Liam O’Ruairc – Note de lecture de la biographie de Ruairi Ó Brádaigh

Ruairi Ó Brádaigh: the life and politics of an Irish revolutionary, par Robert W. White, Indiana 2006.

Le sociologue américain Robert W. White a finalement publié sa biographie de Ruairi Ó Brádaigh, qui était attendue depuis longtemps. Depuis les années 1950, Ó Brádaigh, né en 1932, a joué un rôle majeur dans le républicanisme irlandais. Il a rejoint Sinn Féin et l’IRA dans les années 1950 et devint une figure de proue de ces deux mouvements. Il a fait partie du Conseil de l’Armée de l’IRA pendant des décennies et a été président de Sinn Féin provisoire jusqu’en 1983. Aujourd’hui, on a l’habitude de le présenter comme le président d’un petit parti « dissident », Republican Sinn Féin, qui est censé avoir fait scission de Sinn Féin provisoire en 1986.

whoteobradaighMais Ó Brádaigh est un républicain traditionnel, qui n’est pas plus un « dissident » que Cathal Brugha n’était un « irrégulier » en 1922. Il affirme être le président, non d’un « groupe scissionniste », mais de ce même Sinn Féin qui a été fondé par Arthur Griffith puis abandonné par Griffith lui-même, puis par Eamon de Valera, Seán MacBride, Tomás Mac Giolla et Gerry Adams, qui ont tous violé les règles et la constitution du parti. Pour prendre l’exemple le plus récent : d’après la section 1b de la constitution de Sinn Féin en 1986, toute proposition soutenant la participation à Leinster House [le parlement de Dublin] était interdite.

Pour la direction autour de Gerry Adams pût mettre en avant cette proposition, il fallait changer la section 1b par un vote. Mais cela ne fut pas fait, chose qui violait les règles et la constitution existante. Par conséquent, Ruairi Ó Brádaigh explique qu’il n’a pas fait scission ni formé un nouveau parti, mais qu’il a gardé l’ancien parti intact (le mot « Republican » n’étant ajouté que pour souligner la ligne du parti). C’est Adams et les autres qui ont déserté Sinn Féin, pas lui. En 1969-70, tout comme en 1986, les constitutions de Sinn Féin et de l’IRA ont été violées, et par deux fois Ó Brádaigh a formé un comité exécutif qui sauvegardait la constitution existante de Sinn Féin. D’ailleurs, la plupart de ceux qui faisaient parti du premier Conseil de l’Armée provisoire et du premier comité exécutif du parti ont suivi Ó Brádaigh en 1986.

Pour Ó Brádaigh : “Pas de scission ni de groupe scissionniste – qu’il en soit longtemps ainsi, pourvu que nous adhérions aux principes élémentaires » (p.293). Mais lorsque des règles et des principes sont méprisés : « la minorité va expulser la majorité », comme il le dit (p.151).

Les pro-traités en 1922, Fianna Fáil en 1926 et Clann na Poblachta en 1946 ont eu la décence minimale de quitter le mouvement, de le laisser là, intact, et de former de nouveaux partis institutionnels, alors qu’en 1986, comme cela avait eu lieu en 1969-70, la direction autour d’Adams a tenté de transformer l’organisation en quelque chose qui répugnait à sa nature.

Ce qui prête davantage à controverse, c’est que Ó Brádaigh ne prétend pas seulement représenter le mouvement républicain authentique : son organisation revendique d’être le gouvernement légitime de l’Irlande, et que les parlements des 6 comtés et des 26 comtés sont des « assemblées illégales », des Etats illégitimes. Etre républicain irlandais ne signifie pas seulement être pour le retrait britannique ou pour l’unité irlandaise – cela définit au mieux un nationaliste irlandais. Etre un républicain traditionnel consiste à prêter allégeance à et ne reconnaître « aucune autre loi » que celle de la Irish Republic des 32 comtés proclamée en 1916, mandatée par un vote majoritaire lors des élections de 1918, établie par le First Dáil et le Second Dáil, renversée par la force des armes en 1922 et supprimée depuis lors par les Etats des 26 comtés et des 6 comtés. La république n’est pas une aspiration, mais une réalité.

