Le Ku Klux Klan et le fascisme (1982)

Discours prononcé par Ken Lawrence, membre de la Sojourner Truth Organization – à l’occasion de la Conférence du Réseau National Anti-Klan, le 19 juin 1982 à Atlanta (Etats-Unis). Le texte a paru dans la revue Urgent Tasks #14.

Notre mouvement a fait du bon travail en examinant le cours de ces 115 années de terreur raciste du Ku Klux Klan. Nous avons montré comment il s’est développé et comment il a pu être arrêté dans le passé. Nous avons assez bien assimilé la plupart des leçons de l’histoire et nous les avons mises en pratiques de plusieurs manières. Cela dit, si vous voulons mener à bien une stratégie vraiment capable de contrecarrer le Klan, il nous faut comprendre que le Klan, même s’il est resté cette organisation qui pratique la terreur raciste depuis 115 ans, n’est plus exactement le même aujourd’hui qu’il y a 115 ans. De nos jours, le Ku Klux Klan est probablement (j’utilise ce terme parce que certains ont des doutes là-dessus) le principal groupe fasciste militant aux Etats-Unis. C’est un tel lieu commun pour nous que nous n’y pensons plus, mais je vous demande d’y penser un instant… parce que le Klan n’a pas toujours été une organisation fasciste.

Il est vrai qu’il a toujours été une organisation terroriste raciste, mais pas toujours une organisation fasciste. Le Ku Klux Klan est né en 1866. Le fascisme, de son côté, a attendu l’assombrissement de l’Europe dans la Première Guerre mondiale pour naître de ses décombres. Le Klan était là un demi-siècle avant la naissance du fascisme, et le Klan a appris beaucoup de choses aux fascistes à leurs débuts. A cette lumière, essayons de comparer la politique du Klan lors de ces résurgences passées, et sa politique, ses objectifs et ses stratégies aujourd’hui. Comme Randy Scott-McLaughlin nous l’a rappelé tout à l’heure dans son excellente présentation, le Klan des années 1860 était dirigé par le général Nathan Bedford Forrest, de l’armée des Confédérés.

deathLa stratégie militaire de Forrest, comme tout Sudiste le sait, était de « foncer dans le tas en masse » – il n’est pas reconnu parmi les grands génies militaires. Il semble qu’à peu près un tiers des comtés du Sud portent son nom. Des rues portent son nom, des lotissements aussi, et des jardins publics. Il est partout.

Mais qui était le général Forrest ? Avant la guerre civile, il était le plus gros marchant d’esclaves de Memphis, et pendant celle-ci, il devint le plus grand criminel de guerre en ordonnant le massacre de la garnison qui gardait Fort Pillow, formée de troupes noires qui s’étaient rendues à ses armées, de beaucoup plus nombreuses. Plutôt que d’accepter leur reddition, il ordonna de les passer au fil de l’épée jusqu’au dernier, et se réjouit dans son journal que leur sang avait rougi le fleuve Mississippi. Voilà qui était le général Forrest.

Lorsqu’il prit la direction du Klan en 1867, il s’agissait de continuer sous forme de guérilla la guerre qu’il avait menée en tant que général confédéré. En somme, il échangeait la tunique grise contre la robe blanche. Le premier Klan, donc, était un mouvement pour la restauration de la Confédération. L’Empire Invisible [surnom du KKK] était autre chose lorsqu’il refit surface dans les années 1920. Il s’agissait davantage d’un mouvement bourgeois et WASP-de-souche [‘nativist’].

Comme le film du Southern Poverty Law Center le montre bien, le KKK aurait pu aller plus loin à l’époque, non seulement parce que dans de nombreux endroits il fallait être un membre du Klan pour être élu, ou avoir au moins son assentiment, mais aussi parce qu’il a failli prendre le contrôle des partis Démocrates et Républicains, dans différentes conjonctures. Voilà le genre de mouvement que c’était : un mouvement de droite, suprématiste blanc, mais essentiellement bourgeois et conformiste. C’est-à-dire qu’il cherchait à prendre le contrôle de la politique étatsunienne par le truchement de son appareil politique légal et traditionnel et par la conquête du maximum d’Etats et de gouvernement locaux.

