Comprendre le processus de paix en Irlande, 1è partie.

Il y a une idée reçue qui court les rues, selon laquelle  le processus de paix a bel et bien abouti à l’auto-détermination du peuple d’Irlande, et qu’en ce sens il serait sorti vainqueur. La conclusion pratique serait d’imiter la « voie irlandaise » de pacification au Pays Basque, en Corse, etc. Pour répondre à cette vision des choses, pour nous fondamentalement erronée, nous publions en trois parties ce document écrit par Xabier Jimenez et Liam O’ Ruairc.

Le conflit en Irlande peut être ramené au conflit entre deux principes : le principe de « l’auto-détermination sans obstruction extérieure » face au « principe du consentement ». La ligne de démarcation entre le républicanisme et les autres forces politiques : l’Etat britannique, l’unionisme, et le nationalisme constitutionnel (incarné par le parti Fianna Fail au Sud de l’Irlande ou par le SDLP dans le Nord), c’est l’acceptation ou non du principe du consentement.

L’essence du républicanisme irlandais, c’est la démocratie. La démocratie est le pouvoir du peuple, par le peuple et dans les intérêts du peuple. Pour les républicains, le peuple d’Irlande devrait être en position de déterminer son avenir démocratiquement (c’est « l’auto-détermination ») sans obstruction extérieure.

L’interférence britannique est une barrière érigée contre la démocratie. Le problème consiste en ce que le peuple d’Irlande ne peut pas déterminer son avenir démocratiquement puisque c’est l’Etat britannique qui détermine les paramètres de l’exercice de l’auto-détermination : le statut constitutionnel du Nord ne pourra être changé qu’à condition qu’une majorité là-bas y consente.

En jargon diplomatique, on appelle cela le « principe du consentement ». Les républicains rejettent ce principe parce qu’en pratique, il signifie que 12% du peuple d’Irlande possède un droit de veto sur les 88% qui restent. Tout changement politique qui affecterait le statut constitutionnel du pays doit être acceptable aux yeux des 12% de la population qui se dénomment « unionistes » pour pouvoir être réalisé. Les républicains rejettent ce principe en tant qu’anti-démocratique et appellent par conséquent le « principe du consentement » un « veto unioniste ».

Il est donc nécessaire de « briser la connexion britannique » parce qu’un gouvernement étranger divise une minorité de la majorité et dresse un obstacle sur le chemin de la résolution des différences. Une minorité doit certainement posséder des droits, mais ne devrait pas détenir un droit de veto sur la majorité. C’est principalement le rejet du principe du consentement qui distingue le républicanisme du nationalisme constitutionnel.

Le nationalisme constitutionnel croit lui aussi dans le principe de l’auto-détermination, il pense que le peuple d’Irlande devrait pouvoir déterminer son propre avenir. Cependant, il accepte d’agir à l’intérieur des paramètres constitutionnels existants et reconnaît par conséquent le « principe du consentement », c’est-à-dire le fait qu’il n’y aura pas de changements sans acceptation de celui-ci par une majorité dans le Nord. Les nationalistes constitutionnels pensent que faire de la politique constitutionnelle [nous dirions ‘institutionnelle’ dans le contexte français, NdT] est la seule voie pour réaliser l’auto-détermination.

Les républicains étaient très clairs dans leur évaluation des partis nationalistes constitutionnels comme le SDLP, qu’ils qualifiaient de « nationalistes partitionnistes ». Pour les républicains, le fossé entre nationalisme partitionniste et républicanisme était infranchissable. D’après Gerry Adams en 1986, le SDLP était un « parti catholique partitionniste accompli ».

Contre le mouvement républicain, la stratégie politique du gouvernement britannique fut élaborée en 1973-74. Son alternative au républicanisme consistait en un système de partage du pouvoir dans le Nord, avec en plus des organismes trans-fontaliers et un conseil de l’Irlande pour lui reconnaître une dimension irlandaise, le tout enveloppé sous le « principe du consentement ». Cette stratégie se matérialisa en 1974 avec l’accord de Sunningdale, dont les paramètres politiques étaient semblables à ceux de l’accord de Belfast de 1998.

