Pâques 2013 – Déclaration de RSF à Belfast

A chairde,

Is mór an ónoir orm a bheith ag seasamh anseo i mBéal Feirsté an Casca seo. Inniu cuimhni linn, ní hamháin ar na Óglaigh a fuair bás i righ seachtaine na Cásca 1916, ach ar gach duine a fuair bás ar son saoirse na hÉireann.

Dans toute l’Irlande en ces jours de Pâques, les républicains se rassemblent dans des cimetières comme celui-ci pour rendre hommage à tous ceux qui sont tombés dans le combat pour une république irlandaise libre et unie. La ville de Belfast est inextricablement liée à l’histoire du républicanisme irlandais. C’est à Belfast que les Irlandais Unis ont été fondés en 1791 et c’est sur la colline de Cave Hill en 1794 que Tone, Russell, Henry Joy et d’autres Irlandais Unis ont fait le serment de « ne jamais abandonner nos efforts jusqu’à ce que soit obtenue l’indépendance de la nation irlandaise et complètement brisée la connexion avec l’Angleterre ». Ceci les mena au grand soulèvement de 1798 qui vit protestants, catholiques et dissenters rejoindre leurs forces pour renverser la tyrannie de la couronne britannique et établir une république irlandaise.

Des milliers de personnes de Belfast et de sa région suivirent le belfastois Henry Joy McCracken, de la victoire initiale à la défaite finale en ’98. Henry Joy fut capturé, pendu et son corps repose aujourd’hui au cimetière de Clifton Street. Dans les années suivantes, les républicains de Belfast ont été appelés mille et une fois à pénétrer le bearna bhaoil, le gouffre du danger, dans le combat pour la république. A l’époque des Fenians, des gens de Belfast se sont placés aux avant-postes de la lutte pour la liberté, comme on peut le remarquer sur ce monument. Denis McCullough avait été président du conseil suprême de l’IRB. Pendant la période de préparation du soulèvement de Pâques, le belfastois Charlie Monaghan faisait partie du groupe de volontaires qui avait pour mission d’aller à la rencontre du navire The Aud, chargé de 20.000 fusils. Hélas, Charlie et deux autres volontaires moururent en chemin dans un accident de voiture, et les armes ne purent pas être débarquées.

Dans des temps plus récents, Belfast a pris sur elle le plus gros du sacrifice. Dans ce seul cimetière, gisent des douzaines et des douzaines de volontaires, hommes, femmes, filles et garçons, qui ont tout donné pour la cause de la liberté de l’Irlande. Ici reposent également nombre d’innocents tués au nom de l’empire britannique. Nous nous souvenons aussi de leur souffrance en ce dimanche de Pâques.

Il y a ceux qui diront que cette ère de souffrance est terminée, que tout cela a finalement valu le coup et que cette paix en toc est une grande victoire. Il n’y aura de paix véritable en Irlande que lorsqu’il y aura la justice et la liberté pour le peuple irlandais. Et ceci ne pourra arriver que lorsque la Grande-Bretagne déclarera son intention de quitter l’Irlande pour toujours. Tout ce qui se situe en-dessous de ce minimum n’est pas une victoire, mais une défaite pour le peuple irlandais. Il est vrai que certains ont pu, dans cette paix en toc, acquérir fortune et renommée, et quelques semblants de pouvoir aussi, mais ces charmantes babioles ont été payées au prix du sang de nos martyrs et de l’honneur de notre vieille nation.

Hier encore, suite à une opération menée contre les forces d’occuation à Lurgan, Martin McGuinness et John O’Dowd ne se sont pas faits attendre pour singer les Britanniques en prétendant que les républicains sont contre la paix. O’Dowd, par le truchement de twitter, a dégoisé que les républicains cherchaient à tuer des civils. McGuinness a dit que l’attaque était futile et ne changerait rien. Où avons-nous entendu ce genre de langage autrefois? L’esclave adopte toujours le langage du maître, c’est un fait indiscutable que nous montre l’histoire. Ces esclaves sont contents de leur servitude parce qu’elle leur a procuré du confort et les a, semble-t-il, élevé au-dessus de la masse de leur compatriotes. Ils exigent la fin du conflit parce que celui-ci dérange leur petit univers, ayant oublié que la cause du conflit est l’occupation britannique, celle-là même qui les salarie, eux et leurs semblables.

