Fragment d’un document d’ETA au sujet de la dépolitisation

Extrait du texte de 1984 : La paix pour Euskadi Sud

La logique économique du capitalisme a connu son apogée dans les années soixante, quand la panacée de la consommation cadrait parfaitement dans la conception politique pluraliste de la démocratie bourgeoise, grâce au «miracle économique» issu de la création du Marché Commun Européen. D’une part, les pays démocratiques bourgeois prouvaient que le capitalisme en pleine expansion élevait le niveau de vie de l’ensemble des classes sociales et pas seulement des classes au pouvoir.

(Il se produisait un déplacement des aspects les plus néfastes de l’exploitation capitaliste vers les pays du Tiers-Monde, grâce au contrôle que ces pays développés exerçaient sur le marché mondial). Le régime des libertés du pluralisme politique avait lui-même besoin du modèle offert par le système de la consommation parce que, dans le fond, disait-on, la liberté de choisir les représentants politiques et la liberté de consommer un produit ou un autre, sont essentiellement la même liberté.

Qui plus est: la liberté de consommation est essentielle à l’exercice de la liberté, c’est pourquoi les économies planifiées et les marchés contrôlés par les pouvoirs publics sont, de par leur nature même, l’antithèse d’une société pluraliste.Grâce à cette idéologie de la consommation, les différences de classe s’en trouvent camouflées et l’antagonisme qui existe entre les intérêts des classes dominantes et des classes dominées s’est estompé face à l’individualisme croissant que suppose la liberté de consommation. La défense des intérêts que toute personne trouve normalement au sein d’un groupe s’en trouve gravement diminuée.

La perte de la notion de peuple ou de classe et la standardisation des modes de vie supposent que l’individu qui entre dans la catégorie indifférenciée de consommateur, manque de plus en plus d’éléments de critique puisqu’il lui manque des éléments de référence que sa nationalité et sa classe lui offrent pour juger non seulement les problèmes d’ensemble de sa société, mais encore ceux qui découlent de la consommation.

Le consommateur finit par consommer ce qu’on lui demande de consommer, et le système produit des biens de consommation, non pas parce qu’ils sont nécessaires sinon parce qu’ils produisent des bénéfices à ceux qui contrôlent le marché: marché qui s’est lancé dans une spirale effrénée et vertigineuse de besoins fictifs «nouveaux» et «urgents. » Ce besoin de consommer en arrive même à transformer la valeur des produits eux-mêmes.

En effet, fréquemment, surtout dans les pays au niveau de vie le plus élevé, ce n’est pas la valeur ou le service rendu par l’objet consommé mais le fait même de consommer qui offre le plus grand plaisir au consommateur. D’où les règles de comportement de ceux qui peuvent consommer de tout et de ceux qui doivent supporter l’humiliation d’être «économiquement faibles». Il suffit de penser aux souffrances des pauvres riches «déchus» qui doivent maintenir leur image de consommateur, même si pour cela, ils doivent manger de la merde. Pensez aussi aux énormes complexes que le tourisme du luxe a créés avec ses habitudes de consommation, chez les habitants de la «Côte Basque».

Sous le règne de cette idéologie de la consommation, la crise économique s’est produite à partir des années soixante-dix. (C’est probablement la crise la plus profonde du système capitaliste). Le chômage généralisé que la crise a engendré, n’a pas augmenté les tensions sociales dans la proportion qu’on aurait pu attendre, vingt ans auparavant, et ce, parce que les conséquences négatives de la crise ont frappé des sociétés profondément atomisées.

L’individu se retrouve seul face au chômage et cherche une solution personnelle, même s’il milite dans un syndicat qui, de toutes façons, s’est transformé en plateforme négociatrice d’emploi pour ces militants. Le manque de solidarité au sein de la classe ouvrière a atteint un niveau jamais égalé. Chacun agit pour son propre compte. Aucun rayon de soleil ne semble indiquer la fin du tunnel, malgré tout ce que l’on en dit, et la crise continue de provoquer des réactions de défense au sein de la société les uns, parce qu’elle les a atteint, et les autres de peur qu’elle ne les atteigne, réactions qui engendrent un manque croissant d’intérêt pour les thèmes collectifs.

