Les Britanniques ont mis définitivement McGuinness hors d’état de nuire

Article écrit par Antony McIntyre dans le Gardian de mardi 26 juin.

Demain, Martin McGuinness, ancien chef d’état major de l’IRA provisoire, serrera la main de la reine britannique à l’opéra de Belfast. Cet événement avait été rendu possible par la capitulation négociée de l’IRA [provisoire]. Capituler honorablement est une meilleure chose que de périr jusqu’au dernier. Les dirigeants du soulèvement de 1916 à Dublin avait choisi de capituler plutôt que de voir une effusion de sang supplémentaire parmi les civils, en politique comme dans d’autres domaines de la vie il est parfois nécessaire de faire des compromis en ce qui concerne les principes.

Mais il y a un fossé entre faire des compromis et tout abandonner, qui ne doit pas être franchi. Autrement, les idées radicales et les courants d’opposition sont dévaluées. Comment tenir une position d’adversaire si les valeurs auxquelles adhère l’opposition sont jetées aux orties uniquement pour tenir des postes de pouvoir?

McGuinness ne se tiendra pas face au chef d’Etat britannique sur un pied d’égalité, comme le ferait un autre chef d’Etat qui aurait gagné son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Il est là en tant que ministre d’un Etat dont les Britanniques détiennent la souveraineté complète et qu’il a tenté de détruire pendant la majorité de sa vie adulte.

Peter Hain, ancien secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord, a dit que « beaucoup de républicains considèrent cela comme une trahison ». Il a raison. Ils pensent que McGuinness et Sinn Féin [provisoire] n’ont pas seulement mis en question des principes fondamentaux, mais qu’ils les ont aussi abandonnés, ces principes au nom desquels lui et ses collègues au poste de commandement ont ordonné à d’autres de prendre des vies et de mettre en jeu les leurs.

Dans le comté de Derry, où vit McGuinness, des graffitis sont apparus sur les murs : « U Dare Marty » [‘Martin tu ne doutes de rien’] et « Sinn Féin sellouts » [Sinn Féin, vendus »]. Dimanche dernier, lors d’un rassemblement dans le Sud-Armagh, McGuinness a été qualifié de traître qui a constamment menti aux volontaires qui étaient sous ses ordres. Malgré le langage souvent excessif dans lequel elle est énoncée, la substance de l’opposition républicaine à cette réunion entre McGuinness et la reine ne peut pas être analysée comme une simple marotte de dinosaures passéïstes. (…)

La monarchie britannique, en choisissant de serrer la main de McGuinness, doit être au courant de ce que remarque le journal Boston Globe : « Nombre d’officiels, irlandais et britanniques, pensent que McGuinness dirigeait l’IRA ou au moins siégeait à son conseil militaire lorsque fut approuvé le projet de l’action contre Mountbatten » [un oncle de la reine, tué dans son yacht par l’IRA en 1979]. Cependant, la monarchie a fait ce choix. Pourquoi?

Norman Tebbit, qui a survécu à la bombe posée à Brighton en 1984 [contre le congrès du parti conservateur] explique cela simplement : McGuinness et Sinn Féin [provisoire] ont « accepté la souveraineté de Sa Majesté sur l’Irlande du Nord ». C’est sans doute un étrange concubinage, mais le journal Daily Telegraph se retrouve en harmonie avec les républicains les plus remontés lorsqu’il affirme : « L’establishment britannique a achevé de mettre hors d’état de nuire Martin McGuinness ».

L’événement de demain sera enrobé dans le discours du processus de paix, qui sert invariablement à masquer la vérité. Malgré tout le massage discursif, l’affaire n’a rien à voir avec l’accommodement avec la population unioniste. Si Sinn Féin [provisoire] et McGuinness voulaient vraiment apaiser les nerfs unionistes, ils arrêteraient de nier que le massacre de Kingsmil de 1976 a été commis par l’IRA, qui moralement vaut bien le massacre du Bloody Sunday à Derry en 1972.

L’intention qui sous-tend la réunion de demain colle avec la stratégie expansionniste de Sinn Féin [provisoire] dans le sud de l’Irlande. Ce sont les ambitions électorales, non la réconciliation avec la population unioniste, qui motivent la réunion de McGuinness avec la reine. Toutefois, après avoir méprisé l »opportunité de la rencontrer lors de sa visite à Dublin l’année dernière, la manipulation honteusement transparente de l’événement de demain pourrait se transformer en répulsif plutôt qu’en aimant électoral.

Source : ici.

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3 commentaires pour Les Britanniques ont mis définitivement McGuinness hors d’état de nuire

  1. Liam dit :

    « McGuinness ne se tiendra pas face au chef d’Etat britannique sur un pied d’égalité, comme le ferait un autre chef d’Etat qui aurait gagné son indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne. »

    « YOU DON’T initiate a handshake with the British monarch. You wait for her to make the first move. And you don’t touch Queen Elizabeth without her permission. »
    http://www.irishtimes.com/newspaper/frontpage/2012/0628/1224318892354.html?via=mr

  2. peadar dit :

    « la manipulation honteusement transparente de l’événement de demain pourrait se transformer en répulsif plutôt qu’en aimant électoral »

    avec cet acte ultime PSF va sûrement perdre quelques membres ou électeurs qui restent de l’ancienne époque, mais ça ne pèsera pas lourd vu que PSF a déjà remplacé sa clientèle, remplie de non-républicains.

    La poignée de mains plaira aux unionistes du Sud, mais moins à la population unioniste du Nord qui doit infiniment mépriser les roublards qui retournent leur veste.

    Et ça ne changera rien pour ceux qui dans le Nord ont voté PSF toute leur vie et qui ont si bien appris à avaler couleuvres sur couleuvres qu’ils sont anesthésiés depuis longtemps (d’autant plus qu’ils peuvent profiter matériellement de cette loyauté au parti pour leur gagne-pain ou leur logement), et puis ça ne changera rien pour ceux qui relativisent tout avec l’argument tribal ‘c’est une crapule mais une crapule à nous’

  3. Alain Monier dit :

    Bonjour, si le mot politique a encore un sens, il est indeniable que la resistance a la GB est un acte de foi porte depuis plusieurs siecles par les Irlandais. Renoncer a ces valeurs, c’est rejetter ce qui a toujours ete la nature de l’Irlande. Sans tomber dans le passeisme « genetique », un peuple vit par la fidelite a son histoire, et l’Irlande a ce fondement dans la » liberte » a travers la republique. On peut se differencier sur la definition des fondements Republicains sans tomber dans un nationalisme a courte vue. Mais pour ma part je reste fidele a la valeur « Universaliste » vieux fond de la gauche Francaise, car a mon sens la Solidarite Internationale peut servir de caution a toutes les derives. Je ne detiens pas bien entendu la Verite. Cordialement Alain Monier

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