RSF – Manifeste Thomas MacDonagh : vers une Irlande en paix

Thomas McDonagh / Tomas MacDonnchadha
1er février 1878 – 3 mai 1916

Thomas était un homme du comté de Tipperrary, qui est né à Cloughjordan près des majestueuses montagnes de Slieve Bloom. C’est peut-être dans ce paysage paisible que Thomas découvrit son amour pour les arts et la poésie. Thomas était pourvu de multiples talents. Il était un défenseur de la langue irlandaise, professeur d’université, poète et dramaturge.

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Thomas avait pris conscience que pour en arriver à une paix décisive et à la prospérité en Irlande, le peuple irlandais devait briser la connexion avec l’empire britannique. Il était membre de la Irish Republican Brotherhood (IRB) et avait le poste de commandant dans la brigade de Dublin des Irish Volunteers. Homme d’une haute intégrité et d’un courage moral désintéressé, il a tenu bon jusqu’au bout lors de cette semaine de Pâques, en 1916. Dans son adresse à la cour martiale prononcée la veille de son exécution, il a expliqué ses motifs : « La proclamation de la République Irlandaise a été citée comme une preuve contre moi qui suis un de ses signataires ; vous pensez que c’est une lettre déjà morte et enterrée, mais elle vit, elle vit. D’esprits éclairés par l’intellect éclatant de l’Irlande elle fut enfantée, dans des cœurs embrasés par le grand amour puissant de l’Irlande elle fut conçue. De tels documents ne meurent pas. »

Sans altération aucune, mais fidèle à chacun des mots qu’elle proclama pendant cette semaine de Pâques, la République fut approuvée par un peuple éveillé, même si cela eu lieu dans le cadre du système électoral britannique. Sinn Féin se présenta aux élections législatives de 1918 en tant qu’abstentionniste, expliquant qu’il resterait en Irlande et qu’il représentait le peuple irlandais, et gagna une victoire écrasante. Dáil Éireann, le parlement de la République des 32 Comtés naquit le 21 janvier 1919. Mais l’Angleterre fit en sorte que ce fût là la dernière fois que l’Irlande pût agir en tant qu’unité, l’Irlande fut partitionnée en 1921 et la République proclamée et approuvée fut brutalement réprimée. Aujourd’hui, le conflit n’a pas connu aucun règlement définitif, aucune paix définitive ne peut être garantie et l’opposition militante à l’emprise britannique sur l’Irlande reste une réalité.

Dans la poigne de l’impérialisme

Il est incontestable que l’Irlande d’aujourd’hui ne ressemble que très peu à celle que les signataires de la Proclamation envisageaient. Si les signataires se sont battus et sont tombés pour la liberté complète de l’Irlande, cet objectif attend encore d’être atteint. Les 6 comtés du Nord-Est sont tenus par le même pouvoir impérial qu’en 1916 et même s’il y existe une espèce d’autonomie limitée, le véritable pouvoir se trouve dans les mains du secrétaire d’Etat britannique et du parlement de Westminster.

Les 26 autres comtés sont dirigés à Leinster House par un gouvernement contre-révolutionnaire qui administre un Etat néo-colonial maintenu fermement sous la coupe de la troïka capitaliste de l’Union Européenne, du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale Européenne. Quant au régime de Stormont, il est ouvertement ethno-confessionnel et persévère dans la tradition consistant à nourrir « des différences soigneusement entretenues par un gouvernement étranger qui a séparé dans le passé une minorité de la majorité», comme le souligne la Proclamation.

Les défenseurs des aménagements en vigueur aujourd’hui mettent souvent en avant l’argument que l’accord de Stormont de 1998, appelé communément l’accord du vendredi saint, a apporté la paix à l’Irlande. Ceci est inexact. Même si plusieurs antagonistes ont cessé de se combattre, quelques républicains de passage se trouvent maintenant fermement retranchés dans le camp britannique et s’opposent de plain pied aux idéaux de la République de la semaine de Pâques. Par conséquent, les Britanniques ont pu réduire leur présence militaire, mais leur présence étatique et leur réseau d’espion restent en place.

Ainsi donc, les tactiques britanniques ont pu changer, mais les pouvoirs qui sont les leurs n’en sortent en rien diminués, comme le montre l’affaire Martin Corey, qui est détenu depuis plus de trois ans et demi sur l’ordre du Secrétaire d’Etat, contre l’avis du tribunal qui a ordonné sa libération. Quant au harcèlement mené par le régime policier militarisé, il se maintient en l’état. Un rapport daté de novembre 2012, rédigé par le Comité d’Administration Judiciaire (CAJ) souligne que 22.000 « arrestations suivies de fouilles » ont été menées pendant la seule année 2010-2011, sous l’égide de la « loi anti-terroriste » de l’an 2000 et de la « loi sur la justice et la sécurité » de 2007. Plus de la moitié des personnes ainsi arrêtées avaient moins de 25 ans. Tout comme les policiers, les soldats britanniques disposent de ces pouvoirs, qui les dispensent de se prévaloir du motif de « soupçon raisonnable », qui accompagne normalement ce genre d’arrestations.

