De Beltaine à Pâques

Etude académique sur l’histoire de la naissance du christianisme en Irlande, écrite par Frédéric Armao et publiée dans la revue Etudes Irlandaises d’automne 2002.

À [Beltaine] on éteignait les feux des maisons. En temps donné, les druides faisaient repartir ces feux avec des torches allumées par « les feux sacrés de Bel. » (P.B. Ellis, Dictionnary of Celtic Mythology)
A [Pâques] il est coutume dans les pays catholiques d’éteindre toutes les lumières des églises et de faire un nouveau feu (…) qui sera utilisé pour [les] rallumer. Dans certaines régions d’Allemagne un feu de joie est consacré et les gens apportent des bâtons qu’ils plongent dans le feu et qu’ils ramènent chez eux. Ainsi, chaque maison reçoit ce « nouveau feu ». (J. Frazer, Le Rameau d’Or)

Dès le VIIè siècle de notre ère, certains monastères chrétiens irlandais ont lourdement insisté sur l’importance de Pâques : combien de héros, de rois ou de saints sont-ils morts en temps pascal? La confrontation entre païens et chrétiens présentée par les hagiographes
de Patrick ne se serait-elle pas déroulée un jour de Pâques ? Selon la tradition haut médiévale, la fête de Beltaine aurait connu non moins d’événements majeurs : arrivée de Partholon en Irlande, extermination de son peuple, débarquement des Tuatha Dé Danann (désormais TDD) entre autres exemples. Plus étonnant, il semblerait que, via des textes de leur propre cru et des pseudo-transcriptions de traditions supposées pré-chrétiennes, les moines irlandais aient tenté d’établir un lien entre ces deux célébrations. Ce rapprochement était-il prémédité ? Auquel cas, quels moyens les moines irlandais se sont-ils donné pour parvenir à leurs fins?

Les textes irlandais sont à considérer avec un œil critique : ils nous renseignent généralement plus sur les mœurs et le contexte de l’époque de rédaction et sur les transcripteurs/auteurs eux-mêmes que sur les faits mentionnés. Ainsi, il n’est pas question de se hasarder à une reconstitution de la véritable Beltaine, mais bel et bien d’observer la matière fournie par les monastères irlandais et d’y trouver un sens caché éventuel : le « noumène » théologique a laissé place à un « phénomène » historique qui ne devra pas nous leurrer. Certes, Beltaine est la fête du premier mai. Françoise Le Roux nous apprend même que l’irlandais moderne lá bealtaine « le premier jour de mai » serait une réminiscence de cet état de fait. Mais encore ? Le Glossaire de Cormac définit la fête comme suit :

Beltaine, feu de Bel, feu bénéfique, c’est-à-dire un feu que les druides faisaient par leur magie ou leurs grandes incantations ; et on amenait les troupeaux (pour les protéger) contre les épidémies chaque année à ces feux. Ils faisaient passer les troupeaux entre eux.

La Courtise d’Emer prête à Cuchulainn les paroles suivantes :

Car ce sont les divisions de l’année depuis longtemps : l’été de Beltaine à Sentent et l’hiver de Samain à Beltaine (…). Beltaine, c’est-à-dire feu bienfaisant, à savoir les deux feux que les druides faisaient avec de grandes incantations. Ils faisaient passer les troupeaux entre eux (pour les protéger) contre les épidémies chaque année.

Ces textes, retranscrits assez tardivement (la Courtise d’Emer datant probablement du XIVè siècle et le Glossaire de Cormac du Xè siècle), n’en restent pas moins révélateurs de l’idée de la fête qui fut transmise de génération en génération et subsiste encore aujourd’hui. Au XVIIè siècle, Keating écrivait :

Ils y faisaient aussi des sacrifices au grand dieu qu’ils adoraient et qui se nommait Bel. C’était la coutume de dresser en l’honneur de Bel, dans chaque canton d’Irlande, deux feux entre lesquels on passait les bêtes malades de chaque espèce pour les guérir et les préserver pendant l’année.

Le Dieu Bel serait donc la divinité centrale de la fête, ce que l’étymologie généralement acceptée du mot Beltaine (« feu de Bel ») semble confirmer. Nous ne voyons d’ailleurs pas d’objection raisonnable qui nous empêcherait de comparer – sans toutefois assimiler – ce Bel irlandais au Bélénos gaulois ou à Belisama, surnom de la Minerve gallo-romaine. De plus, il est tentant de rattacher au moins partiellement le dieu irlandais à une autre divinité du panthéon celtique ; Bel dériverait alors d’un Lug «vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant dans la chaleur et la lumière des festins à l’hiver et à l’obscurité » (Guyonvarc’h, Le Roux, Les Fêtes Celtiques).

Lug, que nous pouvons considérer sans mal comme un des plus grands dieux de la mythologie irlandaise de par sa fonction de Multiple Artisan, a d’ailleurs un aspect solaire indéniable et son nom signifierait « blanc, lumineux ». Le fait qu’il soit issu de. la tribu des TDD ne fait que souligner son importance. Ajoutons que la colline d’Uisnech, était primitivement dédiée au dieu Fomoiré Balor, le grand-père de Lug. Plus tard, elle sera placée sous la protection du Dagda et verra, lors de la fête de Beltaine, les druides y allumer leur premier feu.

Beltaine serait donc une fête du feu – force élémentaire lustrale si nous nous référons à la coutume qui consistait à faire passer les bêtes malades entre deux foyers afin de les guérir et de les préserver. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à chaque fois ou presque que le mot « Beltaine » est mentionné, celui-ci est suivi d’un commentaire relatif au feu. Si nous ajoutons que le feu est généralement considéré comme l’élément druidique ultime, il est plus que tentant de voir en Beltaine la fête sacerdotale par excellence : Beltaine est une fête basée sur le feu, le feu symbolise le pouvoir druidique, donc Beltaine est la première des fêtes druidiques. Ce syllogisme, vu l’importance du personnage du druide dans le monde celtique, réussit sans grand mal à conférer au premier mai une valeur symbolique majeure, à en faire l’un des fleurons de la culture irlandaise « pré-chrétienne » dans l’esprit de chacun.

Mais la valeur symbolique de la fête ne s’arrête pas là. Car si nous considérons la mythologie irlandaise telle qu’elle nous est parvenue, le jour de Beltaine – ou plus largement le tout début du mois de mai – verrait nombre d’événements clés se dérouler. En effet, des ancêtres mythiques de l’Irlande, il semble que tous ou presque aient un rapport plus ou moins explicite avec le mois de mai. Partholon arrive en Irlande entre le quatorzième et le dix-septième jour de la lune des calendes de mai. Son peuple est exterminé le jour même de Beltaine. Nous apprenons par la même occasion que Cessair prit l’Irlande le cinquième jour de la lune du même mois. Les TDD débarquent en Irlande « un lundi, aux calendes de mai sur leurs navires ».

Il est également intéressant de constater que leur arrivée se termine par la destruction de leurs embarcations par le feu. Rappelons également que, comme nous l’avons vu, les TDD sont inévitablement liées au dieu Lug, autrement dit dans une certaine mesure à Bel, ce qui ne fait que renforcer les liens unissant ce peuple mythique à la fête du premier mai. Enfin, les descendants de Míl ne dérogent pas à la « règle » puisqu’ils débarquent un jeudi, au dix-septième jour de la lune de mai. Il n’est peut-être pas anodin de remarquer que Bíle, intimement lié à Bel selon certains chercheurs, est le père de Míl.

Il apparaît donc que, d’après les textes se référant à la période pré-chrétienne, la quasi-totalité des premiers occupants mythiques de l’Irlande sont arrivés sur l’île au tout début du mois de mai. Nous ne prenons que peu de risques en affirmant que cela faisait de Beltaine l’un des moments cruciaux de l’année irlandaise, tout du moins d’un point de vue symbolique. Si d’aucuns préféraient voir en Samain la pâque des païens, les parallèles entre Pâques et la fête de Beltaine – telle qu’elle nous a été rapportée par certaines sources – nous permettent d’affirmer qu’une partie au moins des moines chrétiens a pensé le premier mai comme le reflet de la célébration chrétienne de la Résurrection.

