26 comtés : La Special Branch, valet de la Grande-Bretagne

Histoire de la police politique des 26 comtés, instrument brutal du Free State et de la contre-révolution. Toute ressemblance avec des processus récents ayant lieu au nord de la frontière n’est pas absolument accidentelle.

« Les usuriers [gombeen men] sont descendus des montagnes du Kerry, attirés par l’odeur de la viande fraîche », c’est ainsi que Brendan Brehan peignait les hommes de la Special branch [police politique, équivalent dans le Free State des RG-DCRI] il y a plus de 50 ans. Quelques éléments ont changé depuis cette époque, il y a ces drôles de femmes flics et parfois on les entend parler avec un accent dublinois dans leurs Fords mondeo. Pour les militants républicains, ils sont synonymes de harcèlement et de brigandage. Je voudrais vous présenter un bref résumé de leur histoire et de leur rôle dans la campagne du Free State contre le mouvement républicain.

Le terme « Special branch » remonte au 19è siècle. A cette époque, les Fenians dynamitaient Londres avec enthousiasme, au cours de ce qui fut sans doute la première campagne organisée d’attentats à la bombe à vocation insurrectionnelle en Europe de l’ouest. Scotland Yard mit sur pied un nouveau département, la Special Irish branch. Son rôle était de faire pièce au républicanisme révolutionnaire et à le détruire, à la fois en Grande-Bretagne et en Irlande. Il était accompagné dans cette tâche par le corps policier Royal Irish Constabulary (RIC) en Irlande. Ses commissaires basés au château de Dublin étaient répartis en groupes nommés par une lettre de l’alphabet. La section G s’occupait des militants républicains et leur temps de travail était consacré à la surveillance de l’IRB [Irish Republican Brotherhood – les Fenians], de la GAA [Gaelic Athletic Association – fédération des clubs de sports galéiques, autrefois liés au mouvement de libération] et organisations semblables.

Après la Tan war [guerre d’indépendance 1919-21] et l’établissement du régime du Free State, il s’avéra que le nouveau gouvernement aurait besoin de réprimer les républicains qui refusaient d’accepter la capitulation de 1922. Un nouveau département de An Garda Siochana [Gardiens de la paix, nom de la police du Free State] fut créé.

Son rôle n’avait que peu à voir avec la paix. Ce corps policier avait l’autorisation de torturer, tuer et détruire les républicains qui menaient la guerre contre le Free State. Le quartier général de cette nouvelle force se trouvait à Oriel house. Beaucoup de ses membres avaient servi dans les brigades de choc formés par Michael Collins. Les braconniers devenaient gardes forestiers.

William Cosgrave, au nom du Free State, disait clairement les choses lorsqu’il affirma en août 1922 : « Je n’hésiterai pas, si le prix à payer pour que ce pays vive est d’exterminer 10.000 républicains, je le ferai : nos 3 millions d’habitants seront plus nombreux que leurs 10.000 militants ». Plus de 80 prisonniers de guerre républicains furent tués par les pelotons d’exécution du Free State pendant la guerre civile. En 1923, trois jeunes républicains furent mis au cachot, torturés et tués par la nouvelle police politique à Oriel house, pour avoir collé des affiches anti-Free State à Dublin.

Quand De Valera se hissa au pouvoir dans les années 1930, il chercha à enrôler autant de volontaires de l’IRA que possible. A cette fin, il créa une nouvelle force de police dirigée par Ned Broy. Cette force qui employait des anciens volontaires de l’IRA qui soutenaient désormais le parti Fianna Fail, fut connue sous le sobriquet de broy’s harriers [la meute de Broy]. Profitant de la connaissance personnelle qu’ils avaient de leurs anciens camarades, ils pourchassaient rageusement ceux qui refusaient d’accepter la voie institutionnelle. C’est cette force, succédant à la police politique initiale de l’époque de la guerre civile, qui est à l’origine de la Special branch d’aujourd’hui.