L’IRA rejeta avec emphase et sur le champ les diverses initiatives constitutionnelles et l’accord de 1974, les considérant comme des efforts britanniques visant à marginaliser le républicanisme et d’isoler la lutte pour la liberté de l’Irlande. Le Papier Blanc britannique de mars 1973, qui exposait l’alternative fut immédiatement rejeté par l’IRA. Selon Ruairi O Bradaigh, à l’époque président de Sinn Fein : « Le Papier Vert ne résout rien », « il ne cherche qu’à perpétuer la mainmise de la grande-Bretagne sur l’Irlande », le Papier Blanc était destiné à « stabiliser la situation et perpétuer son contrôle sur le territoire ». Quant à l’accord de Sunningdale, il constitue « un pas en arrière, pas une avancée » pour la lutte de libération.

Les Provisoires se sont opposés à l’accord de Sunningdale, et lorsqu’il s’avéra que cet accord n’était pas suffisamment soutenu par les unionistes et qu’il fut mis à bas par la grève du Conseil des Travailleurs de l’Ulster, les Provisoires s’en réjouirent. Les nationalistes constitutionnels qui acceptaient l’accord de Sunningdale, le considérant comme un premier pas vers une Irlande unie, furent dénoncés. Gerry Adams accusa le SDLP, qui avait signé l’accord, d’être le premier parti catholique partitionniste.

Il convient de s’arrêter un moment sur les nombreux aspects politiques communs aux accords de Sunningdale et aux accords de Belfast en 1998. Ces deux accords reposaient sur le veto unioniste et tous deux visaient à créer un pouvoir exécutif avec partage du pouvoir à l’intérieur de l’état des 6 comtés, avec à-côté de lui des institutions trans-frontalières minimalistes. En ayant en tête ces ressemblances entre les deux accords, nous devrions sans doute nous souvenir que des centaines de prisonniers républicains ont passé des milliers d’années dans les prisons d’Irlande et de Grande-Bretagne dans la période 1973-1998, et nous souvenir que les cimetières d’Irlande sont remplis de morts républicains qui sont tombés en service actif pendant cette période. Quand on considère ces faits, on doit se demander comment la direction des Provisoires a pu justifier moralement son acceptation de l’Accord de Belfast, qui a été payé d’un tribut humain si lourd, alors que son équivalent politique, l’Accord de Sunningdale, avait été rejeté en 1973?

Ce point avait été souligné par la presse mainstream, où l’on pouvait lire par exemple : « A quoi bon le martyr des presque 300 volontaires? Qu’est-ce que cela a apporté de plus que ce qui aurait pu être apporté par des moyens uniquement politiques? Plus précisément, quelles sont les avancées de l’accord du vendredi saint de 1998 par rapport à l’accord de Sunningdale de 1973? Certes, il y a des différences. L’accord du vendredi saint prévoit le retour des pouvoirs de sécurité et de police à l’exécutif d’Irlande du Nord, l’accord de Sunningdale ne prévoyait pas cela, mais laissait la question ouverte. Mais à part cela, quoi d’autre? Sunningdale apportait un partage du pouvoir et des institutions trans-frontalières… Est-ce que les « avancées » de l’accord du vendredi saint, qui vont au-delà des accords de Sunningdale il y a 25 ans, justifient une seule perte de vie humaine, qu’il s’agisse de civils innocents, de membres de forces de sécurité ou de volontaires de l’IRA? ». Un autre article affirmait : « Après Sunningdale, l’IRA avait donc « mené une guerre injuste ».

La lutte armée républicaine doit être comprise comme une sorte de « contre-veto » au veto unioniste. Le but central de la lutte armée était de créer les conditions qui rendraient impossible un règlement du conflit interne à l’Irlande du Nord (même pourvue de l’aspect externe des institutions trans-frontalières et d’une ‘dimension irlandaise’ greffée sur elle), en imposant la perspective de l’unification irlandaise comme seule option d’un traité de paix.

