Liam O’Ruairc – Crise de l’imagination politique

Article écrit dans The Blanket en juillet 2003

Dans beaucoup de pays européens, les différences politiques entre les partis de gauche et les partis de droite tendent à se réduire et à s’affaisser depuis deux décennies. Un consensus tacite veut qu’il n’y a pas de solutions aux problèmes sociaux et économiques, seulement une gestion plus ou moins mauvaise de ces derniers. C’est ainsi que les politiciens locaux ont reconnu, dans le cadre de l’accord du vendredi saint, qu’il n’y avait pas de « solution » à la question irlandaise, mais seulement une bonne ou une mauvaise gestion des tensions ethno-confessionnelles et autres problèmes afférents. Il y a une crise de l’imagination politique, car l’idée même de la possibilité d’une forme d’organisation sociale qualitativement différente est fondamentalement mise en cause. Plus généralement, il y a une crise de confiance dans la capacité même des hommes à se changer eux-mêmes et à changer la société dans laquelle ils vivent. Les médias et les cohortes d’ « experts » ne cessent de nous avertir des « dangers » et des « risques » qui existent si nous tentons d’entreprendre quoi que ce soit.

Qu’il s’agisse de la nourriture génétiquement modifiée, des biotechnologies, ou bien de la mise en question de l’accord du vendredi saint ou du néolibéralisme, il est facile de comprendre la paralysie politique prédominante, étant donné le poids de cette culture de « peur » et d’évitement des « risques ». Mais comme les risques et les dangers sont consubstantiels à tout projet politique digne de ce nom, la « culture » et « l’humanitarisme éthique » ont finir par avoir raison de la politique. Une idéologie pseudo-humanitaire des victimes et de la « parité d’estime » pour l’altérité culturelle ont pu mettre de côté les projets politiques de transformation sociale. L’accord du vendredi saint est rempli de références à la « diversité » et au respect des « différences culturelles » : il célèbre des choses comme « la culture orangiste », puisque le « pluralisme » est considéré comme bon en lui-même. Les marches sectaires sont tolérables, puisqu’après tout il s’agit d’une « expression culturelle ».

Toute mise en question de cet accord est dangereuse et peut mener à des tragédies comme l’attentat à la bombe d’Omagh. Outre cette idéologie de la « parité d’estime » entre le Vert et l’Orange, l’accord du vendredi saint encourage la vanité et l’auto-satisfaction, puisqu’il nous définit comme des victimes perpétuelles, plutôt que comme des agents de transformation sociale. Jamais depuis 1998 n’a été vue une telle compétition pour savoir qui chantera le plus fort : « Nous sommes plus des victimes que vous », puisque plus vous êtes victimes, plus vous êtes susceptibles de recevoir d’argent de la paix.

Dans ce contexte idéologique, le socialisme républicain offre la meilleure alternative à l’idéologie de « l’égalité » et de la « parité d’estime ». De Fintan Lalor à James Connolly et de Liam Mellows à Seamus Costello, c’est le courant du républicanisme qui exprime le mieux les intérêts des hommes et des femmes sans propriété. Il a confiance en la nécessité et en la capacité des gens à s’organiser eux-mêmes et à changer la société dans laquelle ils vivent. Il est démocratique, il est républicain, il est socialiste. Il a les moyens de renouveler l’imagination politique, bien mieux que ce courant du multiculturalisme libéral.

Source : ici

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Un commentaire pour Liam O’Ruairc – Crise de l’imagination politique

