RSF – Contre l’ethno-confessionnalisme

Editorial de Saoirse, février 2013, ayant pour titre : ‘Reject sectarianism’.

Ces derniers mois ont souligné l’anormalité de l’Etat des Six Comtés et son ethno-confessionnalisme fondamental. Le 3 décembre, le conseil municipal de Belfast a décidé par un vote de ne plus pavoiser le drapeau de l’Union Jack devant la mairie de Belfast chaque jour. A la place, la coalition formée des Provisoires, du SDLP et du parti Alliance a décidé qu’il ne serait pavoisé que lors de 17 journées désignées chaque année. Ceci déclencha une orgie d’émeutes et de manifestations loyalistes dans les Six Comtés, mais focalisées principalement à Belfast-Est.

Contrairement à l’acharnement répressif du RUC/PSNI contre les républicains et les nationalistes qui ont participé à des manifestations pacifiques, les émeutes loyalistes n’ont rencontré qu’une opposition de façade de la part du RUC/PSNI. De fait, les républicains qui ont participé à la marche commémorative annuelle du Bloody Sunday à Derry le 27 janvier ont bien remarqué que le RUC/PSNI aidait les loyalistes à poser des drapeaux dans la ville. En comparaison, des républicains ont été emprisonnés pour avoir participé à une manifestation pacifique contre l’internement de Martin Corey. Au sommet de tout cela, se fait entendre l’appel des Provisoires à un référendum sur l’unité irlandaise.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPour comprendre ce qui se trame, il faut saisir ces développements dans leur contexte. Une fois que le principe de la domination britannique a été assuré, les grandes questions se rapportant à la souveraineté [«big constitutional questions»] ont été retirées de l’ordre du jour politique, et ce qui a pris leur place, ce sont ces jeux et compétitions tribales, qui voient rivaliser les deux blocs de pouvoir ethno-confessionnels à Stormont, dirigées par les Provos d’une part et le DUP d’autre part. Republican Sinn Féin avait averti en 1998 que l’une des conséquences de l’accord de Stormont serait d’institutionnaliser l’ethno-confessionnalisme.

Dans sa colonne du journal Irish News, Patrick Murphy caractérise ainsi l’assemblée de Stormont : « un morceau de pays, défiguré, ethno-confessionnel, à l’autonomie limitée (…) destiné non à contrecarrer, mais à nourrir les différences ethno-confessionnelles. » Il plaît aux Provisoires de présenter comme une victoire le vote qui a eu lieu au conseil municipal de Belfast, mais une victoire contre qui ? La domination britannique est fermement enfoncée, administrée et policée par les Provos et leurs aides de camp, l’internement sans procès et la politique de criminalisation des prisonniers républicains continue, les interventions politiques de la police et la répression sont des expériences quotidiennes pour les membres de la communauté nationaliste dans les Six Comtés. Il n’est guère étonnant que les Provos cherchent dans ces conditions à réduire la question de la liberté de l’Irlande à une affaire de drapeaux et de symboles. Ce faisant, ils espèrent détourner les regards de leur désertion de la position nationaliste, sans parler de la position républicaine.

En 2009, Vincent Browne avait dit clairement les choses lors de son émission du soir sur la chaîne TV3. Il avait dit que le point de vue nationaliste avait été rejeté et que la position unioniste avait été acceptée. Selon la position nationaliste, c’était le peuple irlandais en tant que tout qui devait déterminer l’avenir de l’Irlande. Il poursuivait en disant que « selon la position unioniste, c’est la majorité dans les Six comtés qui doit décider de cet avenir. Nous sommes tous devenus unionistes. » Ayant abandonné le républicanisme, les Provos ont adopté l’ethno-confessionnalisme pour pouvoir consolider leur base de pouvoir.

Comme le dit Patrick Murphy : « Peu d’écrivains modernes, de philosophes ou même de poètes ont grand-chose à dire sur la nation irlandaise, et le nationalisme dans le Nord a dégénéré en ce qu’on pourrait appeler un ethno-confessionnalisme quantitatif. Ce dernier pose sur le corps social une sorte de mètre ethno-confessionnel qui mesure la fréquence des agitations de drapeaux, le nombre de catholiques dans les registres de recensement démographiques et le volume sonore des fanfares orangistes. Quant à l’unionisme, il est ravi de tenir par l’autre bout ce ruban fait par les Britanniques. »

Maintenant, ce sont les protestants de la classe ouvrière qui sont désignés comme ennemis, non pas le gouvernement britannique ou l’establishment. Les dirigeants provos font la queue pour serrer la main de la Reine d’Angleterre tout en soufflant sur les braises du conflit ethno-confessionnel. La communauté nationaliste dans les Six Comtés a pris le juste parti de ne pas se laisser aspirer dans ces remous de pure violence ethno-confessionnelle, malgré les tentatives évidentes de provocations qu’on été les attaques de quartiers catholiques.

Republican Sinn Féin a eu raison de ne pas mordre à l’hameçon tendu par le pion unioniste Willie Frazer, lorsque la question de la manifestation loyaliste devant Leinster House a été soulevée. Ce qui est requis, au contraire, c’est une direction qui garde bien en vue le cœur de l’objectif, qui est la partition et la domination britannique en Irlande. L’alter ego ethno-confessionnel des Provos, le DUP, joue lui aussi la carte ethno-confessionnelle pour étayer et augmenter son pouvoir. Le fait que Naomi Long, députée de Belfast-Est et membre du parti Alliance, ait été la cible de la plupart des manifestations loyalistes, n’est pas étranger au fait que celle-ci a enlevé le siège de Peter Robinson, leader du DUP, lors des dernières élections au parlement de Westminster en 2010.

L’appel des Provos à un référendum sur l’unité irlandaise est un écran de fumée et un miroir aux alouettes supplémentaire, visant à donner à leurs partisans l’illusion qu’ils font quelque chose pour en finir avec la partition, et à masquer le fait qu’ils ont été absorbés en gros et en détail dans la machinerie de la domination britannique. En rejetant l’idée même de la nation historique irlandaise et en adoptant l’idée que le conflit ethno-confessionnel généré par les Britanniques est une lutte entre deux nationalités, les Provos ont sapé la possibilité même d’une argumentation pour l’unité irlandaise, réduisant leur politique à de pures considérations économiques.

A la fin des années 1940, après avoir perdu le pouvoir suite à un règne de 16 ans, le parti Fianna Fail s’accrocha à la question de la partition en utilisant la Anti Partition League pour consolider leur base et reconstruire un soutien. L’agitation du drapeau vert et les platitudes au sujet des « quatre champs verts » [métaphore des 4 provinces d’Irlande], telles étaient leurs marchandises électorales. Aujourd’hui, les Provos jouent le même type de jeu. Comme le dit Patrick Murphy : « (…) la proposition d’un référendum sur l’unité est une tactique électorale ingénieuse, au service d’élections beaucoup plus importantes au Nord et au Sud. »

Pour les vrais républicains, salir le républicanisme d’ethno-confessionnalisme comme le font les Provos, est autant répréhensible que de tenter de le relier au monde de la criminalité, comme le font certains. Republican Sinn Féin est la seule organisation politique qui se tient sur une plate-forme républicaine sans équivoque, défendant par son programme Eire Nua une proposition qui convienne à toutes les sections du peuple irlandais, protestants, catholiques et dissenters. Ce qui est exigé, c’est une perspective claire et une focalisation sur les questions réelles : politiques, sociales et économiques, accouplées à une direction républicaine résolue.

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