Malachi O Doherty a justement résumé la stratégie de l’IRA comme « un veto imposé à une solution interne en restreignant ses options ». Le but de ce veto est de prévenir tout règlement interne du conflit qui se feraient sur des fondements britanniques : « La campagne ne vise pas avant tout à forcer les Britanniques à se retirer d’Irlande, en la rendant leur présence trop coûteuse, mais à imposer des limites à leur capacité de régler le conflit de façon interne. » D’après son explication, la lutte armée restreint les options politiques du gouvernement britannique, visant à régler le problème de la violence, sachant que « les Britanniques continueront à résister à l’option d’un retrait tant que toutes les autres options n’auront pas été testées et usées, prouvant qu’elles n’apportent pas la paix. » Pour lui, « la campagne des républicains visait à  restreindre les options des Britanniques jusqu’au point où ceux-ci soient forcés d’envisager de se retirer. »

Le soi-disant « processus de paix » signifie qu’il y a eu un changement de tout au tout chez les républicains provisoires. Le passage de la stratégie de la lutte armée à celle du « processus de paix » a été un retrait républicain déguisé en une nouvelle « initiative stratégique ». A la fin des années 1980, le mouvement provisoire a subi une marginalisation politique et militaire considérable. Cette position de faiblesse l’a poussé à envisager une alliance stratégique avec le nationalisme constitutionnel.

L’alliance pan-nationaliste

Au centre de cette stratégie, se trouvait le projet d’une alliance pan-nationaliste entre le gouvernement irlandais, Sinn Fein et le SDLP pour faire pression sur le gouvernement britannique afin qu’il persuade les Unionistes que leur intérêt bien compris était une Irlande unie. Au début des années 1990, les Provisoires ont donné beaucoup de leur temps pour construire cette coalition pan-nationaliste, en menant des pourparlers secrets avec Fianna Fail [le parti alors au pouvoir dans les 26 comtés], et en lançant les initiatives Hume-Adams de 1993. Lorsque les Provisoires finirent par réussir à construire cette alliance avec d’autres forces politiques, celle-ci ne se formulait plus dans leurs termes à eux : pour que ce « consensus national » soit possible, il fallait accepter de vastes sections du programme nationaliste constitutionnel du SDLP et de Fianna Fail.

    Primo. Les revendications soulignées n’étaient plus l’objectif traditionnel, la déclaration d’intention de retrait de la part du gouvernement britannique, mais la reconnaissance du fait que « le peuple irlandais en tant que tout a le droit à l’auto-détermination. ». En apparence, cela est en continuité avec l’exigence républicaine traditionnelle, mais ce concept impliquait pourtant un revirement de la position, puisque l’interprétation nationaliste constitutionnelle de l’auto-détermination admet une bonne part d’ambiguïté en ce qui concerne les moyens de son exercice. Par exemple, si une majorité dans l’ensemble de l’Irlande décidait que l’Irlande unie ne se ferait pas sans l’accord d’une majorité dans le Nord, il s’agirait pour eux de l’expression de l’auto-détermination nationale, plutôt que d’un compromis fait sur la base de la partition.

    Secundo. Par conséquent, le mouvement provisoire commençait à déclarer que l’exercice de l’auto-détermination repose sur un accord dans le peuple de l’Irlande. Ceci indiquait un profond changement. La déclaration Hume-Adams du 23 avril 1993 contenait ces deux phrases cruciales : « L’exercice de l’auto-détermination repose sur un accord dans le peuple de l’Irlande. C’est la recherche d’un tel accord et des moyens de l’obtenir qui nous occupera prioritairement. » Jamais auparavant le mouvement républicain n’avait publiquement déclaré que l’exercice de l’auto-détermination devait être l’objet d’un accord. Cela signifie que tout accommodement devra reposer sur des fondements acceptables par la communauté unioniste. Cela signifie donc que la communauté unioniste a un droit de veto sur tout ce qui pourra s’ensuivre. Autrement dit, il s’agit d’une ré-écriture du véto unioniste.

    Tertio. Le mouvement provisoire reconnaissait le consentement et l’allégeance des unionistes étaient essentiels à l’établissement d’une paix durable. Bien qu’ils  déclarassent encore que le veto unioniste devait disparaître, ils affirmaient « chercher à obtenir le consentement de la majorité des gens dans le Nord ». Cependant, le problème est que le droit au consentement unioniste est précisément ce que les républicains ont toujours qualifié de veto : l’unité par consentement de la majorité dans le Nord de l’Irlande n’était rien d’autre qu’une entourloupe partitionniste.

