James Connoly – Woman (1915)

Ce texte est le chapitre VI du livre The Reconquest of Ireland

Dans notre chapitre sur les conditions de travail à Belfast, on avait relevé que le taux extrêmement élevé de malades dans l’industrie textile, la fréquence de la tuberculose et des maladies apparentées, concernaient principalement les travailleuses, de la même façon que l’illettrisme était comparativement plus répandu parmi les travailleurs les plus mal payés de cette ville. Un récent débat à Dublin a aussi mis en lumière de manière frappante la nature atroce des conditions de travail des femmes et jeunes filles dans la capitale, l’état insalubre choquant des ateliers, la tyrannie écrasante des responsables, et le manque de vitalité alarmant des femmes résultant de l’impossibilité de se procurer de la nourriture et des vêtements appropriés avec les faibles salaires qu’elles perçoivent.

unfinishedrevolutionbelfast89500L’examen de ces faits conduit inévitablement à une réflexion sur la situation générale des femmes dans l’Irlande moderne, et leur attitude prévisible face aux changements que nous envisageons. Le lecteur attentif fera observer que le développement en Irlande de ce qu’on appelle le mouvement des femmes est apparu avec la présence des femmes dans le secteur industriel, et que l’intensité et la violence de la lutte des femmes se sont renforcées au fur et à mesure que les femmes instruites avaient connaissance de la nature cruelle et sordide du sort réservé à leurs malheureuses sœurs de la classe salariée. Nous pourrions dire qu’il a fallu attendre le développement de ce que, faute de mieux, nous connaissons sous le nom de conscience de sexe pour qu’apparaisse, parmi les femmes les plus favorisées, le sentiment profond d’une conscience sociale, ce qu’on a appelé ailleurs dans cet ouvrage la conscience civique.

La prise de conscience féminine du fait que la société moderne reposait sur la force et l’injustice, que les honneurs les plus élevés de la société n’avaient aucun lien avec les mérites des récipiendaires, et que les penchants humains à la violence étaient plus une entrave qu’un soutien dans le monde, fut un phénomène consécutif au développement de l’industrialisation et à la lutte sans merci pour l’existence qu’il impose. Pour les femmes, qui étaient les éléments les plus faibles physiquement et la main d’œuvre la moins formée professionnellement, cette lutte fut inévitablement la plus cruelle ; il faut remercier chaudement les femmes les plus instruites de s’être révoltées contre cette anomalie : forcées de supporter les pires difficultés dans la lutte, elles se sont vues refuser jusqu’aux quelques droits dont jouissaient leurs compagnons de misère masculins.

Si la précieuse égalité politique avait été accordée aussi facilement que la sagesse politique le dictait, il est probable que la valeur révolutionnaire de l’affranchissement de la femme aurait été largement amoindrie. Mais les obstacles, la déloyauté des politiciens à l’égard des femmes, déloyauté dont tous les partis étaient également coupables, la lutte de longue haleine, la vague croissante du martyre des femmes militantes de Grande-Bretagne et d’Irlande, et le cheminement de l’idée dans les esprits actifs du mouvement ouvrier de la réalité du désir de liberté des femmes, ainsi que du courage déployé pour la gagner, ont exercé une influence inestimable sur les relations entre les deux mouvements.

En Irlande, la cause des femmes est ressentie par tous les travailleurs, hommes et femmes, comme la leur ; la cause du Travail n’a pas de partisans plus sincères et plus ardents que les femmes militantes. La révolte, même en pensée, amena une ambiance intellectuelle particulière ; cette ambiance ouvrit les yeux des femmes et conduisit leur esprit à comprendre les effets sur leur sexe d’un système social dans lequel les plus faibles doivent inévitablement être écrasés ; et quand une étude plus approfondie du système capitaliste leur apprit que le terme “les plus faibles” signifie concrètement les plus scrupuleux, les plus gentils, les plus humains, les plus aimants et charitables, les plus honorables, et les plus sympathiques, alors les militantes ne purent pas manquer de voir que le capitalisme pénalisait, chez les êtres humains, justement ces traits de caractère que les femmes reconnaissaient elles-mêmes incarner le plus complètement.

C’est ainsi que le développement de l’industrialisation entraîne le réveil d’une conscience sociale, et fait naître chez les femmes un sentiment de pitié de soi en tant que premières victimes de l’injustice politique et sociale ; la colère divine survenant lorsque cet apitoiement est accueilli avec mépris, et que la justice est niée, mène les femmes à la révolte, et la révolte fait que les femmes se retrouvent sur le terrain de la camaraderie et de l’égalité avec toutes les meilleures âmes qui vouent leur vie à la lutte contre les injustices établies.

Le travailleur est l’esclave de la société capitaliste, la travailleuse est l’esclave de cet esclave. En Irlande la travailleuse s’est révélée, malgré son martyre, d’une patience presque condamnable. Elle a travaillé dur dans les fermes depuis sa plus petite enfance, atteignant généralement l’âge de femme mûre sans avoir jamais eu le droit de réclamer pour elle-même un seul penny de l’argent gagné par son travail, et en sachant que toutes ces peines et privations ne lui donneraient pas de droit sur la ferme qui reviendrait inévitablement au membre de la famille le plus méritant, si ce membre avait la chance d’être le fils aîné.

triplejeopardy00Les filles de la paysannerie irlandaise ont été de toutes les esclaves les moins onéreuses – esclaves de leurs propres familles qui étaient, à leur tour, les esclaves de tous les parasites sociaux de la communauté des propriétaires et des usuriers. Le paysan qui avait développé, du fait de siècles de servitude et de famine, un besoin maladif d’argent, considérait ses filles comme des êtres envoyés par Dieu pour alléger ses peines dans la vie, et ce même point de vue était trop souvent défendu farouchement par les hommes d’église quels qu’ils fussent.

Jamais l’idée que chaque génération en payant à ses successeurs la dette dont elle avait héritée de ses prédécesseurs n’avait effleuré l’esprit du paysan irlandais, ou ne lui avait été enseignée par ses professeurs religieux ; et qu’ainsi, en se dépensant elle-même au bénéfice de ses enfants, la race humaine assurerait le développement progressif de tous. Dans de trop nombreux cas, le paysan irlandais traitait ses filles d’une façon très voisine de celle dont il considérait une charrue ou une pelle – comme des outils servant au travail de la ferme. La mentalité générale et l’atmosphère morale globale de la campagne renforçaient son point de vue.

