En revenant de la Chaussée des Géants

Une fois n’est pas coutume, nous allons faire les touristes de retour de vacances.

Quant on voyage dans les 6 comtés occupés (nord-est de l’Irlande), il y a deux grandes attractions à touristes : Falls Road à Belfast-ouest et sa grande majorité de murals en toc, vitrines du côté nationaliste, et la Chaussée des Géants, située dans le comté d’Antrim à l’extrême-nord de l’île, site naturel appartenant à une zone unioniste. Nous allons parler de notre expérience à la Chaussée des Géants de cet été pour donner quelques conseils et faire quelques considérations.

Avant d’arriver au bord de l’eau et de voir la Chaussée de Géants, il faut passer par une espèce de musée-cafétéria tout neuf, nommé le Giants’ Causeway Visitors’ Centre. Ce n’est rien d’autre qu’un vaste hangar à touristes ultra-moderne, mais qui a coûté pas moins de 18,5 million de £. Vous débouchez tout de suite au parking, guidé par un employé habillé de rouge. Vous ne payez pas tout de suite (Ah bon… chouette!) mais une fois entré dans le musée (eh eh!). Pour sortir du parking, il faudra montrer patte blanche.

Pour éviter ce piège, garez ce qui vous sert de véhicule avant d’entrer dans le parking et allez-y à pieds, puis soyez prudents. Le billet d’entrée est de 8,50 £ pour un adulte, soit presque 11 euros (le tarif de groupe est de 6£ mais il faut être une quinzaine). Le billet donne droit à 1) prendre le bus qui fait les 500 mètre jusqu’à la Chaussée, 2) voir les affiches et explications, 3) dépenser du fric en gadgets, 4) avoir un audio-kit et 5) se servir des poubelles et des chemins goudronnés de la promenade. On peut néanmoins accéder au musée et aux toilettes par la porte de la terrasse de la cafétéria (il suffit d’enjamber une mini-barrière symbolique). Là encore, soyez vifs et prudents.

Si vous demandez au guichet à quel moment on vous demandera votre billet, la réponse est toute prête : « Ayez-le sur vous! » – « Mais dans quels endroits dois-je montrer mon billet? » – « Ayez-le sur vous! ». Un touriste averti en vaut deux. A propos de gardes, ils sont très nombreux et ils semblent organisés, on les appelle les « gardes rouges » (du capital). Ils veillent et scrutent les comportements anormaux. Il est néanmoins possible de profiter de la cohue pour tromper leur vigilance en contournant le musée par la petite maison sur la gauche et ainsi d’accéder à la promenade en bord de mer sans se faire prendre.

Nous y voilà enfin : pour mieux apprécier ces formes minérales, le mieux est de prendre le chemin qui descend vers la chaussée, pas le chemin qui longe la falaise. Mais ce chemin d’en bas est une vraie autoroute où un bus passe et repasse. La foule est dense. A peine arrivé devant les orgues de pierres, le nombre de touristes agglutinés dégage un tel stress que les roches et le paysage marin disparaissent en arrière-fond. C’est sûrement très beau, mais il faut des capacités d’abstraction. Vues d’en haut, par le chemin de la falaise, le spectacle des orgues de roches est un peu « écrasé ».

N’hésitez pas à arpenter les chemins même fermés par des barrières de sécurité (à cause d’anciens éboulements). Si vous désirez pic-niquer sur une colline un peu à l’écart, faites attention aux « gardes rouges » qui ont une meilleure maîtrise du terrain et des walkies-talkies, ils sont prêts à jouer de leur sifflet et à vous cueillir de l’autre côté. Ce sont des étudiants saisonniers, ils sont présents mais peu agressifs. Abstraction faite de tout cela, la promenade est sympathique. Mais sur la côte du Nord-Antrim et les conseils d’une fermière, nous avons découvert deux promenades le long de rochers abrupts, de promontoires vertigineux, de falaises et de plages beaucoup plus sauvages et tout aussi majestueuses : il s’agit des sites de Torr Head et de Murlough Bay : là, point de « gardes rouges » ni d’arnaque, mais des moutons par milliers, le rivage et la mer, polluée par endroits il est vrai. Nous vous conseillons le restaurant chez Harry’s à Cushendall, c’est bon et pas trop cher. Vous pouvez éviter la ville balnéaire de Cushendun, sauf si vous aimez les ambiances de « mort à Venise » chez les zombies.

