Présence de Frantz Fanon au Japon

Allocution de Takeshi Ebisaka lors du Mémorial Frantz Fanon, à Fort-de-France, en 1982.

Le nom de Fanon a été découvert au Japon en 1962, par l’intermédiaire de Jean-Paul Sartre : sa préface aux Damnés de la terre a été immédiatement traduite en japonais. Pourquoi sa préface? Parce que pour la gauche japonaise, et surtout pour la jeunesse de gauche japonaise, Sartre représentait à l’époque une conscience morale de l’Europe. Ainsi, chaque article de lui publié en France était traduit en japonais, et il suscitait toujours un grand écho. Par exemple, L’Express, L’Observateur, Les Temps Modernes nous ont fait découvrir la réalité de la guerre d’Algérie et l’activité menée par quelques intellectuels français pour la cause algérienne, comme le réseau Jeanson ou le Manifeste des 121. Il faut dire aussi que, dans une certaine mesure, la lutte d’indépendance des Algériens et le mouvement contre la guerre d’Algérie en France ont exercé une influence considérable sur le mouvement des étudiants japonais – connu sous le nom de Zengakuren – dans sa combativité, au moment où la gauche mobilisait sa force contre le pacte militaire nippo-américain en 1960.

Et pourtant, la pensée de Fanon restait inconnue, malgré cette présentation-préface si éloquente. C’est seulement à partir de 1966 qu’on a commencé à tourner les yeux vers Frantz Fanon lui-même. Depuis cette année, ses quatre livres – le dernier, Pour la révolution africaine, venant d’être publié – ont été successivement traduits (personnellement, je suis traducteur de Peau noire, masques blancs). C’était un événement, et ces livres ont été passionnément commentés et discutés. Vous me demanderez pourquoi : voici mes explications.

fanon82D’abord, il y a une raison objective : il faudrait situer cet intérêt que portaient les Japonais à Fanon dans le contexte social et politique de la dernière moitié des années 60. Au cours de ces années, un courant explosif a traversé le Japon comme le monde entier. On n’a qu’à se rappeler les mouvements d’étudiants aux Etats-Unis, en Allemagne de l’Ouest, la révolution culturelle en Chine, Mai 68 en France, le « printemps de Prague », à quoi il faudrait ajouter la longue lutte d’indépendance des Vietnamiens et, bien sûr, le combat difficile mené par « Ché » Guevara en Amérique latine. Avec ces événements et ces luttes qui se déployaient partout, Fanon qui était déjà mort, a été ressuscité comme un des penseurs qui incarnaient ce courant révolutionnaire, le courant de subversion totale. L’époque était, si vous voulez, sensible à la parole fanonienne, d’autant plus qu’au Japon, la lutte contre la guerre du Vietnam, surtout contre les bases militaires des Américains, avait été menée par les étudiants de l’extrême-gauche d’une façon violente. En somme, c’était à la fois une époque où le Tiers Monde était présent à tous les horizons, et une époque où la nouvelle force innovatrice s’est affirmée au Japon comme en Occident.

Il est vrai qu’il y a un certain effacement de Fanon au cours des années 70, non seulement au Japon mais dans le monde entier, si je ne me trompe. Cela correspond, au Japon, à l’affaiblissement de la force de changement et à la récupération sociale des partis de gauche. Le Japon se contente, à droite comme à gauche, de son succès économique avec une exploitation de type néo-colonialiste dans les pays asiatiques. Devant ce phénomène, il n’est pas étonnant que Fanon s’efface : on lit moins Fanon, on discute moins de ses idées. Mais est-ce que cela signifie que Fanon ait perdu de son poids? Je ne le pense pas, parce que chez lui, il y a des valeurs essentielles, disons intrinsèques, qui ne se réduisent pas à la mode politique ou philosophique d’une époque ou d’une situation. Ce sont en somme des valeurs fondamentales, qui nous ont attirés, qui nous ont convaincus sans que nous en prenions conscience nettement, et qui restent toujours vivantes, à mon avis, pour les lecteurs d’aujourd’hui. Il faut préciser quelles sont ces valeurs. De prime abord, j’en vois quatre.

