Texte de Giap sur la guerre populaire, en guise d’hommage

Vo Nguyen Giap, mort le 4 octobre 2013 à l’âge de 102 ans, mérite notre reconnaissance, puisque parmi de nombreux hauts faits, il eut un rôle dirigeant dans la grande victoire de Dien Bien Phu contre les forces de l’impérialisme français. Ce texte est le premier chapitre du livre Armement des masses révolutionnaires, édification de l’armée du peuple, publié par les Editions de l’Armée populaire en 1972

Thèses marxistes-léninistes sur l’organisation militaire du prolétariat

Le marxisme-léninisme étudie le problème de l’organisation militaire du prolétariat dans son rapport organique avec la théorie de la lutte des classes et de l’Etat. Avec la désagrégation de la société communautaire primitive, la société se divise en classes, et son histoire est l’histoire de la lutte des classes. En même temps que se forment les nations, apparaissent l’oppression et l’asservissement national et la lutte de classes prend alors également la forme de lutte nationale.

Maîtres et esclaves, propriétaires fonciers et paysans, bourgeoisie et prolétariat, nations exploiteuses et nations opprimées, pays agresseurs et pays agressés, groupes sociaux antagonistes, etc. ont mené une lutte ininterrompue, multiforme, qui, à son paroxysme, prend la forme du conflit armé, de la guerre. Jusqu’ici, d’innombrables guerres ont jalonné l’histoire de la société de classes. A ne compter que celles d’assez grande envergure, il y en a eu plus d’une dizaine de milliers depuis quelque 5.000 ans.

giapL’histoire a vu naître trois type d’Etats exploiteurs auxquels correspondent trois types d’armées : l’armée de l’Etat esclavagiste, celle de l’Etat féodal et celle de l’Etat capitaliste.

Au cours de l’histoire, ces types d’armées ont pris différentes appellations, différentes formes d’organisation et recouru à différents procédés de recrutement en fonction des conditions concrètes, mais leur nature reste la même : l’armée de l’Etat exploiteur est toujours l’instrument de la classe dominante servant à réprimer les masses exploitées dans le pays, à piller et à asservir les autres pays et peuples.

Sous les régimes d’exploitation, pour s’opposer à la violence armée de la classe dominante, les masses opprimées ont aussi, dans leur lutte, mis sur pieds leurs propres organisations armées révolutionnaires. Dans l’antiquité même, à Rome, les esclaves qui s’insurgèrent sous la direction de Spartacus que Marx considérait comme « le type le plus épatant de l’histoire antique, grand général représentant du prolétariat antique » [lettre à Engels, 27.02.1861], organisèrent une importante armée d’insurgés forte de centaines de milliers d’hommes et qui combattit avec ténacité l’armée de l’Etat esclavagiste.

Sous la féodalité, en Europe, en Asie et en Afrique, les organisations armées paysannes se sont toujours manifestées dans les insurrections, les jaqueries, les guerres de libération dans de nombreux pays, elles étaient d’envergure assez importante et dotées d’une très grande puissance combative. Avec le développement du capitalisme, les révolutions bourgeoises anti-féodales ont vu la participation d’organisations armées de paysans, et même d’ouvriers au stade de la lutte spontanée, sous la bannière de la bourgeoisie.

Cependant les organisations armées révolutionnaires des classes exploitées d’alors, du fait de leurs limites historiques, et de leur impuissance à promouvoir une ligne politique, militaire et organisationnelle juste, étaient finalement réprimées et trahies par leur « alliés », en dépit de leur vaillance au combat et des grandes victoires qu’elles avaient pu parfois arracher.

Cette trahison se révèle de la façon la plus totale dans la révolution bourgeoise. Comme Engels l’avait remarqué depuis longtemps, en France, les ouvriers après chaque révolution, étaient armés ; « pour les bourgeois qui se trouvaient au pouvoir, désarmer les ouvriers était donc le premier devoir. Aussi après chaque révolution acquise au prix du sang des ouvriers, éclate une nouvelle lutte, qui se termine par la défaite de ceux-ci. » [Engels : Introduction à la Guerre Civile en France, de Marx].

