Brendan Hughes (1948-2008) ton nom est un drapeau

Brendan Hughes, prolétaire de Belfast, fut un des plus ardents volontaires de l’IRA provisoire et un grand exemple de l’humanité combattante. Il fut brisé par l’échec stratégique du mouvement auquel il avait donné sa vie et critiqua ouvertement le « processus de paix ». Les guerriers comme lui étaient dans le caniveau alors que les leaders s’attablaient pour le partage du gâteau. Au-dessus de ces morts et de ces trahisons retentit un appel : que combatte et que triomphe la ligne prolétarienne dans les mouvements de libération!

Brendan Hughes fut approché par « le mouvement » en 1969. Il entra dans la clandestinité à Belfast en 1970. Peu de membres de l’IRA peuvent comparer leurs états de service à cet homme, connu sous le sobriquet de The Dark. Aujourd’hui, Brendan Hughes est un homme qui peine à joindre les deux bouts et qui est plein d’amertume au sujet de ce qui a eu lieu dans la période qui a suivi les grèves de la faim. Il pense que le mouvement républicain auquel il a donné sa vie a dévié de sa base, qu’il a trahi ses principes et ses racines ouvrières. « Une journée normale de la période 1971-72, c’était une réunion dans une « call house » [maison où les volontaires peuvent se réunir loin des yeux de l’ennemi], puis un braquage de banque dans la matinée, puis un float [un drive-by pour tirer sur des militaires] dans l’après-midi, puis poser une bombe ou une mine, et peut-être après une ou deux fusillades dans la soirée ».

Lorsque Hughes arriva à Long Kesh en 1973, il pensait que sa guerre était finie. Mais il s’évada assez tôt, en s’enroulant dans un vieux matelas qu’on jetait au rebut. Le camion-poubelle l’emmenait sans le vouloir vers la liberté. Il fut arrêté par la suite, accusé de détention d’armes à feu et d’explosifs, puis condamné à 15 ans de prison. Il retourna à Long Kesh. Quand on le transféra des anciens baraquements vers la nouvelle prison, il refusa avec d’autres, de porter l’uniforme de prisonnier.

A l’automne 1980, Hughes décida que la seule option était la grève de la faim. Le 27 octobre 1980, il refusa de s’alimenter, avec six autres prisonniers. « Le premier jour de ma grève de la faim, j’étais toujours dans cette cellule pleine de merde. Mais je me souviens que cette nuit-là je me disais : ‘la cellule n’a pas l’air si mal’. Parce que c’est le jour où je commençais à mourir. Au bout d’un certain temps, tu peux vraiment sentir l’odeur de ton corps qui se dégrade ».

Vers le 18 décembre, les négociations en étaient  à leur point critique. Mais Sean McKenna, l’un des grévistes de la faim, était à l’article de la mort. Croyant que les exigences des prisonniers avaient été satisfaites, Hughes ordonna la fin de la grève. « Je m’en suis voulu pendant des années » dit Hughes. « Je pensais que si j’avais laissé Sean mourir, cela aurait pu conclure l’affaire, et empêché dix hommes de mourir [lors de la seconde grève de la faim]. Pendant un temps, j’en étais presque au point de me jeter du haut d’un pont. Mais je ne pense pas que ça valait le coup. Si quelqu’un m’avait dit 20 auparavant que j’allais finir en prison, être torturé, me mettre en grève de la faim, voir mourir des tas d’hommes, pour avoir cela à la fin, je lui aurai dit d’aller se faire voir. »

« On nous a fait détruire nos armes pour rien en échange » dit Hughes. Les hommes et les femmes de l’IRA qui ont tout donné pour cette lutte, ont eu droit en échange à la pauvreté, à la mort prématurée, à des problèmes mentaux. Les gens restent tranquilles par loyauté envers le mouvement. Mais l’argent n’a jamais eu d’importance pour lui, il explique : « On m’a offert 50.000£ pour me retourner, je leur ai dit que même 50 millions ne me feraient pas tourner la tête. Mais c’est dur de voir des anciens prisonnier dans une telle détresse alors que les dirigeants sont si riches et ont des maisons de campagne. »

Il fut libéré sans qualifications sur le marché du travail. Il travailla sur des chantiers. « Un entrepreneur de Belfast nous payait 20£ par jour. J’ai tenté d’organiser une grève mais les autres anciens prisonniers de guerre étaient si désespérés qu’ils ne furent pas d’accord. L’un des chefs me dit : ‘Brendan; je te donne 25£ par jour mais tu ne le dis pas aux autres’, je lui dit d’aller se faire mettre, et je n’y suis plus retourné. J’ai écrit un article pour Republican News [le journal du mouvement provisoire], mais il fut lourdement censuré. Les gens pour qui nous nous battions nous exploitaient, et le mouvement les laissait faire ».

Source : ici.

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Un commentaire pour Brendan Hughes (1948-2008) ton nom est un drapeau

  1. Liam dit :

    Plusieurs details interessants. Sa politicisation ne remonte pas a l’IRlande, mais a l’Afrique du Sud. Il travaillait dans la marine marchande, et son bateau etait arrive en Afrique du Sud. Il voyait sur le port comment les noirs etaient traites. Il dit plus tard que quand les noirs etaient payes, on leur disait de venir a 9h dans un certain bar que les proprietaires du port possedaient , mais les salaires n’arrivaient qu’a 12h, ce qui leur donne le temps de boire leur salaire. Il dit que ce qu’il a vu en Afrique du Sud il a vu a Belfast dans les anness 90. La premiere fois qu’il a ete arrete par l’armee britannique n’etait pas a Beflast mais a Aden (comme Aden Arabie de Paul Nizan) en 1967 ou on l’avait pris pour un « terroriste arabe ». Le livre voices from the grave contient un certain nombre d’observations interessantes. Par exemple, quand il a ete mis en prison dans les annees 70 les gens etaient plus au moins a egalite a West Belfast. Quand il sort de prison en 1986 il y avait des inegalites beaucoup plus marquee et developpement de nouvelle bourgeoisie.

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