Feargal Mac Ionnrachtaigh – Frantz Fanon et la décolonisation

‘Emancipate yourselves from mental slavery, none but ourselves can free our minds’ – Bob Marley, Redemption Song

Ces vers fameux tires d’une chanson bien connue de Bob Marley ont pris toute leur importance pour moi, alors que je participai à une conference à Paris, qui commémorait le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon. Fanon est célèbre comme psychologue, théoricien révolutionnaire et philosophe. Il a joué un rôle dirigeant dans le mouvement révolutionnaire algérien dans les années 1950 et au début des années 1960. Il est mort de leucémie à l’âge de 36 ans, et sa pensée politique a depuis lors, laissé une marque indélébile dans les mouvements culturels et politiques tout autour du monde. Son dernier livre, Les Damnés de la Terre, qui est particulièrement célèbre, nous donne des aperçus frappants sur le caractère impitoyable de l’impact du colonialisme et du racisme sur ses victimes. Plus important encore, il construisit une perspective, puissante et radicale, de lutte pour la décolonisation qu’il est nécessaire d’entreprendre pour s’attaquer à la déshumanisation qui dérive du processus colonial.

D’après Fanon, le processus de décolonisation passe par trois phases. Tout d’abord, les indigènes doivent reconnaître qu’ils ont été complètement assimilés par le pouvoir d’occupation ; dans la deuxième phase, les intellectuels indigènes doivent faire retour sur leur propre histoire et mesurer l’importance de leur culture indigène ; et dans la phase finale, un grand effort doit être mené pour réveiller et inspirer les indigènes en promouvant une renaissance culturelle et littéraire. D’après Fanon, si cette renaissance réussit dans le contexte colonial, une lutte plus large pour la libération et l’indépendance nationale peut être déclenchée. « Combattre pour la culture nationale, dit-il, signifie d’abord et avant tout combattre pour la libération de la nation, pierre de touche matérielle sur laquelle le construction d’une culture est possible ».

Dans l’allocution que j’ai prononcée à cette conférence à Paris, j’ai utilisé cette définition de la décolonisation pour décrire la renaissance de la langue irlandaise, à partir de la fondation de la Ligue Gaélique, jusqu’au Soulèvement de Pâques 1916. En outre, considérant la multitude de militants qui ont participé à la renaissance culturelle dans la période qui suivit la grève de la faim de 1981, j’ai donné des preuves de l’héritage idéologique de la pensée de Fanon, jusqu’à aujourd’hui. J’ai écouté d’autres orateurs de France, de Palestine, d’Amérique Latine, du Nigéria, d’Afrique du Sud et de la communauté noire américaine, qui faisaient des comparaisons du même ordre, employant les théories de Fanon pour examiner leur propre histoire et leur propre politique.

L’allocution qui m’a le plus impressionné fur prononcée par un expert sud-africain qui parlait des sombres avertissements de Fanon au sujet du néo-colonialisme. Fanon écrivait que le prlus grand danger résidait dans l’émergence d’une classe bourgeoise nationaliste, après l’obtention de l’indépendance formelle, et qui pouvait imposer un système tout aussi injuste que celui de la période coloniale. Cet orateur montrait que ceci était arrivé dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, où on avait donné le droit de vote aux gens, mais sans aucune trace de l’égalité économique qui leur avait été promise. Qu’une classe de Noirs riches s’était développée dans cette nouvelle période, alors que la pauvreté et les difficultés en général augmentaient pour les plus pauvres, parallèlement.

Le cœur lourd, l’orateur décrivit les émeutes pour l’eau et l’électricité de 2005, qui virent le gouvernement de l’ANC réprimer toute agitation pour ces droits élémentaires. Fanon avait bien souligné la différence entre « indépendance » et « libération », et avait averti du danger qu’il y avait à ne pas reconnaître cette différence. Il est clair que sa perspective décolonisatrice de libération garde toute sa pertinence aujourd’hui, partout où le stigmate colonialiste se fait sentir.

Source : ici

Cet article, publié dans Analyse, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Feargal Mac Ionnrachtaigh – Frantz Fanon et la décolonisation

  1. Liam dit :

    Le sud africain en question est Nigel Gibson (qui est en fait un ex-mineur anglais)

  2. Monier Alain dit :

    Bonjour, il est indeniable que Frantz Fanon fut une reference pour les Peuples colonises, et que son message n’a pas pris une ride. « Independance » et « Liberation » ne sont pas des synonymes, on pourrait meme oser formuler qu’un monde les separe, un monde ou les valeurs peuvent peuvent etre opposees. Pour autant la lourde tache a accomplir reside dans le fait qu’ils ne soient plus antinomiques qu’ils deviennent la meme trame qui doit produire les memes effets. La procedure est difficille, mais se devrait etre la tache de tous les pionniers de l’aventure. Pas d’exclusive, mais un melange audacieux et subtil ou chacun y trouve son compte. Pas de formule a l’emporte piece afin de ne pas denaturer la nature des nouvelles fondations. Cordialement Alain Monier

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s