John Stephenson, fondateur de l’IRA provisoire, était anglais. R.A.S.

Note de lecture par Liam O’Ruairc du livre Choosing The Green? Second Generation Irish and the Cause of Ireland, de Brian Dooley (Beyond The Pale publications, Belfast, 2004). Profitons-en pour stigmatiser une fois de plus l’anglophobie, vieux boulet social-impérialiste et monument du chauvinisme français.

Il y a dans le monde des millions de personnes d’origine irlandaise, et un certain nombre d’entre elles ont été impliquées dans la politique républicaine. Les Irlandais de la deuxième génération de l’émigration, bien qu’ils aient joué un rôle majeur dans l’histoire, ont été largement ignorés par les historiens. Le livre de Brian Dooley est un « modeste essai qui cherche à combler les lacunes dans la connaissance des contributions que des Irlandais émigrés de deuxième et troisième génération ont apporté au combat pour l’indépendance de l’Irlande, et qui explore la manière dont ils vivaient et agissaient dans la Grande-Bretagne de l’époque des Troubles. »

Le lecteur peut sentir l’enthousiasme sincère de l’auteur pour son sujet. Plus anecdotique qu’analytique, le livre se concentre exclusivement sur les républicains irlandais nés et élevés en Grande-Bretagne depuis 1916, et plus particulièrement sur leurs activités politiques pendant les trente dernières années. L’auteur ne parle pas des 18è et 19è siècles, les Fenians nés Anglais par exemple, ou des contributions à la cause du républicanisme des gens d’origine irlandaise dans d’autres pays que la Grande-Bretagne.

choosing-the-green-cover.jpg_small__71918.1320839223.1280.1280Beaucoup de républicains parmi les plus actifs sont nés en-dehors d’Irlande. Tom Clarke, par exemple, est né sur l’Ile de Wight et a passé son enfance en Afrique du Sud, où son père exerçait le métier de soldat britannique. James Connolly a passé la première partie de sa vie à Edinburgh, et Jim Larkin à Liverpool. Eamon de Valera est né à Manhattan d’un père espagnol (Dooley évoque un étrange document du FBI écrit par Edgar Hoover qui le caractérise comme un « juif portugais »), et Liam Mellows est né dans le Lancashire.

Mary MacSwiney est née en Angleterre et a été éduquée à Londres et à Cambridge. Erskine Childers et la comtesse Markiewicz sont eux aussi nés en Angleterre et ont grandi dans l’aristocratie. Sean MacBride, ancien chef d’état major de l’IRA, puis fondateur d’Amnesty International, est né en France et a été éduqué dans la langue française.

Il n’est donc pas surprenant que pendant les débats au sujet du traité, Collins ait pu traiter de Valera et Markievicz d’ « étrangers anglo-américains », et que Griffith ait pu dire à Erskine Childers : « Je ne répondrais à aucun cochon d’anglais dans cette assemblée ». Le livre explore le background de nombreux républicains irlandais enfants d’émigrés.

Il y a deux chapitres dans le livre sur Sean MacStiofain, l’un des fondateurs de l’IRA provisoire, qui fut son premier chef d’état major. Il était né sous le nom de John Stephenson à Londres, son père était un conservateur anglais, et Sean garda son accent cockney toute sa vie. Il est intéressant de remarquer que Sean MacStiofain avait intégré l’IRA depuis une bonne année avant de se rendre en Irlande pour la première fois de sa vie! Ce qui est encore plus surprenant, c’est qu’il n’était pas seul dans ce cas.

Comme le montre Dooley, des volontaires de Londres, Liverpool et Glasgow ont participé aux combats pendant le Soulèvement de 1916, et pour beaucoup d’entre eux, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds en Irlande. Ont été également signalés parmi les combattants de cette insurrection des individus venant de Pologne, de Finlande et de Suède. Pendant la guerre d’indépendance, des unités de l’IRA en Angleterre ont mené de nombreuses opérations. Plus d’un millier d’hommes ont été enrôlés dans les unités de l’IRA en Grande-Bretagne, et au plus fort de la guerre de 1919-21, il y avait deux incidents par jour, principalement à Londres, Newcastle et Manchester.