Il fallait attendre que le marxisme vit le jour, que le prolétariat eût son parti politique et devînt une force politique indépendante, qui passât du stade « spontané » au stade « conscient », que l’ensemble de sa lutte révolutionnaire réalisât un bond qualitatif, pour qu’on pût, sur cette base, résoudre complètement le problème de l’organisation militaire des masses opprimées dans la science militaire du prolétariat. Le fait, par les partis de la classe ouvrière – les partis communistes – d’entrer dans l’arène politique et de prendre la direction de la révolution dans les différents pays a conduit à la naissance des organisations armées de nature révolutionnaire et nettement populaires issues des révolutions prolétariennes ou révolutions démocratiques bourgeoises, révolutions démocratiques populaires, révolutions de libération nationale dirigées par la classe ouvrière, en particulier après la victoire de la Révolution russe d’Octobre et celle d’une série d’autres pays socialistes d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine, apparut pour la première fois dans le monde un type de forces armées tout à fait nouvelles. Ce sont de véritables forces armées du peuple, de l’Etat de dictature du prolétariat – l’Etat le plus avancé dans l’histoire de l’humanité.

1. Les thèses de Marx et d’Engels

En attribuant à la classe ouvrière mondiale le rôle historique de fossoyeur du capitalisme et de bâtisseur de la société communiste, société sans classes d’où est bannie l’exploitation de l’homme par l’homme, Marx et Engels ont montré au prolétariat le voie la plus juste pour sa libération ; il s’agit pour la classe ouvrière, sous la direction du Parti communiste, de s’allier étroitement à la paysannerie, d’employer la violence révolutionnaire pour briser l’appareil d’Etat de la bourgeoisie, d’instituer l’Etat de dictature du prolétariat, de se servir e cet Etat comme instrument pour défendre la domination du prolétariat et transformer la société selon des principes communistes.

Le problème de l’organisation militaire prolétarienne s’est posé en partant tout d’abord de cette grande œuvre de lutte révolutionnaire du prolétariat. Se dressant pour briser ses chaînes et renverser l’ancien monde, le prolétariat et les masses révolutionnaires doivent nécessairement, au cours du processus révolutionnaire, constituer leur propre organisation militaire. Seule en effet une force matérielle peut renverser une autre force matérielle, seul l’emploi de la violence permet d’accomplir la grande tâche historique de renverser la domination capitaliste et d’instituer la dictature du prolétariat. La classe dominante ne se retire jamais de son plein gré de l’arène historique.

L’Etat monarchique et l’Etat bourgeois disposent en permanence d’une importante force armée qu’ils s’attachent à perfectionner sans cesse pour en faire un instrument efficace dans la répression du peuple travailleur de leur pays et dans l’application de leur politique de pillage dans le monde. Ils ne manquent jamais de s’appuyer sur un appareil militaire contre-révolutionnaire pour étouffer toute aspiration à la liberté du prolétariat et des masses laborieuses et noyer dans le sang leur lutte révolutionnaire.

Engels a analysé cette « caractéristique fondamentale » de la bourgeoisie, même dans la période ascendante du capitalisme : « la bourgeoisie montrait jusqu’à quelle folle cruauté dans la vengeance elle peut se hausser sitôt que le prolétariat ose l’affronter, comme classe particulière avec ses propres intérêts et ses propres revendications » [Ibid]. Le développement du capitalisme et ses contradictions internes de plus en plus aiguës conduisent nécessairement à une tendance militariste croissante, à la tendance à gonfler la force armée contre-révolutionnaire dans l’appareil d’Etat de la bourgeoisie. « L’armée, écrivait Engels, est devenue le but principal de l’Etat, elle est devenue un but en soi ; les peuples ne sont plus là que pour fournir des soldats et les nourrir. Le militarisme domine et dévore l’Europe. » [Anti-Durhing].

giapouvrierCette situation contraint le prolétariat et les masses opprimées à se doter d’une organisation militaire pour s’opposer à la répression armée de l’Etat bourgeois, brises sa machine militaire et écraser toute résistance de sa part afin de prendre le pouvoir, instaurer le pouvoir révolutionnaire et le défendre. Si la possession d’une organisation militaire est une nécessité dans la lutte du prolétariat pour renverser la bourgeoisie, sous quelle forme doit-elle être édifiée ? C’est un problème qui a été résolu de façon complète par les maîtres du marxisme-léninisme. Fondateurs de la science militaire prolétarienne, Marx et Engels ont les premiers jeté les fondements théoriques du problème de la forme d’organisation militaire du prolétariat, avec cette thèse célèbre : « armer la classe ouvrière, remplacer l’armée permanente par le peuple en armes. Il faut que les ouvriers soient armés et bien organisés. Il importe de faire immédiatement le nécessaire pour que tout le prolétariat soit pourvu de fusils, de carabines, de canons et de munitions. Toute tentative de désarmement doit être repoussée au besoin par la force ».

