Samuel Beckett dans la résistance anti-nazie

Chose très méconnue, l’écrivain Samuel Beckett avait apporté son soutien à la république espagnole contre Franco et par haine du fascisme, il avait préféré vivre dans la France en guerre plutôt que dans l’Irlande en paix – le Free State était neutre pendant la 2è guerre mondiale – et s’était engagé activement dans la résistance.

Parmi la gamme des activités de Résistance, ce fut essentiellement à la collecte du renseignement et à l’animation des réseaux d’évasion que se consacrèrent les Irlandais. Le plus connu des résistants irlandais est certainement Samuel Beckett qui vivait à Paris quand la guerre éclata. Il fut recruté dans la Résistance par son ami Alfred Péron, qu’il connaissait depuis leurs années d’études à Trinity College à Dublin, et intégra un réseau de renseignement du nom de « Gloria SMH ».

Promu sergent-chef au sein du réseau, il y apparaît par la suite sous-lieutenant. Sous le pseudo de « Samson », il rejoignit « Gloria SMH » en septembre 1941 pour y demeurer actif pendant un an. Plus de 200 personnes furent associées aux activités de ce réseau. Ce dernier, embryonnaire en novembre 1940, ne fut réellement constitué qu’en janvier 1941 par Jeannine Gabrielle Picabia, fille du peintre, qui utilisait le nom de code de « Gloria » et était connue de Beckett bien avant la guerre. Le co-fondateur, Jacques Legrand, opérait, quant à lui, sous le nom de « SMH ». « Gloria SMH », fondé conjointement par l’Intelligence Service, en liaison avec les services du SOE, et l’organisation polonaise libre de Londres, fut ensuite entièrement pris en main par le SOE.

Bien que basé à Paris, « Gloria SMH », spécialisé dans la collecte du renseignement, en particulier en matière navale et maritime, était également actif en Normandie et en Bretagne, et comptait des agents travaillant sur les canaux ou pour la SNCF. Sa zone d’intervention couvrait Lorient, Saint-Nazaire, Bordeaux, Dieppe, Marseille et autres, aussi bien en zone libre qu’en zone occupée. Le «coup» le plus important du réseau fut probablement le signalement par deux de ses agents en mars 1941 de la présence des croiseurs allemands le Scharnhorst et le Gneisenau à Brest, rejoints en juin par le Prinz Eugen. Les renseignements fournis par « Gloria SMH » permirent une série de raids aériens contre ces bâtiments dans les mois qui suivirent, le Gneisenau fut le plus endommagé. Le réseau ayant parfois mis en contact des évadés et des réseaux d’évasion reçut, en 1941, 100.000  francs par mois de Londres. Outre l’envoi d’informations par courrier, il employait également un radio en France puis, à partir de 1942, un opérateur radio en Belgique.

Pour unique tâche, Beckett devait traduire les rapports de renseignement, les taper puis les remettre au photographe du réseau afin d’être microfilmés et envoyés à Londres. Il remplissait cette mission depuis son appartement parisien de la rue des Favorites tout en en minorant le danger car les allées et venues vers son domicile pouvaient se révéler suspectes. Ce fut Alfred Péron qui servit souvent en tant que « courrier ». Ils avaient prévu, ensemble, dans le cas d’un interrogatoire de la police ou de la Gestapo, d’évoquer la traduction de son dernier roman, intitulé Murphy. Il semble que Beckett cachait les piles de renseignements compromettants au milieu de ses propres papiers.

La transmission des rapports dactylographiés au photographe de « Gloria SMH » était la phase la plus dangereuse. Ainsi, Beckett passait régulièrement, par un homme connu de lui sous le nom de « Jimmy le Grec » vivant et travaillant avenue du parc de Montsouris (aujourd’hui avenue René Coty). Il s’agissait en fait d’André (Hadj) Lazaro. Beckett poursuivit ses activités clandestines jusqu’en septembre 1942, « à l’extrême limite de l’audace », d’après sa citation à la Croix de guerre en mars 1945.

Ce fut fin août 1942 que le réseau « Gloria SMH » commença à être décimé. Ayant été infiltré par l’abbé Robert Alesch, également agent de l’Abwehr, de nombreuses arrestations furent effectuées, dont Alfred Péron et Jacques Legrand. Prévenu par la femme de Péron, Beckett tenta de mettre en garde les autres membres, en particulier le photographe, mais celui-ci, ignorant les menaces, fut arrêté peu de temps après. La compagne de Beckett, Suzanne Deschevaux-Dumesnil, fut brièvement appréhendée par la Gestapo alors qu’elle tentait de prévenir un autre membre du réseau.

Le couple se réfugia d’abord chez l’écrivain Nathalie Sarraute puis s’enfuit à Roussillon, où il mena une existence clandestine jusqu’à la fin de la guerre. Beckett fut par la suite impliqué dans un groupe local de résistance pendant les derniers mois de la guerre. Les risques pris par Beckett dans ses activités de résistant étaient considérables. Au total, douze membres du réseau furent emprisonnés à Fresnes ou à Romainville et fusillés et plus de quatre-vingts furent envoyés en déportation à Ravensbrück, Mauthausen et Buchenwald.

Source : ici.

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4 commentaires pour Samuel Beckett dans la résistance anti-nazie

  1. Liam dit :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Francis_Stuart
    vous interessera… Son chef d’oeuvre Black List Section H n’est toujours pas traduit en francais.
    Demain des liens sur Beckett, les republicains etc

  2. peadar dit :

    « Les nazis et surtout le traitement qu’ils infligeaient aux Juifs m’indignaient tellement que je ne pouvais pas rester les bras croisés…Je combattais contre les Allemands qui faisaient de la vie un enfer pour mes amis ; je ne me battais pas pour la nation française » Beckett, Watt

    il y a en ce moment une exposition à l’ambassade de france à dublin, sur les liens militaires entre la france et l’irlande, il semblent que l’expo montre des trucs liés à Beckett
    http://www.ambafrance-ie.org/Exposition-1689-2012-les-Irlandais

  3. Liam dit :

    Eagleton a ecrit un article la dessus
    http://newleftreview.org/II/40/terry-eagleton-political-beckett
    Si ca vous interesse je veux vous l’envoyer

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