Au sujet de l’indifférence du Sud vis-à-vis du Nord

Article tiré de la presse bourgeoise, fort instructif, sur la mentalité hégémonique dans le Free State aujourd’hui en ce qui concerne la question nationale

Dans le Sud de l’Irlande, l’intérêt pour ce qui se passe dans le Nord est minime. En tant que personne qui vit dans le Sud et travaille dans le Nord, je peux dire par expérience que dans l’époque actuelle, où la crise économique et financière domine le discours public, les gens du Sud ne veulent plus en entendre parler.

« Les gens dans le Sud sont parfaitement heureux de la formule 26 comtés : leur cartographie mentale se résume aux 26 comtés » explique un homme du Sud qui a eu des postes à responsabilité dans les deux Etats. « Quand il y avait une grande intensité de violence dans le Nord, quand on voyait des images du onflit chaque soir à la télévision, leur niveau de conscience était plus élevé. Aujourd’hui dans le Sud , il n’y a plus cette base de gens concernés. »

Ce qui existe à la place, c’est une base de gens qui vont plus loin et qui disent qu’après cette bifurcation vieille de 90 ans, les deux Etats constituent deux endroits séparés, et qu’il faut garder les choses en l’état. Une telle vision des choses a été formulée par cette jeune femme qui passage avait critiqué Martin McGuinness lors de son passage à l’émission Frontline de la chaîne RTÉ, au moment de la campagne présidentielle d’octobre dernier : « Moi qui suis une jeune Irlandaise, je suis curieuse de savoir pourquoi vous êtes venus dans ce pays, équipé de tout  votre bagage, de votre histoire, de votre controverse? Comment pensez-vous pouvoir me représenter, moi jeune Irlandaise, qui ne sait rien des Troubles et qui ne veut rien en savoir? »

Le haut cadre que nous avons cité plus haut pense que « la difficulté majeure concernant la dimension Nord-Sud du processus de paix est de persuader les gens dans la République [le Free State] de son importance. » Il souligne la nécessité d’une coopération en « face à face » des deux côtés de la frontière, envers la communauté unioniste en particulier, qui tend à se sentir de plus en plus poussée dans les cordes dans une Irlande du Nord qui « verdit » de plus en plus démographiquement. D’après lui, les unionistes ne devraient pas « renoncer à leur identité britannique » pour participer à une telle coopération.

Mes recherches précédentes ont montré, c’est inquiétant, un très bas niveau de connexion entre organisations de la société civile des deux Etats, églises et clubs sportifs mis à part. Duncan Morrow, ancien directeur du conseil pour les relations inter-communautaires, célèbre pour avoir critiqué ouvertement de l’échec du gouvernement d’Irlande du Nord à entreprendre le changement vers une société partagée et non-sectaire, considère que « le cadre intellectuel permettant d’envisager des relations Nord-Sud est très faible ».

Ce point de vue est partagé par la journaliste Olivia O’Leary. Lors de l’inauguration de l’école Garret FitzGerald, elle a demandé à l’assemblée de dignitaires de réanimer la coopération Nord-Sud. Elle a proposé trois manières de le faire : plus de coopération en face à face, plus de coopération dans les services publics partagés, et un développement économique et social des zones frontalières, souvent marginalisées.

Pour que de telles choses aient lieu, il faut dépasser le sentiment dominant d’ennui et de désengagement vis-à-vis du Nord, bien que je ne le vois pas arriver un tel changement dans l’avenir proche. Mais ceci nous fait rencontrer la question à long terme : est-ce que le Sud veut vraiment du Nord dans une éventuelle Irlande unie? Les sondages d’opinion dans la décennie passée ont montré qu’une petite majorité de gens dans le Sud sont pour une Irlande unie : 54% d’entre eux dans l’enquête European Values Survey de 1999-2000.

Au milieu des années 1980, le politologue Peter Mair a décrit de cette façon l’attitude des électeurs irlandais : « L’unité serait une bonne chose. Mais si cela doit nous coûter de l’argent, ou engendrer de la violence, ou briser l’équilibre moral et social, dans ce cas ça ne vaut pas le coup. »

Ce point de vue se retrouve dans une enquête menée en 2011 parmi les étudiants en sciences sociales des universités UCD de Dublin et Queens de Belfast. Comme le dit un étudiant dublinois : « Aucun d’entre nous ne veut de l’Irlande du Nord, ni nous ni le gouvernement du Royaume-Uni. Je dirais que si on posait la question à la majorité du peuple irlandais, ils diraient oui – c’est sûr que les nationalistes diraient, par acte d’allégeance, qu’ils veulent une Irlande unie – mais que cela engendrerait trop de troubles. Je veux dire, intégrer l’Irlande du Nord dans cet Etat, pourquoi un tel chambardement? Le statu quo satisfait tout le monde.

Mais l’histoire ne se tient pas tranquille. Si l’Ecosse devient indépendante après un référendum en 2014 (ou dix ans plus tard si les résultats ne sont pas concluants et que les nationalistes écossais demandent une nouvelle élection), émergera tôt ou tard dans le gouvernement anglais (qui sera alors largement anglais) et dans le peuple une remise en question du maintien de la dispendieuse union constitutionnelle avec le coin Nord-Est de l’Irlande. Mais quelle sera alors la position du gouvernement et du peuple du reste de l’Irlande? C’est une question qu’ils préfèrent ne pas se poser, bien qu’ils le doivent.