Dans toutes les chapelles, églises et salles de réunion, l’accent était toujours mis sur les devoirs – devoirs vis-à-vis des classes supérieures, devoirs vis-à-vis de l’Église, devoirs vis-à-vis des parents. Les oreilles des jeunes n’étaient jamais corrompues par la mention des “droits”, et en grandissant dans cette ambiance, les femmes d’Irlande acceptaient leur situation d’infériorité sociale. Malgré tout, elles se sont toujours révélées comme des atouts précieux dans tous les mouvements progressistes irlandais ; cela démontre quelle grande valeur aura leur coopération quand, pour faire contrepoids à leur acceptation du sacrifice de soi, elles commenceront à y associer nécessairement la noble revendication de leurs droits.

Nous ne parlons pas là des droits s’entendant dans le sens restreint et affaibli des mots auxquels nous ont habitué les orateurs libéraux ou autres de la classe capitaliste, classe qui a toujours considéré la revendication des droits comme le dernier mot de la sagesse humaine. Nous utilisons plutôt ce mot dans le sens familier au mouvement ouvrier, dans le sens ou celui-ci l’emploie.

Comme ce mouvement, nous pensons que la mise en pratique sereine des devoirs est liée à et inséparable de la revendication courageuse des droits, et les deux aspects s’unissent pour atteindre la plus haute expression de l’âme humaine. L’âme la plus magnifique est celle qui approuve sans restriction la mise en pratique des devoirs tout en revendiquant avec un véritable courage ses droits, même contre un monde en armes. En Irlande, l’âme féminine a été formée pendant des siècles à renoncer à ses droits, et par voie de conséquence la race a perdu sa capacité fondamentale à résister aux assauts extérieurs et à la démoralisation intérieure. Ceux qui préconisaient, pour les femmes irlandaises, la fidélité au devoir comme seul idéal à poursuivre, leur fabriquaient consciemment ou pas une mentalité d’esclave, que les mères irlandaises allaient forcément transmettre aux enfants irlandais.

Les femmes militantes qui, sans abandonner leur fidélité au devoir, apprennent néanmoins à leur sœurs à revendiquer leurs droits, réinstaurent un équilibre sain et parfait pour aller vers une nation irlandaise bien organisée. Le système de la propriété privée capitaliste en Irlande, comme dans d’autres pays, a engendré la loi de la primogéniture dans laquelle le fils aîné usurpe la possession des propriétés en excluant toutes les femmes de la famille. Enracinée dans un système de propriété reposant sur la force, cette loi injuste était inconnue dans le vieux système social de l’ancienne Eire et, telle qu’elle est appliquée actuellement dans l’Eire moderne, elle a été et est encore responsable de l’assassinat moral d’innombrables jeunes Irlandaises méritantes. Il en est résulté que, dans le processus permanent de dispersion des familles irlandaises, ce n’était pas le fils aîné qui partait le premier même s’il était le plus apte à supporter les difficultés et la terrible lutte dans un pays étranger, mais plutôt le dernier né et le moins capable des fils, ou bien les filles douces et gentilles. Le charmant Charles Kickham a composé ce chant :

O braves, braves filles d’Irlande,
Nous devons bien vous dire braves ;
Car des périls qui vous attendent
La tempête de l’océan est le moins grave.

Tous ceux qui connaissaient les conditions rencontrées par les émigrantes irlandaises dans les grandes villes d’Angleterre ou d’Amérique, les difficultés auxquelles elles devaient faire face, les tentations auxquelles elles étaient soumises, et la proportion énorme d’entre elles qui succombait à ces tentations, ont dû convenir que la description poétique de Kickham évaluait correctement la gravité des dangers qui les attendaient. Il est humiliant de constater que l’énorme majorité de ces filles était envoyée dans un monde malhonnête sans aucune information ni préparation, en espérant simplement que leur force physique et leur intelligence leur suffiraient pour s’en tirer sans encombres.

Les lois faites par les hommes leur enlevaient tout espoir d’hériter dans leur pays natal ; leurs parents masculins exploitaient leur travail et ne leur donnaient jamais un penny de récompense, et finalement, quand leur travail ne réussissait plus à tirer du sol pauvre suffisamment de ressources pour tous, ces filles étaient immédiatement expédiées de l’autre côté de l’océan avec, en guise de bénédiction à la séparation, l’adjuration de devoir envoyer de l’argent à la maison. Ceux qui parlotent sans fin à propos du “caractère sacré du foyer” et de la “sainteté du cercle familial” devraient bien se demander quel foyer dans l’Irlande actuelle est indemne de l’influence de l’esprit mercenaire cupide issu du système de propriété capitaliste ; quel cercle de famille n’a pas été brisé par l’émigration de ses membres les plus aimants et gentils.

countessDe la même façon que le système irlandais d’aujourd’hui a fait de la fine fleur de nos paysannes des esclaves gratuites et des émigrantes ignorantes, il a assombri la vie et privé d’intelligence les ouvrières des filatures, des boutiques et des usines. Là où il y a un grand besoin de main d’œuvre féminine, comme à Belfast, on s’aperçoit que la femme tend à devenir le soutien de famille de la maison. Forcée dès le plus jeune âge d’aller travailler à l’extérieur, elle demeure enchaînée à son salaire – esclave à vie. Pour elle, le mariage ne signifie pas la disparition du travail à l’extérieur, cela signifie généralement qu’elle doit ajouter à ce travail un deuxième travail obligatoire, le travail domestique. Elle reste toute sa vie une salariée ; à la fin de sa journée de travail, elle devient l’esclave des besoins domestiques de sa famille ; et quand le soir elle tombe épuisée sur son lit, c’est en sachant qu’au petit matin elle devra reprendre son service auprès du capitaliste, et à la fin du service quotidien se hâter vers son foyer pour une autre tranche de corvée domestique.

Ainsi se passe toute sa vie – un pèlerinage désolé allant d’une corvée à une autre ; l’arrivée des enfants servant uniquement de repères dans sa journée pour lui signaler ce qui vient s’ajouter à son fardeau. Surexploitée, sous-payée, et insuffisamment nourrie car sous-payée, elle est la proie facile de toutes les maladies qui infestent les “taudis des pauvres”. Sa vie est assombrie dès le commencement par la pauvreté et les corvées qui en découlent, et ces corvées imposées trop précocement au corps produisent immanquablement une intelligence anémiée.