Lorsque le Klan refit son apparition dans les années 1960, il s’agissait d’un mouvement rétrograde pour la préservation des institutions les plus spécifiques et les plus réactionnaires du Sud blanc et ségrégationniste. C’est sous cette bannière, représentée par le drapeau de bataille de la Confédération, qu’il apparut et mit en œuvre ses passages à tabac, attaques à la bombe, lynchages, mutilations et castrations. Aujourd’hui, il s’agit encore d’autre chose : il combat autant sous la bannière de la croix gammée, la svastika nazie, que sous le drapeau de la Confédération. En réalité, le génie des dirigeants actuels du Klan est d’avoir réussi à faire fusionner ces deux mouvements en un seul et d’avoir créé une idéologie cohérente à partir de ces deux courants divergents.

Le mouvement fasciste a une histoire à part dans ce pays. Je ne peux pas la restituer dans cette causerie, mais il faut en toucher quelques mots pour comprendre cette situation. Le mouvement fasciste naquit sous les auspices du Dearborn Independent, le journal d’Henry Ford. Les fascistes d’aujourd’hui, je veux dire les Nazis et le Klan, considèrent son livre, The International Jew, comme une de leurs bibles. Henry Ford, comme tout écolier le sait, est un héros des Etats-Unis, un exemple à suivre.

Bates_1941

Protestation devant l’usine de River Rouge en 1941

La vérité est que Ford a construit son empire automobile sur le modèle de la dictature fasciste d’ordre nouveau qu’il appelait de ses vœux pour la société toute entière. Il avait même établi une double ville-usine, une pour les blancs et une pour les Noirs. Inkster était la banlieue noire de Dearborn, dont le centre-ville blanc était l’usine Ford de River Rouge, la plus grande usine du monde à l’époque. Ce micro-Etat fasciste ne fut brisé que dans les années 1940, sous les coups du syndicat CIO.

Ce mouvement, fondé par Ford, qui se développa dans les années 1930, était le mouvement fasciste, pas le Klan. Il est bon de se souvenir que l’un des plus grands mouvements de masses aux Etats-Unis, un des rares mouvements, hors des partis politiques traditionnels, capables de remplir Madison Square Garden à cette époque, était le Christian Front du Père Coughlin. De son côté, Huey Long a construit un mouvement du même type en Louisiane, dirigé par le fameux antisémite Gerald L. K. Smith, qui fut par la suite l’un des artisans de la reconstitution du mouvement fasciste dans les années 1950 et qui le rapprocha du Ku Klux Klan pendant une période.

Il faut comprendre non seulement l’histoire du Klan, mais aussi l’histoire du mouvement fasciste, qui est assez indépendante, et qui ont fini par fusionner en un seul mouvement, donnant lieu à une idéologie fort différente de celle de la Confédération de Nathan Bedford Forrest, ou de l’idéologie WASP-de-souche de David C. Stephenson, leader du Klan dans les années 1920 et principal artisan de sa renaissance, ou même encore de celle du Klan des années 1960, celui de Sam Bowers et Robert Shelton.

Aujourd’hui, nombre de ces figures-clefs des années 1960 ont accepté cette nouvelle idéologie fasciste, qu’eux-mêmes ne professaient pas dans le cadre du Klan d’autrefois. Ainsi est apparu le United Racist Front en Caroline du Nord, le groupe qui a perpétré le massacre de Greensboro et qui représente, à mon avis, le point culminant de la capacité de fusion de ces deux mouvements. Le Ku Klux Klan n’est pas devenu fasciste du jour au lendemain, ce développement a été tortueux.