Mais revenons à la Chaussée des Géants. Ces falaises et ces tubes et alvéoles de roches au bord de l’eau, tout au Nord de l’Irlande, pas loin de l’Ecosse, ont intrigué les anciens Irlandais. Le mythe raconte que l’origine de ces formations rocheuses vient du combat entre le géant Finn McCool et un géant écossais. Frappé par la taille de celui-ci, Finn McCool aurait eu l’idée de se faire passer pour un bébé et de se faire entourer de langes afin de faire imaginer à son adversaire la taille de son père, son « véritable » adversaire. Pris de courroux, le géant écossais aurait détruit la falaise, donnant à celle-ci son aspect si particulier. La géologie nous apprend que la chaussée des géants est faite de basalte et que son origine est volcanique, datée de 60 millions d’années d’après les dernières recherches.

Mais une autre version est apparue récemment : celle des fondamentalistes protestants de la Fondation Caleb. Celle-ci a pu faire pression sur le National Trust, sorte de ministère britannique du patrimoine et propriétaire du musée, pour faire passer un message créationniste dans le musée du site. La Fondation Caleb affirme que ces orgues de roches et ces alvéoles n’ont pas 60 millions d’années mais moins de 6.000 ans, elles ne sont pas du basalte volcanique mais plus vraisemblablement des restes fossiles de bambous, datant de moins de 6.000 ans, âge de la Terre d’après leur théorie dite de la Jeune Terre. Il est probable que ces fondamentalistes reprennent les conclusions de l’archevêque anglican d’Armagh, James Ussher (1581-1656), qui avait estimé que la Terre s’était formée 4004 ans avant J.C. en se basant sur les textes de l’Ancien Testament. L’affaire a ainsi été résolue par le National Trust, qui se veut « inclusif et représentatif de toute la communauté » :

Le débat continue aujourd’hui

A l’instar de nombreux phénomènes de la nature, la Chaussée des Géants a soulevé des questions et ouvert des débats au sujet de sa formation. Le débat  a grandi depuis que la science s’en est emparée, et la Chaussée des Géants fait désormais partie du débat général concernant la formation des roches de la terre. Le débat se poursuit aujourd’hui pour certains, dont la théorie sur la formation de la terre diverge de la théorie dominante actuelle. La théorie créationniste de la Jeune Terre affirme que la terre a été créée il y a 6.000 ans. Ceci est basé sur une interprétation de la Bible et en particulier du récit de création dans la Genèse. Certaines personnes dans le monde, et plus spécialement ici en Irlande du Nord, partagent ce point de vue. Comme cela a été le cas dans le passé et comme nous le comprenons aujourd’hui, la Chaussée des Géants continuera de susciter émerveillement et crainte respectueuse, et de soulever le débat et les questions difficiles, tant que les visiteurs viennent la contempler. »

Le musée britannique leur a donc fait volontiers cette concession, au grand contentement des partisans de la Jeune Terre. L’intérêt des dominants, britanniques ici, est d’abrutir les masses tout en se faisant passer pour tolérant, démocrate et respectueux de tous. La tactique des créationnistes de la Caleb Foundation est de faire passer une opinion, venue de la Bible par exemple, comme étant un élément ayant sa place à l’intérieur du débat scientifique. Cette opinion contredisant les derniers résultats scientifiques donne alors l’impression que le débat scientifique n’est pas tranché. Le but profond étant de faire naître des doutes au sujet de la valeur des sciences, de propager le relativisme et donc d’augmenter le crédit de la religion (qui elle ne doute pas). Cette tactique a déjà été employée par l’officine créationniste Discovery Institute aux Etats-Unis, qui cherche à introduire par la polémique leur théorie de l’intelligent design [création du monde par une intelligence].

Il est possible que dans les 18.5 millions de £ qu’a coûté le musée et l’aménagement du site, la Fondation Caleb ait apporté des billes et exige un paiement idéologique en retour, mais nous ne connaissons pas les détails. Dans tous les cas, les bureaucrates du National Trust qui gèrent la Chaussée des Géants donnent droit de cité aux ultras de leur camp – ce site naturel est situé dans le nord du comté d’Antrim, près de la ville de Bushmills, un bastion unioniste – et acceptent de mettre en avant ces énoncés bibliques en tant que scientifiques. Plus généralement, ils cherchent à dépouiller les porte-monnaie, fliquer les corps et embrouiller les esprits par cet obscurantisme moitié scientiste moitié religieux.

