela était, alors
    l’armée, la marine, la police, les juges, les geôliers, les informateurs et les bourreaux, tous seraient des
    fonctionnaires socialistes, puisqu’ils sont des fonctionnaires d’État – mais la propriété par l’État de toute
    la terre et des outils de production, combinée avec le contrôle coopératif par les ouvrierEs de cette terre et
    de ces outils serait le socialisme » (15).
    Explorer entièrement la conception que Connolly a de l’État irait au-delà des limites de cet article,
    puisque cela nécessiterait un examen approfondi des différences entre les conceptions marxiste et
    anarchiste de l’État. Il suffira de dire que les anarchistes comme les marxistes sont d’accord avec
    l’affirmation de Connolly selon laquelle l’État n’est que « les forces coercitives de la société
    capitaliste… » (16).
    Il serait bien sûr ridicule pour moi de prétendre que Connolly était un anti-étatiste, il ne l’était pas. Je
    veux simplement indiquer que l’idée que Connolly avait de la république des travailleurs/euses n’était pas
    la même que celle des républiques socialistes qui ont existé dans divers pays léninistes du monde. Ce
    n’était pas non plus celle de la République d’Irlande d’aujourd’hui.
    Connolly a préconisé « un commonwealth coopératif ». Une société dans laquelle on possède tous les
    outils de production en commun, gérés par des coopératives démocratiques, qui sont à leur tour
    organisées selon des lignes coopératives, industrie par industrie, région par région. Connolly exigeait une
    réelle social-démocratie par opposition à la supercherie de la démocratie politique que nous avons
    aujourd’hui. Il voulait que toute la société soit dirigée et organisée démocratiquement pour le bien de
    toute la société.
    Héritage
    Les lecteurs/rices pourraient déjà noter que les erreurs de Connolly sont les mêmes que celles qui ont
    miné la gauche irlandaise depuis sa mort, et ils/elles auraient raison. Ses avis incohérents concernant la
    question nationale furent répétés sans cesse jusqu’aux années soixante-dix où ils ont commencé à être mis
    en doute par un certain nombre de groupes socialistes. Et son acceptation de la théorie marxiste
    imparfaite de l’État commence seulement à être critiquée. Ces erreurs ont abouti aux politiques
    désastreuses souvent préconisées par la gauche révolutionnaire, politiques qui vont du soutien au
    stalinisme (le Parti communiste) à la défense/participation au terrorisme (IRSP). Ces erreurs ont aussi
    fourni un prétexte aux politiques impuissantes clamant « les travailleurs/euses doivent attendre » de la
    gauche réformiste en Irlande.
    On se demande souvent pourquoi Connolly s’est lancé dans la bataille en 1916 alors qu’il savait que les
    insurgéEs partaient battus (17) et qu’une révolution nationale ne se métamorphoserait pas facilement en
    révolution sociale. Une anecdote bien connue le montre disant aux socialistes combattant en 1916 de
    garder leurs armes parce qu’après l’insurrection ils pourraient bien devoir se battre contre celles et ceux-là
    mêmes aux côtés desquelLEs ils/elles venaient de lutter. La réponse simple est qu’il pensait qu’une
    révolution nationale devait être une révolution sociale pour réussir. L’Irlande ne pouvait pas être libre
    avant que la classe ouvrière de l’Irlande ne soit libre. Et c’est pourquoi il estimait qu’une révolution
    nationale pourrait mener à une révolution sociale. Très clairement, la révolution sociale n’est jamais
    arrivée, mais on n’en était pas loin.
    Il faut se rappeler que l’influence de Connolly, autant que la part que le Parti travailliste a prise dans la
    révolution nationale irlandaise, ont permis que, dans le programme démocratique de la République
    d’Irlande, accepté à la première séance du premier Dáil (le Parlement irlandais) le 21 janvier 1919, on
    lise :
    « Nous déclarons dans les termes de la Proclamation républicaine irlandaise le droit du peuple de
    l’Irlande à la propriété de l’Irlande… Nous déclarons que la souveraineté nationale s’étend… à toutes ses
    8
    ressources, toute la richesse et tous les moyens produisant de la richesse dans la Nation… déclarons que
    c’est le devoir de la Nation que chaque citoyenNE puisse utiliser sa force et ses facultés au service du
    peuple. En échange du service fourni, nous, au nom de la République, déclarons le droit de chaque
    citoyenNE à une part équitable du travail de la Nation…
    Le Gouvernement national aura également la responsabilité de chercher… les critères d’une législation
    sociale et industrielle en vue d’une amélioration générale et durable des conditions dans lesquelles les
    classes laborieuses vivent et travaillent…
    Nous déclarons et nous désirons que notre pays soit gouverné conformément aux principes de Liberté,
    d’Égalité et de Justice pour tous… »
    Si cela semble radical, le projet du programme démocratique l’était encore plus. On peut y lire le passage :
    « Le but du gouvernement sera d’encourager l’organisation des gens/citoyenNEs en syndicats et en
    sociétés coopératives en vue du contrôle et de l’administration des industries par les ouvrierEs engagéEs
    dans ces industries » (18).