Source : ici

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2 commentaires pour Au sujet de l’indifférence du Sud vis-à-vis du Nord

  1. Martin le Bouquetin dit :

    Pas grand chose à voir avec les 26 comtés, à part l’aliénation et la neutralisation : c’est un texte sur la france d’aujourd’hui que je trouve très bon, au sujet du récent sondage selon lequel 83% des gens sont pour licencier les femmes voilées et 75% pour la vidéosurveillance :

    DIGRESSION SUR DEUX SONDAGES

    Deux sondages réalisés par un institut privé de décérébration, au nom pourtant sympathique de Brulé Ville et Associé (BVA), pour Le Figaro et pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, annoncent aujourd’hui des chiffres consternants.

    Entre autres résultats, on y apprend que 75% des Français-es seraient pour le développement de la vidéosurveillance dans les centres-villes, dans les transports et les lieux publics ; et que 83% seraient favorables à une l’interdiction légale du port visible de tout signe d’appartenance religieuse ou politique dans les entreprises privées.

    Ces publications sont sensées refléter cette “opinion publique” à laquelle les dominants recourent invariablement, pour justifier leur misérable aspiration à nous contrôler, à nous exploiter, à nous dire ce qui est bon pour nous mais n’est bon que pour eux.

    L’opinion, pour se construire, nécessite le retour d’expérience, l’échange, la confrontation d’idées, l’argumentation, le débat, des pratiques élaborées, discutées et critiquées ensemble. Bref, une dynamique sociale.

    Or force est de constater la négation par l’Etat de tels espaces de débat social. Je ne parle pas des salons de thé, des cafés philo ou des soirées où l’on refait le monde autour d’un bédo ou d’un pack de bières, mais d’espaces décisionnels réels, débouchant sur l’usage réel des moyens de produire ce dont nous avons besoin.

    Squats politique, occupations de la rue, occupations d’usines et de terres agricoles sont systématiquement la cible de descentes des gros bras en uniforme de l’ordre dominant, qui ne tolère pas que la réflexion sociale se fasse en-dehors de son cercle restreint de pseudo-”élites”, de prétendus ”représentants du peuple”. Ainsi, sur Poitiers, le moindre rassemblement au contenu un tant soit peu critique fait désormais l’objet de contrôles d’identité, voire d’arrestations, voire de condamnations à la prison, sous prétexte de “manifestation illégale”.

    “Les pensées de la classe dominante sont aussi les pensées dominantes de chaque époque” (Marx/Engels, in L’idéologie allemande). La prétendue “opinion publique”, qui serait “révélée” par les sondages pour mieux être appliquée par les “élus“, n’est que l’opinion additionnée d’individus atomisés, privés de toute possibilité matérielle de réflexion collective, ne s’exprimant que dans des isoloirs et confiant ce qui leur reste d’espérances à une urne.

    L’opinion majoritaire, au sein de cette société misérable, se réduit invariablement, quand elle s’applique à l’échelle collective, à la reproduction des schémas idéologiques, sociaux et affectifs… inculqués de force par l’océan du message idéologique du pouvoir, dont le coeur est le contrôle social et la répression (ainsi que l’illustrent les deux sondages évoqués plus haut).

    Ce message autoritaire est aussi bien porté par l’institution familiale, reproduisant à son échelle les exigences du système autoritaire, que par les institutions scolaire, médiatique et publicitaire. Regarder la télévision est devenu l’activité humaine la plus importante après le sommeil et devant le travail, à l’échelle d’une vie humaine. Les médias sont un dispositif d’aliénation dans lequel les sondages, loin de se cantonner à un simple rôle “informatif”, jouent un rôle de persuasion active. S’ils “sondent” les esprits des sondé-e-s, ce n’est pas tant pour y trouver des pensées nouvelles, que pour valider la présence de pensées imposées, et immiscer plus encore ces pensées dans les esprits de tou-te-s les autres. Sous la neutralité, la neutralisation.

    Plus généralement, la grande astuce légitimatrice du pouvoir autoritaire dit démocratique est sa capacité à se justifier par le recours au mythe d’un ”peuple”, qui n’a jamais été que la masse indistincte des esclaves contraints et formatés pour servir. Les “consultations citoyennes” n’ont jamais consisté qu’en une validation de l’existant, de décisions déjà prises par les dominants. Tout comme les sondages, les élections ne proposent qu’une alternative entre des pseudo-choix, dont le fond idéologique commun est présenté comme allant de soi. Rose, bleu, vert, rouge ou blanc, aucune pub, aucun bulletin, aucun drapeau ne peut masquer complètement le néant, la misère noire du monde présent.

    La seule alternative réelle consiste en la réppropriation sociale réelle des décisions, et la conquête des moyens réels de satisfaire nos besoins. Ce qui suppose une lutte radicale et pratique contre les catégories de pensée diffusées par le pouvoir, parce qu’elles baignent toutes dans le même jus de l’aliénation.