Evidemment, les racistes, même lorsque des points importants de leurs idéologies respectives les divisent, ont des points d’accord politiques considérables, chose dont ils sont conscients. Il n’est donc pas étonnant que Gerald L. K. Smith, un des leaders fascistes des années trente, ait été un proche associé du Klan des années cinquante et soixante, dont l’idéologie empruntait beaucoup à son journal, The Cross and the Flag. La première tentative de fusion des deux mouvements eut lieu en 1940, à Camp Nordland dans le New Jersey. Le German American Bund et le Ku Klux Klan s’y rencontrèrent : 3.500 personnes sous une croix enflammée. L’antisémite Edward James Smythe présidait cette rencontre, fruit de trois années de travail d’organisation. Arthur H. Bell, Grand Géant du KKK, serra la main d’August Klapprott, vice-président du Bund, qui déclara : « Les principes du Bund et du Klan sont les mêmes ».

Cependant, la fusion des deux mouvements ne se fit pas. Un orage de publicités défavorables força James Colescott, Sorcier Impérial du Klan, qui pourtant avait autorisé la participation au meeting de 1940, à se rétracter et à répudier les Nazis. Pour finir, la littérature de Colescott fait apparaître le fascisme dans la liste des « ismes » étrangers et officiellement répudiés par le Klan. Le rêve de Smythe était mort-né. Cependant, il semblait aux Nazis les plus engagés que le KKK représentait la voie la plus praticable vers le pouvoir. Parmi eux, un certain J. B. Stoner, qui avait été Kleagle du Klan dans le Tennessee pendant la Deuxième Guerre mondiale, mais qui participait aussi au National Anti-Jewish Political Party et distribuait les Protocoles [des Sages de Sion].

En 1958, le National States Rights Party (NSRP) fut fondé par Edward Fields, qui avait travaillé avec Stoner dans les années 1940, et par Matthias Koehl (qui succédera à George Lincoln Rockwell à la tête de l’American Nazi Party). Stoner ne cachait pas ses sympathies nazies : il avait dit en 1946 au journal Atlanta Constitution qu’Hitler avait été trop modéré et que son parti voulait « faire de la judéité un crime, punissable de mort. ».

Stoner avait étudié le droit avec James Venable, le leader du Klan d’Atlanta. Mais pendant les débuts du NSRP, Stoner n’avait pas un rôle très important (c’est lui qui a été jugé coupable de l’attaque à la bombe de l’église de Birmingham en 1958), puis il devint président national et porte-parole de ce parti. C’est lorsque le United Racist Front, organisation chapeautant le Klan et les Nazis formée en septembre 1979, perpétra le massacre de Greensboro en novembre de cette année, que Stoner et Fields, leaders du NSRP sentirent l’opportunité de hâter le développement fasciste du mouvement tout entier. Fiels mit sur pieds le New Order Knights of the Ku Klux Klan, combinant les deux mouvements dans ce nouveau nom. Bien que des observateurs du Klan comme la Anti Defamation League aient considéré ce groupe comme une scission relativement insignifiante, il s’avéra que cette tactique était perspicace.

Le New Order Klan matérialisa sa politique en organisant un syndicat, qui appela à la grève contre l’embauche de travailleurs mexicains dans l’usine de Zartic Frozen Food à Cedartown en Géorgie, puis en mit en avant « l’unité du Klan » en invitant les leaders des diverses factions du Klan à un meeting en l’honneur des deux tueurs de Greensboro. Ces initiatives payèrent, puisque les leaders locaux du Klan, les uns après les autres, se rangèrent du côté de Stoner et Fields.