En 1938, les membres restants du First Dáil et du Second Dáil cédèrent leur pouvoir au Conseil de l’Armée de l’IRA, faisant de celui-ci le gouvernement de jure de l’Irlande. Pour beaucoup de gens, une telle version de l’histoire est difficile à avaler. Cependant, cette tradition donne à la position de Ó Brádaigh une cohérence dont manque la plupart de ses critiques. « Pendant des années, l’IRA a tué des gens en défense de la République. C’était le gouvernement de jure de la république, et elle avait donc le droit légal de la défendre. Si elle n’était pas le gouvernement de jure, dans ce cas, au nom de qui tuait-elle ? A quel moment ces actes de guerre deviennent-ils des meurtres ? » (p.137)

Ceux qui, comme Martin Mansergh attaquent le « légitimisme » et le « légalisme » des positions de Ó Brádaigh, s’embourbent dans des contradictions et des incohérences. Si Leinster House n’est pas une « assemblée illégale », à quel moment est-elle devenue légitime ? Les détracteurs de Ó Brádaigh ont du mal à répondre à cette question. De Valera, le fondateur du parti de Mansergh, a mené une guerre contre Leinster House, et n’a rejoint cette assemblée que dans l’intention de la renverser. Si Leinster House est légitime parce qu’une majorité l’accepte, alors pourquoi n’en irait-il pas de même pour Stormont ? Et pourquoi dans ces conditions ne pas avoir accepté le traité au commencement ? Et si un référendum exprimant la voix de toute l’Irlande en tant qu’unité est à considérer comme un acte de « majoritarisme coercitif », pourquoi Mansergh et compagnie ne rejettent-ils pas les élections de 1918 ? Quand les faits historiques cessent-ils d’être des faits ? Si les incohérences de Mansergh et compagnie sont l’alternative, alors la théorie de la « trahison du Dáil vivant » de Ó Brádaigh semble hautement raisonnable et loin d’être ridicule.

Un des principes politiques fondamentaux de Ó Brádaigh’s est la non-reconnaissance des parlements partitionnistes de Leinster House, de Stormont et de Westminster, et l’abstention face à ces institutions. Le champ de tension principal au sein du mouvement républicain depuis 1921 a été de savoir si la « république » pouvait être réalisée au moyen d’une politique parlementaire. C’est cette question qui a engendré les scissions de 1922, 1926, 1946, 1969-70 et 1986. Ó Brádaigh s’est placé constamment, fermement, du côté de ceux qui pensent que l’implication dans la politique institutionnelle fait dévier le mouvement républicain irlandais « vers le réformisme, pas vers la révolution » (p. 337). Ó Brádaigh explique qu’on ne peut pas conduire un même cheval dans deux direction opposées. La politique révolutionnaire et le constitutionnalisme [‘constitutionalism’] sont incompatibles.

Toutefois, la façon dont White traite la question de l’abstentionnisme est quelque peu théorique. La position fondamentale de Ó Brádaigh est la suivante : « comment pouvons-nous prétendre être une organisation révolutionnaire sur nous faisons partie des institutions de l’Etat que nous combattons ? » (p. 298). Si cela était le cas, cela engendrerait de profondes incohérences. Par exemple, lorsque Official Sinn Féin s’enregistra en tant que parti politique dans les 26 comtés en avril 1971, Ó Brádaigh dit : « Il est risible de voir le groupe de Mac Giolla, qui est censé être opposé à la machinerie de cet Etat et vouloir le mettre en pièces, se servir de cette même machinerie pour s’y enregistrer en tant que parti » (p. 166)

Il y a une contradiction fondamentale entre, d’une part, le fait d’accepter la légitimité d’un Etat, de ses lois et de ses institutions, son système constitutionnel et ses règles parlementaires, et d’accepter d’agir dans leur cadre, et d’autre part la politique insurrectionnelle armée consacrée à leur destruction. On ne peut pas reconnaître que l’Etat possède le monopole de la violence légitime tout en ayant des liens avec une armée illégale qui refuse de reconnaître la légitimité de deux Etats et est disposée à tuer ses agents. Ceci fracture la loyauté, et engendre des tensions et des incohérences, en particulier en ce qui concerne le rapport aux forces armées de l’Etat, ce qui a été illustré par l’exemple du meurtre en 1996 du Garda [policier du Free State] McCabe. Il est inévitable de choisir une de ces options à l’exclusion de l’autre.

