Les aventures du poète Shelley en Irlande

Percy Shelley est un poète et écrivain romantique britannique qui avait pris fait et cause pour l’émancipation de l’Irlande. Article écrit par Paul O’Brien, auteur du livre Shelley and Revolutionary Ireland.

Le grand poète lyrique Percy Bysshe Shelley semble destiné à être pour toujours associé aux nuages et aux alouettes, mais il était beaucoup plus que cela. Shelley était un républicain, un athée, un féministe et un égalitariste, c’était un poète de la révolution. Il fut méprisé de son vivant et sagement momifié après sa mort

Pour Shelley, né en 1992 dans le Sussex, les bouleversements révolutionnaires qui eurent lieu à la fin du 18è siècle en France et en Irlande consistaient en des récits, non en une expérience personnelle. Cependant, il a été formé par ces événements, comme Wordsworth, Coleridge et Southey, romantiques de la première génération, qui furent transformés par la réalité de ces grands bouleversements révolutionnaires. Shelley a connu ces événements par expérience indirecte, en lisant les livres de William Godwin et Tom Paine. Cependant, son radicalisme est issu du contact vivant avec la brutalité de la guerre et de l’impérialisme du début du 19è siècle, et le cas de l’Irlande a été au centre de cette expérience. Son ami, Thomas Hogg, a pu suggérer que l’intérêt que Shelley portait à la politique irlandaise avait été déclenché par les révolutionnaires irlandaise qui fréquentaient les cafés de Londres.

En 1811, alors qu’il était étudiant à l’université d’Oxford, Shelley publia un « essai poétique » pour soutenir le journaliste irlandais Peter Finnerty, alors emprisonné pour avoir insulté Lord Castlereagh. L’essai de Shelley était très critique à l’endroit du gouvernement britannique, c’est peut-être ce qui a pu motiver son expulsion d’Oxford quelques temps après.

Shelley avait rassemblé une collection de poèmes, et l’Irlande lui semblait le meilleur endroit pour les publier et commencer une carrière de militant politique. Il vint en Irlande en 1812 parce qu’il pensait que la crise générale affectant la société britannique trouverait son expression la plus militante en Irlande, en particulier dans le cadre du combat pour l’émancipation catholique. Il pensait que la lutte en Irlande pouvait allumer un foyer qui ferait renaître les idéaux de la révolution française, non seulement en Irlande, mais pour toute l’humanité.

Shelley et sa femme Harriet arrivèrent à Dublin le 3 février 1812 et habitèrent au 7 Lower Sackville Street (aujourd’hui O’Connell Street). Dans les mois qui précédèrent son arrivée, Shelley avait approfondi son étude de l’histoire irlandaise. Le pamphlet qui s’ensuivit, An Address to the Irish People, fut publié à 1.500 exemplaires et distribué à Dublin, manifeste très clairement ses idées politiques et visait à remuer le peuple irlandais pour qu’il agisse de son propre chef.

Peu après son arrivée, sans doute grâce à Daniel Healy il rencontra Catherine Nugent, qui avait aidé Shelley à distribuer ses pamphlets dans les lieux de réunion et les cafés de Dublin. Lors de la rébellion de 1798, Catherine Nugent était une membre active des United Irishmen. C’est grâce à elle que le couple a pu emménager au 17 Grafton Street (aujourd’hui Marks and Spencer), en face de la boutique où elle travaillait comme couturière.

Shelley et Harriet voyaient Nugent presque tous les soirs, et c’est sûrement grâce à elle que Shelley a pu saisir plus en détail la situation irlandaise. C’est elle qui lui a montré les problèmes politiques que posait An Address to the Irish People et qui l’a convaincu d’écrire un nouveau pamphlet, plus direct : Proposals for an Association. En outre, Shelley publia une 32-point Declaration of Rights et la diffusa dans Dublin. Ses chances de succès résidaient dans les restes dispersés des United Irishmen et de l’intelligentsia radicale, qu’il souhaitait voir se réunir pour former une association pour l’émancipation catholique et le rejet de l’Union [Union entre la Grande-Bretagne et l’Irlande, décidée en 1801, d’où le nom officiel de Royaume-Uni (de Grande-Bretagne et d’Irlande)].