Un des chapitres les plus intéressants du livre concerne les Irlandais de la deuxième génération qui sont devenus militants de l’IRA en Grande-Bretagne. Un exemple typique est celui de Diarmuid Neill, qui a vécu toute sa vie en Angleterre et a été tué en 1996 à Londres, dans des circonstances controversées. Son background et son accent étaient très londoniens et peu de choses pouvaient faire remarquer qu’il était irlandais. Quand il parlait avec des gens nés en Irlande du conflit dans le Nord, on lui faisait des remarques acerbes du genre : « Que peux-tu en savoir ? Tu viens d’Angleterre ».

Pour Dooley : « Il n’y a pas une explication simple et unique au fait que des Irlandais émigrés de la deuxième génération aient choisi de rejoindre l’IRA. Pour certains, il s’agissait d’une motivation principalement socialiste, pour d’autres, il a pu s’agir d’une tentative de se forger une identité « super-irlandaise », et pour d’autres il s’agissait d’un sens très développé du républicanisme idéologique. Il est assez banal de penser que la motivation a plongé ses racines dans toute une série de facteurs, plus que dans une conviction ou un incident spécifique. »

Par exemple, un des guérillero-clés pendant la campagne de bombes en Angleterre au milieu des années 1970 était Liam Quinn. Cet homme, né à San Francisco d’une mère mexicaine et d’un père émigré irlandais de la troisième génération, a dit un jour : « Je suppose que ce gentil garçon américain n’était pas à l’aise avec la culture de la télévision et de Disneyland. Je suppose qu’il cherchait une nouvelle identité et un meilleur système de valeurs, et qu’il a trouvé sur son chemin une cause digne de s’y consacrer. »

seanmacstiofainCertaines personnes d’origine irlandaise se sont engagées dans la politique républicaine par le canal du socialisme. Au moins trois membres du groupe anglais Red Action ont été condamnés pour activités liées à l’IRA et à l’INLA dans les années 1990. Si l’on remonte aux années 1920, les communistes écossais John McLean et Willie Gallagher ont fait du trafic d’armes pour l’IRA. Dooley aurait pu mentionner Rudolf Raab et Hans Joachim Stemler, deux Allemands qui ont été activement impliqués dans l’INLA.

Si certaines personnes issues de l’émigration irlandaise ont rejoint l’IRA, d’autres ont rejoint l’armée britannique. Un soldat cité dans le livre déclare : « Mon grand-père venait de Letterkenny, et beaucoup de gens que j’arrêtais et que j’interrogeais à Derry avaient le même nom de famille que moi… Je me demandais si je n’interrogeais pas des cousins éloignés. » Le livre de Dooley montre aussi que, parmi ces personnes issues de l’émigration irlandaise, des informateurs, des policiers, des gardiens de prison, des soldats britanniques, ont joué un rôle significatif dans la guerre contre l’IRA.

L’auteur montre que des émigrés irlandais de la deuxième génération ont été parfois les victimes des actions de l’IRA en Angleterre. Par exemple, parmi les victimes des bombes des Birmingham en 1974, trois tués étaient d’origine irlandaise, et qu’ils étaient 35 parmi les 200 blessés. Les bombes de l’IRA pouvaient provoquer soupçon et hostilité chez les Irlandais de Grande-Bretagne.

Des milliers de personnes de la deuxième génération de l’émigration irlandaise ont été emprisonnées en 1974 sous le coup de la Loi de Prévention du Terrorisme. Une étude réalisée en 1996 montre que 6.500 personnes ont été arrêtées sous l’égide de cette loi, et que des milliers de personnes supplémentaires ont été interrogées et détenues. Sur le banc des accusés, les Sept Maguire, les Six de Birmingham, les Quatre de Guildford ont été condamnés à tort. « L’éventualité d’être interrogé, détenu, arrêté et condamné pour quelque chose que vous n’avez pas fait, était une menace permanente qui pesait sur les Irlandais de la deuxième génération de l’émigration, dans la Grande-Bretagne de l’époque des Troubles.”