En 1986, alors qu’ils abandonnaient l’abstentionnisme, les Provisoires firent cette promesse : « Si se présente le cas non souhaité d’un affrontement entre eux [les Gardai] et l’IRA, notre position à Leinster House sera la même que celle que nous avons toujours eue » (An Phoblacht/Republican News du 6 novembre 1986). En même temps, l’armée provisoire déclarait : « L’IRA n’est pas une menace pour les 26 comtés » (An Phoblacht/Republican News du 3 décembre 1987). Et lors d’une interview télévisée en 2002, Adams expliquait que l’armée irlandaise et les gardai étaient les seules forces armées légitimes : « Nous sommes très très clairs sur la question de la reconnaissance et de l’acceptation de la Garda Siochána en tant que seul service de police légitime dans l’Etat et au sujet de la légitimité des forces de défense » (RTE This Week, 24 février 2002).

Pour ce qui est de l’argument selon lequel il est possible d’aller dans l’Etat pour le subvertir de l’intérieur, l’expérience historique montre que c’est le système qui transforme les révolutionnaires, non l’inverse. Michael Collins, Eamon de Valera, Sean Mac Bride, Cathal Goulding ou Gerry Adams peuvent ne pas avoir été des individus insincères ou corrompus, mais ils sont tous entrés dans les rangs du système qu’ils combattaient à l’origine. De façon plus lourde, des anciens révolutionnaires, une fois insérés dans la machine d’Etat, n’hésiteront pas à se retourner contre ceux de leurs anciens camarades qui mettent en question leurs choix. Les vagues d’exécutions menées par les forces pro-traité, la volonté de Fianna Fáil d’interner les membres de l’IRA, de les exécuter et de les laisser mourir en grève de la faim, le soutien de Official Sinn Féin/Workers Party aux extraditions et au système des repentis, les intimidations menées par les Provos et les meutres occasionnels d’opposants confirment cette vérité.

Le livre montre que Ruairi Ó Brádaigh est un républicain traditionnaliste, ce qui ne veut pas dire qu’il est un militariste extrémiste, hostile à la paix et incapable de pragmatisme ou de compromis. Conor Cruise O’Brien [ministre du gouvernement de Dublin et grand adversaire du républicanisme] a lui-même reconnu que Ó Brádaigh semblait davantage préoccupé par la prévention des violences que par leur déclenchement » (p.160). Il n’est pas contre les cessez-le-feu, puisqu’il a mis un terme à la campagne de 1956-62, par exemple. Ó Brádaigh a été impliqué dans les négociations de paix depuis le début des années 1970 : la « paix » n’est pas une innovation de la direction autour d’Adams. A de nombreuses reprises, il s’est montré disposé à proposer des compromis honorables aux unionistes. Loin de vouloir expulser un million de protestants sous la menace des bombes afin de créer une « Irlande unie », il a dit dès 1972 aux unionistes : « Répétons-le une fois encore : nous ne voulons pas submerger les unionistes du Nord-Est dans un Etat pan-irlandais. Nous ne vous demanderons jamais de rejoindre un Etat des 26 comtés, nous cherchons nous-mêmes à échapper à cela ! » (p. 194)

Selon l’analyse de Ó Brádaigh, un Etat unitaire et une domination de Dublin font partie du problème, pas de la solution. Car l’Irlande souffre d’un triple problème de minorités : les minorités irlandophones de l’Ouest, les nationalistes dans le Nord, et les unionistes dans l’ensemble de l’Irlande. Ó Brádaigh a promu activement la proposition d’une solution fédéraliste à ce triple problème des minorités, afin que soient garantis les droits des minorités et résorbées les disparités régionales. Ó Brádaigh tient en haute estime le système fédéral suisse en raison de sa capacité de sauvegarder les droits des groupes nationaux et linguistiques. Le livre de White nous rappelle que des sections de l’unionisme et du loyalisme ont pris en sérieuse considérations ces propositions fédéralistes dans les années 1970. Si l’Etat britannique devait se retirer, mais que la domination de Dublin est inacceptable et qu’une indépendance de l’Irlande du Nord est non viable, alors une Irlande fédérale avec une nouvelle capitale à Athlone fournirait la base d’un compromis acceptable.