À quoi servirait à ces malheureuses de rétablir un État Irlandais, quel qu’il soit, s’il ne prenait pas en compte l’émancipation des femmes ? Comme nous l’avons montré, la théorie et la pratique de l’Irlande moderne, telle qu’elle s’exprime à travers ses pasteurs et ses maîtres, pèsent lourdement sur les femmes, tant politiquement que socialement. Cette théorie et cette pratique proviennent de l’instauration dans ce pays d’un ordre politique et social fondé sur la propriété privée, en réaction contre l’ancien ordre qui reposait sur la propriété collective d’une communauté parentale. La classe qui dirige l’économie a le pouvoir politique, et impose à tous les croyances, les coutumes et les idées les plus adaptées à la perpétuation de ce pouvoir. Ces croyances, coutumes et idées deviennent alors l’expression suprême de la morale et il en est ainsi jusqu’à l’accession au pouvoir d’une autre classe économique dirigeante qui instaure une nouvelle morale. En Irlande, depuis la conquête, la classe des capitalistes terriens est au pouvoir ; les croyances, coutumes et idées de l’Irlande incarnent une morale d’esclave que nous avons héritée de ceux qui ont accepté ce gouvernement sous une forme ou une autre ; l’assujettissement des femmes faisait partie intégrante de ce pouvoir.

Sans le maintien des femmes dans l’assujettissement et sans le déni de leurs droits, il n’y avait aucune garantie que, champ après champ, le patrimoine familial s’enrichisse, ou que la richesse puisse s’accumuler même si les hommes faisaient défaut. Aussi, du propriétaire terrien au fermier ou paysan propriétaire, du monopoliste au petit homme d’affaires avide de prendre sa place, et du plus haut jusqu’au plus bas, s’insinuaient les croyances, les coutumes et les idées mettant en place une morale esclavagiste utilisant l’assujettissement des femmes en tant que modèle moral du pays. Personne ne peut, mieux que celui qui les porte, briser ses chaînes ; personne, mieux que celui qui peut juger de ce que sont les chaînes. Dans sa marche vers la liberté, la classe ouvrière irlandaise doit encourager les efforts de ces femmes qui, sentant dans leur âme et leur corps les chaînes de l’histoire, se sont levées pour s’en débarrasser, et les encourager encore plus si, dans sa haine de la servitude et sa passion de la liberté, l’armée des femmes pousse en avant l’armée militante du Travail.

Mais qu’importe qui défend les fortifications de la citadelle de l’oppression, seule la classe ouvrière peut la réduire à néant.

Traduction par Lady M

Source : ici

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22 commentaires pour James Connoly – Woman (1915)

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour
    L’article de Connoly denote la capacite de cet homme a percevoir la realite sous jascente du fondement social etabli, . Je me permettrai juste de dire que ce militant Marxiste convaincu croyait- et c’etait a son honneur- ,que le monde etait Dualiste. C’etait en fait la commune mesure des Marxistes de l’epoque. Certains de ses propos sont saisissants. Mais si le don de prophetie n’est pas donne a tous, le dechiffrement du Reel est inaccessible a tout un chacun. Je pense que lire Connolly c’est aussi tenir compte de son cote tres Rousseauiste, et ce n’est pas a prendre a la legere. C’etait un grand homme. Sa partition sur le malheur de la femme dans tous les secteurs de la societe est sincere et pregnant. Il fut incontestable un maitre penseur de la modernite, et son nom raisonne toujours dans le coeur des Irlandais. Mais comme tout homme fut il grand ses propos ne sont pas paroles d’evangile- dans la mesure ou l’on considere les evangiles comme « verite revelee »- ce qui a mon sens est deja problematique dans la mesure ou le devenir est deja tout trace. Mais un grand homme est un referent et a ce titre ses propos sont toujours a ecouter. Des hommes sont morts , avec les paroles de cet homme en tete, leur ayant permis de rationaliser leurs actions republicaines et nationale d’egalite, de justice et en rendant aussi hommage a ceux qui les ont precede. Tout ces fils tenus sont toujours porteurs aujourd’hui dans la tete et le coeur d’hommes luttant toujours pour leur liberation. Cordialement Alain Monier

  2. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    en fait je me rends compte que Connoly n’etait pas un marxiste tres ortodoxe, ces engagements furent loin de suivre la ligne leniniste dans le combat insurrectionnel. Je crois qu’il a fait un mixte ou le Peuple Irlandais avaient des references dont ils ne fallait surtout pas s’eloigner et l’entree de la classe ouvriere dans le processus. Il ne s’est jamais eloigne de cette ligne qui a mon sens reste toujours la meilleure . Je retrouve d’ailleurs dans certains textes de Liberation Irlande cette ambiguite. Tantot on met l’exclusisme sur la vocation ouvriere mais aussi les resurgences inevitable que le Peuple en tant qu’Irlandais a montrer sa difference et a l’exprimer. En fait je me sents profondement Connolyste plus que je ne le croyais au premier abbord, avec ses echecs et ses reussites a assumer. Cordialement Alain Monier

  3. liberationirlande dit :

    Bien vu Alain, oeil-de-lynx🙂

    Ces nombreuses ambiguités existent, mais elles sont plutôt productives et non antagoniques pour le moment. Long may it last!

  4. Monier Alain dit :

    Bonjour, Merci . Cordialement

  5. Liam dit :

    Sur un tout autre sujet – une bonne douche froide pour ceux qui pensaient que la crise economique depuis 2008 en Irlande allait radicaliser les gens
    « The electorate appears content with the political culture that caused the economic crisis  »
    http://www.irishtimes.com/news/politics/expectations-of-political-change-have-been-utterly-dashed-1.1346612?page=2

  6. Mohammed T. dit :

    Dans ce texte, James Connoly montre encore une fois sa capacité à dialectiser la question ouvrière avec les autres questions sociales, ici celle de la libération des femmes, et, bien évidemment la question nationale. Ailleurs, il a évoqué la question paysanne, ou celle de la langue gaélique. Sa volonté systémique et transdisciplinaire est éminemment d’actualité, en dehors même du contexte irlandais, car, aujourd’hui, le capitalisme et l’impérialisme étendent leur emprise sut toutes les sphères de la réalité, et pas seulement la sphère économique. Si on souhaite éviter les impasses de l’ouvriérisme et de l’économicisme, James Connoly est une aide précieuse. Alors que 2016 arrive à grand pas, il serait bon de nous souvenir des leçons du martyr de la révolution de Pâques.