Cet appel au combat fut lancé par Marx et Engels, dès les années 50 du siècle dernier en se basant sur l’expérience acquise au prix du sang de la première grande bataille du prolétariat français contre la bourgeoisie en 1848 ; ils considéraient cet appel comme une exigence majeure du programme révolutionnaire du prolétariat, alors que l’insurrection et la guerre civile étaient devenues des tâches politiques immédiates de la révolution dans certains pays capitalistes développés d’Europe occidentale.

L’histoire des pays d’Europe à la fin du XVIIIè siècle, jusqu’au milieu du XIXè était encore celle des révolutions démocratiques bourgeoises. Dans le contexte d’alors, le prolétariat devait s’allier aux partis démocratiques bourgeois pour s’opposer aux gouvernement féodaux et bourgeois réactionnaires en général, on ne pouvait éviter que l’issue victorieuse de la révolution portât provisoirement ces partis au pouvoir. Dans de telles conditions, Marx et Engels considéraient l’armement du prolétariat comme une condition sine qua non pour d’une part briser l’appareil d’Etat de la classe féodale et de la bourgeoisie réactionnaire, et assurer la victoire de l’insurrection, mais aussi pour déjouer par la suite l’inévitable trahison du prolétariat par le parti démocratique bourgeois après son accession au pouvoir. Condition indispensable aussi pour garantir et renforcer l’indépendance politique de la classe ouvrière, pour défendre les résultats de sa lutte, créer les conditions pour l’accomplissement de la révolution prolétarienne, en usant de son pouvoir pour éliminer la domination de la bourgeoisie.

Marx et Engels avaient la conviction qu’une fois armé, le prolétariat disposerait d’une puissance incommensurable. Et, cette puissance, ils l’avaient mesurée dans la révolution de 1848 à Paris. Marx écrivait : « On sait que les ouvriers, avec un courage et un génie sans exemple, sans chefs, sans plan commun, sans ressources, pour la plupart manquant d’armes, tinrent en échec cinq jours durant l’armée, la garde mobile, la garde nationale de Paris ainsi que la garde nationale qui afflua de la province ». Quant à Engels : « Si 40.000 ouvrier parisiens ont déjà obtenu un résultat aussi formidable contre un ennemi quatre fois supérieur, que ne réussira à faire la masse tout entière des ouvriers parisiens lorsqu’elle agira unanimement et avec cohésion ! »

Développant cette idée, Marx et Engels ont, en 1871, et sur la base d’une analyse perspicace des enseignements de la Commune de Paris, énoncé une principe : la préoccupation de toute révolution victorieuse doit être de mettre en pièces l’ancienne armée, la dissoudre et la remplacer par une nouvelle, substituer à l’armée permanente, le peuple en armes. Marx écrivait : « Paris, siège central de l’ancien pouvoir gouvernemental, et, en même temps, forteresse sociale de la classe ouvrière française, pouvait résister parce que, du fait du siège, il s’était débarrassé de l’armée et l’avait remplacée par une garde nationale, dont la masse était constituée par des ouvriers. C’est cet état de fait qu’il s’agissait maintenant de transformer en une institution durable. »

Marx et Engels ont montré que sous le régime capitaliste, l’armée permanente est l’instrument principal de la domination de la bourgeoisie sur les travailleurs. Briser cette armée permanente c’est démunir le pouvoir de la bourgeoisie de son instrument, éliminer le danger d’une résistance et d’une contre-offensive de sa part. En même temps, s’appuyant fermement sur les forces des masses révolutionnaires, le prolétariat doit édifier et développer rapidement son organisation militaire en armant ses propres rangs ainsi que les masses révolutionnaires et la considérer comme la seule force armée pour défendre les victoires de l’insurrection et développer la révolution.

La Commune de Paris a donné au prolétariat mondial cet enseignement vital : « Le premier décret de la Commune fut donc la suppression de l’armée permanente, et son remplacement par le peuple en armes ». Marx et Engels ont hautement apprécié cette leçon sur la tâche de la classe ouvrière de briser la machine bureaucratique et militaire de l’ancien Etat et de la remplacer par une nouvelle forme d’organisation de l’Etat du prolétariat qu’ils considéraient comme une innovation de signification historique, à tel point que dans la préface de 1872 au Manifeste du Parti communiste, ils l’estimaient comme un amendement de la plus haute importance au programme du Manifeste.

