Lettre d’Eugene McLoone, récemment sorti de la prison de Maghaberry

Chers amis,

Pendant les six derniers mois, j’ai été interné en préventive dans la prison de Maghaberry. Aujourd’hui je suis libéré sous conditions, j’estime qu’il est de mon devoir de donner au peuple un aperçu des conditions terribles endurées par tous les prisonniers républicains incarcérés dans la Roe House de Maghaberry. A mon arrivée à Maghaberry, le premier jour, en entrant dans l’aile républicaine de la prison, une puanteur âcre et envahissante m’a frappé comme un mur de brique et la réalité a vite fait de s’imposer. Je me suis immédiatement rendu compte du sort qui allait être le mien lorsque se présenta une unité de matons, constituée de quatre robustes gardiens casqués et lourdement harnachés dans leur tenue anti-émeute.

Comme ces quatre matons m’encerclaient dans une cellule vide, ils m’aboyèrent à la figure une quantité de lois et de règles. Ils m’ordonnèrent « d’obéir, sinon gare! ». Comme je leur répondis : « Je suis un républicain irlandais et je n’obéirais qu’aux ordres de mes camarades républicains », ils éclatèrent de rire et me claquèrent la porte au nez. Plus tard, j’appris que tous les prisonniers républicains subissaient la même réception à leur arrivée.

A cause du refus de David Ford et de l’Exécutif de Stormont d’appliquer l’accord d’août 2010, les conditions de détentions pour les prisonniers politiques dans la Roe House sont et restent d’une inhumaine atrocité.

La majorité des prisonniers politiques à Maghaberry se sont engagés dans une grève totale de l’hygiène, au moins depuis juillet 2011. Les cellules sont infestées de vers et de grosses mouches, conséquence inévitable du fait que les excréments sont tapissés sur les murs de ces lieux petits et fermés. La vue de ces jeunes hommes barbus vivant dans un tel environnement réfute toute prétention de David Ford à être un champion des droits de l’homme.

Misère supplémentaire, les prisonniers sont forcés de vivre sous le régime punitif des « mouvements restreints ». L’accès aux autres zones de la prison dépend du nombre de matons disponibles pour les accompagner. Or ce système est manipulé de façon à limiter les mouvements des prisonniers et à leur rendre la vie toujours plus tendue et incohérente. D’après l’administration, il faut quatre matons pour accompagner un prisonnier. Lorsqu’un prisonnier républicain veut prendre une douche, il faut apparemment quatre matons pour l’escorter à la salle d’eau. Et ce « mouvement » va affecter le temps que les autres peuvent passer hors de leurs cellules, par exemple pour téléphoner à leurs enfants.

Les opportunités de manipuler ce système et détériorer la vie de toute l’aile sont innombrables et les matons ne s’en privent pas, afin d’augmenter au quotidien et au maximum ces désordres. Sous ce régime des « mouvements restreints », les temps d’attente avant et après les visites sont prolongés, ce qui diminue substantiellement la durée des visites. Grâce à David Ford et à la complaisance des partis constitutionnels à Stormont, les familles et les enfants des prisonniers républicains sont punis eux aussi.

Pour mesurer le degré d’extrémisme anti-républicain qui sous-tend le régime pénitentiaire de Maghaberry, il suffit de remarquer leur refus de donner une autorisation humanitaire de sortie à Dee McKenna, républicain de Lurgan, dont le père est décédé pendant qu’il menait la révolte en prison.

Le refus de le laisser aller à l’enterrement de son père n’était pas seulement une façon de le punir d’une façon vulgaire et inhumaine, c’était aussi une tentative désespérée de le faire taire, pour que le monde n’entende pas la vérité sur la véritable dimension des conditions horribles endurées par des êtres humains dans l’Irlande de 2012.

Les maladies ont fait leur entrée dans le monde clos des prisonniers politiques de la Roe House. Tout le monde est aux antibiotiques pour faire barrage à de plus graves maladies. La plupart voient des taches rouges se former sur leur peau, dont nous ne comprenons pas l’origine. D’autres souffrent de difficultés respiratoires, provoquées par la consommation excessive de médicaments chimiques. A cause de ces conditions intolérables, de l’irrégularité des soins médicaux et des effets à long terme des passages à tabac aux mains de l’escouade anti-émeute, quelques républicains ont dû être transférés dans des hôpitaux à l’extérieur de la prison.

Malgré la présence de douzaine de matons anti-émeute dans l’aile, quant nous sonnons pour les appels d’urgence, nous pouvons attendre des heures avant qu’on nous réponde. Les jours de grand froid, les matons sectaires nous coupent le chauffage si le cœur leur en dit, eux qui, à l’image de leurs prédécesseurs les matons des H-Blocks, prennent un plaisir certain lors de ces séances de torture aussi minables que quotidiennes contre les républicains vulnérables qui sont à leur merci.

Mais la pire expérience de toutes reste la fouille corporelle régulière, toujours aux mains de l’escouade anti-émeute. Cet exercice de brutalité n’est pas pratiqué pour des raisons de sécurité, mais pour des raisons politiques et financières, car cette pratique satisfait à la fois la mentalité unioniste et les exigences salariales de la corporation des matons loyalistes de la Prison Officers Association (POA).

Nos représentants de Cogús / RNU et des camarades d’autres groupes de soutien ont rappelé au monde à de multiples occasions que des alternatives existent qui pourraient faire de la fouille corporelle une relique des temps anciens. David Ford, maître de la distorsion hypocrite des droits de l’homme est tout à fait au courant de ces alternatives, mais refuse d’agir, n’obéissant qu’à ses ambitions politiques égoïstes et trahissant dans ce processus à la fois l’accord d’août 2010 et ses propres électeurs.

J’espère que ce compte-rendu aidera les lecteurs à mieux comprendre les problèmes qui existent dans la prison de Maghaberry. Ce qu’il faut, c’est une transformation complète de ce système, de façon à ce que tous les prisonniers (politiques et autres) puissent vivre dignement et conformément aux droits de l’homme.

Si de telles choses se passaient ailleurs dans le monde, elles seraient condamnées sans réserve par le gouvernement de Stormont et le gouvernement britannique, mais comme cela est courant dans le monde moderne, l’hypocrisie règne en maîtresse suprême et ces gens continuent de nier les droits de l’homme élémentaires des citoyens irlandais.

Eugene McLoone (Derry)
Ancien prisonnier républicain

Source : http://www.republicannetwork.ie/

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