La proposition politique fédéraliste fut ensuite fustigée par la direction groupée autour de Gerry Adams comme « un cadeau destiné à amadouer les loyalistes ». Ils voulaient un Etat unitaire dominé par les nationalistes (p. 284). La solution démocratique proposée par Ó Brádaigh a un air rafraîchissant aujourd’hui, étant donné la prégnance de l’idéologie « quantitativiste » chez tous ces gens qui pensent qu’une Irlande unie arrivera au moyen d’une submersion démographique des protestants dans le Nord.

Le livre de White remet en question un certain nombre de préjugés assez répandus. Il réfute le mythe selon lequel le mouvement était dirigé par une direction « sudiste » qui ne comprenait rien aux réalités du Nord. Pendant la majeure partie des années 1970, la direction était nationale, ayant en son sein des représentants des deux côtés de la frontière. Il y avait des gens comme Billy McKee, Leo Martin, Seamus Twomey et Joe Cahill, tous belfastois. Des représentants du Sud comme Sean Mac Stiofain et Dáithí Ó Conaill essayaient de rendre visite aux unités du Nord le plus souvent possible (pp. 203-205). Il est donc inapproprié de dire que c’est une direction « sudiste » qui a négocié la trêve de 1975, étant donné que sept représentants sur huit de la « direction politique et militaire du mouvement républicain » présents aux négociations, venaient du Nord (pp. 222 et 254-55).

La biographie remet en cause l’idée que cette trêve aurait été « désastreuse ». En effet, les Britanniques parlaient de « structures de désengagement » d’Irlande (p. 235). « A partir de janvier 1975, les Britanniques envoyèrent des signaux montrant qu’ils envisageaient de se retirer – que ces signaux aient été fortuits ou délibérés, ils étaient réels » (p. 246). En outre, Ó Brádaigh ne se rappelle pas que quiconque dans le mouvement ait critiqué la gestion de la trêve ou une quelconque domination exercée par des gens du Sud. Ce n’est qu’à partir de 1986 que l’histoire a commencé d’être ré-écrite et que la trêve de 1975 a été officiellement qualifiée de « désastreuse » (p. 307).

White met en question l’idée que la politique ait été absente de la période précédant l’accession de Gerry Adams au poste de commandement, et que le mouvement aurait suivi une ligne uniquement militaire dans les années 1970. En réalité, sous Ó Brádaigh, le mouvement républicain avait toujours été plus qu’un mouvement « Brits out » [‘les Britanniques dehors’]. Par exemple, un certain nombre de commentateurs attachent beaucoup d’importance au discours de Jimmy Drumm prononcé à Bodenstown en 1977 (discours écrit par Adams et Morrison), qui signalait la « politisation » du mouvement républicain. Drumm déclarait qu’une « guerre de libération réussie ne pouvait pas être menée exclusivement aux frais des opprimés des Six Comtés » et que « l’isolement » des républicains autour de la question de la « lutte armée » était dangereuse. Il disait que le mouvement devait développer « des liaisons positives avec la masse du peuple irlandaise » et que pour ce faire il fallait prendre position « sur les questions économiques et les luttes quotidiennes du peuple ».

Présenter cela comme un « nouveau départ » est profondément trompeur. En 1972, Ó Brádaigh appelait les républicains à s’activer sur le front économique et social « de façon à ce que les travailleurs irlandais fassent l’expérience directe de notre préoccupation pour leurs intérêts », et il avertissait du danger que Sinn Féin ne se réduise à un « groupe de soutien pour la lutte dans le Nord » (pp. 258-59). De même, les idées développées par Gerry Adams, dans sa colonne d’An Phoblacht/Republican News sous le nom de plume de Brownie, étaient loin d’être nouvelles. Ó Brádaigh avait exprimé des idées similaires en 1970 (pp. 257-58). Comme le dit White pour conclure : « Dans les années 1970, Ó Brádaigh avait tenté de faire vivre la politique alors que presque tous les autres, semble-t-il, se focalisaient sur l’activité de l’IRA » (p. 274).

