Il y a un mois, Savita Halappanavar mourait à l’hôpital de Galway

Le décès de Savita Halappanavar (Le Monde)

Le décès d’une Indienne morte dans un hôpital en Irlande après s’être vu refuser, selon son mari, l’interruption de sa grossesse alors qu’elle faisait une fausse couche, a suscité une vague d’indignation mercredi 14 novembre dans ce pays catholique où l’avortement est très strictement encadré. Interpellé au Parlement, le premier ministre, Enda Kenny, a parlé d’une « tragédie », soulignant que deux enquêtes sur les circonstances du décès de Savita Halappanavar avaient été ouvertes.

« C’est la loi, c’est un pays catholique »

La jeune femme, Savita Halappanavar, âgée de 31 ans, était enceinte de dix-sept semaines quand elle s’est présentée le 21 octobre dans un hôpital de Galway (ouest) avec d’importantes douleurs dans le dos. Après avoir été informée qu’elle était en train de faire une fausse couche, elle a demandé à plusieurs reprises que l’on mette un terme à sa grossesse, a rapporté son mari au Irish Times.

« Quand le médecin est venu la voir le lundi matin, Savita était très affectée mais elle avait accepté l’idée qu’elle était en train de perdre son bébé. Elle a demandé que sa grossesse soit interrompue s’ils ne pouvaient pas sauver son enfant, a-t-il dit au quotidien. Le médecin a répondu : ‘Tant qu’il y a un rythme cardiaque fœtal, nous ne pouvons rien faire.’ A nouveau, le mardi matin, la même discussion a eu lieu. Le médecin a dit que c’était la loi, qu’elle était dans un pays catholique. » Ce n’est que le mercredi à la mi-journée que le cœur du fœtus s’est arrêté et que les médecins ont pratiqué un curetage sur la mère. La jeune femme, conduite en soins intensifs, y est décédée de septicémie dans la nuit du samedi au dimanche 28 octobre, d’après son mari.

L’Irlande déjà condamnée par la cour européenne

L’avortement est interdit en Irlande sauf quand la vie de la mère est en danger, selon une décision de la Cour suprême de 1992. Cependant, aucune loi n’a été votée pour faire appliquer cette décision. L’actuel gouvernement a annoncé son intention de légiférer. Plusieurs manifestations ont eu lieu mercredi soir en Irlande, notamment une à Dublin, devant le Parlement, en hommage à la jeune femme. L’opposition a appelé le gouvernement à agir vite, rappelant que les Irlandais avaient « donné mandat au Parlement pour légiférer sur le sujet ».

La Cour européenne des droits de l’homme avait condamné l’Irlande en 2010 pour avoir contraint une femme atteinte d’un cancer et qui craignait qu’une grossesse n’aggrave son état à aller subir un avortement à l’étranger. Quelque 4 200 Irlandaises, selon les estimations, se rendent ainsi chaque année au Royaume-Uni et sur le continent pour une interruption de grossesse.

L’Inde « préoccupée » par le décès de Savita Halappanavar

New Delhi a exprimé jeudi sa « préoccupation » après le décès de Savita Halappanavar. « Nous regrettons profondément la mort tragique de Savita Halappanavar […]. La mort d’une citoyenne indienne dans de telles circonstances est un sujet de préoccupation, a déclaré le porte-parole du ministère des affaires étrangères indien, Syed Akbaruddin, lors d’une conférence de presse. Les autorités irlandaises ont ouvert deux enquêtes, nous attendons les résultats et nous aviserons à ce moment-là. »

Source : ici

Pour un avortement légal et gratuit – aussi tôt que possible, aussi tard que nécessaire (The Irish Revolution)

La mort de Savita Halappanavar le 28 octobre à l’hôpital universitaire de Galway a placé de nouveau la question de l’avortement au cœur des débats de la politique irlandaise, pas seulement dans l’Etat du Sud, mais dans tout le pays. En effet, cette nouvelle coïncide avec l’ouverture de la clinique Marie Stopes à Belfast.

Le cas de Savita Halappanavar est particulièrement tragique et dramatique étant donné que le fœtus de cette femme était non viable, qu’elle était en train de souffrir d’une fausse couche et que sa vie était en péril. On lui a refusé l’avortement parce que le cœur du fœtus battait encore. Ce pouls de fœtus prit le dessus sur le pouls, et sur la vie, d’une femme. En outre, quoiqu’on pense de l’absence de cœur des médecins, ils obéissaient à la loi. Légalement, un avortement n’est permis que si la vie de la femme est en danger immédiat.

Les lois sur l’avortement, des deux côtés de la frontière, sont une grande restriction des droits des femmes et une grande intrusion des forces écclesiatiques (catholiques et protestantes) et étatiques dans la vie des femmes. L’opposition de tant d’unionistes à l’extension aux 6 comtés de la loi sur l’avortement britannique de 1967 est l’un des exemples qui révèlent que la vacuité de la prétention des unionistes à « être britanniques ». Ils sont « britanniques » quand ça les arrange, et seulement quand ça les arrange.

