La grande famine et les travaux forcés

« La grande famine force les limites du dicible, en ce sens elle est vraiment  le Auschwitz irlandais »

Terry Eagleton

Des millions de personnes sont mortes des suites de la grande famine en Irlande, et plus de 2,5 millions de gens sont devenus des réfugiés, quittant l’île pour trouver une vie nouvelle à l’étranger. Ces horreurs ont eu lieu en l’espace de seulement cinq ans. La pauvreté n’est jamais une catastrophe naturelle, c’est l’appauvrissement qui en a été la cause. La pauvreté du grand nombre était comme toujours le sous-produit de la richesse de quelques uns. Mais le catalyseur était naturel.

An Gorta Mór (« la grande faim » en Irlandais) commença en septembre 1845, lorsque la récolte de pommes de terres fut frappée par le mildiou, un champignon qui fait pourrir la patate, la rendant molle et immangeable. Les pauvres d’Irlande dépendaient de la pomme de terre pour leur survie, pour plus de trois millions de personnes, c’était la seule nourriture. Lorsque le mildiou abîma presque la moitié de la récolte en 1845, ces gens passèrent l’hiver dans la disette, ce qui n’était pas nouveau dans leurs vies. Mais les pluies presque continuelles qui tombèrent jusqu’au mois de mars 1846 apportèrent avec elles des conditions quasi-idéales pour la propagation de la maladie.

En 1846 la récolte fut complètement ravagée et la famine fut totale. En 1847, le mildiou frappa moins fort, mais les effets de la famine avaient fait leur œuvre : peu de semailles nouvelles avaient été faites. Deux-tiers des habitants du Connaught [une des quatre provinces d’Irlande, à l’ouest] furent affectés. Dans toute l’île, plus de 130.000 familles tentaient de survivre sur l’équivalent de la production de moins d’un arpent de terre.

Une grande partie de la population cultivait des céréales pour payer le fermage. Tant qu’ils pouvaient vendre leur récolte, ils pouvaient payer le fermage au propriétaire foncier et éviter l’expulsion. Et pour cette même raison, on n’abattait pas les animaux de ferme. La plus grande partie des céréales était exportée en Angleterre pour y nourrir les ouvriers. C’est sur les plus mauvaises terres que les Irlandais cultivaient la pomme de terre. La revue anglaise Punch disait à l’époque que les pauvres d’Irlande étaient eux-mêmes « le mildiou de leurs propres terres et le malheur des Saxons ».

Au plus fort de la famine, l’Etat britannique mit en œuvre les Famine Relief Schemes [dispositifs de soulagement de la famine] un projet de grands travaux qui devaient permettre de nourrir les gens en échange de travail.

Ce système était destiné à contenir et maîtriser le problème, pas de le résoudre. Il était très élaboré et répandu. Beaucoup de routes, connues sous le nom de Famine Roads ou Green Roads (parce qu’elles ne menaient nulle part) furent réalisées. De même, de longs murs furent construits le long des montagnes, surtout dans la région de Burren (comté de Clare). Les impôts destinés aux pauvres [« Poor Rates »] furent utilisés pour financer ces grands travaux. Le pays fut divisé en districts fiscaux sur la base des circonscriptions électorales.

Chaque district fiscal avait une maison de correction [« workhouse »] qui était tenue par des gardes eux-mêmes supervisés par des inspecteurs, responsables devant le gouvernement. En 1847, fournir du travail aux gens était d’un piètre utilité puisque tant de gens étaient malades ou affamés, incapables de travailler. On faisait travailler les femmes et les enfants à casser des pierres ou à balayer des cailloux.

Presque tous ces grands travaux étaient improductifs, puisque le gouvernement ne voulait pas retirer des occasions de profit aux promoteurs privés. Des canaux ont aussi été construits, mais beaucoup furent abandonnés. Le gouvernement britannique a dépensé plus de 9 millions de livres pour ces dispositifs, dont 7,5 millions venaient des impôts destinés aux pauvres. Quelques années plus tard, la Guerre de Crimée allait coûter 63,5 millions de livres au gouvernement.

Source : ici.

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Un commentaire pour La grande famine et les travaux forcés

  1. lire pages 243-259 de la thèse – Le chapitre sur la grande famine

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