1. il y a chez Fanon une lucidité extraordinaire, qui est capable de remettre tout en question, en particulier nos conditions d’existence. C’est une lucidité qui se porte sur nos blessures, sur nos complexes, non pas pour les contempler, mais pour les surmonter. Pour Fanon, comprendre c’est changer. Le diagnostic, c’est la guérison. En même temps, c’est une exigence morale car pour lui, une pensée authentique, une vie authentique ne doivent, ne peuvent s’affirmer que sur cette remise en question de soi-même. N’a-t-il pas dit : « Mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge? » Oui, il y a une déchirure entre son corps et son Moi, entre son corps, qui est noir aux yeux des autres, et son Moi, qui n’est pas noir à ses yeux, et tous nous avons plus ou moins cette sorte de déchirure entre ce que nous sommes pour les autres et ce que nous sommes pour nous-mêmes. Cette belle prière qui est à la fois un vœu et un engagement, montre que c’est la conscience lucide de cette déchirure qui permettra de réaliser l’unité profonde de « l’homme qui interroge ».

2. Cette lucidité ne demeure pas fermée : elle est ouverte vers les autres. Pour Fanon, se comprendre, c’est comprendre les autres. L’effort en vue de se changer est un appel aux autres pour qu’ils changent. La réflexion rejoint ainsi l’action. Peut-être parce qu’il était psychiatre, ou plutôt c’est ce mouvement vers les autres qui lui a fait choisir la psychiatrie. On dit que quelqu’un a poussé Fanon, au début, à être dentiste; Moi, je ne peux absolument pas imaginer Fanon dentiste. Je dis cela non pas par mépris du métier de dentiste, mais pour dire que chez Fanon il y a quelque chose, un mouvement qui l’aurait empêché de choisir ce métier. Ce qui compte chez lui, c’est être actif, et rendre actifs les autres.

Ce mouvement de soi vers les autres, il l’a achevé en s’engageant pour la cause des Algériens. Mais cette décision, cet acte courageux, n’est pas un saut; ce n’est pas une décision prise, comme certains le disent, pour mettre fin à son problème personnel. NON. Entre 1955 et 1959, il a publié six ou sept études médicales avec le concours de Blida et à l’hôpital de Tunis; il n’a pas abandonné, après s’être engagé aux côtés du FLN, son métier de psychiatre. Dans ces études, on voit donc ces merveilleux efforts de Fanon pour approcher les musulmans, pour comprendre leur situation culturelle et sociale, ce qui l’amène à fonder une social-thérapie adaptée aux musulmans. Ainsi, on constate qu’il y a eu un mouvement continuel, je dira ascensionnel vers les autres, dont son engagement politique n’était qu’une conséquence logique.

3. De plus, il y a chez Fanon une analyse profonde du mécanisme de la violence, de la violence qui n’est pas simplement un exercice physique de pouvoir sur les autres, mais de la violence qui ne fait qu’un avec notre existence elle-même. Fanon éclaire mieux que personne cette violence qui s’enracine en nous, à travers des oppressions morales ou physiques, familiales ou institutionnelles, colonialistes ou capitalistes. Il est vrai que son analyse porte uniquement sur la violence/contre-violence dans une société coloniale, mais elle reste valable pour d’autres sociétés, comme celle du Japon, d’autant plus que celle-ci est d’une part une société discriminatoire, et d’autre part, une société de concurrence.

a) Discriminatoire, parce qu’existent au moins trois sortes de discrimination. La première, raciale, porte sur les Coréens, qui ont été amenés de force au Japon comme ouvriers et qui sont obligés de vivre au Japon, à la suite de la conquête colonialiste japonaise au début de ce siècle; la deuxième, sociale et économique, porte sur la groupe Hisabetsu-Buraku, dont l’origine n’est pas du tout différente de celle des Japonais « ordinaires », mais qui ont été longtemps considérés comme des êtres inférieurs; la troisième, sociale et culturelle, porte sur le peuple Aïnu, anciens habitants de la région de Hokkaido, dont l’origine reste problématique. Je n’entre pas dans les détails, mais vous comprendrez facilement que ces discriminations sont vécues chez les victimes comme des violences presque coloniales.

b) D’autre part, la société japonaise est, par excellence, une société de concurrence. Pour arriver, pour percer, il faut courir, courir durant toute la vie, depuis l’enfance, sinon vous êtes un raté. Ainsi, les parents, les professeurs, poussent leurs enfants, leurs élèves, à aller au cours privé chaque jour après les classes, et cela dure pendant des années. Dans ces conditions, on peut parler de violences quotidiennement vécues par les enfants et les adolescents, à travers des contraintes familiales et institutionnelles. En fait, on compte, depuis dix ans, de nombreuses attaques violentes des enfants et élèves contre leurs parents et leurs professeurs, ces contraintes entraînant même plusieurs parricides. On peut voir là des révoltes mal orientées, dans une société de concurrence où parents et professeurs concourent à dresser les enfants, à domestiquer les élèves, avec tous les moyens, et où les enfants inférieurs, les « ratés », n’auront pas de place.