Des géologues et d’autres scientifiques ont protesté contre cette emprise obscurantiste, certains d’entre eux pouvant être de confession/d’origine catholique. Voici ce que Wallace Thompson, président de la Fondation Caleb, leur répond dans la presse (The Belfast Telegraph du 12 juillet 2012, p.30)

Les créationnistes ont le droit d’être entendus

Dans son article (Life, 9 juillet), Nuala McKeever a dit, à propos des tenants du modèle de la Jeune Terre, que « la parité d’estime ne mérite pas de s’appliquer à certaines opinions ». Elle nous qualifie également de « délirants ». Laissons de côté l’insulte et la condescendance de ce dernier commentaire, car le côté le plus dangereux de son attitude se reflète dans son premier commentaire. Il y a dans plusieurs disciplines scientifiques, comme la géologie, la paléontologie, la physique, la génétique, la biologie, l’astronomie, la biochimie, la géophysique, la microbiologie, la chimie, la physique nucléaire, la botanique, l’astrophysique et l’anatomie, des savants qui sont partisans de la théorie de la Jeune Terre. En outre, il y a des exemple de scientifiques qui ont abandonné la théorie de la Vieille Terre suite à l’examen des faits, et qui sont par conséquent devenus chrétiens.

Mais, aux yeux de Nuala McKeever, il ne faut même pas reconnaître l’existence de ces personnes. La parité d’estime, ou le respect le plus minimal, ne saurait leur être accordé. Nous plaçant à égalité avec les partisans de la parole chez les souris, elle considère que reconnaître l’existence de notre point de vue signifie capituler devant les délirants. Dans le monde intolérant de Nuala, le public ne doit pas être mis au courant de points de vues alternatifs concernant l’âge de la terre. La véritable menace contre nos libertés ne vient pas de ceux qui souhaitent  un débat ouvert, mais de ceux qui ridiculisent leurs opposants, étouffent les débats et retirent le droit à la parole quiconque n’est pas d’accord avec eux. »

Comme on le voit, le relativisme effréné et la revendication culturelle-identitaire domine tout au Nord de l’Irlande : si certains pensent que la terre a 6.000 ans, c’est leur droit et l’Etat est heureux de promouvoir ces thèses dans le musée de la Chaussée des Géants, à égalité avec les autres thèses. Quant à la vérité objective, c’est une exigence non pertinente et d’ailleurs parfaitement intolérante. On retrouve dans ce débat scientifico-touristique les mêmes attitudes que partout ailleurs dans les Six Comtés : ce que Marcuse appelait la « tolérance répressive » écrase tout. Il faut tolérer toutes les opinions, il faut tolérer les charlatans créationnistes tout comme les escrocs politiques de la direction de Sinn Féin provisoire, car après tout ce sont les représentants de leurs tribus respectives, et au-dessus de tout ce merdier il faut tolérer l’Etat britannique qui tire les ficelles et octroie les subventions.

Apparaissent là dans leur forme extrême les idées et les attitudes issues du processus de paix, qui consistent à accepter la partition, l’occupation et le capitalisme en échange de l’octroi d’une « parité d’estime » entre les deux « traditions culturelles » (catholiques et protestantes) et à tout définir et négocier à partir de critères particularistes et ethno-confessionnels, pourvu que la domination britannique reste intacte et en position de sponsor, d’arbitre, de gendarme et d’infirmier.

Si ce grigou de Wallace Thompson se fait passer pour une victime de l’inquisition scientifico-papiste, c’est aussi pour récolter des fonds du gouvernement de Stormont. Comme le dit leur site web : « Une délégation de la  Caleb Foundation, organisation qui regroupe et représente les intérêts des chrétiens évangéliques en Irlande du Nord, a tenu une réunion utile et constructive le 12 avril avec le premier ministre suppléant, Jonathan Bell. Le président de Caleb, Wallace Thompson,  a dit : « Nous avons discuté de l’importance de promouvoir et de défendre les idées bibliques dans le Gouvernement et avons exploré des possibilités de financement qui permettraient à la Fondation d’adresser son message à un maximum de gens» (Caleb foundation meets junior minister)

Cette imprégnation religieuse-identitaire et cette compétition victimaire, permanentes, atteignent des sommets lors des parades orangistes de juillet. Par exemple, lors des affrontements dans le quartier nationaliste d’Ardoyne (Belfast-nord) le 12 juillet, les orangistes ont fait leur parade suivie d’une contre-manifestation nationaliste, elle-même rencontrant une contre-contre-manifestation lors de laquelle les loyalistes ont déployé une banderole blanche disant « End Hatred Of Orange Culture » [‘Arrêtez de haïr la culture orangiste’] tout en jetant des pierres et des bouteilles sur les contre-manifestants, alors qu’une ligne de flics s’interposaient entre les deux groupes. Comme ces joueurs de football professionnels qui à chaque fois qu’ils lèvent les bras et ouvrent leurs mains en signe d’innocence signalent ainsi qu’ils viennent de faire un mauvais coup, les loyalistes du coin jouent les victimes aux yeux du maître et des médias, alors même qu’ils célèbrent leur suprématie sur les indigènes.