Une autre génération grandit donc en Irlande avec sous les yeux l’injustice et l’ethno-confessionnalisme institutionnel. Économiquement, leur avenir n’est pas plus brillant, étant donnés que les inconvénients inhérents à une Irlande partitionnée continuent de faire sentir leur poids. Telle n’est pas la recette qui pourra apporter une paix durable en Irlande, elle qui au contraire perpétue le cycle du conflit dans notre pays, lequel continuera tant que le problème de fond ne sera pas traité adéquatement.

Vers une Irlande en paix

Les propositions contenues dans ce document « Vers une Irlande en paix » ont été écrites par Dáithí Ó Conaill et reçurent leur dernières corrections le 29 décembre 1990, soit trois jours avant sa mort. Elles furent par la suite adoptées par Republican Sinn Féin, organisation dont il était vice-président, et sont restées depuis lors un chapitre de notre politique.

La Proclamation de Pâques 1916, en déclarant la République Irlandaise, a affirmé le droit fondamental du peuple irlandais à la propriété de l’Irlande. Elle soulignait que l’impérialisme, le colonialisme et le déni de la liberté démocratique étaient au cœur du conflit en Irlande, en stipulant qu’« à chaque génération, les Irlandais ont affirmé leur droit à la liberté et à la souveraineté nationale ; six fois durant les trois derniers siècles ils l’ont affirmé par les armes.».

Pendant les décennies qui ont suivi 1916, le peuple d’Irlande a enduré la guerre, les épreuves et les tempêtes politiques. Il a payé un lourd tribut, environ 3.500 vies ont été perdues dans la phase actuelle de la lutte depuis 1969, les libertés ont été niées et deux générations ont grandi dans une situation anormale. Alors que des changements significatifs ont lieu dans le monde, nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi il est si difficile d’instaurer la paix, la stabilité et le développement économique dans notre propre pays.

Dans son discours prononcé à Belfast à l’occasion de la commémoration de Pâques en 1973, Dáithí Ó Conaill avait réaffirmé la position du Mouvement Républicain au sujet de la cause du conflit. Il disait : « Aujourd’hui, le problème au centre de cette guerre est le conflit entre le droit de l’Irlande à la liberté et le détermination de l’Angleterre à nous tenir sous le joug. Toutes les autres questions sont subordonnées à ce problème de fond. Il ne saurait y avoir aucun compromis sur la question fondamentale qui consiste à décider qui doit diriger l’Irlande : le parlement britannique ou le peuple irlandais. »

Il devrait apparaître avec évidence à la plupart des gens aujourd’hui que c’est la non-résolution de la question nationale qui est la cause première de nos problèmes. Les ressources qui devraient normalement être employées pour le développement économique, à la fois au Nord et au Sud, sont déviées pour soutenir un régime de répression sous la façade d’un consensus politique. Des efforts constants sont menés par l’Etat britannique, avec la collaboration du gouvernement de Dublin, pour résoudre la situation au Nord par des moyens militaires, alors qu’il est largement reconnu qu’une solution militaire n’est pas viable à long terme. Les lois draconiennes, les tribunaux sans jury, les agences clandestines et le harcèlement routinier se combinent aux méthodes plus ouvertes de maintien de l’ordre établi.

Agents de la domination britannique

Diverses solutions politiques ont été tentées à ce jour et ont échoué à procurer une authentique paix juste, seul fondement d’une paix durable. Le gouvernement de Dublin n’a jamais sérieusement tenté de produire des propositions valables, alors que les Britanniques ont erré d’échec en échec. Le maintien de la domination britannique, quelle qu’en soit la guise, a assuré la continuation du conflit et de l’instabilité. L’accord de Stormont, signé le vendredi saint de 1998, a sécurisé la domination britannique et a sauvegardé l’avenir de l’Etat des 26 comtés, et n’a réussi qu’à institutionnaliser l’ethno-confessionnalisme, offusquant ainsi le droit de tout le peuple d’Irlande à l’auto-détermination. La solution consistant en le retrait du gouvernement et de l’armée britannique n’a jamais été tentée, puisqu’à la fois Londres et Dublin considèrent cette option comme contraire à leurs intérêts.

