Liam Mellows – La république irlandaise est la république populaire

Texte de Liam Mellows, un des grands dirigeants de l’IRA, qui avait refusé le traité de capitulation de 1921 et fut exécuté par le Free State en 1922 pendant la guerre civile. Dans cette phase indécise, le parti travailliste avait soutenu le Free State pour le plus grand malheur de la révolution.

Le Irish Labour Party [parti travailliste irlandais] a fait une grande manifestation pour protester contre le « militarisme », c’est-à-dire contre les soldats volontaires qui prennent la défense de la République contre l’impérialisme britannique et ses dupes en Irlande. Le Irish Labour party n’ pas défini son attitude en ce qui concerne le militarisme britannique lorsque le « Traité » a été extorqué aux émissaires républicains, mis à genoux par la menace d’une « guerre terrible et immédiate ». Si le « traité » a été accepté par ces émissaires et par ceux qui les ont suivis, c’est « sous la contrainte. »

Le Irish Labour party, abandonnant toutes ses prétentions à être un organisme à part, favorable à une « République ouvrière », a lui aussi accepté les « traité » et travaille en ce moment, cul et chemise avec les groupes impérialistes et capitalistes qui existent en Irlande, sous le patronage du soi-disant parlement du Free State, pour écraser dans le sang la République Irlandaise.

Tous les moyens mis à la disposition de la nouvelle armée ont été donnés par le gouvernement britannique. Le Irish Labour party parlait spécieusement d’une « République ouvrière », il continue de prétendre avoir pour objectif l’établissement d’un tel Etat, et lance aux plus crédules, qu’il va frapper un « grand coup », tôt ou tard. En expliquant qu’ils sont contre le militarisme, ses leaders tentent de faire croire au mouvement [ouvrier] qu’ils dirigeront une révolution à une certaine date à venir.

Le mouvement ouvrier [‘labour movement’] a joué un rôle énorme dans l’établissement et le maintien de la République. Ses leaders avaient le pouvoir de façonner la République comme ils l’entendaient, d’en faire une république ouvrière et paysanne. Mais en acceptant le « traité » et tout ce qu’il implique – la reconnaissance de la monarchie britannique, des affaires étrangères britanniques et de l’impérialisme britannique, la partition du pays et l’assujettissement au capitalisme britannique – ils ont trahi non seulement la République irlandaise mais aussi le mouvement ouvrier en Irlande et la cause des ouvriers et des paysans dans le monde entier.

C’est une erreur de croire qu’une République, de quelque genre que ce soit, puisse être gagnée à partir de ce Free State mis dans les fers. On ne saurait faire un porte-monnaie en soie à partir de l’oreille d’une truie. Le Free State est une créature britannique qui sert les intérêts impérialistes britanniques. C’est le tampon inséré entre le capitalisme britannique et la République irlandaise. Une république ouvrière ne peut émerger que de ses ruines. La République irlandaise existante peut devenir la république ouvrière et paysanne si le mouvement ouvrier reste fidèle aux idéaux de James Connolly et fidèle à lui-même.

La République irlandaise représente l’indépendance et la lutte a une signification triple. Elle est politique, intellectuelle et économique. Elle est politique dans le sens où elle signifie une séparation complète de l’Angleterre et de l’Empire britannique. Elle est intellectuelle pour autant qu’elle représente l’expression culturelle de la civilisation gaélique et l’arrachement de l’empreinte de la langue anglaise et de la pensée anglaise sur le caractère irlandais. Elle est économique parce que l’extirpation de l’Irlande hors de la mainmise du capitalisme anglais ne peut laisser à aucun irlandais dans son bon sens le désir de maintenir dans ce pays un système économique qui plonge ses racines dans la domination étrangère. L’Irlande ne veut pas un changement de maître. Ce serait folie de détruire la tyrannie anglaise pour édifier à sa place une tyrannie domestique qui rendrait nécessaire une autre révolution pour libérer le peuple. Par conséquent, la République irlandaise est pour la propriété de l’Irlande par le peuple d’Irlande. Cela signifie que les moyens de production ne doivent pas être utilisés pour le profit ou l’élévation de tout groupe ou classe.

L’Irlande n’est pas encore devenue industrialisée. Elle ne le sera jamais si les travailleurs irlandais, par leur répudiation de l’impérialisme britannique (et de ses rejetons les parlements du Free State et du Nord) réussissent à faire en sorte qu’un impérialisme indigène ne remplace pas celui-ci. Si le peuple irlandais ne contrôle pas ses industries, ses transports, sa monnaie et le sol du pays, les capitalistes étrangers ou domestiques le feront. Et qui contrôle la richesse d’un pays et les moyens par lesquels la richesse est acquise, contrôle aussi son gouvernement. Si ses industries et ses banques étaient contrôlées par le capital étranger, l’Irlande serait à la merci d’une quelconque brise éraflant la surface des marchés mondiaux. Si le capitalisme social se développait chez nous, une guerre sociale du type de celle qui menace pratiquement chaque pays en Europe en résulterait. Par conséquent, l’Irlande doit commencer avec un Etat propre.

La République irlandaise est la république populaire.

Source : ici

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Un commentaire pour Liam Mellows – La république irlandaise est la république populaire

  1. peadar dit :

    vidéo de la manifestation devant le congrès des capitalistes et traîtres du Irish Labour Party (2012)

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