Pendant les années 40, 50 et 60, les républicains étaient harcelés, internés et exécutés par le Free State. Les renseignements employés pour réprimer le mouvement républicain étaient obtenus par les hommes de la Special branch. Pendant la campagne des Provisoires, ils coopéraient avec les renseignements britanniques pour anéantir l’IRA. Les molosses de l’époque frappaient les suspects républicains pour leur extorquer des aveux. Leurs méthodes brutales recevaient l’adoubement d’intellectuels comme Connor Cruise O’Brien qui approuve dans son autobiographie les bastonnades sauvages infligées aux jeunes républicains.

Des volontaires de l’IRA et de l’INLA furent tués par les policiers de la Special branch. Ces événements étaient à peine remarqués par les médias, alors que quand les républicains tuaient un mercenaire à la solde des britanniques comme Gerry McCabe [policier de la Special branch tué par des Provisoires lors d’un braquage en 1996 dans le comté de Limerick], ils orchestraient un outrage national.

Après le cessez-le-feu et la capitulation de la PIRA, la Special branch continua sa campagne contre ceux qui résistaient à la domination britannique. Le premier mai 1998, le volontaire Ronan MacLachlann fut tué par un policier de la Special branch pendant une opération de l’IRA. Il était enfermé dans une voiture et n’avait pas tiré un seul coup de feu, bien qu’il aurait pu le faire. Cet événement montra à quel point cette force était déterminés à servir les intérêts britanniques.

Aujourd’hui, la Special branch joue toujours son rôle contre-révolutionnaire. Leur campagne de harcèlement et d’intimidation ne doit pas être séparée de sa motivation politique sous-jacente. La Special branch est un levier dans la politique de contre-insurrection de la Grande-Bretagne en Irlande. Dans toute son histoire, l’Etat britannique a toujours employé des forces recrutées localement dans son effort de répression contre ceux qui cherchent à les renvoyer chez eux.

Au Kenya, en Malaisie, en Oman et ailleurs, leurs alliés locaux ont pourchassé leurs compatriotes en échange des salaires britanniques. Le budget actuel de la Special branch n’est pas rendu public. Ils coopèrent de façon très rapprochée avec les services de renseignements britanniques, et reçoivent des informations, des fonds et des équipements du MI5 [services secrets intérieurs britanniques]

Les méthodes employées par cette force réactionnaire sont bien connues. Les raids contre les domiciles, les arrestations suivies de fouilles, l’internement, le harcèlement des familles, la surveillance et les menaces sont la routine pour inculper et effrayer les républicains. Il est indispensable que les républicains se montrent solidaires de tous ceux qui subissent ces campagnes. Cette force doit être désignée par son nom, c’est une relique coloniale qui ne diffère pas de celle qui prêtait assistance aux Black and Tans [escadrons de la mort légaux utilisés par l’Etat britannique contre le soulèvement de la période 1919-1921] qui assassinaient et effrayaient le peuple. Le fait que la Special branch harcèle régulièrement ceux qui se battent pour des causes progressistes, comme Shell To Sea, montre que l’Etat est prêt à utiliser ces bandits pour inculper et écraser ceux qui s’opposent à sa politique droitière et réactionnaire.

Tous les républicains et socialistes doivent enregistrer les incidents ayant trait au harcèlement et à l’intimidation. Se soutenir solidairement les uns les autres est la seule façon de de faire face à ceux qui cherchent à préserver ce système pourri dans les Etats des 6 comtés et des 26 comtés. Quant à ceux de la gauche qui préfèrent ignorer le harcèlement des républicains, ils feraient bien d’imaginer qu’un beau jour ce sera leur propre famille qui sera visée par la Special branch. Pour les républicains, les jeunes en particulier, il est vital que nous restions fermes face à la police, il ne faut pas accepter d’envisager que les laquais de la Grande-Bretagne puissent nous détourner du républicanisme.

En avant vers une république socialiste!

Source : ici.

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