Mais quelle est la différence entre cette nouvelle mouture du Klan et les anciennes versions dont j’ai parlé ? Cette différence, c’est une chose que j’ai appris en lisant les écrits de David Edgar, est que le rôle du racisme et de l’anti-sémitisme, le rôle du bouc-émissaire en général, est très différent dans un mouvement fasciste et dans un mouvement de droite conservatrice traditionnelle ou du type du Klan d’autrefois. Je veux dire par là qu’il ne s’agit pas de mettre les gens à leur place. Il ne s’agit pas d’en faire une classe inférieure et d’exploiter ou de sur-exploiter leur travail. Il s’agit de faire un génocide. Il s’agit d’extermination.

graf14J’appelle toutes les personnes ici présentes à acquérir le manuel de stratégie nazie-klanesque actuel, pour comprendre de quel type de stratégie il s’agit. Ce livre est le roman Les Carnets de Turner [‘The Turner Diaries’], écrit par William Pierce de la National Alliance, sous le pseudonyme d’Andrew MacDonald. C’est un appel frappant à la prise du pouvoir. Au niveau de l’histoire littéraire, ce serait une sorte d’envers du Talon de Fer. Là où Jack London revient sur une révolution qui a eu lieu dans un temps postérieur au nôtre, pour montrer son horreur, William Pierce utilise le même genre de procédé pour montrer comment ce genre de révolution qui créé l’Ordre Nouveau se met en place.

En lisant ce livre, vous verrez que la stratégie de prise du pouvoir qu’il décrit est très semblable à celle que les Nazis ont suivie en Europe, et qui a été résumée par le fasciste français Michel Faci – nom de guerre LeLoup – sous le titre de « stratégie de la tension ». L’attentat de la gare de Bologne et d’autres attaques du même genre sont des tentatives de déstabilisation sociale qui arrive lorsqu’un mouvement fasciste considère qu’il a atteint la respectabilité maximale et qu’il est temps désormais de polariser la société et de se construire sur la base des peurs, des tensions et du désarroi qui peuvent être générés en heurtant le train-train politique normal. Telle est la politique qui sous-tend Les Carnets de Turner.

L’intrigue commence après une période de difficultés et de répression dont est victime la droite, suite à une attaque à l’explosif contre l’immeuble du FBI à Washnigton. S’ensuit une guerre nucléaire, lancée non par le gouvernement, mais par les fascistes qui ont réussi à prendre le contrôle de l’arme atomique. Je vais vous en lire quelques passages. Pierce compose beaucoup de dialogues où l’on voit bien la différence entre son mouvement d’un côté et les conservateurs de l’autre. Il personnifie toujours ses idées politiques, comme tout bon romancier.

« Il ne comprenait pas que l’un des grands objectifs de la politique terroriste, toujours et partout, était de forcer les autorités à mener des représailles et à devenir plus répressives, ce qui a pour effet de lui aliéner une portion de la population et de créer de la sympathie pour les terroristes. L’autre but est de détruire le sentiment de sécurité existant dans la population, ainsi que sa croyance en l’invincibilité du gouvernement. »

D’autres passages du roman montrent la volonté de déstabiliser la société, et voient cette déstabilisation de la même façon que le document secret du National Front britannique qui décrit la situation qu’ils anticipent en Angleterre. Le point culminant de cette phase est décrit en ces termes :

« 1er août 1993. Le Jour de la Corde a eu lieu aujourd’hui — une journée sinistre et sanglante, mais une journée inévitable. Cette nuit, pour la première fois depuis des semaines, tout est calme et complètement pacifié dans tout le sud de la Californie. Mais la nuit est remplie d’une horreur silencieuse; des centaines de milliers de réverbères, de poteaux électriques et d’arbres à travers cette vaste métropole, prennent de sinistres formes. Dans les zones éclairées, on voyait des corps pendus partout. Même les feux tricolores aux intersections avaient été réquisitionnés, et pratiquement à tous les coins de rue où je suis passé, en me rendant au QG, il y avait un corps se balançant, quatre à chaque intersection. A environ un mile d’ici, un groupe d’environ 30 corps se balance d’une simple passerelle, chacun avec une pancarte identique autour du cou portant la légende, « j’ai trahi ma race ». Deux ou trois d’entre eux avaient été parés de robes académiques avant d’être pendus sur le campus, car tous étaient apparemment membres de la faculté UCLA toute proche. »

Voici comment cela a été mené à bien :

« Nos escadrons investirent soudain plusieurs centaines de pâtés de maisons à la fois. Cette opération eut lieu dans une cinquantaine de quartiers résidentiels différents, dans une parfaite synchronisation. Chaque chef d’escadre possédait une longue liste de noms et d’adresses. La musique retentissante s’arrêta brusquement et fut remplacée par le bruit de milliers de portes brisées, enfoncées à coups de pied.