    Ces passages d’un des documents fondateurs de la République d’Irlande donnent une indication sur les
    intentions révolutionnaires de beaucoup d’activistes républicainEs pendant la Révolution nationale
    irlandaise, une révolution qui a impliqué un militantisme ouvrier largement répandu, avec des soviets
    déclarés à Cork et à Limerick, et des ouvrierEs occupant fréquemment leurs lieux de travail. Tout cela
    alors que, cinq ans auparavant, les germes d’un mouvement socialiste existaient à peine en Irlande !
    Cela montre combien l’Irlande a été proche de la révolution sociale que Connolly avait rêvée et pour
    laquelle il a donné sa vie. Cette révolution ne peut pas être réalisée par un lobby, ni par un Parlement, ni
    par un coup d’État. Cette révolution sera réalisée seulement quand les gens ordinaires, nous, la classe
    ouvrière, cesserons de rester à genoux et reprendrons les biens qui sont légitimement les nôtres ; à savoir,
    tout.
    Oisin Mac Giollamoir
    NOTES :
    1. C. Desmond Greaves, The Life and Times of James Connolly, (Seven Seas Publishers, 1971), p. 398.
    2. Bien qu’avant qu’il ne soit allé en Amérique son syndicalisme ait été moins développé, comme l’était
    sa politique en général.
    3. James Connolly, The Irish Flag, Selected Writings, ed. P. Berresford Ellis (Pelican Books, 1973), p.
    145.
    4. Ibid., p. 38.
    5. James Connolly, Labour in Irish History, New Books Publications, 1973, p. 124.
    6. James Connolly, Old Wine in New Bottles, Selected Writings, ed. P. Berresford Ellis, p. 176.
    7. James Connolly, Selected Writings, ed. P. Berresford Ellis, p. 47.
    8. The Language Movement, ibid., p.289.
    9. James Connolly, Socialism Made Easy, The Labour Party, 1972, pages.43-44.
    10. C. Desmond Greaves, The Life and Times of James Connolly, p. 190.
    11. James Connolly, Socialism Made Easy, p. 51.
    12. Ibid., pages 41-43.
    13. Par social-démocrate je fais référence à la politique de ces partis organisés dans ou autour de
    l’Internationale Socialiste. En Irlande ces partis sont le Parti travailliste et le SDLP, en Grande-Bretagne ;
    le Parti travailliste, en Allemagne ; les Socio-démocrates, en France ; le Parti socialiste etc.
    14. James Connolly, Labour, Nationality and Religion, Selected Writings, ed. P. Berresford Ellis, p. 68.
    15. James Connolly, Erin’s Hope, State Monopoly versus Socialism, The End and the Means and The
    New Evangel Preached to Irish Toilers, New Books Publications, 1972, pages 27-28.
    16. Notre différence, cependant, est que les marxistes croient que pour réaliser une révolution sociale on a
    besoin d’une révolution politique qui mette la classe ouvrière au contrôle de l’État, en en faisant la classe
    dirigeante. Les anarchistes opposent à cette énonciation que la transition d’une société basée sur les
    classes à une société sans classe ne doit pas impliquer la création d’une nouvelle classe dirigeante. Il est
    9
    avancé que, pour créer le socialisme, de nouvelles formes d’organisation sociale qui permettraient à
    chacunE dans la société d’avoir un pouvoir égal doivent être créées afin de permettre la vie quotidienne
    d’une société sans classe. Le but est une révolution sociale qui permette la mise en place de ces
    organisations. Quelques marxistes, marxistes libertaires, croient que c’est une dichotomie arbitraire et
    avancent que, en créant les nouvelles formes socialistes d’organisation sociale, les anarchistes veulent
    donner le pouvoir à la classe ouvrière. En donnant le pouvoir à la classe ouvrière, ils en font la classe
    dirigeante. C’est, disent-ils, ce qu’ils/elles veulent dire quand ils/elles se réfèrent à un État socialiste.
    17. C’est ce qu’il a chuchoté à William O’Brien le jour de l’insurrection.
    18. S. Cronin, Irish Nationalism, The Academy Press, 1980, p. 322.
    La plupart des oeuvres de Connolly citées dans cet article peuvent être trouvées sur Internet à :
    http://www.marxists.org/archive/connolly/index.htm

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