Ce que le livre n’aborde pas, ce sont les tensions entre le républicanisme adopté par une minorité seulement des Irlandais de la deuxième et troisième génération, et d’autre part le « nationalisme modéré » ou l’indifférence exprimée par une majorité d’entre eux. Après tout, seule une minorité a toujours fini par « choisir le vert ».

Source : ici

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8 commentaires pour John Stephenson, fondateur de l’IRA provisoire, était anglais. R.A.S.

  1. Monier Alain dit :

    bonjour Liam, je ne peux m’empecher de reagir contre l’intitule de l’article, qui lance une critique acerbe a l’encontre d’une specificite Francaise. Faudrait il oublier la participation Francaise pour l’aide apporte aux Irlandais, mais peut etre cela fut il a juger comme anglophobie. Pour autant on ne parlait pas encore de social imperialisme. Si la liberte de l’Irlande avait ete le premice des « Brigades Internationales », tant mieux, cela ne change rien a l’affaire. Mais considerer la Nationalite Anglaise comme l’emergence d’une filiation incontournable me parait terriblement excessif, cela effacerait t’il des siecles d’humiliation subis qui que l’on le veuille ou non ont servi de ciment a la lutte Irlandaise.Mais pour autant la France, les Francais seraient connotes jusqu’a la fin des temps avec des versions renouvelees, « social imperialisme » et » monument du chauvinisme ». Propos de circonstance ou » l’internationalisme Proletarien » serait toujours le seul parametre valable ou efficace avec toutefois une affection particuliere pour » l’anglo saxon » ce qui deroge a la pretendue regle, que seul le « syndrome de Stockom ». attachant la victime a son oppresseur peut justifier. L’Irlande est « Celtique » dans le bon sens du terme comme formulation de sa difference. A ce titre il n’y a pas de formule toute faite pour changer la donne. Admettre que l’histoire a deja trace la finalite de la filiation, c’est admettre que les faits sont plus puissants que les idees. Cordialement Alain Monier

  2. Liam dit :

    Un des cas les plus etranges et les plus tragiques que j’ai recemment
    decouvert via le livre de Ruan O Donnell Special Category A (qui est une
    mine d’informations passionantes) est celui d’un anglais (qui evoque un
    peu celui des francais convertis a l’islam) qui a change son nom pour
    devenir Sean O’Conaill (alors qu’il n’avait rien d’irlandais) et est aller
    executer un militaire britannique en angleterre en solidarite avec le
    combat republicain mais totalement independament de l’IRA. Une fois
    en prison en Angleterre celui-ci ne pouvait pas etre integre aux prisonniers
    de l’IRA car il en avait jamais fait partie mais seulement associe.
    Sean O’Conaill est tragiquement mort en prison. Son corps a ete
    enterre a Dublina sa demande mais seulement comme « camarade » et
    non comme membre du mouvement republicain.

    Note a Alain

    Le titre n’est pas le mien – LOR

  3. Bonjour Alain
    le titre est une traduction du titre de l’article tel que publié par la revue Fortnight
    le chapeau a été écrit par l’administration.

    Il y a une anglophobie traditionnelle et une tradition grande-bourgeoise et d’extrême-droite dans les études irlandaises. Par exemple Pierre Joannon, un historien qui « fait autorité » dans ce domaine, haut fonctionnaire et diplomate, est passé par le groupe défense de l’occident. Il ne s’agit pas d’un cas isolé : dans la gauche aussi, il y a des traditions anglophobes et ethno-différentialistes qui sont improductives dans un mouvement de solidarité et nuisibles aux yeux d’un groupe antifasciste. Or Libération Irlande est les deux.

    le fait de rappeler que Sean MacStiofain est John Stephenson, est un bon exemple pour les détromper. Pour clouer le bec aux racialistes aussi, qui pensent que la libération nationale est une question de « sang ».

    au fait : pourquoi évoques-tu l’argument du syndrome de Stockholm (aimer ses oppresseurs) : la france est-elle opprimée par l’angleterre?