Sous Ó Brádaigh, la politique existait déjà dans le mouvement républicain : il cherchait à combiner la lutte armée et la politique révolutionnaire, bien avant qu’on ne parle de la « stratégie du fusil et du bulletin de vote » [‘Armalite and ballot box strategy’]. Ce que Gerry Adams a apporté, ce n’est pas la politique, mais la politique institutionnelle. Il en va de même pour la question des élections. Les tactiques électorales n’étaient en rien nouvelles et les élections avaient déjà été utilisées pour faire avancer la lutte pendant des décennies. Ó Brádaigh lui-même avait été élu en tant que député abstentionniste dans les années 1950. Ce que Gerry Adams a apporté, c’est l’électoralisme, c’est-à-dire l’utilisation de la lutte pour faire avancer les gains électoraux.

Le livre démolit la représentation selon laquelle Ó Brádaigh serait conservateur et droitier. Il a intégralement accepté la politisation à gauche du mouvement républicain entreprise par Cathal Goulding et d’autres dans les années 1960, puis par Adams et d’autres à la fin des années 1970, pour autant qu’elle ne mette pas en danger l’abstentionnisme. Il se considère lui-même comme un socialiste, mais affirme que le socialisme ne peut pas être atteint dans le cadre des institutions parlementaires qui maintiennent le système capitaliste. Cathal Goulding lui-même avait remarqué que parmi les fondateurs des Provisoires, il se trouvait nombre « de bons révolutionnaires et de bons socialistes » qui n’étaient pa d’accord avec la participation au parlement (p. 370), et Gerry Adams avait dit de Ó Brádaigh qu’il était « tout à fait libéral [‘liberal’ voulant dire ‘de gauche’] dans sa vision politique des choses sociales et économiques ».

Une des insuffisances du livre de White est qu’il ne tente pas de jauger le poids politique de Ó Brádaigh et de la tradition dont il vient, ni ne se préoccupe de savoir si celle-ci a un avenir ou pas. Republican Sinn Féin est une organisation marginale qui existe dans les limbes de la politique irlandaise. En 2004, l’organisation n’a pu faire élire aucun conseiller municipal, et l’année dernière, elle a perdu son seul élu (non officiel) dans le Nord. Mais l’organisation de Ó Brádaigh est davantage soucieuse de défendre les principes et d’arborer une tradition historique que de la question des votes. Les votes vont et viennent, mais maintenir la continuité de la tradition, telle est la préoccupation essentielle de Ó Brádaigh.

Les autres partis qui ont abandonné les hauteurs de la République pour accepter en pratique les institutions partitionnistes ne consistent qu’en des politiciens en quête de voix. Pour ces partis, il s’agit de choisir entre le compromis et la disparition, entre les principes et le pouvoir. Dans ces conditions, quelle est la pertinence de la ligne politique de Ó Brádaigh? « Ce n’est pas qu’il se réjouit d’être un révolutionnaire ou qu’il pense que le chemin armé et non-institutionnel vers la république est plus facile. Il s’agit d’un choix à faire entre l’échec garanti et la perspective qu’à un certain moment, une situation révolutionnaire, du genre de celle qui a existé dans les années 1920, permette une transformation du pouvoir politique en Irlande » (p. 342). C’est dans une telle situation que Ó Brádaigh pense que son organisation deviendra politiquement pertinente.

Toutefois, les réformes entreprises par De Valera ont donné aux 26 comtés un statut qui a réconcilié la vaste majorité des citoyens avec cet Etat, et de son côté, l’accord de Belfast a satisfait la plupart des doléances matérielles qui formaient le soubassement de la campagne des Provisoires, ce qui a eu comme résultat d’incorporer de plus en plus, socialement et politiquement, la classe ouvrière catholique dans les 6 comtés. Sur cette base, il n’est pas certain qu’il y ait un véritable espace politique pour une situation révolutionnaire ou pour une politique à la Ó Brádaigh. Mais cela ne l’arrêtera pas : « La poche de fervents et d’irréductibles doit être d’autant plus résolue qu’elle est moins nombreuse » (Terence MacSwiney). Ó Brádaigh gardera vivante la flamme aussi longtemps que nécessaire.