C’était comme les Opérations Flingues d’il y a 4 ans, seulement à l’envers — et le résultat fut à la fois plus rigoureux et plus permanent pour ceux qui furent arrêtés. Deux solutions se présentaient pour ceux que les troupes avaient traînés dans la rue. S’ils étaient métèques — et cela inclus tous les juifs et même tous ceux qui paraissaient avoir une hérédité métisse — ils étaient poussés dans les colonnes précipitamment formées et commençaient leur marche sans retour vers le canyon dans les collines au Nord de la ville. La moindre résistance, toute tentative de pourparlers ou de se cacher, se soldait immédiatement par une balle. Les Blancs, d’autre part, furent dans presque tous les cas pendus sur-le-champ. L’un des deux types de pancartes pré-imprimées était accroché autour du cou des victimes, leurs mains étaient rapidement attachées dans leur dos, une corde était lancée par-dessus une branche convenable ou un poteau indicateur. L’autre bout était noué autour de leur nuque, et était tiré vers le haut sans autre forme de procès. Puis les corps étaient laissés là, dansant dans les airs, tandis que les soldats allaient au prochain nom de leur liste.

Les pendaisons et la formation de la colonne de morts durèrent pendant environ 10 heures sans interruption. Quand les troupes finirent leur sinistre besogne, tôt dans l’après-midi, et commencèrent à retourner aux baraquements, la zone de Los Angeles était entièrement pacifiée. Les habitants des quartiers ,dans lesquels on ne pouvait s’aventurer en sécurité la veille, tremblaient derrière leurs volets clos aujourd’hui, effrayés à l’idée d’être aperçus à travers les fentes. Tout le long de la matinée, il n’y eut aucune réaction spontanée ou organisée à grande échelle contre nos troupes et cet après-midi, le désir même d’opposition s’était évaporé. »

C’est un peu plus que vous n’auriez souhaité en entendre, c’est plus que ce que je voulais examiner, mais je pense qu’il est important de comprendre la teneur de cette stratégie. Ce n’est pas la même chose que faire exploser une église ici, lyncher un partisan des droits civils là, pour que les gens restent à leur place. Il s’agit de prendre le contrôle de la société toute entière, d’exterminer les minorités et les Juifs et de créer une société très différente.

Pour mener à bien cette stratégie, qu’ils prennent tout à fait au sérieux, il faut employer des moyens fort différents de ceux du passé, il faut modifier la façon de voir l’organisation et l’action politique de masses. Et ces moyens se construisent aujourd’hui. Un aspect de ce plan de travail, que j’observe avec attention dans le Sud, est le phénomène des centres de tir et le recrutement qu’ils y opèrent. Je veux vous montrer deux documents, des brochures que j’ai achetées récemment dans des centres de tir. Le premier est un manuel qui montre comment transformer des armes semi-automatiques en mitraillettes automatiques, dont certaines pièces sont en vente sur le marché. L’autre document est un livre intitulé Elementary Field Interrogation, qui est un manuel de torture, littéralement.

Il a été écrit, d’après la présentation, par un membre des équipes d’interrogateurs du programme Phoenix de la CIA pendant la guerre du Vietnam, qui s’est ensuite tourné vers le mouvement fasciste. Il y a beaucoup d’illustrations de ces tortures, au cas où vous auriez du mal à vous représenter ce que dit le texte. C’est tellement horrible, plus que certains passages des Carnets de Turner, que je préfère ne pas vous lire ça. En revanche, je vous demande de vous familiariser avec ces abominables matériaux. Les assaillants nocturnes et les foules de lyncheurs du passé n’avaient pas besoin de manuels de torture ou de mitraillettes. Par contre, les paramilitaires fascistes qui instruisent le Klan, les Nazis et les « survivalistes » en prévision de la « guerre des races à venir » en ont besoin.

