Irlande Libre : Pourquoi nous soutenons les grévistes de la faim (1980)

Voici l’éditorial du journal Irlande Libre de décembre 1980, entièrement consacré aux grèves de la faim des prisonniers républicains de Long Kesh (pour les hommes) et Armagh (pour les femmes). Irlande Libre était le comité de soutien aux républicains irlandais des années 1980, puis vint Solidarité Irlande dans les années 1990-2000, puis Libération Irlande à partir de 2010.

Le dossier spécial que nous publions ce mois-ci montre que la campagne de solidarité avec les grévistes de la faim organisée par le Comité de Défense des Prisonniers Politiques Irlandais rencontre un large écho. Les personnes et organisations qui s’y sont jointes dépassent de beaucoup l’influence de notre seul journal, et nous nous en félicitons. C’est exactement le but que nous nous étions fixés en initiant cette campagne. La diversité des forces soutenant la pétition recouvre une égale diversité de motivations. D’aucuns n’acceptent pas que des prisonniers, quelle que soit leur culpabilité, soient aussi mal traités : ils se joignent à la pétition pour des raisons purement humanitaires. D’autres sont d’accord avec les buts et la politique des prisonniers. Quelles que soient les motivations, tous ont leur place dans la lutte pour le statut politique.

Irlande Libre pourtant tient à expliquer précisément son attitude et les raisons de sa participation à la campagne. L’Irlande a été une colonie britannique durant des siècles et nous estimons que la partition de 1921 de l’île en deux parties, les 26 comtés et les 6 comtés, fut une façon de maintenir la domination britannique sur le peuple irlandais. C’est pourquoi nous sommes d’accord avec les forces irlandaises qui revendiquent le retrait britannique et la réunification des 32 comtés. Tous les prisonniers en font partie et nous soutenons non seulement leur exigence d’un traitement décent, mais aussi leur objectif politique.

Une question, une objection cependant nous est posée : soutenons-nous aussi les méthodes utilisées par l’IRA et l’INLA qui participent à la lutte armée? Les prisonniers ne sont-ils pas des terroristes? Nous pensons que le terrorisme dont est victime le peuple irlandais, particulièrement les populations républicaines des six comtés d’Irlande du Nord, est celui de l’armée britannique, de la police RUC et des milices loyalistes.

La lutte armée lancée par l’IRA à partir de 1970, et par l’INLA depuis quelques années, est intervenue dans une situation où toute issue constitutionnelle à la crise était totalement bloquée. C’est encore le cas aujourd’hui, comme le démontre l’échec récent d’encore un autre projet de règlement britannique. La réputation de la Grande-Bretagne comme « mère des parlements » et de la démocratie ne doit pas faire oublier le passé, ni le présent, colonialiste de ce pays : l’Irlande du Nord a été depuis sa création un état totalitaire, gouverné de fait par un parti unique.

Le problème de la lutte armée, de son opportunité et des formes qu’elle doit ou non revêtir est largement débattu en Irlande par les forces qui s’opposent à l’impérialisme britannique. Notre position est la suivante : nous ne soutenons la ligne politique d’aucune organisation irlandaise en particulier, mais nous soutenons les buts de toutes celles qui combattent pour la libération nationale et la réunification du pays. Toutes les formes de résistance sont légitimes et c’est un des rôles d’Irlande Libre que de présenter les positions et les politiques en présence.

L’enjeu

Solidaires de la lutte historique du peuple irlandais pour sa libération nationale et son indépendance, nous soutenons sans réserve tout militant républicain emprisonné, que ce soit pour activité militaire ou pour toute autre forme d’action politique. C’est le sens de notre travail au sein du CDPPI.

La lutte pour le statut politique est aujourd’hui au cœur de l’affrontement entre le gouvernement britannique et ses alliés d’une part, et le peuple irlandais d’autre part. L’enjeu de cette lutte est bien plus profond qu’une simple question d’uniforme ou de règlements pénitentiaires. Car le mouvement pour le statut politique, et le mouvement de masse qui se créé actuellement autour de lui, ne peut manquer de poser à brève échéance la question à nos yeux fondamentale : celle de l’indépendance de l’Irlande et l’auto-détermination de son peuple. Seule la résolution définitive de cette question pourra assurer la paix et le respect des droits de l’homme en Irlande. C’est surtout pour cela que les grévistes du Bloc-H doivent gagner. Les motifs de leur incarcération ne sauraient en aucun cas être des obstacles à notre soutien qui leur est inconditionnellement acquis.

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