Nous pouvons tout d’abord constater sans trop de problèmes que Beltaine et Pâques ont lieu lors de la même période charnière de l’année, à savoir dans les semaines qui précèdent le solstice d’été. Nous verrons d’ailleurs par la suite que ce phénomène a probablement été exploité par les Annales irlandaises (Lebor Gabala Erenn, désormais LGE). Si une correspondance de date peut induire une correspondance de thématique dans la célébration, il est évident qu’une tentative de rapprochement serait bien faible si elle s’arrêtait à ce simple constat. Des parallèles bien plus importants, inhérents à la symbolique même de nos deux fêtes, semblent avoir été utilisés.

À l’évidence, la fête chrétienne a pour thème principal la résurrection. La foi en la Résurrection est d’ailleurs – est-il besoin de le préciser? – le pilier du christianisme: « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi notre foi » (1 Corinthiens, 15,14). Cela s’explique en partie par le fait que Jésus passant de la mort à la vie préfigure le passage du chrétien de la mort à la vie avec Dieu. Cette résurrection est également la « preuve » indiscutable de la toute-puissance du Dieu chrétien et confirme la portée du sacrifice rédempteur du Christ ; de plus, n’est-ce pas après sa résurrection que Jésus déclare « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile dans toute la création » (Marc, 16,15) et amorce ainsi le processus d’évangélisation que l’on connaît, tout en justifiant celui-ci de manière absolue ? On comprend mieux la valeur hautement symbolique de cette fête et son importance à la fois liturgique et stratégique. Or, comment mieux exprimer une thématique de résurrection – ou plus largement de renouveau – qu’à un moment où la nature dans son ensemble paraît reprendre vie ? La nature façonnée par Dieu le père s’éveillerait ainsi en même temps que son fils ressuscite d’entre les morts.

Nous pouvons d’ores et déjà affirmer que la symbolique de Beltaine, telle qu’elle nous a été rapportée, pourrait refléter au moins en partie l’idée de renouveau que l’on retrouve dans Pâques. Tout d’abord parce qu’il nous est rappelé à maintes reprises que Beltaine marquait le début de l’été celtique. Les Celtes auraient divisé l’année en deux saisons : une saison hivernale (de Samain à Beltaine) que nous pourrions qualifier de morte au sens large du terme, de par le fait que la plupart des hommes et des bêtes demeuraient passifs, et une saison estivale (de Beltaine à Samain) que l’on pourrait dire vivante étant donné qu’elle semblait concentrer l’activité de chacun. A propos des seigneurs, La poursuite du Gilla Decair et de son cheval explique que « c’était la coutume de Finn et des Fianna de passer ainsi l’année : de Beltaine à Samain à la chasse et en course, et de Samain à Beltaine ils avaient la garde générale de tous les hommes d’Irlande ». En ce qui concerne l’activité des filid, un poème nous enseigne

Il leur est dû – quelle entreprise –
depuis Samain jusqu’à l’été,
dans la plaine de Teathbha, de loger de maison en maison
leurs chevaux et leurs chiens.

Enfin, le premier mai marquait la sortie des troupeaux enfermés dans les étables pendant l’hiver. Ce sont ces même troupeaux qui étaient en quelque sorte purifiés par la tradition des feux que nous avons mentionnée. Et étant donné la manière dont le rituel nous a été rapporté, nous pourrions estimer que, dans une certaine mesure, la thématique pascale de la résurrection y transparaîtrait : la colline d’Uisnech, où se tenait annuellement la Grande Réunion de Beltaine et où ce rituel était entrepris, n’était-elle pas placée sous la protection du Dagda, le dieu druide des TDD ? Le Dagda n’était-il pas le possesseur du chaudron d’Abondance et sa massue n’avait-elle pas la capacité de tuer ou de ressusciter selon qu’il utilisait l’une ou l’autre de ses extrémités ?

Tout comme Beltaine – et à l’opposé de Samain – Pâques est un passage que nous qualifierons de « positif » : la Résurrection du Christ à Pâques n’est pas un retour à l’existence terrestre, mais un passage à une vie définitivement soustraite à la mort ; en Irlande, lors de la fête irlandaise du premier mai, le troupeau dans son ensemble paraît en quelque sorte revitalisé grâce au feu purificateur allumé par les druides. Au lieu de présenter Beltaine comme un banal rituel de prophylaxie – ce que la fête païenne d’origine devait probablement être – les moines irlandais, à travers le lien unissant le mois de mai aux ancêtres mythiques de l’Irlande, en ont fait une sorte de bénédiction résurrectionnelle à caractère païen, aussi incongru que cela puisse paraître. Comme nous l’avons vu, Beltaine voit le début et la fin du règne des premiers habitants de l’Irlande, depuis Partholon jusqu’aux TDD.

En suivant l’idée des moines rédacteurs du LGE qui n’avaient de cesse de rattacher la « naissance » – symbolisée par l’arrivée sur le sol irlandais – et la mort des tribus primitives de l’Irlande avec le « lundi de Beltaine », nous pourrions avancer que les ancêtres étaient censés renaître à l’esprit des païens lors de cette célébration, qui serait ainsi une sorte d’hommage à leur mémoire. En d’autres termes, ces moines qui rattachent de manière quasi-constante un peuple d’origine divine – dans une optique de naissance et de mort – aux premiers jours du mois de mai (donc, à Beltaine) semblent vouloir nous rappeler, volontairement ou involontairement, la liturgie pascale qui a effectivement pour but de célébrer la mort et la « renaissance » d’un personnage d’essence divine.

Devons-nous suivre l’avis de certains chercheurs et considérer ce lundi de Beltaine comme une projection du Lundi de Pâques ? La commémoration de la naissance et la mort des ancêtres (dans le cas du christianisme, la mort et la Résurrection de Jésus) n’est-elle pas au centre de la célébration pascale ? L’argument, s’il n’est pas irréfutable, n’en reste pas moins séduisant. Surtout si l’on se rappelle qu’universellement, les fêtes du mois de mai sont associées à un culte des morts. Le culte des morts nous fait indubitablement penser à la Toussaint.

Cependant, si l’on prend en compte le fait que la célébration de la Toussaint se fit tardivement et que la fête elle-même fût d’abord placée au 13 mai puis, en 609, au dimanche suivant la Pentecôte (lors de la dédicace du Panthéon à Marie et à tous les Saints), le problème est rapidement résolu : cet aspect de Beltaine – l’hommage rendu aux premiers habitants de l’île, aux ancêtres d’essence quasi-divine – pourrait alors être à la frontière entre la liturgie pascale et la symbolique de la Toussaint, et ceci sans qu’aucun obstacle chronologique ou rituel ne vienne s’y opposer.

Si l’on devait s’en tenir aux écrits chrétiens, Beltaine pourrait donc tenir en son sein toutes les thématiques d’une fête de renouveau, voire de résurrection. Que cela soit imputé à la reprise des activités de chacun, au rituel de purification du troupeau ou à la possible commémoration implicite de la mémoire des ancêtres, la comparaison nous semble inévitable. Mais revenons sur ce qui nous est présenté comme le point central de la célébration de Beltaine, à savoir le feu, et voyons s’il n’y a pas eu là aussi matière à comparaison avec la liturgie pascale.

Le feu est l’élément druidique ultime et est donc de ce fait l’un des porte-drapeaux des cultes et rituels celtiques. Beltaine, fête sacerdotale par excellence, est d’ailleurs placée sous son signe. Le feu chrétien n’est cependant pas moins chargé de symbolique, en particulier dans la célébration de Pâques. L’élément a toujours occupé une place de choix dans l’imaginaire biblique, que ce soit dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament, et cela n’échappera d’ailleurs pas aux hagiographes du VIIè siècle.