4. Fanon montre que partout, la libération de l’homme doit être totale, depuis le contrôle des muscles jusqu’à l’exercice du langage, depuis le mouvement du corps jusqu’à la satisfaction du désir. Ce ne sont pas seulement des systèmes politiques ou économiques qu’il faut changer, mais ici et maintenant le rapport de notre corps à la conscience, le rapport de l’homme aux instruments, aux outils, le rapport mutuel d’homme à homme, d’homme à femme. Comme vous le savez, à la fin des Damnés de la terre, Fanon a lancé, comme citoyen futur du Tiers Monde, l’idée de l’homme total, dont il n’a pas eu le temps de ciseler les traits; l’homme total reste donc une image, mais on peut en faire l’esquisse, je crois, à partir de ses écrits. C’est ainsi qu’on peut formuler ce qui suit :

1 – l’homme total est un homme qui ne distingue pas le muscle du cerveau, et qui essaie de les unir dans son travail;
2 – l’homme total est un homme qui participe, consciencieusement et avec le concours des autres, à tout le processus d’une entreprise, depuis sa conception jusqu’à sa réalisation, et qui, par conséquent, se rend parfaitement compte du sens de cette entreprise;
3 – l’homme total est un homme qui travaille selon le rythme de son propre corps et de son propre cerveau, non par rapport à l’efficience ou à la productivité imposée par le système existant, aliénant;
4 – l’homme total est un homme qui refuse la domination et l’exploitation d’autres hommes, d’autres peuples, et qui a pour principe la coexistence conviviale avec d’autres hommes, d’autres peuples;
5 – l’homme total est un membre autonome d’une communauté autonome, indépendante.

Il y a certainement d’autres formules possibles à ajouter; ce qui est essentiel, c’est que Fanon a présenté cet homme comme un homme à créer, un être à inventer. Dans ces conditions, pourquoi l’homme total reste-t-il seulement une image idéal du citoyen du Tiers Monde? Pourquoi ne serait-il pas l’image universelle d’un homme à créer? Pourquoi le la libération totale de l’homme, qu’il a poursuivie à partir de sa propre situation et dans sa lutte anti-colonialiste en Algérie, ne concerne-t-elle pas les mouvements de libération humains qui se développent dans le monde entier?

Voilà quelques valeurs que je considère universelles, qu’on peut dégager de la pensée de Fanon. Pour moi, Fanon, c’est un appel à l’éveil, à la vigilance. Il ne faut pas oublier que la vie est une lutte, lutte contre le conformisme, contre l’autoritarisme, contre la bureaucratie, contre la paresse, contre la routine, contre la facilité, contre la vieillesse, contre la mort.

Il s’adresse à moi en me rappelant qu’il ne faut pas oublier la fureur, la haine contre les injustices et la souffrance des autres. Ce n’est pas un humanisme mou, un humanisme de contemplation; c’est un humanisme combattant, un humanisme de fureur et de révolte. Et pourtant, il me rappelle aussi qu’on lutte, qu’on se révolte non seulement contre quelque chose, mais aussi pour quelque chose, pour délivrer l’homme. Ainsi il me convainc de ce qu’il ne faut pas relâcher cette tension entre non et oui.

Ce que j’admire chez Fanon, c’est son amour de la vie, sa confiance dans la part de la conscience humaine quand il écrit par exemple : « Il faudra bien que le soleil que je transhume éclaire les moindres coins ». Fanon est né loin de nous, Fanon a vécu loin de nous, Japonais. Il a milité toute sa vie loin de nous. Il a exprimé ses idées dans une langue qui n’est pas la nôtre, et il n’aurait jamais pensé aux Japonais comme destinataires de son message ;Notre nom ne figure pas dans son carnet d’adresses. Mais cela n’empêche pas que sa voix nous secoue et qu’il reste et restera pour nous, pour ceux des Japonais qui se dont décidés à lutter contre l’aliénation d’une société capitaliste et néo-colonialiste, un frère proche, un frère de combat.

