« Irish Women and Street Politics », de Tara Keenan-Thomson

Source : Nathalie Sebbane, « Irish Women and Street Politics », Études irlandaises, 36-1 | 2011, 202-203

Ouvrage fascinant et très novateur, à la fois dans le domaine de l’histoire des femmes et dans celui de l’engagement politique militant, le livre de Tara Keenan-Thomson prend le parti de se concentrer sur une période circonscrite (1956-1973) et de s’intéresser à la question de l’engagement militant des femmes, à la fois au Nord et au Sud, afin d’analyser l’influence des mouvements dits de rue, street politics, sur l’émergence de la seconde vague du féminisme en Irlande.

Irish-Women-and-Street-Politics-1956-1973-Keenan-Thomson-Tara-9780716530268L’une des spécificités de ce travail est qu’il couvre une période assez peu documentée de l’histoire du pays, à l’exception des Troubles en Irlande du Nord. 1956 voit l’IRA engager et manquer sa border campaign et 1973 consacre l’entrée de l’Irlande dans la CEE. Pourtant, entre ces deux dates, tant sur la scène internationale que nationale, de chaque côté de la frontière, des femmes, issues de milieux différents, répondant à des motivations différentes et utilisant des méthodes différentes, sont sorties de la sphère privée pour s’engager dans la sphère publique. Elles ont lutté pour obtenir des logements décents, pour le respect des droits civiques, pour le droit à la contraception, en descendant dans la rue, laissant un instant de côté leurs responsabilités domestiques, et ignorant les diktats de la société patriarcale dans laquelle elle vivaient. De Dungannon à Dublin, en passant par Derry ou Cork, ces femmes ont bouleversé les schémas de la société et remis en cause un status quo qui semblait voué à la pérennité.

L’analyse de Keenan-Thomson repose sur une multiplicité de sources, des entretiens avec des militantes, des archives de presse, et montre que les événements internationaux et nationaux des années 60 ont favorisé l’émergence de revendications politiques. La place des femmes à la tête de mouvements comme la NICRA, la DHAC ou encore au sein du Sinn Féin, si elle n’a pas immédiatement conduite à une prise de conscience féministe globale, a néanmoins permis que s’opère une prise de parole politique et une remise en cause du « régime de genre ».

La question des liens paradoxaux entre féminisme et républicanisme est très prégnante dans cet ouvrage et l’on constate à quel point l’engagement républicain a freiné le développement de la seconde vague de féminisme, au Nord comme au Sud. Les exemples de Betty Sinclair (NICRA), Bernadette Devlin et Mairin de Burca (Sinn Fein, Irish Women’s Liberation Movement) en témoignent : « Pour Sinclair, le féminisme se ramenait à un point de vue bourgeois qui détournait du but plus important, qui était de réaliser la société sans classes ».

L’engagement militant de rue convenait davantage aux femmes, absentes des instances politiques conventionnelles, dans la mesure où il demandait moins de disponibilité et leur permettait de ne pas abandonner leurs taches domestiques de manière permanente. En outre, surtout au Nord, les femmes ont joué avec le mythe de l’innocence pour abuser les autorités, ce qui a eu pour effet de les éloigner davantage d’un engagement féministe.

Le militantisme des Irlandaises au sein de mouvements radicaux a eu un impact très profond sur les rapports de pouvoir dans la société irlandaise. La notion de genre, par conséquent, est à prendre en compte dans toute analyse des changements sociaux sur la période étudiée. Cet ouvrage rend compte de la transformation des rapports de genre au sein du mouvement républicain, des mouvements pour les droits civiques, et plus généralement, des mutations de la société irlandaise par le prisme de l’émergence du mouvement féministe.

Source : ici

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Un commentaire pour « Irish Women and Street Politics », de Tara Keenan-Thomson

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Ces evenements se situant a peu pres a la meme periode, on eu un impact, un ressenti qui a touche toute une generation Europeenne et Americaine. Ce n’etait pas circonstancie, cette clameur evenementielles a eu donc une portee generationnelle evidente , mais qui pouvez le prevoir.
    Cordialement Alain Monier

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