  7. Liam dit :

    Le commentaire de Mohamed T est errone. La grande erreur de Connolly a ete d’ignorer l’Irlande rurale – qui alors composait la majorite de la population. Dans tout son corpus publie, il y a seulement 3 articles sur la l’Irlande rurale ou paysanne. Et ceux-ci sont errones. Connolly reproduit les erreurs de Marx et Engels et leur vision catastrophiste de l’agriculture irlandaise. (Ceci dit a plusieurs endroits Engels montre une bien meilleure comprehension de sa dynamque). De cela est tiree une mauvaise lecture des forces sociales et de la strategie a suivre. En fait, des 1890 une espece de classe de « koulaks » se developpe a une grande echelle en Irlande, et une bourgeoisie rurale devient la force politiquement dominante de la revolution 1916-1921.
    Ensuite, evoluant dans le cadre d’un marxisme mecaniste de la seconde internationale, Connolly assimilait la question de la femme a une question du meme ordre que celle du vegetarisme! Il etait certes en faveur de l’egalite politique et economique pour les femmes, mais interdit aux militants de son organisation de discuter le livre de Bebel sur la femme car il etait « obscene »! En 1913, un correspondant ecrit dans The Irish Worker (journal du mouvement) un article sur la limitation des naissances. Connolly ecrit un editorial le denoncant disant que le socialisme n’a rien a voir avec de pareilles idees.
    Pour la question ouvriere, Connolly n’a pas compris la classe ouvriere protestante dans le nord et son attachement a l' »industrie et l’Empire » plutot qu’au socialisme.

  8. Liam dit :

    Voici un extrait du texte de Connolly « Ireland’s Travail » qui date de 1915:

    « For twelve months – twelve long dreary agonising months – we have seen war in Ireland, war upon the soul of the Irish people, war upon the traditions, the religious spirit, the holiest aspirations, the centuried hopes of the martyred men and women who had made Ireland famed and respected wherever there are gathered men and women capable of honouring fortitude in disaster, and sublimity of soul in the midst of defeat.

    Never has a nation suffered such an onslaught. Belgium in its agonies under the heel of the invaders, nor Poland in its awful travail, cannot claim to have suffered as Ireland has suffered since war was declared. Betrayed and deserted by all but a faithful few, Ireland was attacked by every poisonous agency ever brought to bear upon the mind and soul of a people. Her religion, her love of nationality, her strict sexual morality, her natural affection for the weak, her sympathy for suffering and distress – every high and noble instinct implanted in her by ages of suffering, was appealed to that her children might deny the past of their country, and surrender their hopes of moulding its future. Ireland was asked, nay, was ordered, to deny all that her martyrs had affirmed, to affirm all that her martyrs had denied. And this assault upon the soul of the country was planned and carried out in all its minutes and most revolting details by the men whom a cruel fate had allowed to become the leaders and guides of Irish public opinion.

    The fight in Belgium and in Poland are fights for the material possession of towns and cities, the fight in Ireland has been one for the soul of a race – that Irish race which with seven centuries of defeat behind it still battled for the sanctity of its dwelling place.

    Old mediaeval legends tell us how in the critical moments of the struggle of an army, or the travail of a nation, some angel or deliveror was sent from above to save those favoured by the Most High. To many people today it seems that the funeral of O’Donovan Rossa came to Ireland in such a moment of national agony – came on such a mission of divine uplifting and deliverance. The mists and doubts, the corruption and poisons, the distrust and the treacheries, were blown away, and the true men and women of Ireland saw with pleasure the rally of the nation to the olden ideas – saw the real people of the country solemnly bearing witness to the faith and wisdom of those who had « fought a good fight, and kept the faith. »

    Comme le notent beaucoup de commentateurs, ce serait impensable que Marx, Lenin, Luxemburg ou Gramsci ecrivent un texte dans ce genre…

  9. Mohammed T. dit :

    Erroné ? Je n’ai pas prétendu que James Connoly avait rédigé une fabuleuse thèse sur la question paysanne. J’ai dit seulement qu’il avait « évoqué » cette question, et cela correspond effectivement aux quelques pages de son oeuvre. Maintenant, de la à dire qu’il avait tout faux, ou presque, sur la question ouvrière « catholique » (en surestimant la puissance de transformation des travailleurs catholiques irlandais), qu’il n’avait pas compris la question des travailleurs protestants irlandais en Irlande du Nord (et leur attachement à l’empire), qu’il avait reproduit des analyses fausses de Marx sur la question paysanne, qu’il s’était trompé sur la question des femmes, et que finalement il naviguait dans les eaux de la seconde internationale… C’est un portrait que je ne partage pas, absolument pas. Le mérite de James Connoly n’est pas dans l’ordre de l’analyse factuelle (à moins d’avoir la « science infuse », c’est le propre de la pensée humaine que d’être frappée du sceau de l’incomplétude), il est dans l’ordre de la vision, et c’est cela qui confère à son martyre une portée universelle.
    Historiquement, la seconde internationale a contribué à l’émergence en Occident de la gauche coloniale, pro-impérialiste, raciste. Etant algérien, je sais le rôle de cette gauche dans le drame de l’Algérie. Et, notamment, le rôle des travailleurs français présent en Algérie et qui furent la base sociale de la société coloniale raciste (comme en Palestine occupée, les travailleurs juifs israéliens sont la base sociale de la société coloniale raciste). Mettre James Connoly dans les mêmes eaux fétides que la seconde internationale, c’est faire une injure à un révolutionnaire à la fois nationaliste (dans la perspective des nationalismes du tiers-monde, aspect bien remarqué par le Palestinien Edward Said) et socialiste (dans la perspective de l’anti-impérialisme). En 1897, il écrivait à propos de la dialectique entre la question sociales et la révolution, ces belles pages :

