Echelon : un système d’espionnage géant

Article paru dans Saoirse du mois de juin 2012, au sujet de la naissance et du développement de ce monstrueux système espion d’interception de communications, et de son application en Irlande.

Pour des raisons de sécurité nationale, les Etats-Unis ont élaboré un système d’ espionnage très secret, dont le nom de code est ECHELON. Nous en avons déjà parlé, mais nous voulons apporter davantage de détails pour une plus grande clarté. La mission d’Echelon est d’intercepter des e-mails, des appels téléphoniques et des fax de milliers de citoyens américains pour, dit-on, identifier ceux qui communiquent avec les terroristes. L’existence de ce dispositif est connue depuis longtemps, il a commencé dans les années 1970 en tant que système de partage de renseignements entre services britanniques et américains. L’espionnage se fait par satellite, ce qui rend la NSA [National Security Agency] capable d’écouter aux portes des Américains. Les Britanniques en font autant dans le «Royaume-Uni».

Il y a deux grandes raisons à l’origine de ce dispositif : (1) surveiller les activités du bloc soviétique et (2) surveiller les activités des « terroristes » irlandais et de leurs partisans US. Les Etats-Unis et le « Royaume-Uni » craignaient les éléments d’extrême-gauche infiltrés par les Soviétiques et leur possible influence dans le contexte de l’embrasement en Irlande du Nord. Dans les années soixante et soixante-dix, l’Amérique était assiégée par les révoltes contre la guerre du Vietnam et la Grande-Bretagne n’en était pas en reste, affectée en outre par l’escalade de la guerre dans le Nord de l’Irlande. Le projet secret Echelon allait être employé contre tous les récalcitrants. Ce dispositif était et reste un système multinational d’espionnage qui réunit USA/«UK», et d’autres services de renseignements de la coalition anglophone, comme ceux du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Le terme employé aujourd’hui est « Alliance Echelon », qui surveille différentes parties du monde.

La NSA n’a jamais reconnu l’existence de ce programme, mais il a été mentionné dans des documents gouvernementaux déclassifiés, ce qui a provoqué les critiques de certains juristes qui contestaient la possibilité d’espionner des Américains sans l’accord du gouvernement fédéral.

Écouter aux portes

Echelon peut braquer son attention sur n’importe qui à n’importe quel moment, selon ce qui est dit dans les e-mails ou les conversations téléphoniques, tu peux te retrouver sur la liste des personnes surveillées de la NSA. Lorsque le Congrès fit une enquête suite aux allégations d’espionnage contre des citoyens américains, aucun rapport ne fut publié. Mais des documents filtrèrent, dont un qui affirmait qu’Echelon allait au 21è siècle analyser les communications entre civils. Avec les caméras dans les rues et les espions dans le ciel qui écoutent les conversations, le principe de l’inviolabilité de la vie privée est jetée au rebut. La crainte que chacun de nos gestes ne soit épié est lentement en train de se muer en réalité. Des nuées de signaux sont convertis dans leur langue originale, puis des mots-clés sont recherchés à l’aide d’un logiciel nommé Dictionary. Il y en a plusieurs, selon les lieux.

La version «UK» comprend une quantité de noms propres et de termes d’argot spécifiques à l’Armée Républicaine Irlandaise. Les messages contenant des mots-clés sont ensuite ventilés dans les agences appropriées. Les postes d’écoute emploient des personnels US et «UK», de façon à ne pas laisser passer des communications émises en jargon local. Chaque gouvernement [« administration »] successif promet d’arrêter l’espionnage contre les Américains, mais aucun ne le fait, puisque cela sert leurs but politiques. Ils peuvent ainsi mettre sur écoute leurs ennemis politiques. Au moyen d’Echelon, la NSA et ses alliés dans les services de renseignements anglophones jettent un filet extrêmement étendu, qui couvre virtuellement toutes les communications électroniques du monde. Sous Echelon, il n’y a pas de garanties ni de possibilité de contester la légalité de l’interception de communications faites entre citoyens des Etats-Unis. Il en va de même au «Royaume-Uni».