Takeshi Ebisaka
Université de Tokyo-Nerima

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Un commentaire pour Présence de Frantz Fanon au Japon

  1. peadar dit :

    Oui, ÉCLAIRER LES MOINDRES COINS , c’est ça, FANON .
    dimanche 24 juin 2012, par Takeshi Ebisaka
    TAKESHI EBISAKA
    Il y a 30 ans , j’ai eu l’honneur d’être invité avec d’autres , au premier MÉMORIAL FRANTZ FANON . C’était une extraordinaire aventure, une fête inouïe, c’est toujours avec le sentiment de bonheur que je m’en souviens. Quelque uns d’entre nous ont visité plusieurs écoles ou lycées pour parler de leur compatriote parce que à l’époque , le nom de FANON n’était pas du tout connu de ces jeunes Martiniquais.
    Ces écoliers, ces lycéens, ils ont maintenant 40 ans ou 45 ans , le même âge que moi de l’époque. Je ne sais pas s’ il y en a qui sont présents aujourd’hui parmi vous. Le temps passe vite ,mais ce qui est étonnant , c’est que FANON ne passe pas, sa pensée ne passe pas, il est toujours vivant, il est mort d’accord, mais il reste vivant et il est parmi nous. En fait, pendant ces 30 ans, FANON n’était pas absent dans le monde de la pensée. Il y a FANON dans les études postcoloniales. Il y a FANON dans les “cultural studies”. Il y a FANON dans les discours sur la créolité. C’est très bien , ainsi , on ne cesse d’interroger sa pensée. Mais, à franchement parler, dans ces recherches , je ne retrouve que FANON fragmenté. Ce n’est pas mon FANON, parce que pour moi, FANON , c’est une totalité qui ne se divise pas . Passons…
    Donc il y a 30 ans , j’ai parlé ici de deux problèmes du Japon. : la discrimination et la violence de concurrence dans la société japonaise. Et puis j’ai essayé d’expliquer pourquoi et dans quelles circonstances quatre livres de FANON ont été traduits aussitôt après la publication. Aujourd’hui, je voudrais parler de cette catastrophe au Japon,en me référant encore une fois à FRANTZ FANON, car juste après avoir eu des nouvelles sur des explosions des bâtiments réacteurs de La Centrale FUKUSHIMA , il m’est parvenu à l’esprit tout de suite, quelques phrases de FANON. Lesquelles ? Je vous les dirai tout à l’heure. Cette catastrophe du 11 mars , il est vrai , elle nous a profondément marqués, comme s’il y avait une coupure nette entre et le 11 mars. Mais il faut dire tout de suite qu’il y a eu deux crises qui sont liées naturellement,mais qui sont d’une nature différente. La première , ça vient du séisme qui atteint 8 ou 9 degrés et de TSUNAMI, une montagne de mer haute de 10-15 mètres. Le tremblement et TSUNAMI ,ils ont enfoui des villes entières sur la côte de nord-ouest du JAPON : plus de bateaux , plus de maisons ,plus d’usines ,plus d’écoles .Et ils ont emporté 20,000 vies humaines,mortes ou disparues. C’était atroce, ça restera une des pires crises de notre histoire. D’ailleurs vous avez certainement vu à la télé certaines de ces images.
    La deuxième crise, ça vient du drame de la Centrale FUKUSHIMA. Elle n’a pas entrainé aucun mort sur le champ ,mais quand on pense à l’avenir, à long terme , elle est peut-être plus grave que la première crise. Les dégâts causés par le le séisme et TSUNAMI , bien qu’ils fussent très graves , on pourra les réparer , dans quelques années , sauf la vie humaine bien entendu.. On peut reconstruire des bateaux , des maisons ,des écoles, des usines. La vie se reprendra sûrement. Regardez bien KOBE. On a reconstruit en dix ans cette ville gravement détruite à cause du tremblement de terre en 1995.  Alors que les dégâts causés par les explosions des bâtiments réacteurs sont ainsi dire irréparables. Leurs conséquences sont d’ailleurs invisibles et non mesurables ,et souvent elles restent à l’état latent. : c’est une bombe à retardement.. Elles subsistent dans l’air ,dans les eaux, dans les boues , sur la terre, dans les organes des êtres vivants . Les substances radioactives continuent de rester dans les poumons ,dans les os, dans les muscles, dans les thyroïdes des habitants et des employés des sous-traitants qui sont intervenus sur le site, et surtout les enfants s’exposent à attraper le cancer à la typoide, comme à CHERNOBYL. En plus , dans le département de FUKUSHIMA et d’autres