Engels défend la branche irlandaise (féniane) de l’AIT

Source : J.M. Blaut, The National Question : decolonizing the theory of nationalism, pp. 144-145

Voici un bref incident qui eut lieu au cours d’une assemblée générale de l’Association Internationale des Travailleurs (Première Internationale) en 1872. Le procès verbal de la séance indique que M. Hales, secrétaire de l’assemblée, proposa la motion suivante :

« Que, selon l’opinion de l’assemblée, la formation de branches nationales irlandaises de l’AIT en Angleterre est contraire aux Règles Générales et aux Principes de l’association ». Suite à cette proposition de motion, M. Hales la justifia ainsi : Il dit que le principe fondamental de l’Association était de détruire toute trace et tout semblant de doctrine nationaliste, et d’écarter toutes les barrières qui séparent l’homme de l’homme. Or, dit-il, la formation de branches irlandaises en Angleterre ne pouvait qu’entretenir l’antagonisme national qui existait hélas depuis si longtemps entre les peuples de ces deux pays ; que personne ne savait ce que faisaient les branches irlandaises, et qu’en outre leurs règles indiquaient clairement qu’elles étaient républicaines, que leur objectif premier était de libérer l’Irlande de la domination étrangère, mais il s’avère, a-t-il conclu, que l’Internationale n’a rien à faire avec la libération de l’Irlande. »

Cette motion a été débattue, et voici qu’Engels se leva pour parler.

« Le citoyen Engels a dit que le véritable sens de la motion, lorsqu’on lui retire toute son hypocrisie, était d’amener les sections irlandaises sous le joug du conseil fédéral britannique [de l’AIT], chose que les sections irlandaises n’accepteront jamais, et que le conseil n’avait pas le droit, ni l’autorité, de leur imposer. Il a dit que les Irlandais formaient une nationalité distincte, et que le fait qu’ils parlaient anglais ne pouvait pas être invoqué pour leur retirer leurs droits. Le citoyen Hales a parlé des rapports entre l’Angleterre et l’Irlande comme étant de nature parfaitement idyllique, mais la réalité est toute autre. Il y a sept siècles de conquête et d’oppression de l’Irlande, et tant que cette oppression existe, demander à des travailleurs irlandais de se soumettre à un conseil fédéral britannique, c’est les insulter. [Cette motion] demande au peuple conquis d’oublier sa nationalité et de se soumettre à ceux qui l’ont conquis. Ceci n’est pas de l’internationalisme, mais de la niaise soumission. Puisque les auteurs de cette motion sont de si vaillants partisans de l’internationalisme, qu’ils le prouvent en déménageant à Dublin le siège du conseil fédéral britannique et qu’ils se soumettent à un Conseil formé d’Irlandais. Dans un cas comme celui de l’Irlande, le véritable internationalisme doit nécessairement se fonder sur une organisation nationale distincte, et doit indiquer clairement dans ses règles qu’en tant qu’Irlandais, le premier et plus pressant devoir est d’établir leur propre indépendance nationale. »

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6 commentaires pour Engels défend la branche irlandaise (féniane) de l’AIT

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Bravo Engels, bien vu. Pour autant ne nous dit pas que c’est pour faire plaisir aux irlandais car ils le meritent bien. Mais ne vient pas nous dire ensuite que ce n’est qu’une etape necessaire, que le vrai but de l’affaire c’est releguer cette etape dans les oubliettes de l’histoire, car le but c’est justement la fin de l’histoire

    • Monier Alain dit :

      Bonjour,
      Je tiens a ajouter un commentaire sur »Engels defend la Branche Irlandais ». Mon but n’est pas de contredire qui que ce soit sur la cause Irlandaise que je defends pleinement. Mon action est seulement de montrer que le langage du « Differend » comme le disait Lyotard est necessaire dans tous les cas, et Engels le demontre dans son intervention.

      Pour lyotard que je ne defends pas outre mesure, avait bien mis le doigt sur cette necessite. Prenons disait il un juge des Prud’homme patronal ,il ne pourra jamais comprendre un langage qui sorte du Droit « bourgeois ». Dans ce droit la plus valu n’est pas visible, discernable. Il argumente que le salarie touche bien une contrepartie de son travail. Le salarie n’est pas reconnu comme il se voudrait qu’il soit un Etre spolie. Son Different ne peut se dire, les des son pipes.

      Dans un cas ou la similitude de pensees n’aurait pas de raison a invoquer un different, Engels place son differend, son discours veut autre que celui de son interlocuteur ami. Pour ce faire il se base sur quoi ? Il tient compte du point de vue realiste que represente l’inevitable reaction Irlandaise sur le choix la nationale, vecu dans les tripes, dans les sentiments.

      On peut donc dire que Engels se refaire a cette realite bien etablie, qui est un differend a travers une pensee identique. A ce titre je crois que meme dans un repertoire ideologique differend on retrouve la meme trame d’un refus qu’il y aurait une « realite trancendentale ». Le langage est trompeur, il fait passer des erreurs a la fois interpretative, mais en meme des « passions » souterraines. Ainsi va le monde. La reponse est de toujours etre en eveil. Une tradition Polonaise affirme qu’en cas de desaccord entre e Peuple et l’Etat, il faut changer le peuple. Cette boutade bien entendue n’a valeur que d’ironie, resister voila e qui est assigne au Peuple et a la pensee..

      Il n’y a pas de questions primordiales qui seulent dissipent la venue d’autres. A cet effet Lyotard cite une phrase de Mars 1843 concernant le proletariat : » Il n’est pas de classe de la societe bourgeoise qui puisse jouer ce role ‘(emancipation)’ a moins de faire naitre en elle meme et dans la masse un element » d’enthouiasme », ou elle fraternise et se confonde avec la societe en general, s’identifie avec elle et soit ressentie et reconnue comme le representant general de cette societe ». A mon sens 1968 en fut un ou se rencontrere des interets contradictoires. J’ajouterai, ce que ne dit pas Lyotard , et que defend Engels
      que l’interet National prime, sans rajouter avec juste raison que « l’internationalisme » moi je dirai (l’Universel) pour elargir la vision soit une necessite incontournable, indepassable pour une Nation authentiquement Republicaine. Cordialement Alain Monier

  2. Liam dit :

    J.M. Blaut, The Colonizer’s Model of the World: Geographical Diffusionism and Eurocentric History
    Ouvrage complet disponoble sur
    http://analepsis.files.wordpress.com/2011/08/blaut-1993-colonizers_model1.pdf
    Si il y a interet dans ces articles
    http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/anti.2005.37.issue-5/issuetoc
    je peux y avoir acces

  3. Liam dit :

    http://www.columbia.edu/~lnp3/mydocs/blaut.htm
    ecrits de Blaut disponibles gratuitements

  4. Liam dit :

    Salut

    En lisant hier The Irish Times, dans les necrologies je suis tombe sur un chanteur dont je n’avais jamais entendu parler: Philip Chevron
    http://www.irishtimes.com/life-and-style/people/songwriter-who-radiated-insight-in-irish-rock-1.1557892
    C’etait un chanteur fort influence par Bertold Brecht et Kurt Weill. Sa chanson la plus celebre est intitulee « Song of the Faithfull Departed », qui utilise des textes de James Joyce et de Sean O Casey avec une musique inspiree de David Bowie et Iggy Pop

    tres interessant!

  5. merci Liam!
    en france Philip Chevron était connu surtout comme guitariste des POGUES, d’où la vidéo de la chanson « a pair of brown eyes » publiée il y a trois jours ici🙂

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