Shelley disait très clairement que l’association qu’il proposait devait renoncer à la violence et à la clandestinité, pour au contraire faire de l’agitation parmi les masses pour son programme. Comme on pamphlet suscitait un certain intérêt dans une partie de la classe politique, Shelley tenta des démarches auprès de John Philpot Curran et Archibald Hamilton Rowan, mais ils avaient depuis longtemps vendu leurs couleurs et avaient fait leur paix avec les institutions britanniques.

Mais tout n’était pas perdu, car John Lawless, membre de l’Association Catholique et associé de Daniel O’Connell, prit contact avec Shelley. Lawless était un personnage haut en couleurs, pour ne pas dire controversé, de la vie politique irlandaise. Il était sans doute l’auteur d’un article élogieux sur Shelley, paru dans le Dublin Weekly Messenger du 7 mars 1812. Malgré des points de divergence au sujet des perspectives proposées par Shelley, ils acceptèrent de travailler ensemble sur nombre de projets. Ils envisageaient de sortir un nouveau journal radical et de préparer un livre sur l’histoire de l’Irlande. Nous ignorons si Shelley a participé à sa rédaction, mais le Compendium of Irish History finit par être publié en 1814. Grâce à sa connexion avec Lawless, Shelley fut invité à parler au meeting public de l’Association Catholique dans le théâtre de Fishamble Street, aux côtés de Daniel O’Connell et de Lord Kenmare. Le discours de Shelley fut bien reçu et presque tous les journaux nationaux remarquèrent sa contribution.

Shelley était un grand admirateur de Robert Emmet, en mars il fit un pélerinage politique à St Michan’s Church, où on pensait qu’Emmet était enterré. Ses poèmes On Robert Emmet’s Tomb et The Tombs sont des hommages à Emmet et aux United Irishmen. Finalement, le séjour de Shelley en Irlande n’eut que peu de conséquences politiques et il s’en fut au mois d’avril. Son impatience et son inexpérience travaillaient contre lui. Avec des gens comme Catherine Nugent, Daniel Healy et John Lawless, avec plus de temps et de travail acharné, un mouvement petit mais significatif aurait pu être construit. Néanmoins, les quelques mois qu’il a passés en Irlande furent pour lui « la période la plus intensive d’éducation politique pratique de sa vie », qui produisit un effet durable dans sa vie, sa poésie et sa prose. Shelley revint en Irlande l’année suivante, passa quelques semaines à Dublin puis s’en fut à Killarney dans un cottage sur Ross Island, à l’invitation de Lord Kenmare semble-t-il. C’est là qu’il écrivit son premier grand poème, Queen Mab.

Bien que presque tous les biographes de Shelley n’accordent que peu d’importance à son aventure irlandaise, la question de la liberté de l’Irlande n’était pas une passade pour le jeune poète, car il a gardé un intérêt pour la politique irlandaise jusqu’ à sa mort en 1822 à l’âge de 29 ans. Il y a deux cents ans, à Dublin Shelley alors âgé de 19 ans écrivit dans son poème To Liberty And a Paradise on Earth :

“From your fall shall date its birth
And human life shall seem
Like a short and happy dream
Ere we wake in the daybeam of the skies.”

Le paradis sur terre de Shelley est encore à venir, mais il a bien contribué à le rêver.

Source de l’article : ici. Etude sur l’orientation socialiste dans la philosophie politique de Shelley : là.

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Un commentaire pour Les aventures du poète Shelley en Irlande

  1. peadar dit :

    Lors d’un concert des Rolling Stones à Hyde Park en 1969 Mick Jagger avait récité quelques vers de Shelley en guise d’oraison funèbre à son ancien compère Brian Jones qui venait de se noyer dans sa piscine:

    « Peace, peace! he is not dead, he doth not sleep
    He hath awakened from the dream of life »

    (Paix, Paix, Il n’est pas mort, Il n’est pas endormi, Il s’est réveillé du rêve de la vie)

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