Le combat du peuple philippin contre la domination impérialiste et la répression

Discours prononcé à Conway Mill, à Belfast, le vendredi 14 juin 2013 dans le cadre du forum anti-impérialiste qui s’y est tenu pendant trois jours. Par Luis G. Jalandoni, responsable international du Front Démocratique National des Philippines.

Le Front Démocratique National des Philippines remercie Republican Sinn Féin de l’avoir invité à participer à son Forum Anti-Impérialiste irlandais de 2013 et à participer à des activités conjointes pour contrer le sommet du G8 qui se tient dans le Fermanagh, comté d’Irlande occupé par la Grande-Bretagne. Nous vous sommes reconnaissants de pouvoir faire connaître ici la situation aux Philippines, et en particulier de vous parler de la destruction sociale et environnementale que l’impérialisme nous inflige, et de la lutte révolutionnaire menée par le peuple philippin pour l’indépendance nationale et la démocratie véritable.

Nous voudrions aussi profiter de ce moment pour transmettre nos condoléances à la famille, aux camarades et aux amis de Ruairí Ó Brádaigh, ancien chef d’état major de l’IRA et ancien président de Republican Sinn Féin, qui a disparu le 5 juin. Il avait consacré sa vie au Mouvement Républicain irlandais, à la fois en tant que soldat et dirigeant politique, lui qui a été sa vie durant un parangon d’engagement, d’honneur et de loyauté à la cause de la liberté irlandaise. Les révolutionnaires philippins saluent l’héritage qu’il a passé aux générations suivantes de républicains qui continuent le combat pour l’indépendance nationale et la démocratie véritable.

L’impérialisme US aux Philippines

Il est tout à fait approprié de mener des activités publiques en même temps que le somment du G8 ici en Irlande. Cela donne aux peuples du monde l’occasion de cibler notre indignation collective sur la destruction et la pénurie engendrée par les Etats impérialistes les plus puissants du monde. La population des pays membres du G8 représente 14% de la population mondiale, alors que leur produit national brut représente 60% du PNB mondial. Les monopoles basés dans ces pays opèrent à l’échelle du monde, extorquent des sur-profits en pillant les ressources naturelles et en exploitant le travail salarié, et projettent leurs forces armées de répression contre les peuples qui se révoltent. Les Etats du G8 sont ceux qui font les plus grandes dépenses militaires et qui contrôlent presque toutes les armes nucléaires qui existent dans le monde. Ces Etats n’hésitent absolument pas à employer la force des armes contre d’autres pays qui défendent leur indépendance nationale, ou pour défendre leurs régimes fantoches en Asie, Afrique, Amérique Latine et au Moyen-Orient.

Les Philippines ont subi la domination impérialiste US depuis le tournant du 20è siècle. Ayant pris le dessus sur le colonialisme espagnol, les Etats-Unis ont lancé une guerre interventionniste en 1899 contre le peuple souverain des Philippines. La brutalité des agresseurs étrangers a coûté la vie a 20.000 combattants philippins et à un million et demi de civils. Depuis lors, les Etats-Unis maintiennent leur emprise sur les Philippines, les dominant depuis 1946, tout d’abord comme un maître colonial suprême, puis par l’entremise de gouvernement autochtones fantoches. Le pays est maintenu dans une arriération agricole, l’économie n’est pas industrielle, mais elle utilisée comme source de matières minérales et naturelles, de plantations, de marchandises semi-finies et de travailleurs bon marché.

Les Philippines sont utilisées, aujourd’hui comme hier, comme rampe de lancement pour les agressions armées en Asie Pacifique, dans l’Océan Indien et eu Moyen-Orient. Les Philippines sont un archipel en Asie du Sud-Est composé de plus de 7000 îles. Sa superficie est de 300.000 kilomètres carrés, à peu près comme la Nouvelle-Zélande et l’Italie, et sa population est d’environ 100 millions d’habitants. Le pays possède en abondance des ressources minérales, forestières, agricoles et marines.

Malgré ces richesses luxuriantes, la majorité de la population vit dans la pauvreté. L’impérialisme US et les classes dominantes locales, les propriétaires terriens et la grande bourgeoisie compradore maintiennent le pays dans une condition principalement féodale. La majorité de la population est composée de paysans, dont 70% sont des métayers, non propriétaires. Ils paient une rente féodale aux propriétaires terriens, qui revient souvent à 70% de la récolte. Il n’y a presque pas de machines dans l’agriculture, la plupart des paysans travaillent avec des buffles et des instruments traditionnels pour la culture et la moisson. Les paysans et les travailleurs agricoles subissent un asservissement de type féodal, ils sont victimes de l’usure, de très bas salaires et de prix de revient très bas pour leurs produits agricoles. Moins de 15% de la population travaille dans le secteur industriel en tant que salariés. Il s’agit pour l’essentiel d’industries liées à l’agriculture, à l’extraction des ressources naturelles, et à l’assemblage de produits électroniques, textiles, d’équipements de transport et de produits alimentaires. Pendant la dernière décennie, des compagnies étrangères ont installé des centres d’appel dans le pays, employant paraît-il 700.000 travailleurs, c’est-à-dire environ 2% de la force de travail actuelle.