    « Il existe en Irlande à l’heure actuelle toute une série de forces qui font leur possible pour que continue à vivre le sentiment national dans le cœur des Irlandais.
    Ces forces, qu’il s’agisse des mouvements pour la langue irlandaise, des sociétés littéraires, ou de comités du Souvenir, agissent incontestablement de façon durable pour le bien de ce pays en contribuant à préserver de l’extinction l’histoire de notre race et de notre nation, de notre langue et tout ce qui fait l’originalité de notre peuple.
    Il existe un danger cependant : celui que ces forces, en s’en tenant trop rigoureusement à leurs méthodes de propagande actuelles, en négligeant en conséquence les problèmes vitaux de l’heure, en viennent à figer nos études historiques en une vénération du passé, à cristalliser le nationalisme en une simple tradition – glorieuse et héroïque, certes – mais rien qu’une tradition.
    Or, les traditions peuvent constituer une base suffisante – et c’est ce qui se passe fréquemment – pour pousser un peuple à marcher vers un glorieux martyre, mais elles ne peuvent jamais être assez puissantes pour guider l’assaut d’une révolution victorieuse. Si le mouvement national contemporain ne veut pas se contenter de rééditer les anciennes tragédies amères de notre histoire passée, il doit se montrer capable de s’élever au niveau des exigences de l’heure présente. Il doit fournir la preuve au peuple d’Irlande que notre nationalisme ne consiste pas en une simple idéalisation morbide du passé mais est aussi en mesure de fournir une réponse claire et précise aux problèmes actuels ainsi qu’une doctrine politique et économique adaptée aux exigences de l’avenir. (…) Les socialistes qui s’attacheraient à détruire de fond en comble le système de civilisation grossièrement matérialiste tout entier que nous avons adopté comme notre bien propre est, à mon avis, un ennemi beaucoup plus mortel de la domination et de la tutelle anglaise que le penseur superficiel qui s’imagine pouvoir réconcilier la liberté irlandaise avec les formes insidieuses mais funestes de la sujétion économique que sont la tyrannie des grands propriétaires, la fraude capitaliste et l’usure malpropre.(…) Envisager le nationalisme sans le socialisme – sans réorganisation de la société sur la base d’une forme plus vaste et plus développée de la propriété commune, semblable à celle qui supportait l’organisation sociale de l’ancienne Erin – ne relève que d’une mentalité de capitulation nationaliste. »

  10. Liam dit :

    Il n’est pas question ici de « fabuleuse these sur la question paysanne » mais une comprehension concrete des forces sociales et de leur developpement. (A ce sujet, Karl Kautsky avait des commentaires tres pertinents sur la question agraire en Irlande) Une analyse qui n’a pas de « merite » dans « l’ordre de l’analyse factuelle » me semble tres douteuse. Certes on pourrait dire que le merite de Frantz Fanon pour prendre une autre exemple « est dans l’ordre de la vision, et c’est cela qui confère à son martyre une portée universelle », mais sa surestimation du role de la violence dans le processus de transformation sociale, de la spontaneite, du poids de la paysannerie etc font que l’analyse reste substantiellement biaisee. C’est ce que notait un communiste Vietnamien dans une analye de 1961. Connolly reste un penseur tres eurocentrique. Les seuls ecrits sur le monde extra-europeen sont pour defendre les Boers en Afrique du Sud et une serie d’articles defendant le caractere progressiste du colonialisme allemand en Afrique et de Karl Peters. (il va jusque a avancer que si le Kaiser n’est pas socialiste il est beaucoup plus a gauche qu’on ne peut le penser) On ne trouve nulle part dans ses ecrits des references aux mouvements coloniaux ou ce que on appellerait aujourd’hui les nationalismes du tiers monde, mais des articles elogieux sur la politique socialiste coloniale du SPD. (il a aussi ecrit qu’il etait en faveur de la creation d’un pays pour les Israelites en Palestine) Bien sur, les ecrits de Connolly ont ete falsifies et deformes pour le transformer en « cheval de troie » leniniste, via quelques articles et extraits cherchant a assimiler les positions de Connolly et Lenine. Vu que peu de gens ont acces aux ecrits et etudes de et sur Connolly en dehors du materiel original il est difficile pour beaucoup de realiser la realite de ce qu’etaient ses idees.

  11. Liam dit :

    A noter que pour moi le personnage le plus progressiste et interessant de 1916 est Roger Casement. Son role dans l’exposition des realites du colonialisme au Congo de Leopold, du traitement des Indiens de la foret Amazonienne, etc etait avant tout internationaliste. C’est de Casement que Joseph Conrad s’etait inspire pour creer le personnage du Colonel Kurz dans In The Heart of Darkness.

  12. Liam dit :

    Attn. Mohammed – voici un appel de republicains irlandais sur la situation en algerie publie en 2001 dans The Irish News

    Nine years ago a military coup by the Algerian armed forces ousted the country’s president and contemptuously dismissed Algeria’s only democratic election. Since then as many as 200,000 people may have been butchered.

    Malika Matoub, the sister of the singer Lounès Matoub, who was assassinated in 1998 recently said of the Algerian military that ‘they shoot unarmed people. They fire at balconies, on children. We are pacifists and will remain so’.

    The Italian judge Ferdinando Imposimato, who investigated the 1978 assassination of the former Italian Prime Minister Aldo Moro and the 1981 attempted assassination of Pope John Paul II, has written that ‘there has always been a hidden centre of power in Algeria … It has acted with extreme cynicism to shape the course of events. It has locked up society, it has liquidated opponents, within and outside the system.’

    He points out that in spite of such, at the start of this year the European Union gave Algeria euro 8,000,000 to assist in ‘international co-operation in the anti-terrorist struggle’. The aid was made without any reference to human rights.

    We support the call made by French and North African writers, artists and human rights activists for an international commission of inquiry into the appalling situation that exists in Algeria. We also call on those with the ability in Ireland to raise the matter at the highest level. The experience of Rwanda should remind us that self-serving and calculated silence is a fertile breeding ground for genocide. What role does Ireland want to play in a European Union that helps finance atrocity?

    Tommy Gorman
    Marian Price
    Brendan Hughes
    Carrie Twomey
    Liam O’Ruairc
    Anthony McIntyre

  13. Mohammed T. dit :

    Merci Liam pour ces éléments d’information. L’eurocentrisme de James Connolly ressemble étrangement à celui de Karl Marx lui-même (cf. ses textes sur l’Algérie, l’Inde). Même si il y a des aspects plus ou moins intéressant, il est vrai qu’il faut attendre Lénine pour que le marxisme se dote d’une pensée révolutionnaire et opérative à l’endroit de la question nationale dans les pays de la périphérie colonisé. Or, il me semble que l’Irlande est le seul grand exemple d’une colonisation brutale d’une puissance européenne à l’intérieure même des frontières de l’Europe. C’est cette singularité irlandaise qui fait que l’Irlande et ses figures (comme James Connolly) vont avoir un écho impressionnant dans les pays du Sud (jusqu’à, par exemple, cette grande grève de la faim de prisonniers palestiniens, au début des années 1980 avec les prisonniers irlandais). Le rapport britannique à l’Irlande est de nature éminemment coloniale. D’où le fait que la révolution irlandaise prend la forme d’une révolution anticoloniale. Maintenant, il se trouve que l’irlande est en Europe et que, donc, culturellement, elle porte l’empreinte de l’eurocentrisme. Le « lien » avec le sionisme mérite aussi d’être posé dans ce contexte. On sait que des militants de l’Ira, dans les années 1950, avaient lu le livre sioniste The revolt, de Menahem Begin (comme dans les années 1950, avec des militants baques). Mais la question ne se trouve pas là. La question est : ces phénomènes eurocentriques sont-ils des axes structurants ? des dimensions majeures de l’Irlande ? L’essentiel est-il là ? Une autre question ; les militants républicains irlandais (notamment dans le sillage de l’IRSP et de RSF) d’aujourd’hui sont-ils conscients de cette problématique ?

