éirígí – A propos de l’incarcération de Stephen Murney

Déclaration de 23 décembre 2012

Stephen Murney, militant emprisonné de l’organisation éirígí, va passer Noël dans la prison de Maghaberry. Mardi dernier (21 décembre), cet habitant de Newry a refusé les conditions de remis en liberté que la haute cour de Belfast cherchait à lui imposer. Ces conditions impliquaient : un bannissement de la ville de Newry (Stephen habite à Newry avec sa partenaire et leur jeune fils) ; l’exigence que Stephen réside à telle adresse à un certain nombre de kilomètres de Newry ; l’exigence que Stephen porte un bracelet électronique tout le temps ; l’exigence que Stephen se rende tous les jours à la caserne de police de Newtonhamilton.

Stephen a été arrêté le 28 novembre suite à un raid à son domicile, menée par la police paramilitaire britannique. Trois jours après, Stephen a été accusé d’un certain nombre de « délits », dont celui de « rassembler et de distribuer des informations susceptibles d’utilisation par les terroristes », et de « posséder des articles susceptibles d’utilisation par les terroristes ». Ces accusations sont extrêmement lourdes, et impliquent la possibilité de peines de prison très longues.

stephenmurney_dec12_coverDans une société normale, la police devrait produire des preuves substantielles contre un individu avant que toute accusation ne soit portée, en particulier quand cet individu est susceptible d’être enfermé en préventive. Mais l’Irlande occupée est loin d’être une société normale. Lorsque Stephen Murney est apparu au tribunal, la police PSNI s’est opposé à sa remise en liberté, en raison de « preuves » ayant été « interceptées » au domicile de Stephen. La mise en avant de ces « preuves » a été accompagnée d’éclats de rire qui ont fusé dans la salle d’audience, qui était bondée.

Pour étayer leur accusation de “rassemblement et de distribution d’informations susceptible d’utilisation par les terroristes », le PSNI a cité un grand nombre de photographies de policiers qui étaient dans l’ordinateur de Stephen. A première vue, cela peut ressembler à une preuve authentique, mais à y regarder de plus près, c’est une toute une toute autre histoire.

La très grande majorité des photographies en question n’étaient pas des photos prises par Stephen, mais étaient téléchargées sur internet. Un très grand nombre de ces photos remontaient à l’époque du mouvement des Droits Civiques à la fin des années 1960. Quiconque a utilisé un moteur de recherche sur n’importe lequel des événements des quarante dernières années en Irlande occupée reconnaîtra que son ordinateur contient un très grand nombre de photos qui désormais sont considérées comme « susceptibles d’utilisation par les terroristes ».

D’autres photos avaient été prises à des manifestations politiques, des commémorations et autres rencontres publiques. Ces photos avaient été prises au vu et au su de la police, ce point a été concédé par le PSNI au tribunal. Mais si prendre ces photos était un délit, pourquoi Stephen n’a-t-il pas été arrêté alors qu’il les prenait ?

Pour étayer son accusation de “distribution d’informations susceptible d’utilisation par les terroristes”, le PSNI a cite son usage de Facebook et d’autres plateformes internet où il postait des photos de policiers. Encore une fois, ces photographies de policiers avaient été prises en public et pendant les manifestations elles-mêmes. Fondamentalement, le PSNI prétend que quiconque utilise internet pour poster des photos de policiers est en train de « rassembler des informations susceptibles d’utilisation par les terroristes ».

Photographier des policiers lors de manifestations politiques est une pratique répandue parmi les militants politiques dans le monde entier. De fait, les legal teams et les organisation des droits de l’homme conseillent régulièrement aux militants de documenter les faits et gestes de la police et leur harcèlement.Lorsque les militants en Syrie, en Libye et ailleurs utilisent les réseaux sociaux pour faire connaître les méfaits de la police, leur brutalité et leur violence, ils sont applaudis par l’establishment et les médias. Toutefois, quand des militants font la même chose en Irlande, ils sont accusés de « terrorisme ».

En ce qui concerne l’accusation de “possession d’articles susceptibles d’utilisation par les terroristes”, le PSNI cite en exemple deux fusils à air comprimé, un blouson, un beret et une paire de pantalons. Or, le fait que ces habits faisaient partie de son uniforme de joueur de flûte a dû échapper au PSNI. De même, les flics britanniques semblent mal informés : les fusils d’airsoft ne sont pas des armes ! Les fusils d’airsoft sont en vente libre en Irlande et sont largement disponibles. Si ces articles sont « susceptibles d’utilisation par les terroristes », il faut s’attendre à ce que des milliers de citoyens irlandais soient accusés tout comme Stephen Murney.

L’affaire Stephen Murney marque un moment dans l’escalade de la stratégie de contre-insurrection de la Grande-Bretagne en Irlande. Un militant politique est aujourd’hui effectivement interné sans procès, sur la base des plus risibles des « preuves ». Il est absolument clair que Stephen a été mis à l’amende parce qu’il est un critique cohérent, informé, militant, du PSNI et de l’occupation britannique en général.

Ceux qui prétendent soutenir ces droits élémentaires, comme le droit de s’organiser politiquement sans être persécuté par l’Etat, doivent soutenir Stephen Murney. Si le PSNI et l’Etat britannique peuvent continuer de poursuivre Stephen Murney, cela établirait un précédent perturbant. L’Histoire montre que si un tel précédent est accepté, beaucoup d’autres suivront, ce n’est qu’une question de temps. (…)

Source : ici

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4 commentaires pour éirígí – A propos de l’incarcération de Stephen Murney

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour, un Etat est democratique et Republicain ou ne l’est plus , dans la mesure ou il n’assume plus ses « valeurs », il doit perdre ses trois A. On l’exige en economie, on le refute en Droit Politique. A cet egard face a l’Irlande du Nord, le Royaume Unis a de nombreuses dettes a rembourser. Cordialement Alain Monier

  2. Séb dit :

    éirigi découvre la possiblité d’être prisonnier politique en Irlande!!! c’est bien dommage qu’il faille une arrestation dans leurs rangs pour cela!

  3. Liam dit :

    CECI N’EST PAS UN POISSON D’AVRIL! (on est en Janvier)
    MARTIN MCGUINNESS A ETE ANOBLIT!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Son titre officiel est Steward and Bailiff of the Manor of Northstead
    http://www.belfasttelegraph.co.uk/news/politics/martin-mcguinness-becomes-crown-aristocrat-with-steward-title-16256943.html

  4. peadar dit :

    ce n’est pas pour défendre McGuinness (ni Adams, qui avait lui aussi eu ce titre de Steward and Bailiff du Manoir l’année dernière je crois) mais l’article dit que c’est une procédure automatique : quand un député de westminster démissionne, on lui donne automatiquement cette espèce de baronnie et un paquet de thunes. Ce n’est pas lui qui gliflera le gouverneur à la chambre des députés comme l’a fait Bernadette Devlin McAliskey!!
    http://www.bbc.co.uk/programmes/p00nm166

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