En premier lieu, le feu biblique est signe du Dieu chrétien, symbole de la puissance divine. Sans multiplier inutilement les exemples, notons tout de même que c’est en utilisant un brandon de feu – qui sera d’ailleurs passé « entre les animaux partagés » – que Dieu conclut l’alliance avec Abraham (Genèse 15,17). Signalons également le fait que, dans le désert, le créateur précède le peuple sous la forme d’une colonne de feu afin de le guider (Exode 13,21). Si le feu est le reflet de la puissance des druides et l’élément par excellence du dieu Bel, il serait donc, d’un point de vite chrétien, le symbole de la présence divine.

De plus, et c’est ici qu’un parallèle entre Pâques et Beltaine s’est dessiné, le feu biblique est parfois imaginé comme purificateur de souillure, ce qui ne surprendra personne : le jour de la vocation du jeune Isaïe, un ange passe un charbon brûlant sur ses lèvres afin d’effacer sa faute et de pardonner son péché (Isaïe 6,6-7). Israël elle-même est purifiée par le feu de l’exil. Nous pouvons retrouver cette valeur purificatrice du feu dans les Psaumes (Psaumes 26,2), et les apocalypticiens emploient la métaphore sans ambiguïté. Ce thème, repris de l’Ancien Testament, est également fréquent dans les évangiles. Un parallèle grossier entre la purification biblique que nous venons de mentionner et la purification rituelle du troupeau à Beltaine ne saurait donc nous échapper. Mais ce n’est pas tout.

La troisième signification de ce feu biblique trouve son illustration dans les premiers versets des Actes des Apôtres. Ceux-ci nous apprennent que, lors de la Pentecôte, les disciples reçoivent un don très particulier :

Le jour de la Pentecôte étant arrivé, (…) ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu ; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer. (Ac 2,1-4)

Ce passage est doublement intéressant. Tout d’abord parce qu’il nous enseigne que le feu biblique est en troisième lieu l’incarnation même du Saint-Esprit. Ensuite parce qu’il nous permet d’assimiler directement la Pentecôte au feu, l’allusion est sans ambiguïté. Et étant donné que la célébration de la Pentecôte (du grec Pentêkostê « cinquantième », soit le cinquantième jour suivant Pâques) est intimement liée à la fête de Pâques, le rapprochement entre le feu biblique symbole de Dieu et la fête pascale n’en est que renforcé. C’est justement ce feu sous cet aspect divin, ce «divinus ignis valde lucidus» incarnant le Saint-Esprit qui sera tant exploité par Muirchú et Tírechán dans leurs hagiographies de Patrick.

Les parallèles que nous avons tenté d’établir entre Beltaine et Pâques sont donc nombreux : la correspondance des dates, l’approximative ressemblance des thématiques de renouveau et de résurrection – d’ailleurs intimement liées à la place des deux fêtes dans le calendrier – et la symbolique du feu qui se recoupent plus d’une fois sont autant d’éléments qui nous permettent de comprendre la nature qu’on a bien voulu prêter à la fête celtique du premier mai. Car, si l’on devait en croire les retranscriptions des moines irlandais, Beltaine serait en de nombreux points l’équivalent celtique de la Pâque des chrétiens. Une fois cette idée lancée, il ne restait plus qu’à la consacrer véritablement : utiliser les outils ainsi construits, entreprendre la fusion des traditions. Les Annales irlandaises, les retranscriptions et les hagiographies en seraient autant de preuves. Pour peu qu’on les aborde de manière critique.

Qu’il soit question des Annales d’Ulster (AU), des Annales des Quatre Maîtres (AQM), de celles du Connacht (AC), ou d’Inisfallen (AI), les allusions à Pâques, si elles ne sont pas innombrables, se comptent par dizaines – et dépassent ainsi de loin les mentions d’autres fêtes chrétiennes. Nous les subdiviserons en quatre thématiques :

– la mort de personnalités dans une période avoisinant Pâques
– les destructions massives (naturelles ou causées par l’homme) ou les batailles et conflits
– les événements divers ayant eu lieu en temps pascal
– les allusions à la date de célébration de Pâques pour l’année en question

Nous avons déjà vu que Beltaine recelait nombre d’événements majeurs, l’arrivée des peuples mythiques sur le sol d’Irlande en premier lieu. Cúchulainn lui-même, le héros de la mythologie irlandaise par excellence, semblait s’intéresser à la fête du premier mai. Cette relation intime voulue par les auteurs du LGE et de la Courtise d’Emer entre la fête de Beltaine et les ancêtres et héros mythiques de l’Irlande n’est pas sans conséquence. De la même manière, situer la mort d’un personnage aux alentours de Pâques avait au moins deux avantages : c’était en quelque sorte se replonger dans les racines païennes de l’Irlande et perpétuer la tradition : les grands noms de l’Irlande mythologique sont nés et morts un jour de Beltaine, les grands noms de l’Irlande chrétienne accompliront des exploits et mourront à Pâques.

Ensuite, faire mourir un héros irlandais en temps pascal, rattacher un personnage à la fête de Pâques, c’est également l’assimiler à la religion chrétienne, l’inscrire dans la tradition biblique, voire le sanctifier. En allant encore plus loin, nous pourrions affirmer que combiner les deux raisons susmentionnées pourrait avoir un effet rétroactif sur l’«histoire» irlandaise. Plus clairement, affirmer que les personnages dont le destin est intimement lié à Pâques sont rattachés à la religion chrétienne, c’est implicitement affirmer que les entités mythiques de l’Irlande païenne assimilées à Beltaine s’inscrivent dans la tradition biblique.

Ainsi, les actions des TDD auraient pu être inspirées par un mode d’action chrétien. En d’autres termes, par le Saint-Esprit. La Première Bataille de Mag Tured semble nous le confirmer : « En ce qui concerne les Tuatha Dé Danann, après avoir passé sept ans dans le Nord de l’Écosse, ils vinrent en Irlande. Après être arrivés à terre, dans le Nord de l’île, le lundi de Beltaine, ils brûlèrent leur navire ».

Les TDD ont passé sept ans dans le Nord de l’Écosse. On n’aurait guère plus été étonné si le texte nous avait appris que la tribu avait emmené avec elle « sept couples d’animaux purs », « sept couples d’oiseaux du ciel » car il ne restait que « sept jours de trêve » avant que le Déluge ne déferle sur la terre. La tribu légendaire qui débarque en Irlande sur un bateau qu’elle brûlera (purifiera ?) dès son arrivée semble en effet véhiculer l’image très pieuse du récit du Déluge de la Genèse et se rapprocher ainsi de la famille de Noé. La notion de « Tuatha Dé Danann, peuple élu » ne fait que se renforcer.

Nous ne pouvons malheureusement pas, dans le présent article, énumérer tous les exemples de cet état de fait : mentionnons seulement que les rapprochements entre les peuples mythiques d’Irlande et les personnages bibliques clés de l’Ancien Testament sont légion. Il est par exemple affirmé que les tribus de Cessair, de Partholon, de Nemed, des TDD sont des descendants directs de Noé. Inversement, le synchronisme des moines irlandais place le début du Déluge en plein mois de mai – détail absent des textes bibliques acceptés.

Les TDD, pour ne citer qu’elles, peuvent alors aisément se proclamer à la fois issues de la grande tradition païenne et de la lignée chrétienne. Le fait qu’elles soient arrivées dans le Nord de l’Irlande confère à l’Ulster un avantage certain ; la région y gagne en prestige, en potentiels mystique, symbolique et mythique, les monastères y étant implantés également – Armagh en tête de liste.

De la même manière, situer des événements – destructions, conflits… – dans le cadre de la célébration de Pâques revient à leur conférer un certain rang, voire un certain prestige. Cela contribue également à les replacer dans les traditions à la fois païenne et chrétienne, pour les raisons que nous venons d’aborder : comparaison implicite avec les événements de l’Irlande mythologique s’étant déroulés un jour de Beltaine et assimilation à la religion chrétienne ; de plus, affirmer que des incidents intimement liés à Pâques sont rattachés à la religion chrétienne, c’est sous-entendre que les péripéties de l’Irlande païenne assimilées à Beltaine s’inscrivent dans la tradition biblique.