Ces gens sont soit des idiots soit des menteurs. Aucune goutte de sang républicaine n’a jamais été versée pour que la Grande-Bretagne continue de nous dominer. Personne n’a bravé les balles britanniques ou enduré les escadrons de la mort de la sale guerre pour la restauration de Stormont. Le but républicain irlandais est resté le même depuis sa fondation il y a plus de 200 ans, dans cette ville : « briser la connexion avec l’Angleterre ». Le slogan « détruire Stormont » est aussi valide aujourd’hui qu’il y a 40 ans. Cette institution est un chaînon dans les fers qui nous attachent à Westminster et à la couronne britannique. Or nous voyons ici le spectacle répugnant d’Irlandais et d’Irlandaises, qui se targuent du nom de républicains et de socialistes, et qui administrent la domination britannique et imposent les coupes budgétaires des conservateurs sur le dos du peuple irlandais.

Cette année marque le centenaire du Grand Lock Out de Dublin de 1913. Cet événement contribua à politiser et à radicaliser le peuple irlandais il y a un siècle. Aujourd’hui, à cause de la recession et de l’effondrement économique engendré par les capitalistes, un avenir rempli de coupes budgétaires dans le domaine de la santé, de l’éducation et les services sociaux fait face au peuple irlandais, ainsi que de nouvelles taxes comme la taxe foncière dans les 26 comtés et la taxe d’habitation dans les 6 comtés occupés. Il est clair qu’une telle solution capitaliste à un problème capitaliste ne peut que provoquer encore plus de souffrances dans la classe laborieuse. Il est également clair que la seule solution juste, au bénéfice du peuple irlandais, est une solution socialiste. Éire Nua et Saol Nua, les deux documents politiques principaux de Republican Sinn Féin, offrent au peuple irlandais la chance de construire une Irlande socialiste, une république irlandaise, qui dans les termes de la Proclamation, « apporte une égale sollicitude à tous les enfants de la nation ».

Les pouvoirs impériaux se rassembleront au mois de juin dans le Fermanagh pour comploter plus avant leur subjugation du monde. En qualité d’internationaliste, Republican Sinn Féin s’est vu obligé de contrer ces menées, c’est pourquoi nous avons organisé un forum anti-impérial qui aura lieu le 14 et 15 juin à Belfast. Des socialistes et anti-impérialistes d’Irlande et du monde participeront à ce qui promet d’être l’un des événements anti-impérialistes les plus significatifs de cette époque en Irlande. Si nous voulons vaincre le grand mal de l’impérialisme, tous les anti-impérialistes amis de la liberté doivent s’unir contre lui. Ce forum doit être considéré comme un flambeau qui rayonne autour du monde et qui dit : « L’Irlande n’est toujours pas conquise, la lutte continue »

De même que nous nous unissons à nos frères et sœurs internationaux contre l’impérialisme, de même les Irlandais doivent s’unir si nous voulons battre l’impérialisme britannique en Irlande. Tous ceux qui aiment la République Irlandaise proclamée par Pearse doivent s’unir autour de la direction du mouvement républicain. Ceux qui ont hérité de Pearse et Connolly seront ceux qui rétabliront la République, et il est clair qu’il n’y a pas de voie pacifique vers la République, quoiqu’en disent les collaborateurs de Stormont et de Leinster House. La Grande-Bretagne nous a toujours refusé ce droit. La voie vers la République est la voie empruntée par Pearse et Connolly, par Joe McKelvey, par Maire Drumm, par Bobby Sands et par tous nos morts honorés. C’est une voie remplie de peines et de douleurs, mais nous l’emprunterons. Que les Britanniques prennent garde, que la peur taraude les entrailles des collabos. Le peuple irlandais va se soulever à nouveau, la République Irlandaise de la Semaine de Pâques va être réalisée. Les rues de cette grande ville, les collines et les champs de ce grand pays se feront une fois encore l’écho du cri de bataille de la République Irlandaise.
An Phoblacht Abú!

