Débat sur la course au lièvre en Irlande

Dans les colonnes du courrier des lecteurs du mensuel Saoirse, s’est livré une controverse intéressante sur le bien-fondé de la coutume de la course au lièvre : une course de lévriers qui courent par deux après un lièvre. Elle oppose un partisan de la protection animale à un membre d’un club de course au lièvre.

Texte 1 : « Finissons-en avec les jeux sanglants »

A chara

Quelle est cette attirance que certains éprouvent devant le spectacle d’un autre être sensible qui lutte pour sauver sa vie ? Pourquoi tant d’êtres humains se rejouissent à la vue d’une créature vivante en train de se faire tourmenter? Dans la Rome antique, le Colisée abritait ce type de jeux sanglants. Les empereurs romains, les uns après les autres, et des foules de spectateurs frénétiques, s’égosillaient et applaudissaient lorsque les hommes et les fauves se combattaient dans l’arène. Qu’il s’agisse de combats homme contre fauve, homme contre homme, fauve contre fauve, il y avait toujours une audience avide de ces vils spectacles d’inhumanité. L’année 2013 est très éloignée de l’époque de Néron et de Caligula, et de tous ces despotes d’antan qui s’abreuvaient de brutalité jusqu’à la lie. Cependant, les sports sanglants ont toujours leurs aficionados.

A partir du samedi 2 février, se tiendra le Festival National de la Course au Lièvre à Clonmel, dans le comté de Tipperary. Il s’agira du plus grand show de toute la saison de course au lièvre, la grande finale pan-irlandaise de course avec appât vivant. Les fans pousseront des cris de joie devant les lièvres poursuivis par des paires de lévriers. Bien que ceux-ci portent des muselières, les lièvres peuvent être frappés, se faire briser les os, être meurtris, coincés au sol, roués de coups par ces animaux plus gros, plus rapides et plus forts. Tout contact de ce type avec les lévriers peut aboutir chez le lièvre à une agonie de douleur ou des blessures irréversibles.

Les lièvres utilisés dans les courses peuvent mourir, après la course, d’un trop grand stress, chose habituelle chez des animaux ayant été capturés et enfermés en cage. Le lièvre est une créature sauvage, qui n’est pas habituée au confinement prolongé dans ces enclos grillagés et ces petites caisses, où les clubs de course les enferment. La course de Powerstown Park va devenir pendant trois jours le petit Colisée irlandais. Aucun homme de la stature d’un roi ou d’un empereur ne dominera l’assemblée, sauf peut-être quelques uns de ces politiciens qui ont toujours promu ces courses comme étant du sport. A la place des chars romains, on y verra des voitures 4X4 et les vans Hiace vont déverser leurs fournées de parieurs tirés à quatre épingles et autres connaisseurs de la « chasse ».

Peut-être qu’un jour nous aurons un gouvernement qui aura le courage de bannir cette obscénité. En attendant, les protestations continueront. Les groupes de défense des animaux envisagent de faire des manifestations devant le champ de course et devant Leinster House, le même jour. En ce qui me concerne, je pense qu’une bonne façon de protester serait de se déguiser en empereur Néron, qui était le suprême amateur de jeux sanglants. Se tenant aux portes de Powerstown Park, il pourrait tenir l’indispensable lyre dans une main, et dans l’autre, une pancarte disant : « Je n’ai pas disparu, sachez-le » [allusion moqueuse à une célèbre réplique de Gerry Adams en 1995, au sujet de l’IRA : « They haven’t gone away, you know »]

John Fitzgerald, du comté de Kilkenny (Saoirse, février 2013, p. 12)

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Texte 2 : « La course au lièvre en Irlande »

A chara

Je vous écris pour répondre à une lettre que vous avez publiée dans le numéro de février de Saoirse, qui avait trait à la course au lièvre en Irlande. Je voulais dire que je suis, comme beaucoup d’autres personnes, opposé à la cruauté. Toutefois, contrairement aux adversaires de la course au lièvre, j’ai l’expérience de tous ses aspects, de la capture à l’entraînement, de la course à la libération finale de l’animal, qui est ainsi pris en charge et protégé pendant une année. Je n’ai jamais rien observé qui ressemble à la cruauté qui avait cours au Colisée de Rome, pour reprendre la comparaison de l’épistolier du mois dernier.

Le lièvre est attrapé au moyen d’un filet. Il ne passe pas plus d’une minute dans ce filet, on le met ensuite dans une cage, du type de celle qu’on utilise pour transporter les animaux domestiques ou sauvages. Il n’y passe pas plus de trois ou quatre heures avant d’être vacciné. Ensuite, on le relâche dans un grand enclos qui simule l’environnement naturel d’un lièvre et qui le protège des prédateurs. Cet enclos, connu sous le nom de parc à lièvre, est gardé par les membres du club.

Avant les courses, les lièvres sont libres de vaquer dans le champ de course pour se familiariser avec les endroits où ils pourraient prendre la fuite. Deux fonctionnaires de la faune sauvage sont présents le jour de la course pour vérifier l’état des lièvres et s’assurer qu’il n’y a pas de problèmes, ce qui n’arrive jamais. Après la course, les lièvres sont rassemblés et comptés par les fonctionnaires de la faune sauvage, puis sont relâchés sous la supervision de ces fonctionnaires, à l’endroit même où ils ont été attrapés. De leur côté, les membres des clubs de course assurent la garde de ces lièvres pendant toute l’année, sur des terrains préservés.

Aucune autre organisation ne consacre autant de temps, d’efforts et de soins pour le bien-être de ces animaux. Les membres des clubs empêchent les braconniers de chasser ces lièvres et s’assurent que les lièvres vivent en sûreté. Parmi les milliers de personnes qui vont au festival annuel de la course au lièvre à Powerstown Park, nombreuses sont celles qui consacrent leur temps à la protection des lièvres. Je me demande combien de temps ces protestataires, qui sont restés une heure devant les portes du parc, passent à protéger les lièvres, ou combien de temps l’épistolier du mois dernier a passé avec des braconniers.

PJ Kehoe, membre du club de course au lièvre de Wexford (Saoirse, mars 2013, p. 12)

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2 commentaires pour Débat sur la course au lièvre en Irlande

  1. Séb dit :

    Ces lièvres ont-ils tant besoin que cela que qui que ce soit s’occupe d’eux? Ne peuvent-ils pas vivre tranquillement dans la nature?

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