Nous ne sommes d’ailleurs pas surpris de constater que, sur les douze rapports de destruction, d’invasion ou de bataille fournis par les AU et les AQM, cinq d’entre eux ont un rapport avec le feu. Enfin, nous remarquons que l’intégralité des mentions directes de
la date de célébration de Pâques dans les Annales placent la fête chrétienne le 24 ou le 25 avril, ce qui situe logiquement Beltaine dans les huit jours suivant la commémoration chrétienne – l’octave pascal.

Nous pourrions penser que la mention de ces dates dans les AU est uniquement due à leur caractère exceptionnel : Pâques ne tombait certainement pas tous les ans le 25 avril et peut-être les moines jugeaient-ils intéressant de faire allusion à cet état de fait pour le moins extraordinaire. Mais nous pourrions alors légitimement nous demander pourquoi il fallut attendre le XIVè siècle pour trouver une allusion directe à Pâques célébrée en mars. Une Pâque de mars était-elle si courante qu’elle ne méritât aucune attention ? Ou au contraire, ce phénomène était-il si rare qu’il ne se produisît effectivement jamais lors des premiers siècles de la rédaction des Annales ?

Sauf découverte majeure, nous ne le saurons probablement jamais car, comme l’affirme Charles W. Jones, « une reconstitution précise des Pâques irlandaises n’est pas envisageable avec nos connaissances actuelles ». Les difficultés ne s’arrêtent pas là : O’Connell, dans un article intitulé « Easter Cycles in the Early Irish Church » nous rappelle que les limites du cycle irlandais de calcul pascal sont le 25 mars et le 21 avril. Comment alors expliquer les mentions d’une Pâque située les 24 ou 25 avril ? Comme nous le voyons, le problème est relativement complexe, surtout si nous ajoutons à cela le fait qu’il s’inscrivait dans la controverse pascale irlandaise, qui divisait l’Irlande en deux parties : le Sud favorisant la conformité avec le comput romain et le Nord, apparemment attaché au cycle irlandais de calcul.

Si les uniques dates de la Pâque irlandaise nous étant parvenues rapprochent indubitablement la fête chrétienne de Beltaine – et insistent donc sur le fait que les deux célébrations se déroulaient lors de la même période de l’année, ce qui n’est symboliquement pas sans conséquence – devons-nous estimer pour autant que ce fut uniquement dans le but de créer une forme de christianisme celtique ? Y eut-il volonté de la part des moines de dissimuler certaines dates, d’en mettre en valeur certaines autres, afin de mieux assimiler les deux fêtes, de fusionner les traditions ? Nous ne saurions être catégoriques, mais l’hypothèse, si elle n’est que partiellement démontrée, apparaît tout de même séduisante.

La dernière tentative de rapprochement entre Beltaine et Pâques que nous mentionnerons se trouve dans la vie de Patrick par Muirchú , ce même Muirchú qui prit d’ailleurs une part active à l’assemblée de 697 – poussant le Nord de l’île à se plier au comput romain.

La Vita sancti Patricii (Vie de saint Patrick) peut être considéré comme l’un des écrits les plus précieux du VIIè siècle irlandais, bien moins pour les indications improbables que le texte nous fournit sur la vie de Patrick que pour les renseignements relatifs aux mœurs et au contexte de l’époque de rédaction. Un épisode de la vie, que nous retrouvons au demeurant dans la version de Tírechán, est à nos yeux particulièrement intéressant:

A cette époque de l’année Pâques approchait, la première Pâque célébrée pour Dieu [en Irlande]( …). Patrick, inspiré par la Grâce divine, décida que cette grande fête du Seigneur, qui était la plus grande des fêtes, devrait être célébrée dans la grande plaine de Brega, parce que c’était là qu’il y avait le plus grand royaume de ces tribus, la tête de tout paganisme et idolâtrie. (…) Il se trouve que cette année se tenait une fête du culte païen, que les païens avaient l’habitude de célébrer avec bien des incantations et des rites magiques et autres actes superstitieux d’idolâtrie.

Dés le départ le ton est donné. Il ne s’agit pas ici d’entreprendre une fusion des traditions telle que nous l’avons envisagée. Certes, les deux célébrations – Pâques et très probablement Beltaine – se voient ici fêtées le même jour : même si cela semble statistiquement improbable, l’irrégularité du calendrier luni-solaire celtique et la mention d’une Pâque célébrée un 25 avril dans les AU rendraient le phénomène plausible. Cependant, la plupart des païens sont considérés par Muirchú comme des êtres superstitieux et naïfs, leurs croyances comme viles et méprisables. Pas question donc de comparer ouvertement les deux cultes ni d’assimiler directement les deux liturgies, et ceci malgré la concordance des dates.

La fusion des traditions entreprise par Muirchú est beaucoup plus fine que cela, les moyens qu’il se donne pour y parvenir beaucoup plus subtils : l’hagiographe a plus exploité la fusion des traditions en faveur de la religion chrétienne qu’il n’a véritablement initié l’établissement d’un christianisme celtique ; nous avons affaire ici à un véritable combat entre le christianisme et les coutumes païennes. La fête de Beltaine est d’ailleurs présentée comme une très ancienne coutume entièrement dissociée du VIIè siècle.

Remarquons tout de même que si, de son point de vue, les païens sont dans l’erreur en idolâtrant plusieurs dieux, il ne leur est pas impossible de revenir sur leur choix et d’opter pour une religion plus « décente ». Ceci n’est vrai toutefois que pour les meilleurs d’entre eux, Dubthach maccu Lugir par exemple, considéré par l’auteur comme un « excellent poète ». Ceci nuance quelque peu l’idée que Muirchú exprime ailleurs des païens de souche, puisque Dubthach n’hésitera pas à se lever afin d’honorer la présence de Patrick : en gage de sa bienveillance, le poète sera épargné par le saint et recevra la foi.

Les païens, pour peu qu’ils soient dotés d’un minimum d’intelligence ou de talent, ne sont donc pas à l’abri de la Grâce et de l’Illumination Divines. Cela n’est pas sans nous rappeler la manière dont, cinq siècles plus tard, le LGE traitera des ancêtres de l’Irlande. Les tribus mythiques, inspirées par l’Esprit Saint, auraient ainsi été composées d’êtres « supérieurs » qui avaient compris l’existence du Dieu vrai et unique. Ce seraient alors les idolâtres qui auraient par la suite mal interprété leurs actions, qui auraient – à tort – fait de ces tribus les porte-flambeaux des traditions païennes…

Pour revenir à la Vita sancti Patricii, seuls des êtres tels que Dubthach maccu Lugir, autrement dit des personnes dont le raffinement intellectuel supposé ne pouvait se limiter à un culte idolâtre, étaient capables de percevoir la méprise et de rentrer dans le droit chemin. De la même manière, les druides mentionnés par l’hagiographe ont peur de Patrick et comprennent que celui-ci représente un danger pour leur culte, car, en tant que membres de la classe sacerdotale, ce sont des érudits, hiérarchiquement et intellectuellement au-dessus de la moyenne.

Muirchú nous rapporte ensuite que les païens ont pour coutume d’allumer un feu dans le palais de Tara : quiconque se hasarde à précéder ce feu royal en allumant son propre foyer se voit maudit. Bien évidemment, Patrick, célébrant Pâques, déroge à la règle : «[saint Patrick] alluma le divin feu et sa lumière vive et le bénit, et il (…) fut aperçu par presque tous les gens qui vivaient dans la plaine ». S’ensuit alors la confrontation pascale à proprement parler.

Il s’agit ici de savoir qui des druides ou de saint Patrick est le plus puissant. La symbolique inhérente à cette confrontation ne peut nous échapper : Muirchú utilise l’élément du feu comme représentation des pouvoirs de chacun. Le feu païen, élément druidique ultime, symbole par excellence du dieu Bel donc de la fête de Blessaient, feu que l’on devait allumer dans le palais de Tara, feu idolâtre purifiant le troupeau, se trouve ici concurrencé par le feu allumé par Patrick, feu chrétien, signe de Dieu, purificateur de souillure, feu mystique qui délivre et éclaire, représentant ultime de l’Esprit Saint : en un mot, le feu évangélisateur.