  4. Liam dit :

    Joannon etait a Defense de l’Occident?…
    Au fait lire ceci
    http://www.thedetail.tv/columns/analysis/the-growth-of-secret-%E2%80%99evidence%E2%80%99-and-the-case-of-marian-price
    Le site THE DETAIL fait de l’excellent journalisme d’investigation vous verrez meme si certaines de leurs enquetes sont sur des sujets peu interessants

  5. oui joannon a participé à la revue défense de l’occident en 1967, c’est ce que dit la page wikipedia, citant un livre de renaud camus sur l’extrême-droite. ce type n’est sans doute plus un fasciste militant mais c’est clairement un gros bonnet réactionnaire.

    ici une émission de france culture sur ce qui se passe en ce moment, avec un certain Wesley Hutchinson, prof de fac à la sorbonne

    http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4546535

  6. Monier Alain dit :

    bonjour, j’ai fait allusion au syndrome de STO. surtout en reference au titre mettant a mal La France. J’ai cru, je me trompe peut etre discerne a travers certains texte une sorte « d’amour vache » entre le Royaume Unis et L’Irlande du Nord et a ce titre j’ai evoque le dit syndrome. Je connais le differencialisme qu’argumente l’ ancienne « Nouvelle droite ». Je connais les sites qui divulgent la confusion Droite-gauche, « Mecanopolis » en est un exemple determinant. Je suis comme le dit lui meme Zizek un Universaliste et non un internationaliste, car je me reserve justement la possibilite de faire la difference entre les mouvements de Liberation, qui comme vous le dites peuvent etre sujets a caution par les methodes et les moyens et la consistance de leurs ideologies.
    J’espere que vous ne me faite pa l’offense de me categoriser en utilisant le principe dualiste. Il y a de la place pour d’autres courants qui eux aussi ne jugent pas acceptables le Traite de 1998, et qui estiment tout autant qu’une Republique veritable, ne peut etre celle qu’a concocte l’Irlande du Sud.. Cordialement Alain Monier

  7. Salut Alain!
    Tes contributions ici sont bien sûr les bienvenues, l’universalisme est une excellente chose et tu n’es absolument pas catégorisé comme ennemi!
    notre réalité est franco-irlandaise, principalement française : en france nous combattons à partir cette tranchée très particulière 1) la pression de l’extrême-droite qui est très forte et 2) la démobilisation social-démocrate. Nous voyons les deux avancer en tandem.
    donc dans la définition de Libération Irlande il y a deux refus : le refus de la colonisation de la cause de la liberté de l’irlande par les fascistes et le refus de sa neutralisation par les sociaux-démocrates et assimiliés.

  8. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Pour conclure je dirai que l’extreme droite se moque eperdument de la » Cause Irlandaise ». En parcourant leurs sites, je n’y ai jamais vu un interet quelconque. J’ai bataille avec mes mises au point sur « Mecanopolis » ou j’ai ete prive de paroles lorsque j’ai divulgue que le principal createur de ce site Suisse
    avait fait parti des services secrets de ce pays. Ils ont accepte mes critiques avec certaines mises au point, pensant surement que je pouvais m’ y inserer. , En fait un Social nationalisme fasciste
    ou l’anti judaisme cachait un antisemisme virulent. En fait un masque d’agneau cachant des crocs puissants et asseres, dont beaucoup se laissent prendre, j’ai pu le constater, surtout interresse par la lutte contre la mondialisation. Pour rejoindre ce que Liam disait au sujet des Francais et » autres nationalites Europennes » se convertissant a l’Islam, Le site faisait le panegerique de ces conversions, de ces convertis, en prechant la venue d’un » Etat foncierement religieux », comme le souhaita malheureusement en un temps Foucauld pour l’Iran, cela sous la forme d’un anti capitalisme virulent dont l’extreme droite est coutumiere dans ses propos mais jamais dans les faits. Tout cela donc pour un theocratisme religieux ou toutes possibiltes d’ouverture deviendra impossible, en fait le trou
    noir au sens physicien du terme, » ou la lumiere ne passe plus ». Les valeurs Republicaines comme base, servent de rempart contre toutes les tyrannies, ensuite une culture Politique plus poussee sert a choisir le bon grain , dans les turpitudes mentales des penseurs. Cordialement Alain Monier .

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