« C’est Adams, non Thatcher, qui est responsable de la mort des six derniers grévistes de la faim »

Les rôles respectifs de Margaret Thatcher et de Gerry Adams pendant les grèves de la faim de 1981 ont suscité une des plus acerbes controverses de toute l’histoire des Troubles : qui a été le plus grand responsable des dix morts ? Ici, dans cet article, notre invité Richard O’Rawe, qui était PRO [‘public relations officer’ = responsable de la communication avec l’extérieur] de l’IRA dans les H Blocks de Long Kesh, explique les raisons pour lesquelles il pense que c’est Adams, et non Thatcher, qui doit porter le blâme pour son rôle dans la majorité des morts pendant ce jeûne historique.

Je n’ai jamais aimé le timbre de la voix de Thatcher. Trop rauque, ou trop doucereuse, en tous cas on l’entendait trop à mon goût. Son image, sa présentation, un certain charisme : la députée de Finchley aurait pu s’en tirer au cinéma (mais tous les politiciens ne sont-ils pas des acteurs ?) Mon expérience de la grève de faim de l’IRA/INLA en 1981 m’a permis de ne pas être trompé par son image de « dame de fer ».

Ce truculent personnage était plus sensible aux petites perceptions de la rue et au bon sens qu’elle ne le laissait penser. Gerry Adams dit dans son livre de 1996, Before the Dawn : « Margaret Thatcher arborait en public son côté Dame de Fer qui n’était ‘pas là pour retourner sa veste’, mais pourtant elle n’était pas étrangère aux arrangements ». M. Adams poursuit son récit en évoquant son souvenir d’un brouillon d’un discours que Mme Thatcher voulait prononcer à une conférence internationale à Ottawa, dans lequel elle espérait pouvoir annoncer la fin de la grève de la faim.

Mais pour que cela se fasse, il fallait qu’elle persuade M. Adams et son comité d’accepter une série de propositions qu’elle leur avait fait parvenir le 4 juillet 1981, et qu’ils avaient rejetées. M. Adams et compagnie rejetèrent une fois encore l’offre de la première ministre britannique, et la grève de la faim continua, et quatre autres grévistes de la faim perdirent la vie.

Cela fait maintenant huit ans que mon livre Blanketmen a paru, et trois ans pour mon deuxième livre, Afterlives. Pendant sept de ces huit années, j’ai mené la bataille la plus importante de ma vie contre Gerry Adams et ses acolytes. J’ai défendu mon affirmation selon laquelle le gouvernement britannique avait proposé un accord substantiel le 4 juillet 1981, qui fut rejeté par le comité, contre les vœux de la direction en prison, dont je faisais partie. En outre, j’ai dit que le comité n’avait pas tenu au courant les grévistes de la faim des points particuliers de la proposition des Britanniques.

Sur ces deux points, les preuves matérielles ont montré que je disais la vérité. Mes affirmations ont été confirmées par une suite tortueuses de requêtes à l’organisme Freedom Information de l’Etat britannique, par la publication d’archives gouvernementales d’il y a trente ans, par le témoignage oral et écrit de l’intermédiaire Brendan Duddy, et par les nombreuses contradictions et procédés échappatoires du côté de ceux qui ont tenté, sans réussite, de couvrir le comité.

Ce qui reste à expliquer, ce sont les motivations du comité. Souffrait-il de ne pas réussir à être plus malin que les Britanniques? Ou bien était-il si intoxiqué par les succès électoraux (dans l’élection anticipée pour le siège laissé vacant par la mort de Bobby Sands) qu’il prit la décision d’ignorer la proposition et de permettre donc que meurent d’autres grévistes de la faim ?

Alors que je me me rassemblai en moi-même au calme avant d’écrire cet article, je me posai une série de questions : qu’est-ce je souhaite dire au sujet de Margaret Thatcher ? Que je la méprisais ? Bien sûr que je la méprisais. Elle n’était pas l’amie des Irlandais, encore moins des républicains. Mais elle avait le pouvoir de tenir sa position intransigeante encore plus longtemps, ce qu’elle ne fit pas. Est-ce que Adams et compagnie peuvent en dire autant ?

Margaret Thatcher est morte. Je ne pleurerai aucune larme de crocodile nin ne prononcerai de mots sucrés pour la vie et l’oeuvre de la Dame de Fer. Elle était notre ennemie avouée et nous n’attendions aucun quartier de sa part. Mais nous ne pouvons remonter le temps et rescussiter nos braves, nos braves grévistes de la faim. Cependant, nous pouvons les traiter avec respect. Nous pouvons être honnêtes. Nos grévistes de la faim méritent une telle chose. Si cela implique que Big Gerry et son comité reconnaissent leur culpabilité dans la mort des six derniers grévistes de la faim : qu’il en soit ainsi.

Source : ici

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