    • Mohammed T. dit :

      Merci aussi pour le texte sur l’Algérie des 6 signataires républicains. Il se trouve que je ne partage pas du tout l’analyse développée. Il s’agit d’ailleurs moins d’une analyse que de la reprise du positionnement de certains groupes de l’opposition algérienne (qui va de l’extrême-droite de la mouvance culturelle berbère (autour de Matoub Lounès) aux sociaux-démocrates du FFS). Si le coup d’Etat de 1992 doit être dénoncé, chose que le texte fait, il ne dénonce nullement la participation des courants islamistes radicaux et jihadistes au cycle de violence et de contre-violence, de terrorisme et de répression qui a ensanglanté ce pays. Pour les signataires, le sang versé ne porte que la marque de l’Etat algérien. C’est mal connaître le pays, ne rien connaître à l’islam radical. Heureusement, il a existé, dans l’Etat algérien et dans la société civile une troisième voie qui refusait la logique du « tout sécuritaire » (répression anti-islamiste des milieux « républicains »-éradicateurs) et la logique de la casse de l’Etat (scénario islamiste, soutenu par certains secteurs géostratégiques occidentaux). Cette troisième voie était celle de la « réconciliation nationale » pour mettre fin à la violence, celle d’un pacte non pas seulement démocratique, mais national-démocratique et antiimpérialiste.

  14. Monier Alain dit :

    Bonjour, tres belle rethorique de Liam et de Mohammedt. J’ai loin d’avoir cette culture si specifique sur ces questions. Toutefois je me hasarderai a signifier que cette technicite m’effraie, non pas quelle ne merite pas d’ etre car, c’est effectivement important, mais cela rentre dans la complexification ambiante, rien de frais, de clair n’emerge de cela. Dire que a tel moment il fallait faire ceci, mais pas cela en vertu de tel schema incontournable me parait tomber dans la preciosite. Faire plus confiance a l’evenementiel en dehors des cliches, me parait etre la vrai definition du Reel. Ce reel qui vous tombe dessus de fait qu’il n’etait pas attendu et qui de plus a permis un rassemblement spontane, sans se demander si telle categorie ou telle autre est entre dans la combinaison. La reside la difference entre ce qui se determine devant nous tous, dont nous partageons l’essentiel, et une prise en main decidee par tel ou tel pouvoir, ce qui est totalement a l’oppose de l’Evenement., fut il de droite ou de gauche suivant les nomenclatures ideologiques.Hasard, determinisme, contingence,necessite c’est encore vouloir codifie le phenomene., le contourner.

    L’Irlande assujetie a l’Europeisme, c’est incontournable comme statut et comme determination. Pour autant l’action humaine est en interference avec d’autres cultures, donc il ne peut y avoir fermeture au reste du monde. Il serait interressant d’arriver a determiner les « Evenementiels » des autres cultures, mais cela parait difficile pour les pays colonises imbriques dans des processus coloniaux. A mon sens et je ne suis pas specialiste de la pensee de Connoly, mais ce que je peux en dire c’est qu’elle etait realiste pour les situations qu’il aprehendait. Ne pas separer le vecu et l’abstraction necessaire pour se diriger vers le but assigne. Oui Lenine fut l’artisan determinant de la question de l’imperialisme en la cernant de tres pret, pour autant face a la realite il ne pu porter son projet, il echoua. Car la terreur qui commenca avec lui, ne permit jamais de trouver un consensus fiable. Les militants Republicain Irlandais doivent aussi affronter avec lucidite, ce que prepare le Marche TransAtlantique, L’Irlande du Sud foncierement Anglophone est en premiere ligne pour faire avancer le Projet. Je croisqu’il y a des priorites, sans quoi les projets theoriques en discution, ne seront plus que des visions archeologiques pour Etudiants en Lettres. Voila un autre point de vue. Libre a vous d’en parler ou d’en ignorer la lecture. Cordialement Alain Monier

  15. Mohammed T. dit :

    Je suis désolé pour cet échange de commentaires avec Liam et pour la « préciosité » du propos, surtout si « rien de frais, de clair n’emerge de cela » ! Je pensais qu’une exploration de la mémoire des luttes, notamment irlandaises, pouvaient nous donner des clés pour mieux ouvrir les chemins des révolutions futures… Evoquer l’eurocentrisme de James Connolly, ou la critique du colonialisme de Roger Casement, ou la militance de ses femmes comme Constance Markievicz, ce n’est pas être dans l’abstraction ou le cliché, c’est, au contraire, se donner les moyens intellectuels, émotionnels, politiques, esthétiques de dire non à l’Empire et de soutenir une solidarité sans faille avec les rebelles d’aujourd’hui.