Du côté de Sinn Féin, son opposition au droit à l’avortement indique la nature équivoque du républicanisme des shinners [terme populaire désignant les partisans de Sinn Féin provisoire]. De même que les unionistes sont « britanniques » quand ça les arrange et ne veulent pas entendre parler de lois britannique quand il s’agit de l’avortement, de même les shinners sont républicains quand ça les arrange et ne veulent pas entendre parler de sécularisation-laïcité [‘secularism’] quand il s’agit de l’avortement. Au moins au Nord, certes. Au Sud, les shinners cherchent de façon opportuniste à s’intégrer dans le wagon de queue du mouvement pour la mise à jour de la législation, qui cherche à faire en sorte que des morts telles que celle de Savita Halappanavar ne se reproduisent plus.

Le fait que la loi sur l’avortement dans le Sud colle tant à l’enseignement de l’église catholique est un stigmate de la nature profondément réactionnaire des partis Fine Gael, Labour et Fianna Fail. Cette idée, gravée sur le marbre de la constitution de 1937, est que le rôle de la femme dans la société est principalement celui d’être une épouse et une mère. Si quelque chose ne va pas lors de la grossesse, c’est la faute de la femme, car quelque péché a dû être commis. Quant aux fausses couches, c’est une punition envoyée par Dieu, tout comme le décès en couches.

Le républicanisme a toujours été un mouvement modernisateur et séculier en Irlande. Ceci signifie qu’il défend l’émancipation des femmes, émancipation qui restera chose impossible tant que l’Eglise et l’Etat ont plus de pouvoir sur le corps des femmes que les femmes elles-mêmes. Ce qu’il faut, c’est l’abolition de toutes les restrictions des droits démocratiques qui empêchent les femmes d’interrompre leur grossesse. L’avortement devrait être légal et gratuit. En ce qui concerne les limites de durée, les femmes qui souhaitent une IVG tendent à la préférer précoce, néanmoins le choix devrait exister. En d’autres termes : aussi tôt que possible, aussi tard que nécessaire.

La lutte pour le droit à l’avortement est une lutte dont l’enjeu est la nature-même de la société irlandaise. Ceci veut dire : Nord et Sud. Il y a cent ans, Connolly, ferme partisan de l’émancipation des femmes, avait expliqué que la partition provoquerait un « carnaval de réaction », plaçant au pouvoir les forces les plus arriérées et réactionnaires existant dans les deux entités.

Savita Halappanavar est la dernière en date des victimes de ce carnaval de réaction. Une lutte pour l’avortement légal, gratuit, menée sur la base des 32 comtés, assènerait un coup de massue à ce carnaval de réaction et mettrait en avant la perspective du progrès, de la sécularisation, de la liberté et de l’égalité dans toute l’île. Elle pourrait montrer que les intérêts des masses féminines irlandaises sont contrariés par les deux entités réactionnaires, mais pourraient être satisfaits dans une Irlande libre.

Il y a cent ans, Inghinidhe na hEireann, le groupe révolutionnaire des femmes républicaines fondé par Maud Gonne, avait défendu l’idée que la liberté des femmes ne pouvait être réalisée que dans une Irlande libre. Il est temps de renouveler cette perspective.

Source : ici

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2 commentaires pour Il y a un mois, Savita Halappanavar mourait à l’hôpital de Galway

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Il est inadmissible qu’en Irlande aujourd’hui l’avortement soit considere comme inadmissible. Une vraie Republique democratique et pluraliste digne de ce nom, pas forcement Marxisante, mais innovante et neuve ,peut elle se plier a des principes si retrogrades. L’entente qui regne entre les deux communautes religieuses sur ce probleme demontre le manque d’ouverture d’esprit de ses donneurs de sentences qui trouvent la des raisons de se congratuler, comme le dit l’auteur de l’article chacun emmenage ses positionnements quant cela les arrange. Il y a vraiment beaucoup a faire lorsque l’on peut considerer que le temps s’est arrete il y a deux a trois mille ans.

  2. séb dit :

    je pense que cette histoire est très symptomatique et montre bien quel genre d’Etat est le « free state » et à quel point la guerre n’est pas entre catholiques et protestants et qu’il y a très peu de différence entre les législations des deux Etats en matière d’avortement.
    D’ailleurs, pour ce qui est du Nord, il est intéressant de noter que la législation est beaucoup plus réactionnaire pour les femmes et notamment le droit au libre choix de pouvoir avorter ou non qu’en metropole.
    C’est un principe récurrent du colonialisme que de laisser les peuples opprimés patauger dans leur boue obsurantiste.
    La france a fait pareil en Algérie en faisant croire aux petits bourgeois métropolitains qui le voulaient bien que l’Etat français permettait ou permettrait un progrès social pour la population algérienne.
    Seulement, la propagande peut baver, les faits sont têtus. L’Etat colonial n’a même pas permis aux indigènes d’apprendre à lire. Et ce n’est pas un échec, mais bien le résultat d’une politique réfléchie visant à maintenir ou à enfoncer les indigènes dans l’ignorance.
    La petite bourgeoise s’est toujours refusée à reconnaître cette inégalité de développement pour pouvoir collaborer tranquillement avec l’Etat colonialiste et en récolter les fruits tout en préservant sa conscience.
    C’est ce qui a amené de pseudos révolutionnaires à soutenir, qu’il fallait d’abord faire la révolution en métropole pour ensuite l’exporter outre-mer….

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