Du côté de leurs homologues et rivaux de la bourgeoisie catholique, c’est exactement la même manœuvre visant à aspirer un maximum de subventions auprès des institutions de l’Etat anglais et de l’Union Européenne pour pacifier leur prolétariat, tout en prélevant une bonne dîme. En ce qui concerne la tromperie organisée des visiteurs, c’est à peu près la même chose à Belfast-ouest que dans le musée des Géants. La prise en main idéologique a lieu dans Falls Road [quartier nationaliste] où des guides, locaux ou étrangers, mais savamment choisis et adaptés à la clientèle, vont au devant des « touristes politiques » pour leur enseigner la version provo Sinn Féin des événements du passé et du présent et les tenir à distance des « dissidents ». Des deux côtés de la barrière ethno-confessionnelle, symbolisée du côté unioniste par la Chaussée des Géants, et du côté nationaliste par les international murals de Belfast-ouest, la même débauche de propagande et d’arnaque. D’où la pertinence de la stratégie visant à briser la connexion avec l’Angleterre et le capital.

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6 commentaires pour En revenant de la Chaussée des Géants

  1. Liam dit :

    Excellent!

  2. Liam dit :

    Plusieures choses. Parmis les autres theories du DUP il y a celle que l’homosexualite est une maladie et le DUP a meme un psychiatre qui pretend pouvoir « guerir » les homosexuels et les rendre normaux.
    http://news.bbc.co.uk/1/hi/northern_ireland/7439661.stm
    Le DUP avait meme monte une campagne « Save Ulster From Sodomy » (a laquelle des activistes homosexuels ont replique par une campagne « Save Sodomy from Ulster »).
    Apres « Save Ulster From Sodomy », c’est a present « Save Ulster From Science »
    http://www.irishtimes.com/newspaper/ireland/2010/0528/1224271299561.html
    C’est non seulement l’age de Giant Causeway qu’ils contestent mais ils rejettent egalement la theorie de l’evolution et celle du rechauffement climatique….
    C’est facile de rire du DUP, mais a present regardons l’autre bord, le tourisme pseudo politique a Belfat Ouest. La semaine prochaine commence Feile An Phobail, des especes de « Journees de Corte » version Belfast
    http://www.feilebelfast.com/
    Regardez leur programme
    http://www.feilebelfast.com/wp-content/uploads/2012/07/Féile-2012-print-l.pdf
    A la deuxieme page vous voyez sources de financement et sponsors de cet evenement pseudo alternatif et pseudo progressiste: pele mele BOMBARDIER (ex- Thales Air-Defence!), l’Etat Britannique, l’Union Europeeenne et j’en passe. (une annee precedente il y avait Coca Cola).
    (A la page 25 on peut voir un evenement organise dans un club provo par un groupe d’anciens prisoniers provos ou sont invites des personnes precedement evoquees sur ce site….)
    On peut voir l’hypocrisie – ca se veut pseudo-progressiste parce que quelque chose est organise sur Leonard Peltier mais pas un mot sur Marian Price ou les prisons ici!
    Le prix de participation a ces evenements pseudo festifs est egalemment assez cher.

  3. peadar dit :

    HERBERT MARCUSE : la tolérance répressive, 1964

    « Ce qui est proclamé et pratiqué aujourd’hui sous le nom de tolérance sert au contraire la cause de l’oppression. Le fait qu’on tolère la crétinisation systématique aussi bien des enfants que des adultes par la publicité, la libération des pulsions destructrices au volant dans un style de conduite agressif, la tolérance impuissante et bienveillante vis-à-vis de l’immense déception que suscitent la marchandisation, le gaspillage et l’obsolescence planifiée, toutes ces choses ne sont pas des aberrations, elles sont l’essence d’un système qui n’encourage la tolérance que comme un moyen de réprimer les alternatives. L’exercice des droits politiques dans une société entièrement administrée sert à renforcer son administration en attestant de libertés démocratiques qui, en réalité, ont changé de contenu et fini par perdre toute effectivité. Pourtant, l’existence et l’usage de ces libertés restent des conditions préalables au rétablissement de leur fonction oppositionnelle, à condition qu’on intensifie l’effort pour transcender leurs limitations.