  16. Monier Alain dit :

    Mohammed T., vous avez pris mon commentaire comme une critique ferme et definitive, alors que ce n’etait pas le cas. Un tel « appareillage » est certe necessaire, meme indispensable et votre competence n’est pas a mettre en cause. Ma seule critique si j’ose utiliser ce concept, en demystifiant en effet celui de « preciosite » par complexite intellectuelle. En fait c’es tl’ordre des priorites qui m’a paru legee. Les bouleversements actuels sont de natures differentes, meme si vous pensez que les finalites doivent se rejoindre. Tous les continents subissent la crise globaliste avec plus ou moins d’aprete, les memes forces oppressantes y culminent et doncs il peut y avoir des raccords de defense entre les oppresses. Le bastion Europe si il n’est peut etre plus un axe decisionnel, il n’en reste pas moins que si l’Alliance Transatlantiqe (qui est depuis des decennies dans les cartons anglos saxons) se confirment (la France semblerait il resterait ferme sur le maintient de certaines de ses determinations, mais oui sur le fond) c’est la fin des « haricots » pour l’expression de toutes differences politiques, culturelles economiques etc. J’exprimais le souhait que l’Irlande divergente contre ces positionnements a un choix a faire. soit verser dans le camp anglo saxon dont le raliement systematique de l’Irlande du Sud via l’Angleterre est etabli. le Nord doit s’en demarquer fermement comme un danger imperieux qui serait comme je l’exprimais, fatal a toutes expressionsz » Evenementielles ». D’autres continents n’en sont pas a ce stade de cloture, de voie de non retour, disons de possibilites de depassements. L’Europe
    destructuree par un centralisme etouffant, n’ouvrirait pas la voie a l’emancipation des Peuples pour autant. Si un sursaut peu avoir lieu, c’est en’Europe malgre toutes les critiques qui lui sont adresses comme representative de l’oppression , mais elle possede encore comme atout fut il a la limite ,celui des libertes formelles
    ce n’est pas rien malgre une certaine indigence sur les terrains c’ est encore une ouverture a « un peut etre ». Mon Europe serait celle ou les Republiques Nationales pourraient exprimer leurs choix d’une meilleure liberte, d’une meilleure repartition des richesses ou l’echange pourrait etre tout autre chose que le libre echange anglo saxon ,afin de reguler le consumerisme ou chacun se verrait la possibilite de mieux articuler « son plus de jouir » comme l’affirme Lacan reconnaissant a Marx d’avoir a travers la plus value mis a jour le mecanisme cache. Si ce n’est le fait que Max en s’arretant au mecanisme, n’a pas pu, vu les raisons des avancees de son epoque, anticiper que la jouissance consumeriste en ete le prolongement et qui de ce fait assigner ainsi a l’individu de posseder en lui a la fois le mal et le remede.. En esperant Mohammed T que vous avez bien compris que ma critique envers vous et Liam n’etait que que tout a fait secondaire et n’affecte en rien le fond qui reste tres ferme sur ses bases . Cordialement Alain Monier

  17. Liam dit :

    Merci pour la participation de Alain Monier (infatiguable!) et Mohamed T. Je reviendrai sur vos propos un autre jour car je suis presse.
    Hors sujet: les « ex-combattants » recoivent £14,258,305.43 entre 2007 et 2013 de l’UE (seulement, ca ne prend pas en compte l’argent recu de Washington et de Westminster
    http://www.londonderrysentinel.co.uk/news/local/prisoner-groups-got-14m-in-out-of-eu-peace-roll-out-1-4955552

    LOYALIST and republican ex-prisoners and their families were the intended beneficiaries of over £14m in EU peace money pumped into Northern Ireland to reinforce a peaceful and stable society since 2007.

    Finance Minister Sammy Wilson stated: “PEACE III funding of £14,258,305.43 has been awarded to groups targeting ex-prisoners and their families.”

    PEACE III is the EU Programme for Peace and Reconciliation in Northern Ireland and the Border Region of Ireland and covers the period 2007-2013.

    Its designed to “promote reconciliation by assisting operations and projects which help to reconcile communities and contribute towards a shared society for everyone.”

    Mr Wilson said other groups that work with victims and survivors who are not necessarily ex-prisoners got almost £20m.

    “PEACE III Theme 1.2, Acknowledging and Dealing with the Past, has a particular focus on addressing the issues of the past, including the needs of victims and survivors,” he stated.

    “To date under this Theme projects specifically targeting victims have been awarded funding of £19,067,354.17.

    “In addition, under Theme 1.1, Building Positive Relations, funding of £520,316.36 has been awarded to projects which identify themselves as targeting victims and survivors,” he added.

    Dans une autre histoire, les tours touristiques « republicains » (hello Benyat!) recoivent 560 000 Euro de l’Etat

    http://www.independent.ie/irish-news/struckoff-ira-prisoner-firm-got-560000-from-government-29177681.html

  18. Liam dit :

    Parlant des femmes
    By Tom Brady– 10 April 2013
    CIRA female assassin plotted to kill six in republican feud
    A female assassin who has pleaded guilty to the murder of a van driver was part of a terrorist hit team planning to kill six members of a rival faction.

    The hit list was drawn up after an internal row split the Continuity IRA and resulted in a deadly feud.

    The plot was revealed last night after 50-year-old mother Rose Lynch admitted her role in the fatal shooting of innocent van driver, David Darcy, after her accomplices mistakenly linked him to the rival group.

    Mr Darcy, a father of two, was shot by two attackers as he was about to reverse his van out of the driveway of his house at Cherry Orchard Avenue in west Dublin to drive to work on the morning of November 28, 2011.

    Blonde-haired Lynch was one of his two killers.

    Her accomplice, a senior Continuity IRA (CIRA) member from west Dublin, has not been charged in connection with the murder.

    The two of them were described by gardai in evidence given in a court bail application as members of a CIRA « active service unit » that intended to murder a total of six people they believed to be linked to a rival faction of the organisation.

    Anti-terrorist officers suspect that members of the hit team, and their bosses, feared their rivals would attempt to overthrow them and attack some of their associates. They decided to « get their retaliation in first », one senior officer told the Irish Independent.

    But while determining their targets, they mistakenly identified Mr Darcy as being involved in an earlier shooting and listed him for attack.

    ‘My daughter is a good Republican – I’m proud of her’

    By Louise Hogan and Brian Kavanagh

    The father of a female assassin has told how he will stand by his daughter, after she pleaded guilty at the Special Criminal Court to murdering a father of two in his driveway.

    Rose Lynch (50) gave a clenched fist salute and exclaimed: « Mna na hEireann, tiocfaidh ar la » as she was led into custody after unexpectedly pleading guilty to the murder of delivery driver David Darcy (39) on the day her trial was due to begin.

    The call was returned by shouts of « you should be ashamed of yourself » and « scumbag » from the public gallery.

    Speaking after the brief hearing at the Special Criminal Court in Dublin, her father, the head of one faction of Republican Sinn Fein, Joe Lynch (72), said his daughter was a « great woman » and a « Republican ».

    « I support my daughter and I’m the proudest man today as I was the day she came into the world, » the Limerick man said, adding the whole family was behind her. « She is a very strong woman and she brings her strength from her commitment to the Republican movement. »

    Republican Sinn Fein is regarded by gardai as the political wing of the Continuity IRA — a claim it denies.