Il y a de grandes différences entre cette réalité et les les incarnations passées du KKK. Nous devons en prendre la mesure. L’autre aspect, l’aspect idéologique dont David Edgar nous parlé, est le soi-disant mouvement révisionnistes historique. Voici le dernier numéro de leur journal, qui a l’air épais et sérieux : le Journal of Historical Review. L’enveloppe dans lequel il est arrivé est marquée d’un tampon de Torrance, en Californie, disant : Liberty Lobby’s West Coast headquarters of Willis, et qui a l’exemption fiscale 501(c)(3).

Le Klan d’autrefois n’avait pas besoin de ce genre de documents : un manuel de torture. Il n’avait pas besoin de celui-là, un manuel pour fabriquer des armes pouvant équiper une armée, il n’avait pas besoin non plus de nier l’existence de l’holocauste nazi. Et il n’avait pas besoin d’un livre comme les Carnets de Turner, que tous les Klans d’aujourd’hui, de ceux d’Edward Fields à ceux de Don Black en passant par ceux de Bill Wilkinson, utilisent comme manuel. Ils font même des prix de gros pour les vendre en grande quantité, ce qui montre qu’ils sont beaucoup plus unifiés dans leur programme et leur stratégie qu’ils ne le montrent. Ils n’avaient pas besoin de cela autrefois, parce qu’à l’époque ils n’avaient pas le même programme.

Je suggère par conséquent, à notre camp, de réapprendre ce que nous savions et faisions autrefois face au Klan ancienne manière, mais aussi d’apprendre ces leçons qui doivent être connues aujourd’hui, dans des circonstances assez différentes, par les antifascistes de ce pays et du monde.  (…)

Je vous remercie.

Source : ici

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4 commentaires pour Le Ku Klux Klan et le fascisme (1982)

  1. Tomas Münzer dit :

    A propos de fascistes ou apparentés..

    Il y a ici des milliers de photos de prisonniers loyalistes à Long Kesh. Ils n’ont pas l’air trop malheureux (je crois qu’ils n’ont jamais protesté contre leur « criminalisation ») : http://www.flickr.com/photos/longkesh/

  2. Liam dit :

    Une poignee d’entre eux l’ont fait pendant une dizaine de jours mais c’etait pour obtenir leur segregation. Ca n’a jamais ete systematique.

  3. Thomas Münzer dit :

    Dans le reportage sur Dies Irae (groupe faf de la région de Bordeaux) visible sur dailymotion, on voit qu’ils considèrent eux aussi les Carnets de Turner comme une grande référence. Ce qui me frappe en voyant les gueules des gens de la base du KKK et celles des militants de Dies Irae, Renouveau Français, etc. c’est qu’aux Etats-Unis ce mouvement exprime une réalité « populaire » (tronquée), alors qu’en france la direction et la base sont des gros bourges!

    A part ça je pense que les antifas et révolutionnaires en france doivent contourner l’obstacle énorme qu’est le ventre mou de la société en se construisant par en bas et par en haut et en assumant une haute dose d’antagonisme avec la social-démocratie et le capital. Nous devrions soigneusement étudier ces mouvements et leur approche socio-culturelle.

    (Franchement, quand on entend les inepties apolitiques que peut sortir un « ex » comme julien terzic, qui dit « le fascisme c’est imposer ses idées par la violence » (sic) un être rationnel ne peut que valoriser le type de formation intensive et de politisation totale que montrent nos ennemis et concurrents les fascistes. je ne parle que la forme, pas du fond.)

  4. Shilum dit :

    On vois très bien l’utilisation des Carnets de Turner et de la stratégie de la tension en ce moment en Grèce, légitimer par les urnes Aube doré s’en prends de manière violente aux étranger dans les rues.

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