Engels a même prévu que l’armement du peuple serait la forme d’organisation militaire de l’Etat socialiste. Cette opinion partait en premier lieu du principe de Marx et Engels selon lequel la victoire du socialisme peut se produire simultanément dans la totalité ou la majorité des pays capitalistes développés. Bien plus, le régime socialiste est par nature non agressif, aussi n’avait-il pas besoin d’armée permanente. Quant à la défense de la sécurité intérieure, le peuple en armes peut l’assumer. Engels s’appuyait également sur l’analyse de la situation des armées de divers pays et du niveau de l’art et de la technique militaires dans la deuxième moitié du XIXè siècle. La France, l’Allemagne et la Russie étaient alors les seuls pays capitalistes développés dotés d’un puissant appareil militaire, les autres, y compris la Grance-Bretagne et les Etats-Unis n’avaient pas encore d’importantes forces armées. Aussi, une fois que la révolution prolétarienne aurait triomphé dans l’ensemble ou la majorité des pays capitalistes développés, les forces militaires des pays capitalistes restants ne seraient plus très puissantes. Dans ces conditions, et forts des enseignements de la Commune de Paris, Engels pensait que sous le régime socialiste, et étant donné sa supériorité, le peuple une fois armé, organisé et entraîné militairement, serait capable de défaire les armées d’agression pour préserver l’Etat socialiste.

De cette analyse, Marx et Engels concluaient qu’au cours de la révolution socialiste, l’armée permanente de la bourgeoisie devait être remplacée par le peuple en armes.

Ils abordèrent la question de l’armement des masses non seulement dans l’insurrection armée du prolétariat et l’organisation militaire de l’Etat socialiste, mais aussi dans les guerres nationales. Ils distinguaient les guerres justes des guerres d’agression et se rangèrent toujours du côté des guerres justes, guerres de libération, guerres d’auto-défense des peuples opprimés et agressés. Engels suivaient et étudiait avec une grande attention les guerres de son époque, il en tirait les enseignements et s’efforçait d’indiquer aux peuples opprimés la meilleure voie pour mener la guerre populaire et défaire l’armée de métier des agresseurs. Dans plusieurs études sur l’histoire de la guerre, Engels traitait du rôle et de l’effet considérable des masses armées dans les guerres justes, les guerres d’auto-défense.

Cette idée d’Engels était étroitement liée au nouveau mode de guerre populaire préconisé par lui. « Un peuple qui veut conquérir son indépendance, a-t-il écrit, ne saurait se cantonner aux méthodes de guerre ordinaires. Insurrections de masses, guerres révolutionnaires, détachements de guérilla partout, voilà l’unique méthode de combat grâce à laquelle une petite nation peut vaincre une plus grande, une petite armée peut s’opposer à une armée plus forte, mieux organisée ». Les larges masses en armes sont précisément l’élément fondamental pour l’application d’un tel genre de guerre.

Engels a exalté les résistances française (1793), espagnole (1807-1812), celle de la Russie contre Napoléon (1812), celle de la Hongrie contre l’Autriche (1849), etc., qui avaient su appliquer le mode de guerre du peuple, coordonner les opérations de l’armée permanente avec les activités militaires des masses armées, ce qui avait permis de déployer la force considérable du peuple et du pays et de mettre en échec des armées d’agression beaucoup plus puissantes.

Analysant l’échec des Piémontais au Nord de l’Italie dans leur guerre d’autodéfense contre les troupes autrichiennes, Engels écrivait : « La lourde erreur initiale des Piémontais est qu’ils n’opposaient aux troupes autrichiennes que leur armée permanente, qu’ils ne voulaient mener que la guerre la plus classique, la plus bourgeoise, la plus méthodique ».