L’accord de Stormont, suivi de l’accord de St Andrew en 2006, a affermi la perpétuation d’une situation qui voit un peuple divisé être gouverné au nom de l’establishment britannique. Son seul succès a été de retourner d’anciens républicains et à les faire agir en qualité d’agents de la domination britannique. Un tel arrangement ne peut en aucun cas être considéré comme une solution à long terme. Le témoignage des autres conflits dans le monde montre que le désir d’auto-détermination nationale ne peut être satisfait par des aménagements collaborationnistes ou des dispositifs politiques qui tournent le dos au cœur du problème, à savoir la présence britannique, et tant que cette présence n’est pas délogée, tous les accords sont voués à l’échec.

Avoir institutionnalisé l’ethno-confessionnalisme, ce qui était la ligne directrice de l’accord de 1998, n’a fait qu’enflammer celui-ci dans les Six Comtés. Dans les vingt dernières années, le nombre des prétendus « murs de paix » est passé de 18 à 48. Cette situation tout à fait anormale ne peut en aucun cas recevoir le nom de « paix ». Dans ce contexte, beaucoup de gens pensent qu’une éventuelle solution ne pourra jamais voir le jour. Pour vaincre ce sentiment de désespoir, Republican Sinn Féin fait les propositions suivantes.

1. Une assemblée constituante de toute l’Irlande

Le manque de démocratie est la racine de la question nationale. La restauration de la démocratie sans influence aucune des Britanniques ouvrira l’espace pour un progrès. Il ne saurait y avoir, pour déterminer une voie vers le progrès pour l’ensemble du pays, deux ensembles de questions séparées posées dans les deux parties de l’Irlande, comme cela a été tenté sous l’égide de l’accord de Stormont de 1998. Le peuple irlandais, agissant en tant qu’unité, doit être libre d’exercer son droit national à l’auto-détermination. A cette fin, Republican Sinn Féin appelle à l’établissement d’une Assemblée Constituante représentative de tout le peuple d’Irlande et élue par les suffrages de la population adulte. L’Assemblée aura pour unique fonction d’écrire une nouvelle constitution et aura six mois pour faire son travail. La constitution sur laquelle on se sera mis d’accord devra être soumise au peuple par référendum, pour être acceptée ou rejetée.

Republican Sinn Féin est d’avis qu’écrire une nouvelle Constitution des 32 Comtés serait plus démocratique, juste et durable qu’amender le mauvais document des 26 comtés. En outre, un forum ouvert et démocratique aurait plus de signification pour le peuple irlandais d’aujourd’hui que des réunions à huis-clos entre politiciens qui ont si souvent méprisé le peuple. Tous les éléments de la société irlandaise seraient libres de participer à l’ élection de cette assemblée. Les rapports internes du peuple irlandais avec lui-même et les relations extérieures avec l’Europe et plus largement le monde seront déterminés au moyen d’un débat libre et ouvert. Pour contribuer à ce débat, Sinn Féin Poblachtach a préparé une série de propositions – ÉIRE NUA – qui jettent les fondements d’une nouvelle constitution dans une Irlande structurée fédéralement. De telles structures seront nécessaires pour établir la justice pour tous, y compris les 18% de la population nationale qui ont soutenu la position unioniste.

2. Une déclaration d’intention de retrait

Avant de réunir l’Assemblée, le gouvernement britannique doit déclarer qu’il va retirer ses forces et ses institutions d’Irlande dans les douze mois qui suivent l’adoption de la nouvelle Constitution par le peuple d’Irlande.

3. Vers une Irlande nouvelle

En complément de ces deux propositions, il doit y avoir une amnistie pour tous les prisonniers politiques et les personnes recherchées pour ces motifs. Il doit y avoir une véritable amnistie, pas une manœuvre politique comme celle qui a eu lieu suite à l’accord de Stormont, qui a vu des prisonniers être libérés sous conditions, avec le risque d’être à nouveau incarcéré pour ceux qui sont soupçonnés de ne pas se conformer au statu quo. Le fait est que des milliers de personnes ont enduré de lourdes épreuves, allant de l’emprisonnement à la mort en grève de la faim pour 22 d’entre elles, et de grandes injustices ont été faites à des gens qui ne cherchaient que la liberté de leur pays. Tous les prisonniers politiques doivent être libérés un mois avant l’élection de l’Assemblée Constituante.