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
     » les conditionnements par des rapports sociaux subis a pour effet de limiter leur conscience et de les empecher d’apercevoir que ces rapports sociaux diminuent leur puissance  »
     » l’histoire n’est pas autre chose que le proces d’une separation grandissante des hommes a l’egard de leur propre puissance d’agir »
    le passage a l’autoactivation comme devenir revolutionnaire, elle consiste d’abord en l’auto revolution des proletaires eux meme c’est a dire une pratique sur soi permettant qu’ils s’affranchissent de toute conception imaginaire d’eux memes a commencer par la conception d’eux memes commzes sujets ou comme « sujets »
    si l’autoactivation est donc pratique d’aord au sens d’une praxis, il est neanmoins clair qu’elle n’a d’autre lieu d’emerence que la production »
    « commencons ici et maintenant par une activite sur soi, c’est a dire par une praxis qui est une activite revolutionnaire consistant dans le bouleversement effectif du rapport a soi, aux autres et au monde »
    Marx est incontournable en montrant qu’effectivement la marchandise et son echange determine les rapports de pouvoir, la decouverte de la valeur et de la plus value sont significatives. La Praxis comme determinante pour l’autoactivation.
    Le constat que l’on peut faire parait negatif en ce qui concerne la Revolution, la theorie n’a jamais pu se concretiser sur le terrain. A mon sens la ou le bats blesse c’est lorsque Marx fait appel a la conscience de soi fut elle determine par la Praxis.
    Q’est ce qu’une theorie ? a travers un element determinant realitel (la valeur) on en pousse les consequences jusqu’au bout, en considerant les accords et les interferences sur le terrain social.
    L’apport de Lacan a ete celui de montrer que tout sujet des sa rencontre avec la parole n’avait plus de rapport avec un pretendu soi meme, la langue etait autonome, seule une subjectivation humaine en emergeait, mais cette subjectivation etait afferente a la structure langagiere. « Le sujet est representait par un signifiant », la lettre tient de verite du sujet. le pretendu sujet n’est » que sujet de l’inconscient », et l’inconcient est structure comme un langage. Une theorie rentre dans un contexte ou la rationalite se formulera en une logique incontournable. La science a cet effet le demontre , mais elle assigne tout autant un ecart entre sa realite et celle que l’on observe chez l’etre humain.

    A cet effet je dis qu’une theorie qui peut devenir ideologique rencontre bien une realite mais ne rencontre pas le reel de l’identite humaine, il y a desinchronisation.
    Le Reel peut se rencontrer a travers deux partitions : celle du corps et celle du sujet du signifiant.: le corps a ses raisons que l’esprit n’a pas. Avant le langage le petit etre a rapport a la mere et cette mere faconne avec sa voix ,son touche le corps de l’enfant. Il en resulte des points de fixations bien specifiques) qui determineront une instance particuliere( je n’insiste pas sur ces « objets » partiels. Ce que Lacan a permis de decouvrir et j’en ai fait l’experience personnelle, c’est que ses deux determinants peuvent se rencontrer et demontrer que cette rencontre s’exprime a travers l’expression du reel comme desir. La uniquement la apparait un vrai sujet, le sujet du desir (dont l’objet partiel en est la cause) qui a ce titre a rapport au Reel de l’humain. La finalite est extraordinaire, En fait tout individu vit plus ou moins avec un symptome qui le categorise et ce symptome et son moyen d’etre. Parfois et souvent il y a souffrance, et qui n’espererait pas moins souffrir, desirer que son symptome devienne moins douloureux, moins pregnant..

    En fait c’est ce qui se passe lorsque « le sujet du desir » (et il a bien le titre de sujet) parvient a emerger. Le symptome se modifie, il y a un effet moins de douleur ,avec une orientation differente, un nouveau sujet de l’inconscient est ne, l’ancien laisse des traces, mais il ne cause plus les ravages anterieurs.

    Voila la seule etape ou un changement de parametre apparait, ou l’inconscient nous assigne a une nouvelle place, au plus pres surement de ce que nous pourrions etre,si nous n’avions pas toujours besoin de bequilles. La seule conscience « de soi » reside en ce lieu et n’a aucun rapport avec une theorie . Le vrai changement individuel et collectif reside la en ce lieu. Ce qu’il ne faut pas oublier c’est qu’il a besoin d’un coup de pouce, et le coup de pouce vient de l’angoisse (qui recele tant de moyens pour s’exprimer. En fait trop c’est trop, il y a un seuil ou seul le deplacement, le changement devient necessite;
    Marx a bien assigne un point d’ancrage qui empechait tout changement et il avait raison, la plu value n’est pas une invention. Je ne traite pas de cette realite. Je parle de changement possible et il existe la ou je l’ai montre. Le tord du marxisme en poussant le bouchon jusqu’a l’extreme de la logique a fait rentrer l’imaginaire de plein pied dans la theorie. A mon sens, la praxis en elle meme est le vecteur intouchable grace a la decouverte de la plus value. Le reste parait aleatoire sinon douteux. La prise de conscience de la classe sociale la plus affecte par l’exploitation n’a pas spontanement le desir de s’emanciper et il y a des raisons a cela qui ne sont pas systematiquements du ressort de l’alienation ciblee par le marxiste, elle existe en supplement de l’autre alienation qui est celle du langage. La sortie comme changement reside dans cet evenementiel qui ne se dementie pas. Ce reel qui peut peut etre faire changer le monde d’aujourd’hui a celui de demain, mais c’est bien sur c’est encore une extrapolation, meme si les conditions sont reunies (en principe) pour se declarer. Le danger, l’angoisse est elle a la hauteur ? () Activite et negativite chez Marx et Spinoza – cairn.info pour les citations) cordialement alain Monier

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