Les unionistes du Sud

En France, on ne comprend pas bien comment un mouvement qui s’appelle « républicain irlandais» ayant une idéologie de type démocratique puisse avoir un contenu émancipateur, ou être jugé révolutionnaire (par nous, entre autres), dans le monde d’aujourd’hui. C’est compréhensible, puisque nous sommes dominés par la république française bourgeoise barbouillée du sang des communards et des peuples colonisés. Mais le background politique de l’Irlande est différent sous cet aspect. La réalité coloniale, donc anti-démocratique, de l’Irlande fait que la Irish Républic (proclamée par Pearse en 1916, subvertie par le traité de 1921, dont l’armée est l’IRA) est le point de ralliement et d’espoir pour certains « mauvais sujets », aujourd’hui très minoritaires, et un objet de haine pour les partisans de l’ordre établi, qui se voient eux-mêmes comme des Britanniques de l’Ouest modernes et éclairés, et qui considèrent les républicains irlandais comme des mystiques violents, des bandits et des ploucs. Ce point de vue ne se trouve pas qu’au Nord, il est très fort au Sud, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Ce point de vue unioniste du Sud a été soutenu par une école historique qu’on appelle en Irlande « révisionniste ». Voici comme exemple une lettre adressée aujourd’hui au journal The Belfast Telegraph :

Alors que l’année 2016 approche (le centenaire du soulèvement de Pâques), il appartient à tous les démocrates de l’île d’Irlande de réfléchir profondément à l’avenir de ce pays, Nord et Sud. Il est plus que temps de couper tous nos liens avec l’insurrection de 1916 et le chemin carbonisé et sanglant, misérable et funèbre qu’elle a tracée. Tous ceux qui croient en l’état de droit doivent reculer d’effroi devant l’édifice monstrueux de 1916, sanctifié par l’Eglise et l’Etat, trempé dans le sang des innocents et arboré par de lâches intellectuels comme un événement noble et sacré. Si l’on veut vraiment comprendre pourquoi 1916 a eu lieu, les fait sont là, suffisants pour déciller les yeux de tous, à part les fanatiques incorrigibles. Le soulèvement a été une conspiration visant à éveiller l’intérêt pour le programme discrédité de la Fraternité Féniane, au moyen du sacrifice de civils innocents, dont le seul « crime » était de défendre la démocratie contre le terrorisme. Or, nous ne voulons pas boire la ciguë comme ce pauvre Socrate, mais nous voulons défier le soulèvement et biser le sortilège de cette grille de lecture qui a faussé la perception de cette atrocité sans nuance. Il est temps que sur cette île, les citoyens amis des lois retirent au GPO [General Post Office à Dublin, centre du soulèvement de 1916] son statut de pierre angulaire politique, pourvu qu’ils en aient le courage.
PIERCE MARTIN
Celbridge, Co Kildare

Source : ici

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14 commentaires pour Les unionistes du Sud

  1. Liam dit :

    Attention! Tous les « Unionistes du Sud » ne sont pas « revisionistes » et tous les « revisionistes » ne sont pas « unionistes du sud » . A noter que depuis la seconde moitiee des annees ’90, on entre dans une phase « post-revisioniste » (la periode revisioniste va essentiellement de 1972 a 1989) connue aussi sous le terme « pluralisme ». II sufffit de comparer Roy Foster Modern Ireland avec Diarmud Ferritter The Transformation of Ireland pour voir que le revisionisme au moins etait intellectuellement plus serieux que le pluralisme actuel. Le piere martin ecrit tout le tant des lettres aux journaux, en 2006 cela a donne naissance a toute une correspondance que le BICO a publie dansune brochure de 100 pages intitulee « Was 1916 A Crime? » (ed Jack Lane – le frere de Jim). – Note au site: sur Cedar Lounge une nouvelle publication de Jim Lane sur le 50eme anniversaire de la mort au cimetiere de Cork)

    • Merci Liam, l’intro a été modifiée en ce sens. Néanmoins cette lettre au Belfast Telegraph semble plus représentative d’une position révisionniste que pluraliste (dont nous avons déjà pas mal parlé dans le cadre de la nouvelle idéologie dans les 6 comtés)

  2. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Pas facile de comprendre le preambule qui precede le texte envoye

  3. Monier Alain dit :

    au Belfast Tel. Je ne comprends pas ce que vient faire la France dans ce texte, et de plus la designant comme responsable du sang verse contre la commune et y rajoutant son colonialiste. Il me semble pourtant qu’en d’autres circonstances on rencontre plus de discernement sur ces responsabilites. A ce titre il serait peut etre plus judicieux de s’adresser a l’Angleterre et a lui faire porter les responsabilites enormes qui lui incombes mesurable en litres de Sang et en manque aux droits elementaires dont l’Irlande est le meilleur temoin. Cordialement Alain Monier