Il n’est pas anodin de constater que le dernier des miracles de Patrick, celui qui permettra au saint de convertir le roi irlandais, est encore lié à la symbolique du feu : une maison est construite ; une moitié est en bois vert, une moitié en bois sec. « Le druide est placé dans la partie verte de la maison et un des enfants de saint Patrick, Benineus de son nom, portant la tenue druidique, dans la partie sèche ». La maison est ensuite fermée de l’extérieur et on y met le feu en présence de la foule :

Grâce à la prière de Patrick, les flammes consumèrent le druide ainsi que la partie verte de la maison, et rien ne demeura intact, sauf la chasuble de saint Patrick, que le feu ne toucha pas. En revanche, Benineus le bienheureux, et la partie sèche de la maison, connurent ce que l’on dit des trois jeunes hommes : le feu ne le toucha pas et ne lui procura ni douleur ni gène.

L’élément semble donc obéir à Patrick et cela n’est symboliquement pas sans conséquence. Le feu évangélisateur, expression du Saint-Esprit, réduit à néant le feu druidique, symbole d’une croyance idolâtre qui n’a plus lieu d’être. Plus prosaïquement, l’allégorie du feu nous montre le christianisme mettant en déroute le paganisme, comme cela se retrouve dans l’hagiographie de Saint Martin par Sulpice Sévère pour ne citer qu’elle. Le processus d’évangélisation peut ainsi débuter sereinement : le Saint-Esprit gagnera les esprits irlandais sans difficulté puisque ce feu divin n’a apporté à Benineus « ni douleur ni gêne ». C’est sur ce constat sans appel que s’achève la confrontation pascale décrite par Muirchú ; de Beltaine ou de Pâques, il ne peut y avoir qu’un vainqueur.

Si elle prend plusieurs visages selon qu’elle est perpétuée par les moines chroniqueurs des Annales, les moines « transcripteurs », les protagonistes de la controverse pascale ou les hagiographes de Patrick, la fusion des traditions est donc bel et bien une réalité, et le rapprochement des fêtes de Beltaine et de Pâques l’un des moyens employés : le fait que seules les dates de Pâques se rapprochant le plus de Beltaine nous soient parvenues, le nombre d’événements marquants s’étant déroulé en temps pascal, le lien intime unissant les ancêtres mythiques de l’Irlande et la fête du premier mai, l’utilisation de symboliques communes aux deux religions sont autant d’éléments qui soutiennent cette théorie : certains moines ont bel et bien cherché à assimiler – ou tout du moins à comparer implicitement – Beltaine à Pâques.

Restent à déterminer les causes de ce processus – et à expliquer pourquoi certaines autres sources voient en Samain, et non en Beltaine, le reflet des Pâques chrétiennes. Était-ce le besoin de convertir les derniers païens en rapprochant les deux religions, le prolongement de la controverse pascale, l’espoir d’un gain de pouvoir hypothétique de la part des partisans de la paruchia patricii d’Armagh ou la nécessité d’inscrire l’île dans le monde romain et le patrimoine biblique ? Une étude plus approfondie serait nécessaire pour l’établir.

Publicités
Cet article, publié dans Analyse, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour De Beltaine à Pâques

  1. Saint Malachie dit :

    Le pape Benoît 16 vient de démissionner et un nouveau pape est appelé à régner. La prophétie de St Malachie d’Armagh va-t-elle se réaliser?
    Cet irlandais lors de sa visite à Rome en 1139 avait eu une vision, il a pu « voir » les 112 papes suivants et les a affublés d’une notice cryptée à la manière de Nostradamus. Benoît 16 était le 111è pape. D’après Malachie, le 112è est celui de la fin du monde, qu’il nomme « Pierre de Rome ». Or, il y a un cardinal ghanéen du nom de Pierre. Il s’agit de Peter Kodwo Appiah Turkson, qui est président du Conseil pontifical en charge de la Justice et de la Paix au Vatican, un poste haut placé, et qui est considéré comme « papable »…