Les travailleurs salariés des Philippines gagnent en moyenne 1,30 € de l’heure et 10,5 € par jour. Les besoins moyens par famille sont de €18,20 par jour pour survivre. Ceci signifie que le travailleur salarié gagne en moyenne la moitié de ce dont il a besoin pour survivre. Et de fait, 60% de la population vit dans la pauvreté, ne pouvant se procurer le nécessaire.

Les entreprises monopolistes continuent de pillier les ressources naturelles du pays. Ils engrangent des sur-profits de ces opérations d’extraction et ne payent pour ainsi dire rien au gouvernement en retour. D’un autre côté, ces développements engendrent des dommages irréparables à l’environnement naturel et l’épuisement des ressources qui seraient nécessaires à l’industrialisation du pays. Les classes dominantes locales, propriétaires terriens et grande bourgeoisie compradore, sont rapaces et répressives à l’extrême. Elles monopolisent les ressources économiques du pays, exploitent les travailleurs, se servent de leur positions dans l’Etat pour en extraire un profit économique et politique, et emploient la puissance toute entière de l’Etat contre les masses populaires qui exigent le changement social. D’autre part, ces classes dominantes sont serviles à l’extrême envers les compagnies monopolistes étrangères et l’impérialisme US. Ils livrent le patrimoine du pays et sa souveraineté à des profiteurs étrangers et légitiment la domination impérialiste US.

La révolution contre l’impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique

La majorité écrasante du peuple philippin subit le problème chronique de l’impérialisme, du féodalisme et du capitalisme bureaucratique. Dans ces conditions, le peuple n’a d’autre choix que de livrer une lutte révolutionnaire pour l’indépendance nationale et la démocratie véritable. Ceci implique le renversement par la force de l’Etat réactionnaire contrôlé par les Etats-Unis, la distribution gratuite des terres agricoles aux paysans pauvres et ouvriers agricoles, le développement socialiste de l’agriculture, l’industrialisation de la nation, et l’établissement d’une république démocratique et populaire dirigée par la classe ouvrière. A l’heure actuelle, la révolution démocratique nationale est dirigée par la Parti Communiste des Philippines. Depuis sa reconstitution en 1968, le Parti a formé et commande la New People’s Army (NPA), qui est son arme principale, destinée à démanteler la force armée de l’Etat réactionnaire. Employant la stratégie de la guerre populaire prolongée, les forces révolutionnaires se construisent dans les vastes zones rurales, battant les forces armées réactionnaires unité par unité, dans le but de s’emparer du pouvoir politique à l’échelle du pays.

En outre, la NPA est l’instrument principal qu’utilise le parti pour soulever, organiser et mobiliser la population rurale dans la révolution. Sont établies des organismes sectoriels à destination de la paysannerie, des femmes, des jeunes, et de la petite bourgeoisie rurale. Des projets et des campagnes pour la révolution agraire sont lancés, pour la baisse de la rente foncière par exemple, la fin de l’usure, l’amélioration de la production agricole, l’augmentation des salaires agricoles, des prix des produits à la vente, et l’amélioration des activités coopératives. Des organes locaux de pouvoir politique sont mis sur pied, en commençant au niveau du village, puis aux niveaux municipaux et provinciaux. Ces organes de pouvoir imposent la réforme agraire, organisent la production économique, l’éducation, l’auto-défense, l’arbitrage des conflits et des activités culturelles.

Les activités révolutionnaires dans les villes sont également importantes. Sont formées des organisations d’ouvriers, d’indigents, de femmes, de jeunes, d’étudiants et de personnes des classes moyennes [«urban professionals»]. Elles entreprennent des actions légales et non armées pour propager les exigences des masses pour la libération nationale et la libération sociale. Elles font en outre connaître les nouvelles du front de la lutte armée menée principalement dans les campagnes, mais qui inspire la population urbaine, qui peut la soutenir ou rejoindre ses rangs.

En ce moment, les forces révolutionnaires dirigées par le Parti Communiste des Philippines sont actives dans 70 provinces sur les 81 que compte le pays. La NPA opère sur plus de 110 fronts de guérilla, chaque front engageant une escouade ou une compagnie de combattants rouges. Le nombre des combattants rouges à temps plein munis de fusils d’assaut se rapproche de 10.000 unités. A ceux-ci s’ajoutent les milliers de volontaires des milices populaires, et les centaines de milliers de personnes qui participent aux unités d’auto-défense des organisations de masses dans les campagnes.