départements autour ,on cultive beaucoup de riz de bonne qualité, et ces produits sont plus ou moins contaminés ; pareillement pour des poissons dans la mer. Pourtant c’est très difficile de contrôler tous ces produits agricoles et ces poissons , donc on ne sait pas exactement la portée de la contamination. Il y a grand risque, donc ,pour des habitants et aussi pour des consommateurs dans d’autres départements d’être contaminés par la nourriture ,pour de longues années. Enfin , il ne faut pas oublier que dans cette région sinistrée ,des milliers de tonnes de débris radioactives sont abandonnés sur le terrain . On ne sait combien de temps faut-il pour les transférer ,on ne sait où faut-il les traiter. Les autorités ont enfin commencé tout récemment à les transférer dans des départements qui les acceptent. Mais les travaux de transférer et de traiter dureront quelques années encore, 10ans peut-être. Ce qui est très grave en plus , c’est que de tout cela ,les informations que donnent les autorités japonaises ne sont pas du tout transparentes , Le gouvernement et la compagnie d’électricité de Tokyo essaient de minimiser les risques des dégâts, depuis le début ; ils n’ont fourni que des informations minimums que les journalistes transmettent sans examen. Les chiffres qui montrent le niveau de contamination sont systématiquement dissimulés, ils n’ont reconnu que quelques mois après ,que trois nucléaires avaient déjà fondu au début. Et ce qui n’est pas transparent , ce n’est pas seulement les conséquences du désastre,mais aussi les circonstances où des Centrales nucléaires s’étaient installées, étaient profondément obscures. Après le drame de FUKUSHIMA , les vérités se dévoilent petit a petit. Maintenant on sait combien le système entier de projet et de réalisation des CENTRALES est basé sur les mensonges et les manipulations. On peut dire que les CENTRALES elles–même étaient déjà contaminées depuis le début:il fallait mentir aux habitants, il fallait manipuler les statistiques, iil fallait minimiser les dangers prévisibles. Les compagnies d’électricité avaient financé les hommes clés dans le milieu politique, elles avaient financé aussi des recherches nucléaires dans les universités .,elles avaient engagé comme conseiller des hauts fonctionnaires retraités pour exercer des influences dans des ministères.
    Les notables , les vedettes, ils avaient été aussi mobilisés pour la propagande publicitaire du nucléaire. Tout était orchestré pour cacher ,pour imposer, car ils savaient bien que construire des Centrales nucléaires au JAPON est pleine des risques. Pourquoi la compagnie d’électricité de Tokyo , n’a-t-elle construit aucune Centrale aux alentours de Tokyo ? Si elle avaient été sûr de la sûreté de la Centrale nucléaire , elle aurait pu la faire dans la région de Tokyo. Comment elles ont fait , les autorités japonaises , pour acquérir le terrain ? pour faire accepter aux habitants le projet si dangereux des Centrales ? Il y a deux procédés ,classiques :. elles promettent aux localités pauvres des subventions ; c’est un procédé typiquement néocolonialiste ; puis elles organisent des auditions publiques pour calmer des inquiétudes des habitants et elles y infiltrent massivement des gens pro-nucléaires achetés parfois ,capables de parler efficacement. Ainsi le système entier de la Centrale nucléaire se fondent sur l’appétit du profit et l’anti-démocratie. On comprend enfin que les pouvoirs nucléaires occultes constituent l’empire noir : c’est une vrai mafia , il faut le dire. Ici ,je parle du JAPON bien entendu
