John Toland : A propos de l’obscurantisme et du péché originel

Mais malgré tout cela, certains se donnent infiniment de peines afin de se priver (s’ils le pouvaient) de leur liberté ou libre-arbitre, la plus noble et la plus utile de toutes nos facultés, la seule chose que ni le pouvoir ni la fortune ne peuvent nous ôter. Sous quelque voile que ces hommes s’efforcent de cacher leur folie, ils s’y sont pourtant toujours engagés par une fierté et un amour propre extrêmes ; car comme ils ne veulent pas avouer leur ignorance et leurs égarements (qui procèdent de la passion, de la paresse, ou de l’irréflexion), ils enlèvent tout blâme à leur volonté, et ils en chargent une impuissance naturelle qui n’est pas en leur pouvoir de guérir. Aussi se dupent-ils ingénieusement, et choisissent-ils d’être classés parmi les bêtes ou les machines, plutôt que d’être obligés de reconnaître leurs faiblesses humaines, et de s’amender.

Toland002Puisque la perfection ou la solidité de notre Raison nous est par conséquent si évidente, et si manifestement contenue dans l’Écriture, quelque dénaturée soit-elle par certaines personnes ignorantes, nous devrions tâcher d’acquérir la connaissance avec des espoirs de succès plus assurés. Pourquoi devrions-nous entretenir des pensées si chétives et indignes, comme si la vérité, comme le Tout-Puissant, résidait dans une lumière inaccessible, et ne devrait pas être découverte par les fils d’hommes ? Les choses sont toujours les mêmes, quelques différentes qu’en soient les conceptions des hommes, et ce qu’un autre n’a pas trouvé, il se peut bien que je le découvre. Que rien n’échappât aux vues d’antan est une fable à raconter là où une seule personne parle, et quand aucun auditeur ne doit la contredire. Les étourderies et les erreurs dont on se rend compte dans le monde tous les jours ne servent qu’à nous rappeler que beaucoup d’hommes de talent n’ont pas examiné la vérité avec cet ordre et cette application qu’ils auraient dû, ou auraient pu, employer.

Il y a mille choses qu’il est dans notre pouvoir de savoir, que, par préjugés ou désintérêt, nous pouvons bien ignorer, et dont nous pouvons bien rester ignorants toutes nos vies. Et on peut créer des difficultés innombrables à force d’imaginer des mystères là où il n’y en a pas, ou à force de concevoir une opinion trop décourageante et injuste de nos propres capacités, alors que par le juste raisonnement nous pouvons espérer dépasser tout ce qui a dépassé d’autres avant nous, comme il se peut bien que la postérité dépasse les deux. Ce n’est nullement de la présomption, par conséquent, que d’essayer de mettre les choses un peu plus en lumière : car l’orgueil n’est pas de savoir ce que nous pouvons effectuer, mais de présumer sottement que personne d’autre ne peut nous égaler, alors que nous sommes tous au même niveau : Car qui est-ce qui te distingue ? Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ? [1 Cor. 4.7]

John Toland, Le Christianisme Sans Mystère (1696)

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Un commentaire pour John Toland : A propos de l’obscurantisme et du péché originel

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    « le ciel est mon pere, la terre est ma mere, le Monde est ma patr
    ie et tous les hommes sont mes parent » Ainsi disait John Toland.
    Pantheiste, ne catholique d’une famille Irlandaise, « rejetant son patrimoine clanique Irlandais qu’il prenait pour des niaiserie, republicain humaniste convaincu et de plus spinoziste fervent. Il se convertit au Protestantisme. Homme eclaire de son temps, donnant a la Raison et a la verite toutes les mesures des grands philosophes de son epoque. Je voudrai simplement relever que sa demarche tres ouverte au dela de toutes revelations religieuses a eu quelques travers dont on retrouve de nos jours les arrieres.

    Se convertir au Protestantisme a son epoque etait indiscutablment faire face a l’obscurantisme catholique, mais ce progres ineluctable ouvrit indiscutablement la porte au libre echange et a ces consequences. Necessite surement qui allait se concretiser par la Revolution francaise pressentie par l’intelligencia Europenne. Je crois discerner aujourd’hui ceux qui pouvaient figurer dans cette lignee. Deleuze et Badiou . Le vitaliste spinoziste non platonicien, et le platonicien anti Un. Deleuze a tout mis en action pour donner a l’humain une subjectivation au detriment d’une liberte de conscience. L’Un est la limite de toute chose et l’homme en est une consequence, la vie comme determination absolue. Son echec (si l’on peut dire) c’est son suicide, il a refuse la force de cette contingence dont il assurait la pertinence. Badiou le disciple de Platon argumentant que les mathematiques tenant lieu des Idees Platonicienne. Le pere des multiplicites mettant fin a l’Un unitaire ferment philosophique traditionnel. Badiou est il en echec, je ne saurais pas l’affirmer. Si Deleuze etait plus elitiste, Badiou est plus Peuple. Ces deux philosophes sont plus ou moins Lacanien Marxiste, meme si c’est pour depasser les deux maitres. A mon sens moi Lacanien je pense que Badiou n’a pas pris la mesure de la realite humaine, il affirme theoriquement sa pensee, sans avoir repondu a l’impasse de l’objet a (cause du desir) ce desir tant prone par Deleuze. cette cause du desir qui demontre une chose d’abord que dans l’ordre du langage vu par Lacan ( signifiants, Signifies, metaphore, metonymie) on ne retrouve jamais le Signifie, si ce n’est
    qu’il est impossible de donner du sens, c’est toujours le non sens qui triomphe. Ou est vraiment le choix du sujet, si ce n’est que seule la vocation du desir est exprimable pour des fins.

    Lacan a invente l’objet petit « a » en se confrontant a Marx a travers la plus value, cet organigrame de la valeur indiscernable mais qui pourtant existe par ses effets destructeurs. Lacan dit que Marx c’est arrete en route, qu’il na pas percu la force du Desir.

    Pour revenir a Toland, je dirai seulement une chose, que tout en voulant se departir d’un Celtisme qu’il trouvait desuet, il n’a pu s’empecher de chercher dans l’armature de celui ci le support de son aventure personnelle. Le christanisme Celtique comme innovant, teinte d’heresie. Il a une filiation incontestable meme si il veut la discrediter. Druidisme, Maconnerie, une sorte de personnages sanctifies detenteurs de la verite pour la donner au Monde. Il n’est pas sorti de ses antecedants, on ne rejette pas ce que l’on a recu sans se renier soi meme. On peut en formuler les impasses, mais il est impossible de s’en extraire totalement. Marx a pu s’en detacher en decouvrant la plus value, comme determination incontournable, mais il n’a pas vu
    que la cause du desir residait elle aussi en cette meme place. Ce qui renvoie a quoi ? au fait que l’humanite reside dans des fondements ou le corps a ses raisons anterieures a toutes subjectivites et que « l’esprit a des fondements acquits (changeables bien sur) mais dont on sait
    qu’il sont tributaires du langage dont on sait que la verite reside toujours dans le phantasme. Cordialement Alain Monier

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