Les Américains, considérant le conflit dans les 6 Comtés Occupés pendant les années 1970, ont pensé que cela pourrait les concerner également, et ils ont décidé avec les Britanniques de mettre sur pied leur dispositif. L’Irlande était le laboratoire d’expérimentation. Certains pensent que parce qu’ils soutiennent le processus de « paix », on les laissera tranquille avec ça. Mais ces têtes de linotte ne voient pas que la NSA ne fait confiance à personne. Une fois que tu es sur leurs listes, tu y restes. Il n’y a pas de procédure de retrait de noms de ces listes, tout simplement parce que la NSA ne reconnaît pas l’existence de ces listes.

Et maintenant préparez-vous à une nouvelle qui ne vous surprendra pas : l’Etat des 26 Comtés a rejoint Echelon, ce qui abolit dans les faits sa prétention neutraliste. Ils ont un accord secret avec les Etats britanniques et américains, dans le cadre de l’alliance US/«UK». Il s’agit d’une portion cachée du processus de « paix » : ces trois Etats peuvent pratiquer l’espionnage sur toutes les parties concernées par l’accord dans les 6 comtés et sur leurs partisans américains. Le processus de «paix» est aussi un processus d’«espionnage».

Les grands chefs de l’espionnage ont attiré l’Etat des 26 Comtés dans Echelon lors d’une première rencontre en 1993. Le FBI a approché la Garda et le Ministère de la Justice pour leur demander de rejoindre un mystérieux organisme nommé ILETS (International Law Enforcement Telecommunications Seminar). L’Etat des 26 Comtés s’est engagé si intensément dans ce programme qu’en 1997, c’est au château de Dublin qu’a eu lieu une réunion d’experts d’ILETS et d’Echelon. Cela a été rapporté dans le journal The Phoenix du 5 mai 2000.

Maintenant que l’Etat des 26 Comtés participe pleinement à l’Alliance US/«UK», il n’est plus un Etat neutre, puisque l’Alliance Echelon vise des buts politiques et militaires. Et par conséquent, cet Etat est désormais l’un des postes d’écoute de l’Alliance.

Les mouvements de véhicules peuvent être facilement tracés par ces yeux dans le ciel et les activités des prétendus dissidents républicains peuvent être surveillées. Dublin et la Grande-Bretagne forment une équipe pour sauvegarder le processus de «paix» et contrôler ses opposants. Cette révélation montre à quel point le processus de «paix» est une blague, et le ridicule tombe sur ceux qui se sont vendus si vite et si volontiers. Ils méritent bien de se faire espionner. Ils ont retourné leurs vestes et sont utilisés par leurs anciens ennemis, mais comme ceux-ci n’ont pas confiance en eux, ils restent des cibles de l’espionnage. Personne n’est à l’abri de ces yeux dans le ciel. Une personne retournée reste surveillée car elle pourrait de nouveau se retourner vers le plus offrant. Gerry Adams vaut John Hume [chef du parti SDLP] qui s’est vendu pour du pouvoir, une position et de l’argent.

Les agences de renseignement (extérieures et intérieures) américaines et britanniques ont tenu une série de réunions dans les années 1970 pour déterminer les menaces qui pesaient sur l’Alliance US/«UK», laquelle était le véritable pouvoir contre la menace soviétique à l’Est. Ils se sont demandé où porter leur effort d’espionnage. La préoccupation majeure de la Grande-Bretagne était la guerre de libération menée par l’Armée Républicaine Irlandaise et la menace d’instabilité dans les deux îles. Ils ont aussi prévu la menace potentielle musulmane, mais elle n’était pas une priorité à cette époque.

Quant aux Américains, ils étaient obsédés par les Soviétiques, chose partagée par les Britannique, mais à un moindre degré. Les groupes militants aux Etats-Unis étaient également une préoccupation. Il s’agissait des Africains Américains radicaux, des groupes de soutien arabes aux Palestiniens, des groupes anti-guerre et des groupes irlandais de soutien à l’IRA. Au début des années 1970, J. Edgar Hoover, le Directeur du FBI, voyait un communiste dans chaque militant agissant aux Etats-Unis. Ainsi furent placés sous surveillance tous les groupes mis dans cette catégorie. Le Congrès lui donna carte blanche.