Il soulignait que le revers des troupes piémontaises serait tout à fait insignifiant si après cette défaite une véritable guerre révolutionnaire éclatait, si les restant des troupes italiennes déclarait aussitôt être le noyau d’une insurrection générale dans tout le pays, si la guerre stratégique conventionnelle au niveau des armées se transformait en une guerre du peuple à l’instar de la guerre que les Français avaient mené en 1793 ; si le gouvernement de Turin avait le courage d’adopter des mesures révolutionnaires, osait lancer le peuple dans une guerre révolutionnaire. Et Engels concluait : « l’indépendance de l’Italie était perdue à cause de la lâcheté du gouvernement royal et non de l’invincibilité des masses autrichiennes. »

Engels a tiré les mêmes conclusions dans son commentaire sur la guerre franco-prussienne de 1871. Il estimait que la France restait parfaitement capable de retourner la situation même après l’occupation par les troupes allemandes du sixième de son territoire et la prise des forteresses de Metz et de Paris. Engels a montré qu’au moment où la quasi-totalité des forces allemandes était rivée aux régions occupées, la France était encore en mesure sur les cinq sixièmes de son territoire, de former suffisamment d’unités armées pour les harceler, couper leurs voies de communication, détruire leurs bases logistiques, attaquer leurs détachements isolés partout, et par ce moyen, elle pouvait les contraindre à disperser leurs forces, à dégarnir en partie leurs forteresses pour faire face à la situation de telle sorte que Bazaine pût s’échapper de Metz et que le siège de Paris devînt tout simplement « un spectre ».

Engels posait ensuite cette question : « Que seraient devenus les Allemands si le peuple français avait été animé d’un patriotisme ardent comme les Espagnols en 1808, si chaque ville et presque chaque village s’étaient transformés en forteresses, chaque paysan et chaque citadin en combattant ».

A propos du soulèvement des masses armées, des unités non permanentes des détachements armés d’Asie – avec leurs méthodes de guerre populaire multiformes – qui étaient les adversaires redoutables des armées d’agression du type européen, Engels écrivait : « Les Chinois empoisonnent le pain en gros et avec la plus froide préméditation. Ils s’embarquent avec des armes cachées à bord des vapeurs de commerce et, en cours de route, massacrent les commandants et s’emparent des bateaux. Les coolies émigrants mêmes se mutinent au cours de chaque transport à l’étranger ; ils se battent pour s’emparer des cargos et, plutôt que de se rendre, coulent avec eux ou périssent dans les flammes. Hors de Chine même, les colons chinois (…) conspirent et déclenchent subitement des insurrections nocturnes ». Et Engels s’interrogeait : « Que peut faire une armée pour s’opposer à un peuple qui recourt à de telles méthodes de guerre ? »

On voit par là que le point de vue initial des fondateurs du communisme scientifique sur l’organisation militaire du prolétariat et des masses opprimées est l’armement de la classe ouvrière, l’armement du peuple, l’armement des masses révolutionnaires.

Marx et Engels ont jeté les fondements théoriques de ce problème dans l’insurrection pour la conquête de la dictature du prolétariat, la guerre pour la défense de l’Etat socialiste et même dans la guerre de libération, la guerre d’auto-défense des peuples opprimés, des pays agressés sous le régime politique bourgeois.

C’est là un point de vue fondamental, une réussite de Marx et Engels dans l’application de la conception matérialiste de l’histoire, des points de vue de classe, de masses, et de la conception de la violence révolutionnaire dans l’édification de l’organisation militaire du prolétariat et des masses opprimées. C’est un modèle d’appréciation judicieuse du rôle décisif des masses populaires dans l’insurrection armée et la guerre révolutionnaire. La grande valeur de cette thèse réside en ce que, pour la première fois dans le monde, elle montre au prolétariat et aux peuples opprimés l’orientation et la voie la plus juste pour créer leur organisation militaire, une organisation militaire de type tout à fait nouveau issue du prolétariat et du peuple travailleur, combattant pour le peuple et la classe ouvrière. Le Parti révolutionnaire pourvu d’une ligne révolutionnaire juste peut, s’il sait s’appuyer solidement sur les masses révolutionnaires, les ouvriers, les paysans, pour édifier et développer son organisation militaire, créer une force armée révolutionnaire invincible.

Ce point de vue est devenu le fondement théorique de l’édification des forces armées dans la doctrine militaire du marxisme-léninisme. C’est une arme extrêmement puissante pour le prolétariat et tous les peuples opprimés dans le monde ; elle donne des ailes à leur lutte révolutionnaire en vue de renverser le monde ancien et créer un monde nouveau.

Source : Vo Nguyen Giap, Ecrits, Hanoi, 1977, pp 418-434

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Un commentaire pour Texte de Giap sur la guerre populaire, en guise d’hommage

  1. feudeprairie dit :

    Honneur éternel au camarade Vo Nguyen Giap!

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