« Toucher l’homme dans ce qu’il a de plus profond »

Voici un extrait particulièrement magnifique, tiré des Mémoires d’un Exilé irlandais de 1798, écrites par le républicain irlandais Myles Byrne. Il s’agit d’un tableau en deux parties de la période de préparation de l’insurrection des Irlandais Unis. Nous voyons d’abord agoniser le vieux monde dans sa laideur et sa brutalité ; puis le jour de la révolution qui se lève, faisant pousser les graines du pouvoir dans le peuple.

Les Irlandais Unis étaient fort peu nombreux dans la partie du pays que j’habitais, lorsque je m’affiliai à eux; mais un mois plus tard à peine, presque tous les habitants avaient prêté le serment, grâce à mes efforts et à ceux de Nick Murphy, de John Doyle et de Ned Fennel. Les prêtres s’opposèrent de tout leur pouvoir aux progrès de l’association des Irlandais Unis, et particulièrement le pauvre père John Redmond, qui refusa d’entendre la confession de tout Irlandais Uni, en le repoussant impitoyablement du confessionnal. Il fut mal récompensé plus tard de son dévouement aux ennemis de son pays ; car après l’insurrection, le comte Mountnorris l’amena prisonniers au camp anglais de Gory, avec une corde au col, le fit pendre à un arbre et lui traversa le corps de deux balles. Lord Mountnorris saisit cette occasion de prouver sa fidélité qu’il savait avoir rendue suspecte en ne paraissant pas à la tête de son corps, lorsque l’insurrection avait éclaté dans son voisinage. Redmond et le père Frank Cavanagh, le curé de la paroisse, étaient dans les meilleurs termes avec le comte Mountnorris, et dînaient souvent avec lui à son château de Camolen-Park, que le père sauva du pillage pendant l’insurrection. C’était là la seule part qu’il eût prise à la lutte.

Les excellents effets produits dans le principe par le système des Irlandais Unis furent bientôt reconnus et appréciés dans les comtés de Wexford, de Carlow et de Wicklow, parties du pays que je connaissais le mieux. Ils donnèrent la première alarme au gouvernement, qui soupçonna qu’il se préparait quelque chose d’extraordinaire, en remarquant que les disputes et les batailles avaient cessé complètement dans les foires et autres lieux de réunions publiques. Les magistrats s’aperçurent promptement de ce changement, en se voyant rarement appelés à lancer des assignations ou des mandats pour terminer les disputes. L’ivrognerie disparut également, car pendant plusieurs mois, on ne rencontra pas un Irlandais Uni ivre. L’individu qui avait eu le malheur de trop boire se regardait comme déshonoré, dès qu’il avait recouvré la raison, par la crainte qu’il éprouvait qu’on cessât d’avoir confiance en lui. Souvent, j’eus à consoler des individus qui, parce qu’ils avaient eu jadis l’habitude de boire, craignaient qu’on ne les chargeât pas d’entreprises importantes. La sainteté de notre cause et l’aide que nous prêtèrent les nouveaux membres admis dans notre société, nous permirent bientôt d’organiser des réunions paroissiales et baronniales, et de nommer des délégués pour correspondre avec les membres des comtés.

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