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Un commentaire pour Pâques 2013 – Déclaration de RSF à Belfast

  1. peadar dit :

    À peu près à la même époque, le marxiste noir C. L. R. James, qui avait quitté Trinidad pour l’Angleterre, s’engagea dans une formidable entreprise de militantisme politique et de recherche historique qui fit de lui l’une des voix les plus respectées du mouvement panafricaniste et un point de référence fondamental dans le débat qui traversa les mouvements anticoloniaux dans les années qui suivirent. Il est intéressant de lire ce que James écrivait en 1962, traçant un bilan provisoire de ses travaux sur les Antilles : le processus historique connaît dans la région, depuis les origines de la modernité, « une concaténation de périodes non pré-ordonnées de lente dérive, en alternance avec des étincelles de révolte, des bonds en avant et des catastrophes ».

    James attribuait ce rythme syncopé de l’histoire, si différent du progrès linéaire imaginé par le courant dominant de la philosophie moderne, au système de plantation de la canne à sucre, qui « a eu sur le développement des Antilles l’influence la plus civilisatrice et la plus corruptrice que l’on puisse imaginer ». La plus civilisatrice et simultanément la plus corruptrice, écrivait James : une modernité coloniale accomplie avait déjà, au XVIIIe siècle, rendu possible la contemporanéité de la modernité et de la catastrophe, en quoi avait fait irruption à la fin du siècle la nouveauté historique absolue d’une révolution d’esclaves victorieuse. À cette révolution et à son principal protagoniste, Toussaint Louverture, James avait dédié en 1938 un ouvrage fondamental, The Black Jacobins, devenu rapidement un classique du mouvement panafricaniste, largement ignoré cependant de l’historiographie européenne.

    En 1790, quelques mois à peine avant le début de l’insurrection à Saint-Domingue, un colon français, soucieux de rassurer son épouse sur les conditions de vie aux tropiques, pouvait écrire : « Il n’y a aucun mouvement parmi nos Noirs. […] Nous n’y pensons même pas, ils sont absolument tranquilles et obéissants. Une révolte parmi eux est impossible. » Nous pourrions nous en tenir à un commentaire ironique en imaginant quelle fut sa surprise quelques semaines plus tard quand éclata l’insurrection des esclaves. Je préfère pourtant suivre ce qu’en dit Michel-Rolph Trouillot, l’un des principaux historiens haïtiens, installé depuis longtemps aux États-Unis, qui invite à la prudence : « Quand la réalité ne coïncide pas avec des convictions profondément ancrées, écrit Trouillot dans un livre très important, Silencing the Past, les êtres humains tendent à produire des schèmas interprétatifs auxquels ils soumettent la réalité. Ils imaginent des formules qui leur permettent de réprimer l’impensable et de le reconduire dans les limites du discours autorisé. »

    Trouillot ajoute que des affirmations comme celle du colon français « ne se fondaient pas tant sur l’observation empirique que sur une ontologie, une organisation implicite du monde et de ses habitants » ; la conviction que les esclaves africains étaient incapables d’imaginer la liberté, pourrions-nous ajouter, était une parfaite expression de cette double frontière – spatiale et temporelle – autour de laquelle Hegel n’allait pas tarder à formuler sa propre philosophie de l’histoire universelle. Il ne le fit d’ailleurs qu’après avoir pris connaissance de ce qui se déroulait en Haïti, et il s’en est souvenu lorsqu’il s’est agi pour lui de forger l’une des figures emblématiques de la philosophie occidentale : la dialectique du maître et du serviteur.

    http://multitudes.samizdat.net/Temps-historique-et-semantique

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