    Quelles leçons doit-on tirer de ces conséquences et de ces sales vérités qui viennent de se dévoiler ? Premièrement , le JAPON se situe , comme tout le monde sait 、dans les zones sismiques extrêmement dangereuses, donc c’est absurde a priori d’y construire des Centrales nucléaires, et il faut arrêter absolument tous les réacteurs aussitôt que possible. Maintenant le bataille commence . Le gouvernement , juste après l’accident , était incliné à sortir du nucléaire , mais avec la situation un peu calmée, il tergiverse , poussé par la filière nucléaire, il change un cap ; entre-temps la mafia s’accélère. Il faut gagner ce bataille. Deuxièmement, ce mafia de la filière n’est pas seul à être responsable du désastre , il faut reconnaître que nous sommes aussi responsables , nous qui étions indifférents à ce qui se passait , nous , comme moi , soupçonnions le mythe de la sécurité de la Centrale nucléaire , mais nous qui n’avions rien dit, ,rien fait, en pensant que ce problème est très compliqué, difficile à intervenir. Les habitants sinistrés aussi. Ils sont victimes , c’est vrai , mais ils sont aussi responsables parce qu’ils ont cru aux mensonges et se sont laissé faire par la Compagnie d’électricité. Ainsi, après le 11 mars nous nous sommes aperçu que nous avions gravement tort et il a fallu justement se rappeler les phrases de FANON ; d’abord, cette phrase célèbre et c’est justement cette phrase-là qu’il m’est parvenu à l’esprit , quand je me suis informé du désastre de FUKUSHIMA. Ecoutons la voix de FANON. “Si la construction d’un pont ne doit pas enrichir la conscience de ceux qui y travaillent , que le pont ne soit pas construit , que les citoyens continuent de traverser le fleuve à la nage ou par bac.” “ Le pont ne doit pas être imposé par un deus ex machina au panorama social , mais il doit au contraire sortir des muscles et du cerveau des citoyens.” Nos Centrales nucléaires ont été parachutées, elles ont été imposées, peut-être pas par un deus ex machina , mais par les pouvoirs occultes du mafia , elles ont apporté, certes ,de l’argent et de l’emploi , mais elles n’ont certainement pas enrichi la conscience de ceux qui y travaillent , de ceux qui profitent nonchalamment comme moi de l’électricité. Il y a une autre phrase de FANON qu’il m’est venu à l’esprit à ce moment-là. .Ecoutons encore une fois la voix de FANON. “ L’impérialisme qui aujourd’hui se bat contre une authentique libération des hommes abandonne ça et là des germes de pourriture qu’il nous faut implacablement détecter et extirper de nos terres et de nos cerveaux” L’impérialisme , c’est un mot important qu’il ne faut pas effacer sur l’analyse sociale, Mais ici, je me permets de remplacer , encore une fois, l’impérialisme par la Centrale nucléaire. La Centrale nucléaire abandonne ça et là, des germes de pourriture , des germes de mort , qu’il nous faut implacablement détecter et extirper , de nos terres , de nos champs , de nos corps , c’est très urgent , mais aussi , de nos cerveaux .       Ce mot est un mot capital., je trouve. Quand FANON dit qu’il faut détecter et extirper des germes de pourriture, il parle certainement ,des peurs , des inquiétudes , des idées inculquées par des impérialistes. Vous savez bien que FANON était psychiatre. Pour les Centrales ,c’est la même chose. Dans ce temps de publicité, de média , il y a tant de germes de pourriture dans nos cerveaux . Le mafia de Centrales nucléaires nous ont bourré de contre-vérités , comme la sûreté de la Centrale , l’efficacité de l’énergie nucléaire ; elle répand des propos menaçants qui disent que ,sans l’énergie nucléaire, le JAPON sera fichu, etc. Il nous faut maintenant détecter et extirper ces contre-vérités de nos cerveaux : cela nous amènerait à nous interroger sur notre façon de vivre à nous , notre style de vie à nous, enfin sur le sens de la vie. Ne nous étions-nous pas trop appuyés sur la commodité des instruments , sur le gaspillage des sources naturelles ? FANON , n’aurait-il pas dit que ce ne sont pas seulement des systèmes politiques ou économiques qu’on doit changer , mais aussi , c’est le rapport d’ homme à homme , d’homme à femme et le rapport de l’homme aux instruments et aux outils ? Ainsi , FANON pour moi , c’est quelqu’un à qui je pense ,quand je m’affronte aux problèmes que se posent le monde actuel et la vie elle-même. Sa pensée constitue un des centres de mes réflections depuis déjà 50ans. Avant de terminer, permettez-moi de citer une phrase de FANON que j’adore et que d’ailleurs vous connaissez tous , certainement.
    “ Il faudra bien que le soleil que je transhume éclaire les moindres coins” Oui, ÉCLAIRER LES MOINDRES COINS , c’est ça, FANON .
    http://www.frantzfanoninternational.org/spip.php?article310
                  

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