    A l’intérieur de la démocratie d’abondance, on peut entendre tous les points de vue : le point de vue communiste et le fasciste, celui de la gauche et celui de la droite, celui du Blanc et celui du Noir, celui de ceux qui militent pour l’armement et celui de ceux qui militent contre. En outre dans les médias, l’opinion stupide est traitée avec le même respect que l’opinion intelligente, celui qui est mal informé peut parler aussi longtemps que celui qui est bien informé et la propagande y est mise dans le même sac que l’éducation. Cette tolérance du sens et du non-sens est justifiée par l’argument démocratique selon lequel personne, aucun groupe ni aucun individu, n’est en possession de la vérité et capable de définir ce qui est juste et ce qui est faux, ce qui est bon et ce qui est mauvais. Toutes les opinions contestataires doivent être soumises au « peuple » pour qu’il puisse délibérer et choisir. Le caractère non discriminant de la tolérance libérale était, du moins en théorie, basé sur la proposition selon laquelle les homme étaient (en puissance) des individus qui pouvaient apprendre à écouter, voir et sentir par eux-mêmes et ainsi comprendre quels étaient leurs véritables intérêts. L’argument démocratique implique une condition nécessaire, à savoir que les gens doivent avoir accès à l’information authentique et que leurs délibérations doit être le résultat d’une pensé autonome se fondant sur cette information authentique.

    Mais la tolérance universelle devient problématique lorsqu’elle est appliquée à des individus manipulés et endoctrinés qui répètent comme des perroquets, comme si cela venait d’eux, l’opinion de leurs maîtres pour lesquels l’hétéronomie est devenue autonomie. Avec la concentration des pouvoirs économique et politique et avec l’intégration d’opinions opposées dans une société qui utilise la technologie comme un instrument de domination, la contestation réelle reste bloquée. Dans une démocratie organisée sur un mode totalitaire, l’objectivité entretient une attitude mentale tendant à oblitérer la différence entre ce qui est juste et ce qui est erroné. En fait le choix entre des opinions opposées a été fait avant que ne commence la discussion. Il n’a pas été fait par une conspiration, mais juste par « le cours normal des événement », qui n’est que le cours des évènements administrés. Le choix s’impose de lui-même dans des choses telles que la composition d’un journal qui découpe l’information vitale et en disperse les morceaux parmi des matériaux qui lui sont étrangers, parmi des articles qui n’ont rien à voir avec elle, et relègue ainsi les informations importantes à une place des plus obscures. La juxtaposition d’annonces publicitaires, l’interruption des émissions par des spots de publicité neutralisent les opinions contraires. Les gens exposés à cette impartialité trompeuse ne sont pas des tabula rasae, ils sont endoctrinés par les conditions dans lesquelles ils vivent et qu’ils n’arrivent pas à transcender.

    Comment briser la tyrannie de l’opinion publique et de ceux qui la construisent dans une société close ? Pour rendre les individus capables de devenir autonomes, de trouver par eux-mêmes ce qui est vrai, il faudrait les libérer de l’endoctrinement dominant qu’ils ne reconnaissent même plus comme endoctrinement. La vérité, « toute la vérité », requiert la rupture avec l’apparence des faits. Une partie essentielle de la vérité est de reconnaître dans quelle effrayante mesure l’histoire a été faite par et pour les vainqueurs, c’est-à-dire de reconnaître dans quelle mesure elle est le développement de l’oppression. Je crois qu’il y a un « droit naturel » de résistance pour les minorités opprimées et étouffées, un droit d’utiliser des moyens illégaux si les moyens légaux se révèlent inadéquats. »

  4. Le Cabri dit :

    Oui, bravo pour l’article ! Comme toujours dans ces sites touristiques nous devons encore une fois escalader les toits et se faufiler en douce, éviter les gardes rouges (ou bleus, verts, oranges) et leur Dieu argent pour rapiner un bout de terrain vierge de tongs et de short, de cartographie simpliste et de file indienne autoritaire.

  5. feudeprairie dit :

    Excellent article. Merci beaucoup.

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