  4. peadar dit :

    Alain

    Les militants de libération irlande ne se définissent pas comme républicains en france tout en soutenant les républicains irlandais. C’est une difficulté à expliquer. Une clé est donnée a contrario dans le texte : les gens qui sont des « law abiding citizens » en Irlande du Sud, c’est à dire les équivalents des « républicains citoyennistes » en france, se définissent contre la Irish Republic de Pearse. Donc 1916 est dans le même rapport à l’idéologie dominante que la Commune en France.

    Par conséquent, la position de LI, pro-Commune anti république bourgeoise, et pro-1916 et anti Free State, n’est pas incohérente. CQFD

  5. Thomas Münzer dit :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Paul_Cluseret

    Ce communard a aidé les Fenians, je crois que certains Fenians ont participé à la Commune

  6. peadar dit :

    un livre révisionniste de Henry Patterson vient de sortir. Il dit que la campagne de la frontière de l’IRA (1956-62) consistait en de l’épuration ethnique contre les protestants (d’ailleurs je ne savais pas que Patterson était haut-fonctionnaire ‘head of the Northern Ireland Civil Service’)

    http://www.newsletter.co.uk/news/headlines/ira-border-campaign-was-ethnic-cleansing-1-4909522

  7. Monier Alain dit :

    Merci Peadar pour ta reponse. Le terme de Republique aurait il perdu sa signification depuis la Revolution Francaise ? je concois que cette notion a evoluer et je peux admettre une meilleure consistance. Toutefois a mon sens Republique socialiste a perdu sa notation depuis la formulation de l’Union Sovietique. Il faudrait trouver une autre appelation qui ne puisse laisser dans le doute, car meme depuis les orientations de la Liberation Irlandaise, elle ontt perdu de leurs pertinences, ayant ete tire a hue et a dia en formulations diverses pour les militants. A mon sens le mot Republique a un sens qui peut ne pas se contenter de son sens liberal, mais a ce titre elle est une esperance ouverte ferme sur la position de refus d’un abandon face a l’oppresseur, mais qui peut dire ce qu’elle sera sans tomber
    dans l’approximation et l’hesitation bien entendu, mais en laissant la marge ouverte a de possibles notations qui surgirons inevitablement Alain Monier

  8. peadar dit :

    Je t’en prie Alain
    oui bien sûr le signifiant « Republique » a pris des signifiés très très variés selon les temps et les lieux, mais pour rester dans le cas irlandais, la Irish Republic de Pearse et Mellows a gardé une signification pour le coup très claire et antagonique par rapport aux deux états issus de la partition et s’en revendiquer signifier un état de belligérance direct vis à vis de ces deux etats et de l’impérialisme britannique leur maison mère

    ce qui me fascine avec le républicanisme irlandais traditionnel c’est que c’est un peu comme si la Commune de 1871 avait formé un etat (une ‘république sociale’), reçu un adoubement par le vote, puis était devenue un état clandestin auquel ses partisans jurent fidélité jusqu’à aujourd’hui.

  9. Monier Alain dit :

    Bonjour, excellente demonstration de ce que peut etre le signifiant « Commune de Paris ». Un signifiant c’est ce qui tient lieu de sujet. Le signifie serait l’exemple historisque ayant laisse ses marques qui sous tend la realite. Mais ce paramettre sous tend que c’est toujours un signifiant qui tient de signification objective. La Commune serait un referent indeniable qui serait dans une nouvelle realite non pas un retour au signifie, mais a nouveau un autre signifiant, ce qui laisse supposer une incertitude sur la realite. Non pas bien entendu une renonciation referente de ce que fut la realite de la « Commune », mais envisager ce que nos signifiants comme representants du sujet, nous determinent a etre. Walter Benjamin affirmait qu’il fallait reprendre un point d’hisoire inacheve
    pour en concretiser a nouveau la realite. C »est excellent, mais pour autant je pense que la vision de Benjamin est oublieuse
    du parametre determinant, cette reprise ne sera toujours qu’une representation signifiante, c’est a dire une difference essentielle par rapport a l’ancienne realite.
    Pour autant je le repete ton explication signifiante est tres juste. Cette demarche est la meilleure pour avoir une idee claire sur la situation Irlandaise, evitant toute ambiguite. Je ne pourrai pas l’oublier, sans etre sujet a mauvaise foi. Souvent les idees claires sont en fait les plus simples et les plus percutantes. Merci Cordialement Alan Monier