    La société n’est pas une et ne le sera, fort heureusement, jamais. L’Etat, la Nation, l’Opinion, la Neutralité journalistique et autres fadaises d’un discours de mythe unitaire, ne pourront jamais occulter tout à fait que subsistent des clivages irréductibles dans nos choix sociaux : hiérarchie ou égalité, exploitation ou partage, compétitivité ou coopération, pouvoir sur les autres ou pouvoir de faire avec les autres ? Toutes les opinions ne sont pas également respectables et légitimes : celles qui consistent à justifier que des gens soient exploités et dominés ne sont pas acceptables. Les discours et les lois s’appuyant sur “l’opinion” pour justifier le flicage et la répression ne méritent que notre mépris.

    Nous avons choisi notre camp, celui de la liberté. Les sondages peuvent bien asséner que le projet totalitaire de contrôle social, de répression et d’exploitation a l’avis favorable de l’opinion à 99% : ne serions-nous que “les 1%”, nous affirmerions encore que nul-le n’a la légitimité de nous représenter, de nous imposer ce dont nous ne voulons pas. Nous ne représentons personne d’autre que nous-mêmes et n’imposons à quiconque nos choix de vie. Vidéosurveillance et répression des idées sociales sont une violence pour tout-e-s, face à laquelle tout le monde est légitime à se défendre, par tous les moyens jugés adéquats.

    Juanito, Pavillon Noir (FA 86), 25 mars 2013

    http://fa86.noblogs.org/?p=8469

  2. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Il y a deja eu une reponse a cette question ce fut Mai 1968. Et cela ne fut pas un plan concerte ou fixe dans la tete de 1% d’irreductible, mais seulement par la majorite de la jeunesse Francaise. Puis revers de la medaille les structures se sont adaptes pour redessiner un nouveau contours, mais pour autant sans detruire ce qui est devenu consistant, c’est a dire le.retour des choses comme cela a eu lieu apres la deuxieme guerre mondiale, les anciens resistants depenailles ont ensuite porte le smoking et leurs dames la fourrures et tout cela dans un conformisme etouffant. 1968 e juge defavorablementl le renoncement de ces anciens reformateurs. Pour autant le flambeau a ete repris a eu son efficacite, mais aujourd’hui cette etape est a nouveau depassee. Un nouveau paradygme se presente perturbant l’endormissement des anciens soixantes huit tards. Y a t’il donc toujours un retour a l’inertie, non pas au retour du meme puisque a chaque tours des differences ont lieu. On pourrait donc dire que tant que la stucture de base n’est pas demolie, on retombe dans les memes travers, c’est fort possible. L’important en fait reside dans les tentaculaires tenailles du principe consumeriste qui determine se plus de jouir, ou la satisfaction immediate des objets subsitutifs , ces morceaux de jouissance decervellent le citoyen. Nous sommes tous touches a des degres divers.

    Il y a bien entendu des differences dans les atteintes individuelles, ce qui determine des interferences donnant des prises de consciences reelles. Mais ce qui est dit dans l’article avec pessimiste avec les 1% « d’elus » est vrai dans le sens ou un Evenement tel que l’on peut le concevoir ne peut se contenter de ce maigre pourcentage, et ces 1% n’influerons jamais les 99 autres %. Ces 1%
    vivrons avec leurs esperances ,surement ineluctablement narcissique au entournure. Un bouleversement doit avoir lieu quand il doit avoir lieu. Bien entendu la flamme de la memoire comme celle du « soldat inconnu » ou celle des gardiens du feu sont misent sous surveillance, c’est ineluctable et indispensable pour le moral des gardiens. Mais je crois pour ma part que le jour etl’heure ne nous seront pas donnee.a l’avance .1968 a touche une majorite de personnes non eduquees politiquement qui ont pris conscience du « Reel » grace a cette emergence cette necessite nouvelle qui devait s’affirmer et se concretiser. Et chacun a ce titre portait en lui cette besoin de remise en cause de l’ordre social autoritaire, qui repondait a leur demande. Chaque generation repete le meme leimotif contre l’oppression, pour la liberte, ce n’est pas pour rien, il y a je le repete necessite. Les « gardiens » de la flamme savent que la plus value et le plus de jouir sont « l’eau dans le gaz » et que ce mauvais fonctionnement du systeme, cette entropie se determinera a travers ses effets, commr mesurable, ou chacun avec tous pourra regler son commutateur, afin de trouver equilibre entre la demande et la consommation sous tous ses parametres. Je ne crois pas pour ma part que l’on puisse mettre la charrue avant les boeufs, c’est peut etre dur a entendre mais « concret ». Je le repete. Sur notre planete la foi ne peut sauver sans les mises en actes indispensables du plus grand nombres pour la survie humaine. Mais il serait imaginaire de penser que sans les conditions reunies rien de vrai et d’efficace ne pourra avoir lieu. Marx le pensait, Lenine non . On peut donc penser apres l’echec de la Revolution Russe que c’etait peut etre Marx qui avait raison. Cordialement Alain Monier

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