La dépolitisation et, même, le refus de la politique sont des phénomènes qui s’accompagnent invariablement d’un spectaculaire phénomène de «politisation» de l’extrême droite. Entre temps, les bénéficiaires de la crise ceux qui sont en train de réaliser les plus grands bénéfices de l’Histoire, ceux qui mettent l’économie entre les mains de quelques uns, ceux qui ont conduit la classe ouvrière (avec l’efficace collaboration des bureaucrates syndicalistes) vers la situation de carence la plus totale de défense depuis la première révolution industrielle non seulement jouissent de leur pouvoir économique renforcé, mais encore ils ont les mains de plus en plus libres pour pouvoir agir dans la vie politique.

Il se produit ainsi le paradoxe diabolique: le capitalisme en crise pour se maintenir au pouvoir, n’a pas besoin de stimuler les forces populaires en sa faveur; il lui suffit de continuer à cultiver les conséquences les plus désastreuses de son propre système en crise.

Source : Euskadi Guduan

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Un commentaire pour Fragment d’un document d’ETA au sujet de la dépolitisation

  1. Alain Monier dit :

    bonjour, ce qui se dit pour le pays basque peut se plaquer tout aussi bien sur l’Irlande du Nord. Le systeme qui gere l’humanite a toujours une longueur d’avance dans la mesure ou il est maitre d’oeuvre et actionnaire. Le « Progres » serait le systeme, car il ajuste toujours ses erreurs en trouvant toujours la solvabilite sur la masse des plus petits, mais ce progres est profondement discutable. Sans prendre les Peuples pour des cons -ce que pense nos elites- il est bien vrai que la manipulation qui a toujours existe partout a pris une expansion sans commune mesure pour tromper et egarer. Le regne du mensonge est notre lot quotidient et nous y prenons part, ne serais ce qu’en regardant une publicite qui nous ment, on en souri, mais c’est deja un peu tard. On sait ce qui nous assomme, mais on sans fou. L’individualisme outrancier qui nous faconne , nous livre a un narcissisme ravageur qui fait parti de notre fondement humain, et on le laisse courrir a perdre haleine jusque dans le mur. Aujourd’hui tout se resume a l’egoisme individualiste. A ce titre, il serait bon de se poser des questions essentielles, pourquoi l’Irlande du Nord persiste encore dans son desir d’exister, malgre l’abandon de beaucoup ? SI l’economie est un vecteur pour le bien etre, s’arreter la me parait bien triste. Quelles valeurs pour que des « mortels » puissenrt depasser ce determinant incontournable. Pourquoi les Unionistes les plus inflexibles perceverent avec cet attachement imaginaire a la GB ?. Il y aurait lieu de s’interroger sur le fondement de ces choix. Toutes les valeurs s’amenuisent, l’histoire est bien souvent contre la justice en pronant le choix de la valorisation de l’espece. Un jour un pretre me disait « voyez l’Eglise elle a Deux mille ans c’est ce qui fait valeur de stabilite et donc de verite ». Je n’en crois rien elle a su manipuler en apportant effectivement dans ses bagages des denrees digestes pour des ames en proie a la souffrance, mas la « revelation » n’a pas suivi, il a fallu l’alliance du sabre et du goupillon. Les Francs saliens ont remporte la victoire avec le bapteme de clovis, qui a vu ou ete la puissance, le pouvoir, en eliminant les Celtes plus claniques. Cela pour dire que l’on nous refait le meme coup, mais la le pouvoir s’il n’a jamais change de main, se manipule aujourd’hui a la vitesse de la lumiere en s’efforcant d’anticiper les changement, se voulant maitre de l’aleatoire. On en est la , rien n’a vraiment changer sur cette terre, mais il s’avere qu’aujourd’hui tout est programme, et une erreur peut tout foutre en l’air. Il est sur que malgre notre lassitude il ne faut pas desesperer de L’Irlande tout a l’Irlande ». Cordialement Alain Monier

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