Des républicaines emprisonnées : A propos de la pornographie

Ceci est un document interne écrit dans la prison de Maghaberry par les femmes républicaines, dans les années 1990, au sujet du porno et de sa consommation dans le mouvement. Les femmes donnent des leçons aux hommes!

Les magazines pornographiques montrent sur papier glacé des photos de femmes réduites à un statut d’objet pour le plaisir et le divertissement des hommes. Ceci représente une offense et un abus. Les femmes sont vues en tant qu’instruments de jeu pour les hommes, non pas comme des êtres humains pensants, mais comme des images provocantes à destination des hommes qui pourront les utiliser à leur guise.

Le simple fait de rabaisser les femmes à cet état est une négation de leur humanité et adresse un message dangereux, d’une manière pas toujours subtile, à celui qui regarde ces images : ceci est un objet que tu peux utiliser. Le portrait du comportement sexuel que transmet la pornographie dégrade les femmes et les avilit sous tous les aspects. Dans ses formes les plus extrêmes, les femmes sont montrées dans des attitudes où on les voit se réjouir d’être maltraitées, mutilées, violées par un ou plusieurs hommes. Ces abus que subissent les femmes et même les enfants sont souvent soulignés pour intensifier le plaisir de celui qui regarde. La vie et le corps des femmes sont manipulés et exploités pour divertir les hommes et faire du profit (la pornographie est une industrie qui rapporte des millions). Le porno pose les femmes sur le marché comme une marchandise de plus.

Il ne suffit pas de rejeter le porno ‘hard core’ et de rejeter la pornographie infantile tout en continuant à consommer le reste. Ce sont de faibles excuses pour tenter de prendre ses distances vis-à-vis des abus faits aux femmes, car la pornographie contribue au schéma plus général de l’oppression qui fait que les femmes ne se sentent pas en sécurité dans les rues et même dans leurs maisons. Parmi les violeurs et tueurs de femmes les plus célèbres, nombreux sont ceux qui ont avoué leur fascination pour le porno et leur consommation régulière, certains ont avoué avoir pioché des stratagèmes d’attaques dans ces magazines et d’avoir franchi le pas, lorsque la seule imagination n’était plus satisfaisante pour eux.

Ceci n’excuse pas leur comportement, comme s’il s’agissait d’une maladie ou d’une dépendance. Les violeurs sont des hommes ordinaires dans la moyenne, pas des prototypes de monstres facilement identifiables. Ce qu’ils ont en commun, c’est leur vision des femmes, à qui ils nient toute humanité. Ils croient que les femmes rêvent de se faire violer et que lorsqu’une femme dit « non », elle veut dire « oui », ces hommes croient aux images transmises par le porno et à tous ses messages subliminaux.

Après tout, dans le viol il ne s’agit pas de sexe, mais de la domination et du pouvoir sur sa victime, et du sentiment de puissance qui en résulte. Le sexe n’est qu’un expédient, le véritable but c’est le contrôle total. La forme ultime de domination, à-côté du meurtre, c’est le viol. La pornographie et la violence sont étroitement enchevêtrés.

Ceux qui voudraient nier ce lien sont des gens malhonnêtes, cherchant par là à justifier leur consommation personnelle de pornographie. Certains disent qu’il s’agit d’une affaire bénigne et qui n’a rien à voir avec la violence faite aux femmes, que de plus la disponibilité du porno canalise les pulsions sexuelles dans une direction inoffensive, et qu’enfin sans pornographie une plus grande quantité d’énergie sexuelle serait dirigée directement contre les femmes. Si tout cela était vrai, la conclusion serait que la plus grande disponibilité du porno serait accompagnée d’une diminution des violences et crimes sexuels. Or c’est loin d’être le cas et d’autre part le viol n’est pas l’aboutissement des désirs irrésistibles des hommes.

Un autre argument nous dit que « les femmes posent pour ces photos de leur plein gré ». Les femmes tout comme les hommes peuvent être piégés dans l’idée que tout cela est inoffensif. D’autres ne participent pas de leur plein gré. De jeunes femmes peuvent être facilement exploitées dans l’espoir de trouver par là gloire et glamour. Les plus malheureuses plongent plus profondément dans l’industrie du sexe sous la contrainte de la nécessité économique, de la drogue ou parce que finalement elles ont perdu leur estime de soi, arrivant à ce point où on ne peut plus faire machine arrière.

Nos objections contre le porno ne viennent pas de la pudibonderie ou d’une honte de nos propres corps, elles ne viennent pas non plus d’idées hautement morales selon lesquelles la masturbation serait un « péché ». Pour le dire simplement, la pornographie nous offense en tant que femmes qui ont combattu contre l’oppression. Les membres de la communauté républicaine ne devraient pas participer à un tel abus renforçant l’idée dominante que les femmes ne sont pas si importantes. Non, nous le sommes, et des problèmes comme la pornographie nous affectent tous. Il est hypocrite de s’opposer à la violence des fouilles corporelles alors qu’on tolère la pornographie. Vous les hommes devez examiner votre comportement et vos actions, et vous demander si vous voulez vraiment participer à un processus révolutionnaire, ou si vous voulez garder vos revues porno et votre gratification personnelle, tout en prétendant que ça ne blesse personne. Si vous vous en moquez, dites-le, ne vous excusez pas.

Femmes républicaines, prisonnières de guerre, prison de Maghaberry.

Source : https://sites.google.com/site/longkeshdocuments/porn

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Un commentaire pour Des républicaines emprisonnées : A propos de la pornographie

  1. Kathy Laroche dit :

    Les études en psychologie sociale menées au sujet de la pornographie violente ont clairement montré ses effest nocifs sur les spectateurs notamment masculins (adhésion à la culture du viol, déshinibition, femme-objet etc.) Malgré tout il y aura toujours des gens pour prendre le problème à l’envers et nous dire que le porno ne crée pas les violeurs, voire qu’il diminue le viol : d’une part, il est évident qu’il ne crée pas les violeurs, on parle de ses effets sur les attitudes et la conception de la femme et de la sexualité où le sexisme se trouve justifié et renforcé. ; et d’autre part, on oublie qu’une simple corrélation ne prouve pas qu’il y ait la moindre relation causale entre le visionnage de pornographie et la diminution du nombre de viols. Il existe bien une autre pornographie, « féministe » celle-là, où ce qui est montré du rapport sexuel n’a rien à voir avec ce porno là, mysogine, sexiste, violent … mais il est une goutte d’eau dans cet océan de sexisme et reste difficile d’accès dans la mesure où il est quasi-totalement inconnu et où personne, aucun jeune, aucun homme, ne tombera dessus aussi facilement qu’il tombe sur le porno mainstream qui forge aujourd’hui en grande partie nos représentations de la sexualité.
    Sinon, il est intéressant de voir comme étonnamment, l’utilisation d’Internet peut être un minimum contrôlée lorsqu’il s’agit de protéger la propriété, et comme dans le cas de l’accès à la pornographie violente, personne n’imagine une seconde pouvoir y faire quelque chose.

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