Si ces trois propositions sont acceptées, il ne sera pas nécessaire de poursuivre la lutte armée. Toutes les parties impliquées dans ces activités, les Britanniques y compris, devront les interrompre immédiatement, dès l’annonce de l’acceptation de ces propositions. Ce faisant, un nouvel esprit de liberté se répandra dans le pays et le peuple irlandais pourra, enfin, dialoguer authentiquement pour façonner l’Irlande à venir.

Ne pas adopter ces propositions ne ferait que prolonger la situation actuelle concernant la présence britannique, cela mènerait à encore plus de perte de vies, de harcèlement policier contre le peuple, de prisonniers politiques qui s’étiolent en prison, à l’élargissement du fossé entre riches et pauvres. Il est impossible d’accepter que persistent de telles conditions.

Seo é Bóthar na Síochána.

Source : ici

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2 commentaires pour RSF – Manifeste Thomas MacDonagh : vers une Irlande en paix

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Passer par ce referendum me parait la meilleure des solutions en repondant ainsi au libre choix de tous les Irlandais. Cela ne sera pas facile vu les positionnements multiples relatifs a des conditionnements dont les pouvoirs sont friands pour maintenir leurs egemonies. Toutefois il faut considerer que les Irlandais sont adultes, ils l’on montre face a l’ambiguite que posait la question Europenne, presentait comme seule alternative decisionnaire. La marge de manoeuvre est etroite en une periode ou les bouleversements de tous ordres deroutent. Ce referendum serait une solution ou chacun devrait peser en son ame et conscience en quoi se definit sa raison d’etre et non pas seulement son rytme de consommation, ou chacun devient le rival de l’autre. Cet exemple de France ou des « ouvriers » non licencies en sont venus aux mains contre des licencies qui leurs demandaient de faire preuve de solidarite. Deplorable de voir se dechirer des individus qui devraient avoir toutes les raisons de se serrer les coudes. Le Credit s’il fut un moyen de mieux vivre-on s’en rend compte aujourd’hui- lie l’individu, l’attache au principe d’un chacun pour soi, d’amoindrir des liens avec sa communaute, et la naissance d’un egoisme individuel destructurant pour l’esprit.

    Donc prendre conscience qu’il y a probleme, et qu’il serait souhaitable de ne pas voir ses enfants devenirs des irreponsables. Des questions autres qu’economiques devront donc se poser., dont qu’est ce qu’etre Irlandais aujourd’hui , c ela a t’il encore un sens, une realite de nos jours ?
    Nous ne sommes pas nes de l’operation du St Esprit, nous avons eu des parents, des ancetres qui ont temoigne de leur realite, de leur verite, meme si leurs choix ne furent pas tous operant par la dificulte du a leur nature humaine et au conditionnement sociaux de leur epoque, ils ont toujours considerer que » l’asservissement » – sous d’autres formes de nos jours- etaient inconciliables avec leur Devenir, et pour cela il fallait lutter, lutter. L’Irlande a beaucoup souffert, de la repression; de l’esclavage, de la famine. La seule legetimite de ceux qui perpetuent ce devoir ne vient pas d’un principe ideologique quelconque, mais de cette filiation depuis des siecles au nom de l’Irlande et par des Irlandais. On peut aujourd’hui remettre tout cela en cause, mais c’est rompre le lien intergenerationnel qui remonte au temps ou les premiers hommes enterraient leurs morts. Suivre cette voie ce n’est pas reste fixer au passe, refuser les evolutions necessaires loin de la. Mais c’est rester fidele a une vision celle qui nous rattache a ceux qui nous ont precede, pour affirmer que la liberte a ses raisons, que l’esprit et la chair ne font qu’un. Il n’y a pas une voie pour seulement l’un ou seulement l’autre. Il y a des en avancees, des retours en arriere mais ce qui compte, c’est la necessite d’une communion (non sans discorde) entre des individus qui vivant ensemble partagent ces valeurs, et a mon sens La Nation Republicaine est la plus a meme de les proteger, non sans risques multiples, mais comme la determinante la plus adequate. Et cela l’Irlande Unis auraient peut etre la possibiliter de le realiser. Cordialement Alain Monier

  2. Liam dit :

    Bonjour

    Certains d’entre vous recoivent regulierement mes emails avec des etudes sur le republicanisme irlandais. J’ai cree un forum Facebook intitule Irish Republican Education Forum
    https://www.facebook.com/update_security_info.php?wizard=1#!/groups/391979460930832/
    (si vous n’y accedez pas via ce lien, cherchez Irish Republican Education Forum sur facebooK)
    sur lequel je poste ces etudes qui ne sont generalement pas accessibles au grand public. A noter que elles sont en Anglais. En ce moment une centaine de documents sont accessibles dessus.
    N’hesitez pas le rejoindre

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