    1. Ex castro Tiberis (du château du Tibre) Célestin II (1143-1144). Il est né à Città di Castello, anciennement appelée Tiphernum (même racine que pour le mot Tibre).
    2. Inimicius expulsus (l’ennemi chassé) Lucius II (1144-1145). Il est chassé de Rome par le sénat romain.
    3. Ex magnitudine montis (issu de Montemagno) Eugène III (1145-1153). Il est né à Montemagno, près d’Asti.
    4. Abbas suburranus (l’abbé de Suburre) Anastase IV (1153-1154). Il est né à Rome dans le quartier de la Suburra.
    5. De rure albo (d’une blanche campagne) Adrien IV (1154-1159). Ce pape d’origine anglaise est le fils d’un paysan et est né dans une ferme dépendant de l’église Saint-Albans. Avant d’être pape, il fut également évêque d’Albe.
    6. Ex tetro carcere (d’une horrible prison) Victor IV, antipape (1159-1164). Soutenu par l’empereur Frédéric Ier, il fit jeter en prison le véritable pape Alexandre III.
    7. Via Transtiberina (la voie au-delà du Tibre) Pascal III, antipape (1164-1168). Il était cardinal de Sainte-Marie au Transtevere (Tibre se dit Tevere en italien).
    8. De Pannonia Tusciae (de la Hongrie à la Toscane) Calixte III, antipape (1170-1177). Cet antipape, originaire de Pannonie (ancien nom de la Hongrie), a été opposé au pape Alexandre III, né en Toscane.
    9. Ex ansere custode (grâce à l’oie protectrice) Alexandre III (1159-1181). À l’image des oies du Capitole qui sauvèrent Rome des Gaulois, Alexandre III finit par battre l’empereur Frédéric Ier avec qui il avait lutté pendant 18 ans et qui lui opposa trois antipapes.
    10. Lux in ostio (la lumière à l’embouchure) Lucius III (1181-1185). Il est né à Lucques (Luca en latin) et a été évêque d’Ostie, port situé à l’embouchure du Tibre (ostium en latin).
    11. Sus in cribro (le cochon contre un crible) Urbain III (1185-1187). Issu de la famille des Crivelli (crivellum est le diminutif de cribrum, crible), il doit lutter contre l’empereur Frédéric Ier (le cochon) qui s’est à nouveau révolté contre le pouvoir temporel du pape.
    12. Ensis Laurentii (l’épée de Laurent) Grégoire VIII (1187). Ce pape avait été cardinal avec le tire de Saint-Laurent. Son blason comporte deux épées en sautoirs. Enfin, il exhorte la Chrétienté à reprendre l’épée contre Saladin qui vient de reprendre Jérusalem.
    13. De Schola exiet (il sera issu de Schola) Clément III (1187-1191). De son vrai nom, Paolo Scolari.
    14. De rure bovensi (de la campagne des Bobo) Célestin III (1191-1198). Issu de la famille des Bobo-Orsini, il est né dans la campagne romaine.
    15. Comes signatus (Le comte de Segni) Innocent III (1198-1216). Ce pape est appartient à la famille des comtes de Segni.
    16. Canonicus ex latere (Chanoine conforme à Latran) Honorius III (1216-1227). Cet ancien chanoine de Sainte-Marie-Majeure poursuivit les travaux initiés par son prédécesseur au concile du Latran.
    17. Avis ostiensis (L’oiseau d’Ostie) Grégoire IX (1227-1241). Neveu du pape Innocent III, cet évêque d’Ostie portait un aigle sur son blason.
    18. Leo Sabinus (Le lion sabin) Célestin IV (1241). Cardinal-prêtre du titre de Saint-Marc (le lion de Saint-Marc) puis évêque de la province de Sabine, il est issu de la famille de Castiglione dont les armes portent un lion.
    19. Comes Laurentius (Le comte de Saint-Laurent) Innocent IV (1243-1254). Issu de la famille des comtes de Lavagna, il est cardinal-prêtre de Saint-Laurent in Lucina.
    20. Signul Ostiense (Segni d’Ostie) Alexandre IV (1254-1261). Neveu du pape Grégoire IX, il est issu de la famille des comtes de Segni et sera évêque d’Ostie.
    21. Jerusalem Campaniae (Jérusalem de Champagne) Urbain IV (1261-1264). Ce pape français est né à Troyes en Champagne et a été patriarche de Jérusalem.
    22. Draco depressus (Le dragon ruiné) Clément IV (1265-1268). Le pape, aidé par Charles d’Anjou, est soutenu par le parti guelfe dans sa lutte contre l’empereur Manfred. Les armes des Guelfes portent un aigle pressant de ses serres un dragon. Charles d’Anjou battra Manfred (le dragon).
    23. Anguineus vir (L’homme au serpent) Grégoire X (1271-1276). Charles d’Anjou, nouveau roi de Sicile, se révélant un homme cruel et ambitieux (le serpent), Grégoire X est contraint à renverser ses alliances et à soutenir le parti gibelin.
    24. Concionator Gallus (Le prédicateur de France) Innocent V (1276). Il occupa la chaire de théologie à Paris en remplacement de Saint Thomas d’Aquin.
    25. Bonus comes (Le bon comte) Adrien V (1276). Neveu d’Innocent IV, il est issu de la famille des comtes de Lavagna.
    26. Piscator Tuscus (Le pécheur toscan) Jean XXI (1276-1277). Le prénom de ce pape était Pierre (Saint Pierre était pécheur). Il fut évêque de Tusculum.
    27. Rosa composita (La rose en bon ordre) Nicolas III (1277-1280). Les armes de ce pape portent une rose.
    28. Ex telonio liliacei Martini (du bureau du percepteur de Martin des lis) Martin IV (1281-1285). Avant d’être élu pape, il fut trésorier de l’église Saint-Martin de Tours puis légat du pape en France (le pays des lis).
    29. Ex rosa leonina (de la rose du lion) Honorius IV (1285-1287). Ses armes portent deux lions et une rose.
    30. Picus inter escas (d’Ascoli Piceno) Nicolas IV (1288-1292). Il est né à Ascoli Piceno.
    31. Ex eremo celsus (élevé à partir de la solitude) Célestin V (1294). Il vivait comme un ermite dans la solitude des Abruzzes. Élu pape, il démissionna au bout de quelques mois pour retourner à sa vie d’ermite.
    32. Ex undarum benedictione (de Benoît des ondes) Boniface VIII (1294-1303). Les armes de ce pape, nommé Benedetto Caetani, portent deux bandes ondées d’azur. En 1300, il institua le jubilé du siècle qui vit des flots de pèlerins se rendre à Rome pour recevoir la bénédiction papale.
    33. Concionator Patareus (Le prédicateur de Patara) Benoît XI (1303-1304). Appartenant à l’ordre des Prêcheurs, ce pape se prénommait Niccolo (Saint Nicolas était originaire de Patara en Lycie).
    34. De fasciis Aquitanicis (des fasces d’Aquitaine) Clément V (1305-1314). Il était issu d’une noble famille de Gascogne dont les armes étaient « d’or à trois fasces de gueules ».
    35. De sutore osseo (du cordonnier d’Ossa) Jean XXII (1316-1334). Jacques Duèze (ou d’Ossa) était le fils d’un cordonnier de Cahors.
    36. Corvus schismaticus (Le corbeau schismatique) Nicolas V, antipape (1328-1330). Il est né dans le village de Corberia et son élection provoque un schisme dans la Chrétienté.
    37. Frigidus abbas (le froid abbé) Benoît XII (1334-1342). Il fut abbé de Fontfroide dans le diocèse de Narbonne.
    38. Ex rosa Atrebatensi (de la rose d’Arras) Clément VI (1342-1352). Il fut évêque d’Arras, capitale de l’Artois (peuplée par les Atrébates à l’époque romaine), et son blason portait six roses.
    39. De montibus Pammachii (Le lutteur des monts) Innocent VI (1352-1362). Il est né à Mont dans le Limousin et fut évêque de Clermont. Il fut également évêque d’Ostie où un certain Saint Pammaque fonda un hospice.
    40. Gallus videcomes (L’aristocrate français) Urbain V (1362-1370). Ce pape d’origine française était issu de la famille des barons de Grisac.
    41. Novus de virgine forti (fort de Sainte-Marie nouvelle) Grégoire XI (1370-1378). De son vrai nom, Pierre-Roger de Beaufort, il fut nommé cardinal au titre de Santa-Maria-Nuova.
    42. De cruce aspotolica (de la croix des apôtres) Clément VII, antipape (1378-1394). Le graphisme de ses armes dessine une croix et il fut nommé cardinal au titre des douze apôtres.