    Mr Lynch said his daughter had pleaded guilty as she « would not deny her membership of the Irish Republic Army. For to deny membership of the Republican Army, she felt she would be doing a dishonour to the volunteers who died on hunger strike. »

    Mr Lynch said: « I’m very proud of my daughter. My daughter was born into a Republican family, my daughter joined Fianna Eireann at the age of five.

    « She sold the Republican newspaper in Limerick city openly on the streets; when she became of age, she joined Cumann na mBan.

    « Then she became a volunteer for the Irish Republican Army. Anything the Irish Republican Army asked her to do, she done like any Republican would. »

    Mr Lynch said: « As far as I’m concerned, as long as there are British soldiers in this country, there’ll be people like my daughter. »

  19. Joe Lynch et Rose Lynch n’appartiennent pas à RSF.

    Ils complotent pour détruire le mouvement de la continuité.

    Libération Irlande s’est déjà exprimé contre cette faction contre-révolutionnaire et ne soutient aucunement Rose Lynch ni aucun membre de leur groupe.

  20. Liam dit :

    (article sur Bible statistique)

    15 years after Good Friday Agreement, and still no peace dividend for Northern Ireland

    By Liam Clarke– 10 April 2013

    Belfast Telegraph

    Northern Ireland is missing out on any dividend from the peace process and Stormont has no strategy to reverse our economic decline, a shock new report has concluded.

    In a bold statement, the author of the second annual Northern Ireland Peace monitoring report said that « this is a lost generation economically ».

    The report issued by the Community Relations Council is a major stocktaking of the Northern Ireland peace process 15 years after the Good Friday Agreement was signed.

    Specially commissioned projections from Oxford Economics for the report suggest that we will not regain 2008 levels of employment until 2025.

    But Paul Nolan, the author of the report, which is published on Wednesday, stressed that the peace itself is unlikely to break down, despite eruptions like the flag protests and the continuing efforts of the dissidents.

    It is the economy that is shaky, however. The report warns that « any optimism has to be tempered by the recognition that shocks from the eurozone crisis or the wider global recession may capsize » the hopes of recovery, even in 2025.

    It goes on: « The growth figures also rely not just on indigenous industries, but on Northern Ireland making itself appealing to outsiders.

    « This is necessary to boost a sluggish tourist industry and to attract foreign direct investment. »

    It notes that our international image took a nosedive as a result of the stormy end to the marching season and the flag protests over the winter.

    Even before that there were signs of difficulty. Despite investment in projects like Titanic Belfast, favourable testimonials by travel writers and the ‘Our Time, Our Place’ campaign, tourist revenue in 2012 actually declined by 12% year-on-year and the number of nights tourists spent here was down by a tenth.

    Wages are also low by UK and Irish standards, especially in the private sector. « We don’t have an innovative economy, » said Dr Nolan. « If you look at the qualifications, you have to ask yourself why any company would want to come here unless they are going to get tax breaks. We don’t have a particularly skilled workforce – 29% of workers have no qualifications whatsoever, and in terms of degrees we are lower than the UK average. Our education system is good at the top end but it seems that the brightest and best are still leaving despite peace. »

    Since 2001, when 159 people took their own lives here, Northern Ireland has moved from having the lowest suicide rate in the UK to the highest. The report notes: « Some of this may be due to the recession, but since the suicide increase began during the economic boom it is probably connected to the undercharged trauma of those who were children at the height of the Troubles. »

    The most vulnerable group is not young men, as is often assumed, but men aged 35-44.

    This the second Peace Monitoring report commissioned by the CRC and some of the trends noted last year continue. The Catholic middle class is still upwardly mobile, and the position of Catholics generally is improving, but an analysis of census and other data shows that Protestants have not been overtaken.

    In fact, analysis of census data shows that 16 out of the 20 most disadvantaged wards in Northern Ireland are majority Catholic.

    At the other end of the scale, the 2001 census showed that 18 of the 20 most affluent wards were predominantly Protestant. By 2011, the latest census, four of these affluent wards had changed to having a Catholic majority. All of them were in Castlereagh, where Catholics appear to have moved into the new housing developments championed by the DUP to revitalise the area.

    The position of women, on the other hand, is slipping back. More female jobs were lost in the recession than male ones, many of them were part-time, and over the last year there has been a marginal decrease in women’s wages from 91% of the male average to 90%.

    In the face of all these problems the report notes that Stormont has been at a loss. Only five Acts were passed in 2012 compared to 28 in 2011, lagging behind the Scottish or Welsh assemblies.

    It speculates that « the failure is partly to do with the continuing focus on symbolic and divisive matters but the Assembly has also found it difficult to make progress on bread-and-butter issues ».

    Dr Nolan said « they are specifically not delivering in the areas of greatest social disadvantage, areas where you see flag protesters and dissident republicans ».

    Old-style politics blind to society’s changing shape

    On Wednesday morning the second annual Peace Monitoring report will be distributed to all 108 of our MLAs. It makes sobering reading for them – an economy in a tailspin and a political class that lacks the levers or the ability to tackle the crisis.

    They must ask themselves whether what they are engaged in is the politics of distraction. Does foregrounding issues like the border poll and flag flying at City Hall help solve society’s problems? Or is it a strategy to divert attention from them?

    Politics has yet to catch up with two of the report’s most striking findings. This is now a society of minorities and there is no longer the automatic identification that once existed between religion and politics.

    This emerges from analysis of the 2011 census data which was published within the last few months. For the first time in history people born into the two main communities are now neck and neck numerically, but that does not translate so neatly into national identity as it once did. Some 48% of us were born into the Protestant community yet considerably less, 40%, consider themselves British.

    There are nearly as many people from a Catholic background, 45%, but here the identification with nationality is even looser than in the Protestant community. Just over half, 25% out of 45%, consider themselves Irish. Another 21% of the entire population consider themselves Northern Irish, and less than one in 10 chose more than one identity. Statistics to be released in the coming weeks will show how this breaks down on the basis of birth community.

    There are implications to being a society of minorities. For instance, it is impossible in a democracy for any one religious or ethnic community to gain dominance. It’s no longer a viable strategy, and generally, people are happy with that.

    To make it even clearer, the rate of sectarian, racist and homophobic violence is falling – people are by and large more at ease living with each other. There is even a modest, unpredicted, increase in mixed housing; surveys show an appetite for integrated education.

    This social change is taking place against a background of economic stagnation, lost jobs and low wages. That calls for a new style of politics, not an attempt to pump new life into divisions which blighted our past.

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