Source : ici

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4 commentaires pour Liam O’Ruairc – Note de lecture de la biographie de Ruairi Ó Brádaigh

  1. peadar dit :

    Ruairi O Bradaigh en conférence à Toronto en 1983 (à l’époque président de sinn féin provisoire)

  2. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    tres emouvant, le film montre bien la place qu’il representait dans le coeur de nombreux Irlandais. Je ne peux faute d’information porter un jugement sur le texte de cette biographie. Toutefois ce qui m’apparait le mieux exprimer le combat de cet homme, c’est la constance de sa pensee, qui se resume en fidelite a la transmission de ceux qui se sont battus pour une Irlande Unis mais pas a n’importe quel prix. Cette Irlande ne pouvant accepter les compromis qui on entraine les renoncements et les compromissions actuels. Il entrevoyait une autre alternative que celle de se livrer pieds et poings lies a la mondialisation en cours, et a ce titre cela demanderait l’exigence d’idees nouvelles tout en conservant l’esperance ancienne. On ne dissout par la pensee de ce qui fut le ciment des combattants Irlandais pendant plusieurs siecles. Ce qui m’echappe aujourd’hui c’est la tactique employee. La vision ne me parait pas suffisamment claire. Le manque de toutes considerations sur l’ Europe au profit d’un Internationaliste plus sentimental que credible, me semble tres restrictif et mal adapte .a notre temps, meme si la solidarite est toujours essentielle.
    Ce combattant des « valeurs » a perpetue, en fut un des plus fideles porte drapeau. un des plus digne representant. Il est grave dans le coeur de ceux qui poursuivront la defense de ces valeurs. Son nom restera grave sur les pierres de l’Irlande, le vent, la pluie ne pourront l’effacer, alors d’autant moins la main des vandales. Paix a cet homme de bonne volonte et de fidelite.
    Merci Monsieur , votre vie ne fut pas vaine et elle forgera de nouvelles volontes, de nouvelles fidelites pour le Devenir de L’Irlande et son rayonnement au dela bien entendu de l’etroitesse des frontieres. Profond respect Monsieur O’B. cordialement Alain Monier

  3. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    J’ai remarque que O’R avait ete photographie dans une piece ou se trouvait un portrait de Teobald Wolf TONE, et j’ai pense qu’il n’y avait pas mieux apparie que ces deux « figures » du combat Irlandais. Je ne sais s le photographe avait calcule son coup; mais il venait de creer une symbolique incontestable. Ce combattant du XVIII, sans savoir pour moi ce qu’il representait aux yeux des Irlandais avait eu mon choix subjectif, peut etre aussi parce qu’il avait pris l’uniforme Francais, mais aussi parce qu’en lui meme il representait la quintessence des valeurs Irlandaises . En fait ces deux hommes ont a quelques siecles d’intervalles la meme vision de la scene Irlandaise, c’est du copie cole pour dire moins elegamment. A cet effet on peut le constater le temps ne peut rien contre » l’affaire », Ses valeurs sont indestructibles. Cordialement Alain Monier

  4. Ultra-Gauche avec Sac en Plastique dit :

    (texte interessant du veteran trotskyste et Saor Eire DR Lysaght)

    Obituary: Ruairi O’Bradiagh, 1932-2013
    15 June 2013

    The mobilisation of the state forces at the funeral of Ruairi O’Bradaigh, the intimidation of mourners by Garda in riot gear indicates that, no matter what is said about the triumph of the Northern peace process in public, privately the Irish bourgeoisie have not lost their fear of “subversives” and of the potential danger posed by the remnants of republicanism. At the same time the life of Ruairi O’Bradaigh, in which republicanism remerged from obscurity to engage in a struggle more intense than the war of independence and then go on to political collapse, shows the incapacity of the physical force tradition to achieve the goal of liberation to which so many dedicated their lives. Below D.R.O’Connor Lysaght reflects on O’Bradaigh’s life.

    The chief quality possessed by the late Ruairi O’Bradaigh was dedication. His tragedy was that his dedication was inadequate to repair the inadequacies of its object.

    His background was traditional Republican, committed to the unity of Ireland as the independent republic « virtually established » to be given material form through armed struggle. As a programme of action these were almost sufficient for him.