    Quarto. Dernier point et non des moindres, les Provisoires révisèrent leur analyse de la présence britannique. Au lieu d’être définie comme la cause du problème, elle fut comprise comme partie de la solution, et l’on donna au gouvernement britannique un rôle neutre, ou plutôt un rôle positif, en lui demandant de « rejoindre les rangs de ceux qui peuvent persuader », entendant par là : convaincre les unionistes que leur futur réside dans une Irlande unie. Toutefois, l’intérêt stratégique principal de l’Etat britannique a toujours été d’empêcher que la capacité militaire de l’IRA ne puisse aboutir à des changements politiques, non pas de persuader les Unionistes de changer.

Par conséquent, ce n’est pas le gouvernement de Dublin ni le SDLP qui sont passés sur des positions républicaines, mais le mouvement provisoire qui est passé sur la position nationaliste constitutionnelle voulant que l’auto-détermination irlandaise se fasse au moyen du consentement du peuple du Nord.

Le républicanisme s’était englobé dans le projet nationaliste partitionniste. Le prix de l’inclusion des républicains dans l’alliance pan-nationaliste était l’exclusion du républicanisme. En faisant confiance à des éléments qui avaient toujours été plus hostiles à l’IRA qu’à l’implication britannique en Irlande, l’épée anti-partionniste du mouvement provisoire était sérieusement ébréchée. En cherchant une alliance avec des partis qui prennent le veto unioniste comme fondement de tout règlement politique possible, la direction autour d’Adams reconnaissait implicitement que tout arrangement politique futur devrait être principalement interne [à l’Irlande du Nord], laissant donc intact le statut constitutionnel des Six Comtés.

En parallèle, l’objectif d’une république socialiste des 32 comtés devenait extrêmement lointain et nébuleux. Un changement très important, par rapport aux positions antérieures, se note lorsque les Provisoires déclarèrent que : « le départ du gouvernement britannique doit être précédé d’une période de paix prolongée et sortira de négociations. » En 1993, Martin McGuinness, affirma ce compromis vis-à-vis de l’objectif « Brits Out », lors du discours à Bodenstown. Il y parla « d’arrangements intérimaires », chose qui impliquait que la lutte armée pourrait prendre fin avant le retrait britannique et sans lui. Ces arrangements intérimaires seraient une transition, à durée indéterminée, vers l’objectif final. Les provisoires acceptaient qu’il n’y ait pas du tout de date ni de planning concernant ce retrait.

Plus tard, en 1995, Gerry Adams parla d’une « phase de transition » dans laquelle il devrait y avoir ‘démocratie maximum’, ‘égalité de traitement’, ‘parité d’estime’. Ces déclarations signalaient que la direction provisoire s’efforcerait inévitablement de faire passer tout futur accord pour transitoire, même en l’absence de tout mécanisme concrètement transitoire pour un changement démocratique. Il s’agirait donc d’une reconnaissance de facto de la domination britannique en Irlande.

Au début des années 1990, la direction provisoire mena des pourparlers secrets avec le gouvernement britannique. Chose qui, avec d’autres signaux positifs envoyés par les Britanniques, conduisit la direction Provisoire, à un certain moment au début des années 1990, à croire que Londres et Dublin avaient convenu que la vieille politique d’exclusion des républicains n’avait plus cours et que la seule alternative stratégique était l’inclusion par le dialogue et les négociations. Sauf que la pièce manquante, c’est que l’objectif stratégique était « d’inclure les républicains tout en excluant le républicanisme ». Pour admettre les républicains aux pourparlers, le prix à payer, c’était l’exclusion du républicanisme. C’est-à-dire : dialogue avec les dirigeants républicains et les organisations, mais sur la base d’un ordre du jour qui exclut les objectifs politiques du républicanisme.

Au centre des objectifs politiques du républicanisme, il y a le refus de tout règlement interne (à l’Irlande du Nord), la rupture de la connexion politique avec la Grande-Bretagne, la fin de la partition et la réunification de l’Irlande. Le processus de paix a bien incorporé des républicains, mais de la déclaration de Downing Street en 1993 à l’accord de Belfast en 1998, il a toujours été basé sur l’alternative politique au républicanisme telle qu’elle est promue par l’Etat britannique depuis 1972 : un règlement interne (assemblée d’Irlande du Nord qui inclut des nationalistes) avec une dimension externe greffée par dessus (des institutions trans-frontalières). Les exigences des Provisoires n’ont jamais été prises au sérieux pendant les pourparlers entre partis. Et aucune de ces exigences n’apparaît dans la version définitive de l’accord de Belfast.