  10. Liam dit :

    1. As-tu lu le livre?
    2. Sais-tu exactement combien traite de la campagne 1956-62 ?
    3. Patterson est prfesseur a U U le fonctionnaire est quelqu’un d’autre
    4. Sur base des 3 points plus hauts plus de prudence necessaire. Par contre voir le debat entre Patterson et Robert White dans Terrorism and Political Violence sur le meme sujet. De plus ce n’est pas la le sujet central du livre

  11. peadar dit :

    1.Non je ne l’ai pas lu le livre, seulement l’article sur son lancement dans News Letter (unioniste).
    2. donc non je ne sais pas la taille du chapitre sur 56-62
    3. Oui j’ai confondu Patterson avec Sir Kenneth Bloomfield, le mandarin avec le bureaucrate

    Je parle donc sans enquête, mais je réponds néanmoins que même si les chapitres concernant la Border Campaign sont une petite partie du livre cela ne change rien politiquement. Les sommités unionistes sont ravies de piocher ce qui les intéresse (c’est de bonne guerre) et de voir qu’un universitaire leur donne une caution scientifique et, de son côté, cet universitaire n’a pas l’air d’avoir protesté contre les commentaires du haut fonctionnaire: “I welcome recognition of the IRA’s campaign against border Protestants/unionists, which was ethnic cleansing.” Sir Kenneth Bloomfield.

    La seule question valable est : Est-ce qu’on peut considérer les troubles à la frontière dans cette période comme une politique de purification ethnique? Je n’ai pas de réponse!

  12. Liam dit :

    Voici la reponse

    Graham Dawson, Ulster-British identity and the cultural memory of “ ethnic cleansing ” on the Northern Ireland border, in Helen Brocklehurst and Robert Phillips (eds), History, Nationhood and the Question of Britain, Basingstoke and New York, 2004
    and
    Graham Dawson, Making Peace With The Past ? Memory, trauma and the Irish Troubles, Manchester University Press, 2007, 217ff

    His conclusion is this:

    “ The term ‘ethnic cleansing’ was first used publicly to the war in Northern Ireland in summer 1992…The Orange Order took up the theme, which, it suggested, ‘provides an excellent platform to put the Unionist case across’, and its newspaper The Orange Standard began to deploy the term ‘ethnic cleansing’ to represent the complex issue of population movements during the Troubles, claiming that ‘up to 100 000 Ulster Protestants have been driven from their homes during the past twenty years by the IRA and other republican organisations’. This narrative was deployed to reverse what had long been perceived by Unionists as the hostility and indifference of the public media…to the Ulster Protestant people, by encouraging sympathetic identification with their plight. … Having achieved currency in the latter part of 1992, the term ‘ethnic cleansing’ was consolidated in Protestant and Unionist responses to the release of the 1991 Census figures, which showed ‘a move away from the Border in general…Protestants are moving inland…finding safey in villages or ‘fortress towns’ where the vast majority of the population is Protestant.’ … Such claims have been rejected by Irish nationalists in the Border areas, and especially by Republicans, who have always insisted that the IRA’s military campaign was politically motivated and ‘non-sectarian’, being directed against the British state rather than against Northern Irish Protestants. .. Indeed, the emotive resonance of ‘ethnic cleansing’ is such that not all Unionists and Loyalists endorse the terms’ use, while others sometimes betray a certain equivocation or unease about its validity even as they deploy it. The Orange Order’s claims certainly rest on a questionable treatment of evidence. While migration, including Protestant migration away from the Border is a reality, this is due to a range of factors, including rural youth unemployment, as the Order itself has acknowledged. … In arriving at its figure of 100 000 Protestants displaced since 1972, the Orange Standard compounds the relatively small number of migrations out of the rural Border areas…together with the differently determined exodus of Protestants from the urban centres of Londonderry and Belfast. Recent analyses of the victims of violence, in which deaths caused by the IRA are considered in the context of broader patterns of violence during the Troubles, contradict suggestions either that Protestant civilians have been uniquely targeted during the conflict or that the IRA has been engaged in an ethnic war by directing its armed operations uniquely against Protestants. The patterning of violent death is clearly more complex than Unionist claims about ‘ethnic cleansing’ allow. In the course of the Troubles, Border Protestants and Unionists have been subjected to a politics of intimidation and terror, but this has not taken place on a scale, nor with the consistency of pattern, to warrant the description of ‘ethnic cleansing’. ” (218-220)

  13. peadar dit :

    merci🙂
    je suppose que ce qui est vrai pour la période 68-98 l’est aussi pour la campagne de la frontière

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