    He showed this in his opposition to the social interventionist policies pursued by Sinn Fein from 1962 after the ceasefire to the 1950s border campaign (Operation Harvest). He was partially correct in that the inspiration for them was that of the Popular Front rather than of any revolution. He was accurate, too, that the strategy involved was based on a minimalist programme and that its most successful campaign, that for northern civil rights in Northern Ireland, was essentially partitionist and provided little resonance outside the six counties. Above all, because of these facts, the whole trajectory of the new course was towards a reformist strategy like those followed previously by Clann na Poblachta (which O’Bradaigh remembered) and by Fianna Fail (before his time). What he neglected was the fact that the strategy was a confused attempt to mobilise components of a mass movement without which any armed struggle is doomed to failure. Nor was he accurate in describing it as « socialist », his word for Marxist, when it owed more to Stalin and Dimitrov than to Marx, Engels, Lenin and Trotsky. Above all, he could oppose to the new perspective only calls for traditional republican practices at a time when the relative prosperity of Lemass’ open economy initiative was narrowing, even, the catchment area possessed by Operation Harvest.

    He remained a leader of the movement, however, with influence as having been an unusually young IRA Chief of Staff. He and his allies rallied behind a unifying compromise programme. This was Eire Nua, a utopian set of demands which contained his particular contribution to republican political thought: provision for an Ireland as a federation of its four traditional provinces to reassure the Ulster Unionists that home rule would not be Rome rule and that they would be able to indulge in the Protestant practices of divorce, contraception and, perhaps even abortion, whilst the Catholicism of the rest of Ireland remained undisturbed. Eire Nua’s rejection by O’Bradaigh’s comrades was a major factor in the 1970 split, if not as central as the question of maintaining Abstention from Oireachtas and Parliaments.

    O’Bradaigh became President of Provisional Sinn Fein, with Eire Nua as its programme. Significantly, the one part of it on which the party tried consistently to mobilise public opinion in the early 1970s was Federalism. Outside the Provos the cause inspired little enthusiasm. In any case, after 1974, the expected year of victory which proved to be a year of fiasco, the needs of the armed struggle increasingly handicapped any republican political action. Federalism was junked in 1979 in advance of Sinn Fein’s takeover by the northerners headed by Gerry Adams, who replaced O’Bradaigh as the party’s President in 1983.

    The new leadership presented its strategy as one of « the armalite and the ballot box ». Then, finding there was no support at the ballot box for principled abstentionism, it abandoned it, as the then united republican movement had done fifteen years before. Once again O’Bradaigh headed a split.

    It is doubtful whether he expected his new Republican Sinn Fein, with its support for the armed struggle of the Continuity IRA, to benefit from the recession that was afflicting Ireland in the mid-eighties. More likely, he would have rejected such an approach as being « socialist », or Marxist, though many who denounce that method tend to turn to a crude form of economic determinism. Probably he relied on the inherent republicanism of the Irish to give his movement the same support that the Provos had won in the seventies.

    Whatever the cause of his optimism, it was misplaced. Recession was followed by recovery helped by a frenetic wooing of finance capital. In any case, the majority of Irish nationalists were war weary. Adams and his military allies took advantage of this, accepting John Hume’s assurance that Britain could act as an honest broker in Northern Ireland and jettisoned the armed struggle in favour of a power-sharing agreement about which even John Redmond would have had doubts. Ruairi O’Bradaigh remained increasingly isolated, his movement unable to benefit even from the combination of new slump and the increasingly obvious weaknesses of the ’98 agreement. He retired as Republican Sinn Fein President in 2009. At one of the last meetings of his life, he addressed an audience of seven or eight, pleading with it not to let his tradition die.

    His hopes may be realised. In the forties, it was claimed that the IRA had been killed, yet it revived in the next decade. The recuperative powers of traditional republicanism should not be under-estimated, A collapse of the « peace process », continuing economic crisis and the failure of socialists to benefit from either may yet leave a gap which physical force abstentionism could look like filling. It can be said only that it will take such external conditions to revive it and, however much it may revive, it will not unite Ireland.

    Ruairi O’Bradaigh’s heart was in the proper place. May he rest in peace. If only one could trust the same likelihood for his political strategy.

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