« Les britanniques ouvraient une voie aux républicains en leur permettant de participer aux pourparlers entre partis, où ils pouvaient défendre la cause de l’Irlande unie mais sans la moindre possibilité de l’appliquer, cette voie c’était un tunnel à creuser pour aller sur la lune. ». En négociant avec le mouvement provisoire, l’Etat britannique montrait à l’IRA un chemin de sortie hors de sa campagne armée, sans se montrer à lui-même un chemin de sortie hors de l’Irlande.

Le SDLP et Fianna Fail n’acceptaient de collaborer avec la direction Provisoire qu’à condition que l’IRA appelle à un cessez-le-feu, de son côté, le gouvernement britannique fit savoir qu’il n’accepterait d’accueillir Sinn Fein dans les négociations que si l’IRA provisoire faisait taire ses armes.

Cessez-le-feu

Ainsi, le 31 août 1994, le cessez-le-feu fut déclaré. Pour la direction aux côtés de Gerry Adams, la préservation de l’unité du mouvement était cruciale. Il fallait éviter à tout prix que les éléments sceptiques vis-à-vis de la stratégie de paix ne puissent faire scission. En interne, le message adressé aux militants était que le mouvement provisoire était dans un rapport ‘gagnant-gagnant’. Ou bien les objectifs du mouvement seraient atteints au moyen d’une ‘stratégie non-armée’, ou bien il reprendrait la guerre. Cependant, le mouvement provisoire se mit dans une situation telle qu’il ne pouvait ni atteindre ses objectifs par la stratégie non-armée, ni revenir à la guerre avec son programme politique traditionnel. Le cessez-le-feu de 1994 dura jusqu’en février 1996, et fut rompu parce que le nombre croissant de préconditions pour participer aux négociations était devenu inacceptable aux yeux du mouvement provisoire.

Il avait trop investi dans ce processus de paix, il était allé trop loin dans ce sens pour pouvoir faire volte-face à cette étape de développement. Par dessus le marché, le caractère désastreux de la campagne armée 1996-1997 montrait la difficulté de reprendre la guerre. Le mouvement n’avait pas préparé un ‘plan B’ et était donc coincé dans le processus. Le pire était que le mouvement avait payé le prix fort pour être inclus dans le processus, dont il retirait peu de bénéfices.

Lorsque l’IRA provisoire refit un cessez-le-feu en juillet 1997 et que Sinn Fein put reprendre les négociations politiques en septembre de cette même année, les paramètres politiques avaient été posés, et tout arrangement politique futur serait principalement interne (à l’Irlande du Nord). La publication de la Feuille de Route [‘Framework Document’] de février 1995 prévoyait d’établir un dispositif de partage du pouvoir à Stormont avec d’organismes trans-frontaliers minimalistes. D’un point de vue républicain, le rejet de ce document (de même que la déclaration de Downing Street) aurait dû être immédiat. Mais la direction provisoire ne le rejeta point. De même, en 1993-1994, ils n’avaient pas immédiatement rejeté la déclaration de Downing Street, comme ils le firent pour Sunningdale en 1973 ou avec l’Accord anglo-irlandais [de 1985]. Au lieu de ça, il demandaient des « clarifications ».

Après le cessez-le-feu de 1997, les Provisoires dégradèrent leur programme politique au point que Gerry Adams écrivit qu’il s’agissait désormais de « renégocier l’Union » plutôt que de l’abolir. En janvier 1998, les gouvernements de Londres et de Dublin publièrent les Esquisses pour un Accord [‘Heads of Agreement Paper’] qui donnait les grandes lignes de l’Accord de Belfast à venir. Pour conclure, on ne peut qu’être d’accord avec Bernadette Devlin-McAliskey qui disait que le processus de paix des années 1990 était « idéologiquement mauvais ainsi que stratégiquement et tactiquement idiot ». Son but central était de « démobiliser, démilitariser et démoraliser le peuple républicain d’Irlande, et il a réussi à faire les trois. »

Source : http://theploughblog.blogspot.com/2007/02/plough-vol-04-no-04.html

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