La base de masses de la révolution, ce sont des millions de personnes. Cela a pu se faire en construisant au niveau des villages eux-mêmes des organisations de masse, des organes de pouvoir politique, et des comités du Parti. Celui-ci compte plus de 100.000 membres et a comme but d’en organiser 250.000, dans les campagnes comme dans les villes. Pour sa part, la NPA vise à accroître ses effectifs et atteindre le nombre de 25.000 combattants et à passer à 180 fronts de guérilla. Les organes de pouvoir politique et les organisations de masses se renforcent et cherchent à étendre leur influence sur des millions de gens, par l’organisation directe et le travail de front.

Sous la direction du Parti, la NPA et les autres organisations alliées du Front Démocratique National des Philippines sont décidées à préparer l’avancée de la lutte révolutionnaire vers la victoire finale contre l’impérialisme US et ses alliés réactionnaires locaux. La victoire du peuple philippin saura contribuer à l’affaiblissement de la domination impérialiste US et aiguiser la contradiction qui prévaut au sein même des Etats impérialistes.
Nous adressons notre solidarité révolutionnaire au peuple d’Irlande dans sa lutte ininterrompue contre l’impérialisme britannique et pour la révolution socialiste. Nous attendons une plus grand unité entre nos peuples et un soutien mutuel dans notre lutte commune pour la libération nationale, la justice sociale, la démocratie véritable et le développement socialiste.

Victoire à la révolution nationale démocratique aux Philippines!
Victoire au mouvement républicain irlandais!
Vive Republican Sinn Féin!
Vive la solidarité internationale anti-impérialiste!

Source : ici

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2 commentaires pour Le combat du peuple philippin contre la domination impérialiste et la répression

  1. Monier Alain dit :

    Ce texte mis en evidence me fait penser une fois de plus a la question de L’ideal prégnant dans toute motivation qui va au dela de soi.
    A ce titre je citerai plusieurs exemples caracterisant es choix d’ideal.
    celui « de servir le Peuple » obedience communiste (Irlande du Nord, la fin d’une epoque) qui resume sa pensee en disant : « Quand on fait primer la question Nationale sur la question sociale … On se retrouve a se demander pourquoi on se bat. »

     » L’exemple Irlandais »( la Presse Anarchiste).
    Un etat Irlandais et une classe dirigeante Irlandaise – n’a rien en soi qui satisfasse l’anarchisme, du moins cette lutte vaut par elle meme notre admiration, par l’energie populaire qu’elle a nourrie, mais aussi par ce qu’elle a conquis La Terre, la Liberte. La terre a celui qui la travaile, la liberte d’etre sois meme avec ces caracteres nationaux. Asurement la petite propriete meme temperee de cooperatisme n’est pas un ideal suffisant et d’autres libertes sont necessaires. Cette Revolution comme beaucoup d’autres, a amene une nouvelle classe au pouvoir, mais un peuple a fait un pas de plus pour saisir en main ses destinees.3

     » Le Christianisme « est ne du fait que la Parousie n’a pas eu lieu, le Christ comme il l’avait promis n’est pas revenu. Face a ce desespoir, il fallait trouver autre chose pour soutenir les fideles. Paul avait deja prepare le terrain. La parousie n’ayant pas eu lieu, le Christ etait venu sauver l’humanite, il fallait attendre la resurection qui aurait lieu apres la mort, c’est a dire aux calendes grecs. Je vais citer ce que peut etre un chretien ,et j’irai chercher un homme monarchiste antisemite, anti republicain engage : Bernanos. Cet homme qui a tout fait pour soutenir Franco favorisant la guerre civile s’est rendu compte un jour que la cause qu’il defendait ete criminelle, que Franco etait un assassin, que le clerge soutenait ces massacres. Il savait pourtant que les « Republicains » tiraient sur les croix dans les eglises, ouvraient les tombeaux des soeurs des couvents pour en faire des mascarades. Non les Franquistes etaient des assassins, ils ne representaient aucunement l’espoir. Sans passer a gauche de l’echiqier politique, mais se mefiant de ses anciens camarades, il s’affirmait Chretien et ce fut son choix d’Ideal jusqu’a sa fin.

    Marx » a represente pour beaucoup celui dont le. but etait de changer le Monde. Beaucoup ont affirme qu’en fait il portait indirectement le message Chretien. A mon sens c’etait plutot le message Biblique, celui de l’attente du Messie, il y aurait une finalite sur terre. Je pense que en dehors de sa recherche theorique, la mission qu’il confiait au proleteriat etait de l’ordre messianique, ses antecedents hebraiques furent concluants dans sa demarche, et ce choix aussi

    Ces exemples tres cibles dans leur diversites expriment les attitudes a tenir devant un ideal, si pour ma part j’avais un choix a faire se serait celui de l’exemple Anarchiste, que l’on peut critiquer abondamment, mais qui me parait le moins aleatoire dans la mesure ou il tient compte de la realite Nationale tout en en critiquant non pas les bases, mais ce qu’elle est devenue par la cooperation evidente de la « bourgeoisie » avec le capitalisme. Ce qu’ils disent c’est qu’il y a encore du chemin a faire, mais sans le fonder sur une reglementation., meme si un projet existe. Cordialement Alain Monier

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