« Cette furie et ces drapeaux prouvent que les unionistes ne savent pas qu’ils ont gagné »

Article écrit par Richard Irvine, paru dans le Irish Times du 14 janvier 2013

Une semaine après le cessez-le-feu de l’IRA en 1994, un graffiti dans le quartier loyaliste de Shankill Road disait : “Les protestants de Belfast-Ouest acceptant la capitulation sans condition de l’IRA”. La personne qui l’a écrit avait peut-être dit les choses un peu prématurément, mais l’accord de Belfast, la remise des armes, la participation des anciens leaders de l’IRA au parlement partitionniste de Stormont, tous ces événements donnaient raison au graffiti. Qu’on s’en réjouisse ou pas, les unionistes ont gagné cette longue guerre. Non seulement ils ont établi l’avenir de l’Irlande du Nord dans le giron du Royaume-Uni, mais encore ils ont pu faire accepter cela aux républicains. En signant l’accord de Belfast, la direction républicaine a reconnu non seulement l’existence du véto unioniste sur l’Irlande unie, mais aussi sa légitimité.

loyalist-message-on-ira-ceasefire-1994Hélas, à cause la rhétorique politique qui prévaut en Irlande du Nord, selon laquelle il n’y a eu ni gagnant ni perdants [‘zero sum politics’], personne n’a dit aux peuple unioniste qu’il avait gagné. Au contraire, les leaders insipides de l’unionisme n’ont parlé que de concessions réelles ou ressenties. Toutefois, certains leaders unionistes reconnaissent leur victoire. Dans une déclaration parue dans le London Times en 2011, Peter Robinson, premier ministre de l’Irlande du Nord, a été on ne peut plus clair sur l’appartenance future de l’Irlande du Nord au Royaume-Uni : « Je suis d’avis que plus notre structure est stable, plus elle fonctionne en tant que composante du Royaume-Uni, plus les gens se diront : ‘pourquoi diable faudrait-il changer cela ?’ »

Robinson, bien sûr, a raison. Un recent sondage d’opinion montre que la majorité des habitants de l’irlande du Nord, catholiques comme protestants, sont en faveur du maintien de la province dans le Royaume-Uni. Dans ces conditions, pourquoi un tel désordre ? D’un point de vue unioniste, la conséquence funeste de la nouvelle Irlande du Nord inclusive, c’est qu’elle soit nouvelle et inclusive. Les unionistes ont gagné, mais certains perçoivent une défaite. Sinn Féin (provisoire], qui ne promeut pas agressivement l’idée de l’Irlande unie, c’est hors de question pour lui, a mis en avant le projet d’espace partagé et de parité d’estime. Cela veut dire teindre en vert l’Etat orangiste [‘Orange State’, désignation traditionnelle de l’entité des 6 comtés sous domination unioniste] et dépolitiser les espaces partagés.

Il est irritant que les unionistes ne voient pas à quel point cette nouvelle orientation est digne de poules mouillées. Ce mouvement qui était autrefois radical, marxiste et armé est aujourd’hui tout content de reconnaître que ses compatriotes irlandais sont britanniques, alors que ses leaders serrent la main de la reine, administrent la domination britannique et votent pour baisser certains jours le drapeau de l’Union devant la mairie de Belfast.

L’ampleur de la victoire unioniste n’est pas défiée par ces tactiques de Sinn Féin [provisoire], et n’est pas non plus reconnue. Les unionistes devraient être ravis de voir que les républicains ont si peu d’ambition qu’ils ne peuvent atteindre que des victoires mesquines et symboliques, comme par exemple l’abaissement du drapeau.

Le vrai danger pour le triomphe unioniste ne vient pas du républicanisme, ni même du républicanisme dissident, mais d’eux-mêmes. Dans la crise actuelle, alors que les manifestants et les émeutiers loyalistes qui prennent en otage la plus grande partie de la province, les unionistes se réunissent, métaphoriquement et littéralement, sous les plis du drapeau. Ceci n’est pas seulement une erreur, c’est idiot et dangereux. Peut-être que le nouveau mouvement nommé « forum unioniste » aura le courage d’admettre que l’unionisme a gagné. Peut-être qu’il pourra énoncer une nouvelle vision de l’unionisme, confiante en soi, qui pourra se passer de l’idéologie du « not an inch » [‘pas un pouce’ (de laissé à l’ennemi nationaliste)] et faire place à une citoyenneté unioniste mixte, irlandaise et britannique. Là seulement, sa victoire sera accomplie. Mais le slogan « No Surrender » [‘pas de reddition’] trouve encore de l’écho.

Source : ici

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