Mouvement de soutien aux prisonniers politiques et de guerre: se préserver de l’opportunisme

Ceci est un extrait du texte Power to the political prisoners, power to the people!, écrit par Gary Keenan, de l’IRSP de Belfast, le 20 mars.

(…) Certains évoquent le besoin d’impliquer la communauté au sens large [dans le mouvement de soutien aux prisonniers politiques et de guerre], comme le clergé [catholique] et le SDLP. Certes, exprimer son soutien pour les exigences des prisonniers est une force positive, mais nous devrions prendre garde à ce que ce « soutien » venu de sections non-républicaines ne vire pas au détournement du mouvement de protestation. L’Eglise catholique et le SDLP ont un lourd passif en ce qui concerne la question des prisonniers politiques irlandais. Pendant la période 1976-1981, le clergé et le SDLP ont mené un travail de sape contre le mouvement des prisonniers républicains et ont refusé de les considérer sans réserve comme des prisonniers politiques et de soutenir les 5 exigences.

Richard O’Rawe, en tant que porte-parole des prisonniers républicains de Long Kesh, avait dénoncé le rôle joué par l’Eglise catholique et le SDLP dans le communiqué qui annonçait la fin de la grève de la faim, le 3 octobre 1981 : « A ce moment, une nouvelle campagne active, vigoureuse et traîtresse était en cours, visant à briser la grève. Cette campagne était orchestrée par des prêtres qui avaient l’adoubement de l’Eglise catholique. A un certain moment, d’autres individus étaient eux aussi impliqués dedans… Des efforts ont été menés pour nous discréditer, nous les prisonniers, et le National H-Block/Armagh Committee. La plus grande nuisance venait de ce qu’ils appelaient notre syndrome du ‘désespoir’. »

O’Rawe avait reconnu en le SDLP un « lèche-botte impérialiste » : cette désignation est aussi pertinente aujourd’hui qu’en 1981. D’ailleurs, Sinn Fein [provisoire] et le SDLP (ces jours-ci, il est difficile de faire la différence entre eux) ne s’affairent « en coulisses » que pour en retirer un bénéfice politique. Mais la situation actuelle dans les prisons de Maghaberry et Hydebank impose ce choix : ou bien tu es pour soutenir les prisonniers politiques, ou bien tu es un défenseur des institutions de torture britannique.

Frank Kitson, l’ancien général britannique avait exposé la politique contre-révolutionnaire britannique  d’opérations de basse intensité, admettant l’existence d’une stratégie visant à neutraliser des sections de la communauté et en promouvant des éléments plus modérés. Le gouvernement britannique continue d’employer cette stratégie, puisqu’ils savent pouvoir contenir et contrôler ces éléments modérés. Dans le livre de monseigneur Raymond Murray intitulé The SAS in Ireland, il est dit que les services britanniques avaient établi une liste servant à « l’opération RANC », montée par eux après l’assassinat d’Airey Nave. Neave était un membre-clé du parti conservateur, lié aux services secrets et considéré comme une des éminences grises ayant placé Thatcher au pouvoir dans le parti Tory, puis en Grande-Bretagne.

Comme c’est l’INLA qui avait posé la bombe tua Neave, le gouvernement de Thatcher chercha à mener des représailles contre les camarades de l’INLA et de l’IRSP. Les membres du National H-Block/Armagh Committee qui faisaient partie de l’IRSP et de l’INLA ont été systématiquement assassinés à leurs domiciles par des escadrons de la mort clandestins. La croyance la plus répandue est que les Britanniques ont contribué directement ou indirectement à leurs morts à cause de leur engagement dans la campagne pour défendre les prisonniers. Il s’agissait d’actions menées dans le cadre d’une campagne organisée, destinée à écarter les voix considérées comme radicales à l’intérieur des National H block/Armagh committees. Ceci explique que Marian Price est internée par le gouvernement britannique. Bernadette [McAliskey] a pointé cela très clairement lorsqu’elle a dit : « Elle n’est pas là où elle est à cause de quoi que ce soit qu’elle ait fait ou pas fait, ils l’ont mise là à cause de qui elle est et de ce qu’elle est. »

Nous devons prendre garde à ne pas laisser l’agitation menée au nom des prisonniers être dirigée par ces modérés, qui la feraient dérailler. Les gens qui dirigent le mouvement de soutien aux prisonniers en révolte sont les camarades, les familles et amis de ceux qui sont incarcérés. Ce sont des gens qui ont subi la perte d’être chers et d’amis, et qui ont toujours participé aux divers rassemblements, qu’il vente, pleuve ou neige. Ce sont également des gens de la classe ouvrière qui subissent le harcèlement quotidien de la PSNI. Ce sont des gens qui continueront de se battre pour faire en sorte que leurs camarades ne soient pas oubliés.

C’est pourquoi il faut faire attention au moment d’élargir la campagne, puisque les forces opportunistes et les réactionnaires n’ont pas les mêmes expériences de vie, et arrêteront vite le mouvement dans l’idée d’obtenir un compromis naïf avec leurs maîtres impérialistes britanniques. Le soutien aux prisonniers devrait demeurer sous la direction des militants de base qui ont toujours battu le pavé. Évidemment, nous voulons encourager le plus possible de gens à exiger la fin de l’internement et à dénoncer le traitement inhumain fait aux prisonniers. Mais il faut prendre garde à ce que la campagne ne soit pas détournée puis placée sur une voie de garage. La classe ouvrière d’Irlande mènera sans défaillir le combat pour ses camarades emprisonnés. (…)

Source : http://www.irsp.ie/news/?p=689

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