Un immense effort

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis voulaient déployer un immense effort pour contrôler toutes ces menaces, l’usage de l’intimidation et des informateurs allait continuer, mais la technologie allait entrer en jeu. C’est là que commence le chapitre ECHELON. Les deux Etats voulaient connaître ces groupes jusque dans les moindres détails, pour être en mesure d’anticiper leurs mouvements. Cela a commencé avec des écoutes téléphoniques massives et l’ouverture du courrier. Aujourd’hui, cela a évolué, ils peuvent intercepter tout appel téléphonique, e-mail ou autre forme de transmission. Comme nous l’avons dit, Echelon peut à n’importe quel moment écouter toute conversation et au moyen de ses yeux dans le ciel suivre des véhicules en lisant leur plaque d’immatriculation. Les Britanniques et les Américains partagent leurs renseignements avec leur nouveau partenaire, l’Etat Libre d’Irlande.

Il faut se poser la question : est-ce que le Free State donne ces renseignements aux Provos pour qu’ils gardent un œil sur les véritables républicains à qui on n’a pas pu vendre la partition ou leur pseudo-processus de «paix»? Il serait logique qu’ils le fassent. En effet, les Provos sont les mieux placés pour faire ce travail d’espionnage contre leurs anciens camarades. L’Irlande a été le laboratoire pour le système Echelon depuis le début, et il a été perfectionné aux dépens du peuple irlandais. Echelon est là pour rester, il est fermement installé en Irlande. Le Free State a abandonné sa neutralité pour faire partie de cette opération d’espionnage militaire, pour sa propre sécurité.

Ayant peur de perdre le contrôle si les choses s’envenimaient dans le Nord et si les désordres de masses se développaient dans les 26 Comtés, Dublin rejoignit donc l’Alliance US/« UK » en tant que subordonné. A l’époque, l’Alliance a pensé avoir neutralisé la situation en Irlande. Et lorsque les Provos acceptèrent la partition en entrant à Stormont, l’alliance se mit en devoir de contrôler les Républicains qui restaient. Echelon est là depuis les années 1970, la NSA n’admettra pas son existence, mais il existe. En Irlande, si tu marches dans la rue, conduis une voiture, envoies un e-mail, as une conversation dans la rue, il se peut que tu sois suivi et écouté. Le futur existe aujourd’hui, ce que la science-fiction décrivait il y a des années s’est réalisé. La vie privée est une chose du passé. Tous les gouvernements américains successifs ont utilisé ce système espion, qu’ils n’arrêteront pas, parce qu’il fonctionne. Les droits des gens ne comptent pas. (…)

Nous pensions tous que le président Obama allait mettre fin à cet espionnage, il l’a au contraire étendu. La plus grande partie du matériel intercepté par Echelon ne provient pas de ceux qui sont une menace à la sécurité intérieure, mais de ceux qui participent à l’action politique. Leur péché est de s’opposer à ceux qui ont le pouvoir dans l’ensemble US/ »UK » et Free State.

Echelon est un instrument au service du maintien de la partition en Irlande, car les trois pouvoirs en ont décidé ainsi. Echelon cible en priorité les djihadistes islamistes, mais les Irlandais restent sous surveillance. Toutes nos activités politiques doivent être maintenues, mais souvenez-vous que ce qui est dit ou envoyé par e-mail peut être capté par quelqu’un d’autre. Gardez-vous des expressions évidentes ou de l’argot traditionnel, tous ces éléments sont dans les dictionnaires de ceux qui surveillent. Ce ne sont pas des choses dignes de pays se proclamant libres. Mais tout change lorsqu’il y a une menace de perçue. Soyez avertis et entraînez-vous à la prudence.

Peadar Mac Fhinin

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