    43. Luna Cosmedina (la lune de Cosmedin) Benoît XIII antipape (1394-1424). De son vrai nom, Pedro de Luna, il fut nommé cardinal au titre de Sainte-Marie in Cosmedin.
    44. Schisma Barcinonum (le schisme de Barcelone) Clément VIII, antipape (1424-1429). Originaire de Barcelone, il fut comme tous les antipapes à l’origine d’un schisme dans la Chrétienté.
    45. De inferno Praegnanti (de l’enfer de Pregnani) Urbain VI (1378-1389). De son vrai nom, Bartolomeo Prignano, il est né dans un faubourg de Naples appelé Inferno.
    46. Cubus de mixtione (un cube hors de son élément) Boniface IX (1389-1404). Lorsqu’il fut élu pape, régnait l’antipape Clement VII, ce « cube » (pierre) sur lequel repose l’Église et qui s’était mis hors de son élément en provoquant le Grand Schisme d’Occident.
    47. De meliore sidere (de l’étoile de Melior) Innocent VII (1404-1406). Il appartient à la famille Migliorati dont les blasons portent toujours un astre (étoile ou comète).
    48. Nauta de Ponte-Nigro (le nautonnier de Négrepont) Grégoire XII (1406-1415). Il est né à Venise, ville où on se déplace en bateau, et fut évêque de Chalcidique (dont dépendait Négrepont).
    49. Flagellum solis (le fléau du soleil) Alexandre V, antipape (1409-1410). Son blason porte un soleil.
    50. Cervus sirenae (le cerf de Naples) Jean XXIII, antipape (1410-1419). Ce pape est né à Naples (anciennement appelé Parthénope, nom d’une sirène dont le corps fut trouvé à l’endroit où on fonda la ville). Il fut cardinal de Saint-Eustache (Saint Eustache se convertit au christianisme après avoir vu une croix au milieu des cornes d’un cerf).
    51. Corona veli aurei (la couronne du voile d’or) Martin V (1417-1431). Oddo Colonna. De la famille Colonna, cardinal-diacre de St Georges au voile d’or (les armes des Colonna représentaient une couronne).
    52. Lupa coelestina (la louve célestine) Eugène IV (1431-1447). Ermite de Saint Augustin, Gabriel Condulmer. Vénitien, d’abord chamoine régulier célestin et évêque de Sienne (les armes de cette ville représentaient une louve).
    53. Amator crucis (l’amant de la croix) Félix V, antipape (1439-avril 1449). Duc Amédée VIII de Savoie. Qui fut appelé Amédée (Amadeus, aime-dieu) duc de Savoie, dont les armes représentaient une croix.
    54. De modicitate Lunae (la petite lune). Nicolas V (6 mars 1447-1455). Tommaso Parentucell. De la Lunégiane de Sarzane, né de parents modestes.
    55. Bos pascens (le bœuf paissant) Calixte III (1455-1458). Alonzo de Borgia. Espagnol, dont les armes représentaient un bœuf paissant.
    56. De capra et albergo (la chèvre et l’auberge) Pie II (1458-1464). Enée Piccolomini. Siennois, qui fut secrétaire des cardinaux Capranica (capra signifie chèvre) et Albergati (alberga signifie auberge).
    57. De cervo et leone (le cerf et le lion) Paul II (1464-1471). Pietro Barbo, cardinal de Saint-Marc et nommé évêque de Cervia. Vénitien, qui fut commendataire de l’église de Cervie et cardinal du titre de St Marc (dont le symbole est un lion). Il avait un lion dans ses armes).
    58. Piscator Minorita (Le pêcheur mineur) Sixte IV (1471-1484). Francesco della Rovere, élevé par les frères mineurs, fils de pêcheur, franciscain (ordre mineur).
    59. Praecursor Siciliae (Le précurseur de Sicile) Innocent VIII (1484-1492). le cardinal Jean-Baptiste Cibo, évêque de Malfetta Qui fut appelé Jean-Baptiste (nom du précurseur du Christ) et qui vécut à la cour l’Alphonse, roi de Sicile.
    60. Bos Albanus in porta (Le bœuf d’Albano au port). Alexandre VI (1492-1503). Rodrigo Borgia de Valence, évêque de Portus, Cardinal-évêque d’Albano et Porto (signifie port) dont les armes représentaient un boeuf.
    61. De parvo homine (Du petit homme). Pie III (1503-1503). le cardinal Francesco Todeschini Piccolomini, Siennois, de la famille Piccolomini (piccolo signifie petit; uomini, hommes).
    62. Fructus Jovis juvabit (Le fruit de Jupiter aidera). Jules II (1503-1513). Le cardinal Giuliano della Rovere, Ligurien, ses armes représentaient un chêne, arbre de Jupiter.
    63. De craticula Politiana (Du gril de Politien). Léon X (1513-1521). Le pape né Jean de Médicis était fils de Laurent de Médicis (saint Laurent ayant eu comme insigne un gril) et fut élève de Politien.
    64. Leo Florentius (Le lion de Florent). Adrien VI (1522-1523). Adrien Florenz, évêque de Tortosa, Fils de Florent, dont les armes représentaient un lion.
    65. Flos pilaei aegri (La fleur du globe malade). Clément VII (1523-1534). Les armes du Florentin Jules de Medicis représentaient des boules, dont l’une était surmontée d’un lys. Le mot malade figurant dans la devise peut se rapprocher du jeu de mot sur le nom Médicis, médecin).
    66. Hiacynthus Medicorum (La jacinthe des médecins). Paul III (1534-1549). Alexandre Farnèse portait des lis bleus (ou hyacinthes) dans ses armes, et fut cardinal de saint Côme et saint Damien, deux médecins martyrs.
    67. De corona montana (La couronne du mont). Jules III (1550-1555). Jean Marie del Monte (du Mont) avait deux couronnes dans ses armes.
    68. Frumentum floccidum (Le froment prêt à tomber). Marcel II (9 avril 1555 – 1er mai 1555). Le cardinal Marcel Cervini, dont les armes représentaient un cerf et du froment (épis de blé), prêt à tomber car le règne de ce pape fut très court.
    69. De fide Petri (De la foi de Pierre). Paul IV (1555-1559). Le cardinal Pierre Carafa, carafe signifiant foi.
    70. Aesculapi pharmacum (Le remède d’Esculape). Pie IV (1559-1565). Giovanni Angelo de Medici avait étudié la médecine, puis le droit, (jeu de mot sur le nom de famille, Esculape étant le dieu de la médecine).
    71. Angelus nemorosus (L’ange des bois) Pie V (1566-1572). Michel Ghisleri (Michel est le nom d’un ange) était né à Bosco (signifiant bois) en Lombardie, en 1504.
    72. Medium corpus pilarum (La moitié du corps des globes) Grégoire XIII (1572-1585). Le cardinal Ugo Boncompagni dont les armes représentaient une moitié de corps de dragon, créé cardinal par Pie IV qui portait des boules dans ses armes.
    73. Axis in medietate signi (L’axe au milieu du signe) Sixte V (1585-1590). Felice Peretti qui portait un axe au milieu d’un lion dans ses armes (le lion est un des signes du zodiaque).
    74. De rore coeli (de la rosée du ciel) Urbain VII (1590-1590). Gianbattista Castagna qui fut archevêque de Rossano en Calabre, où la manne est rassemblée (ros signifie rosée en latin).
    75. Ex antiquitate Urbis (De l’ancienneté de la ville) Grégoire XIV (1590-1591). Niccolo Sfondrati (Nicolas Sfondrato) originaire de Milan, ville ancienne et sénateur, fils de sénateur (senator signifie ancien).
    76. Pia civitas in bello (La cité sainte en guerre) Innocent IX (1591-1591). Gian Antonio Facchinetti (Antoine Facchinetti) originaire de Boulogne, cité célèbre dans les anales de l’Eglise romaine et souvent appelé à défendre la Papauté. Ce pape envoya en outre des troupes aux Ligueurs de France, seul fait important de son pontificat très court.
    77. Crux romulea (La croix romuléenne) Clément VIII (1592-1605). Ippolito Aldobrandini (Hippolyte Aldobrandini) de la famille romaine des Aldobrandini (Romulus fut le fondateur de Rome), dont les armes représentaient une série de croix attachées les unes aux autres et qui rappelle la croix du pontife romain à plusieurs croisillons.

    Après la publication de l’ouvrage (1595) :

    78. Undosus vir (L’homme aux ondes) Léon XI (1605-1605). Alexandro Ottaviano de Medicis (Octave de Médicis). Ce pape, élu le 1er Avril, fut en quelque sorte un poisson d’Avril et ne régna que 27 jours, il ne fit que passer comme l’onde qui fuit.
    79. Gens perversa (La gent perverse) Paul V (1605-1621). Camillo Borghese (Camille Borghèse) de la famille des Borghèse qui portaient dans leurs armes un aigle et un dragon vert, gent perverse.
    80. In tribulatione pacis (Dans la tribulation de la paix) Grégoire XV (9 février 1621-1623). Mort le 8 juillet. Alessandro Ludovisi avait étudié le droit (Alexandre Ludovisi) Institua la Propagande, rédigea la Constitution sur la législation des Conclaves et réforma les ordres religieux dans le but de rendre la paix au monde chrétien si troublé par la guerre de Trente ans.
    81. Lilium et Rosa (Le lis et la rose) Urbain VIII (6 août 1623-1644). Mort le 29 juillet. Maffeo Barberini (Maeffeo Barberini) Le pontificat fut marqué par l’alliance de la rose de l’Angleterre protestante avec le lis de la France catholique au cours de la guerre de Trente ans, alliance désastreuse pour la Papauté.
    82. Jucunditas crucis (La joie de la croix) Innocent X (16 septembre 1644-5 janvier 1655). Mort le 7 janvier. Giambattista Pamfili (Jean-Baptiste Pamphili) Elu le jour de l’Exaltation de la croix (14 Septembre).
    83. Montium custos (Le gardien des monts) Alexandre VII (7 avril 1655-1667). Mort le 22 mai. Fabio Chigi (Fabius Chigi) De la famille des Chigi dont les armes représentaient des montagnes que domine une étoile.
    84. Sidus olorum (L’astre des cygnes) Clément IX (20 juin 1667-1669). Mort le 9 décembre. Giulio Rospigliosi (Jules Rospigliosi) Naquit près de la rivière Stellata (stella signifie étoile) et au conclave où il fut élu il occupait la chambre des cygnes, appartement du Vatican appelé ainsi en raison des peintures représentant ces oiseaux.
    85. De flumine magno (Du grand fleuve) Clément X (29 avril 1670-1676). Mort le 22 juillet. Emilio Altieri (Emilio Altieri) De la famille des Altiéri dont les armes représentaient la constellation de Cassiopée, qui est traversée par la voie lactée appelé jadis le grand fleuve. Autre interprétation il naquit sur les bords du Tibre, le grand fleuve de Rome, qui déborda le jour de sa naissance, et il fut sauvé des eaux, comme Moïse, alors que son berceau flottait déjà à la dérive.
    86. Bellua insatiabitis (La bête insatiable). Innocent XI (21 septembre 1676-1689). Mort le 12 août Benedetto Odescalchi (Benoît Odescalchi) Les armoiries représentaient un aigle et un lion, deux bêtes insatiables.
    87. Poenitentia gloriosa (La pénitence glorieuse). Alexandre VIII (6 octobre 1689-1er février 1691). Mort le 1er septembre Pietro Ottoboni (Pierre Ottoboni) Elu en la fête de St Bruno, fondateur de l’ordre de pénitents très sévère des Chartreux (6 Octobre).
    88. Rastrum in porta (Le rateau à la porte). Innocent XII (12 juillet 1691-1700). Mort le 27 septembre. Antonio Pignatelli (Antoine Pignatelli) De la famille Pignatelli del Rastello (du Rateau) qui habitait aux portes de Naples, le grand port Italien.
    89. Flores circumdati (Des fleurs tout autour). Clément XI (23 novembre 1700-1721). Mort le 19 mars. Le cardinal Gian Francsico Albani (François Albani) Né à Urbino, ville dont les armes représentaient une couronne de fleurs.
    90. De bona religione (De bonne religion). Innocent XIII (8 mai 1721-7 mars 1724). Le cardinal Michelangelo dei Conti (Michel-Ange Conti) De la famille des Conti dei Segni, la seule qui a donné neuf papes à l’Eglise et qui était donc bien « de bonne religion ».
    91. Miles in bello (Le soldat en guerre). Benoît XIII (29 mai 1724-1730). Mort le 21 février Pietro Francesco Orsini (VVincent Orsini)De la famille des Orsini, fort connus au Moyen Âge pour leur audace et leur héroïsme guerrier.
    92. Columna excelsa (La colonne élevée) Clément XII (12 juillet 1730-1740). Mort le 8 février. Le cardinal Lorenzo Corsini (Laurent Corsini) Il s’occupa beaucoup d’architecture ; il fit décorer de colonnes monumentales le portique principal de Saint Jean de Latran à Rome et créa au Capitole l’Ecole d’architecture.
    93. Animal rurale (L’animal des champs) Benoît XIV (20 août 1740-1758). Mort le 3 mai. Le cardinal Propero Lambertini (Prosper Lambertini). Par sa lutte constante, opiniâtre et patiente contre la philosophie impie et amorale de son siècle, il rappelle le bœuf, animal des champs, et justifie cette qualification au même titre que St Thomas et Bossuet.
    94. Rosa Umbriae (La Rose de l’Ombrie) Clément XIII (1758-1769). Il fut gouverneur de Rieti, ville de l’Ombrie connue pour les roses qui la parfument.
    95. Visus velox (la vue perçante) (et non pas Ursus velox (l’ours véloce) comme le donnent par erreur la plupart des sources) Clément XIV (1769-1774). La maison paternelle de ce pape avait comme enseigne un ours à la course. La devise « modifiée » tombe ici bien mieux que l’originale…
    96. Peregrinus apostolicus (Le voyageur apostolique) Pie VI (1775-1799). Ce pape fit deux voyages à l’étranger, c’était la première fois, depuis des siècles, qu’un pape quittait l’Italie.
    97. Aquila rapax (L’aigle rapace ou l’aigle ravisseur) Pie VII (1800-1823). Il fut emprisonné à Savone puis à Fontainebleau par Napoléon Ier, le 19 juin 1812, l’aigle rapace, qui le séquestra et l’obligea de signer le Concordat le 25 janvier 1813.
    98. Canis et Coluber (Le chien et la couleuvre) Léon XII (1823-1829). Ce pontificat est marqué par l’efflorescence des sociétés secrètes, caractérisées par le cynisme et la traîtrise.
    99. Vir religiosus (L’homme religieux) Pie VIII (1829-1830). Ce pontificat très court est signalé par une seule encyclique, et elle attaque les erreurs et l’indifférence moderne en matière de religion.
    100. De balneis Etruriae (De Balnes en Etrurie) Grégoire XVI (1831-1846). Ce pape appartenait à l’ordre des Camaldules, fondé par Saint Romuald à Balnes en Étrurie, et créa le musée étrusque au Vatican.
    101. Crux de cruce (La croix (venant) de la croix) Pie IX (1846-1878). Ce pape eut à supporter la croix de la persécution lors de la révolution italienne (le Risorgimento) et cette révolution était dirigée par la Maison de Savoie qui porte une croix dans ses armoiries.
    102. Lumen in caelo (La lumière dans le ciel) Léon XIII (1878-1903). Ce pape appartenait à la famille des Pecci dont les armes représentent une comète dans un ciel d’azur.
    103. Ignis ardens (Le feu ardent) Pie X (1903-1914). Élu en la fête de St Dominique (4 août) dont l’ordre porte en chef une torche ardente et il était cardinal du titre de St Bernard-aux-Thermes.
    104. Religio depopulata (La religion dépeuplée) Benoît XV (1914-1922). Il fut pape pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), la grippe espagnole et la révolution communiste, qui dépeuplèrent les temples de la chrétienté.
    105. Fides intrepida (La foi intrépide) Pie XI (1922-1939). Le pape des missions et de l’action catholique, preuves d’une foi intrépide.
    106. Pastor angelicus (Le pasteur angélique) Pie XII (1939-1958). Eugenio Pacelli, pasteur angélique, saint pape, est appelé le « pape de Fatima ».
    107. Pastor et nauta (Le pasteur et nautonier) Jean XXIII (1958-1963). Il fut patriarche de Venise, qui est la ville des navigateurs. Il fut, tel un pasteur, à la source de la grande étape du Concile Vatican II.
    108. Flos florum (La fleur des fleurs) Paul VI (1963-1978). Le lys, surnommé « la fleur des fleurs », est présent sur ses armes (formées de trois lys).
    109. De mediate lunae (de la moitié de la lune ou du temps moyen d’une lune ou de l’intermédiaire lunaire) Jean-Paul Ier (1978-1978). Jean-Paul Ier mourut 33 jours plus tard ce qui donna lieu à beaucoup d’interprétations; dont celle que que son pontificat dura approximativement (selon l’expression populaire) « le temps d’une lune ».
    110. De labore solis (de l’éclipse solaire, « ou » du labeur du soleil) Jean-Paul II (1978-2005). Certains y ont vu, parmi d’autres interprétations, une corrélation avec une éclipse solaire le jour de sa naissance. S’il y eut bien une éclipse partielle de soleil le 18 mai 1920, comme cela se produit de deux à cinq fois par an, elle n’était visible qu’en Australie et sur une partie de l’Antarctique et donc pas en Pologne. Autre signification : La durée du pontificat de Jean-Paul II est de 28 ans, c’est également la durée du cycle solaire calendaire utilisé dans le comput ecclésiastique. Certain y voient aussi le fait que Jean-Paul II est le pape qui a le plus voyagé. Son long et éreintant pontificat a participé à l’épuiser par un labeur soutenu.
    111. (De) gloria olivae ((de) la gloire de l’olivier/de l’olive). Benoît XVI (2005-2013). Il à été élu peu de temps après le dimanche des rameaux.

    .

    112. Petrus Romanus (Pierre le Romain). Cette dernière prophétie apparaît pour la 1re fois dans l’édition princeps d’Arnold de Wyon du Lignum Vitae de 1595. Dans cette édition, elle est rédigée ainsi :

    In psecutione. extrema S.R.E. sedebit. / Petrus Romanus, qui pascet oues in multis tribulationibus : / quibus transactis ciuitas septicollis diruetur,/ & Iudex tremendus iudicabit populum suum. Finis. Traduction : « Dans la dernière persécution de la sainte Eglise romaine siégera Pierre le Romain qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple. »

  2. Thomas Münzer dit :

    John Toland, un « hérétique », avait dit que lorsque saint Patrick avait utilisé un trèfle pour figurer le dogme de la sainte trinité, le public à qui il faisait face n’était pas païen, mais déjà chrétien de type unitarien (les unitariens sont une secte chrétienne qui rejette la trinité)

    « When Toland studied the oldest manuscript in Irish he discovered that Saint Patrick had not come to a pagan country in the early fifth century. Patrick had to use a shamrock to explain the Trinity as the people he was confronting were Christians who had never heard of that doctrine. Toland postulated that the pre patrician Irish Christians were Unitarians. »

    http://www.oscailtmagazine.com/unitarian%20magazine/Treason.html

  3. Liam dit :

    On pourrait peut etre revenir a COnnolly et ses commentaires sur « aussi catholique que le pape ».
    Un de ses articles circa 1914 attaque la laicite a la francaise et la propagande socialiste anti clericale de France et affirme que l’Eglise catholique est le veritable allie du socialisme

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s