L’affaire du Boston College

Article tiré de la presse bourgeoise.

C’est une affaire qui mélange terrorisme et réconciliation nationale en Irlande du Nord, justice aux Etats-Unis et secret des sources. C’est aussi une histoire qui pourrait éclabousser Gerry Adams, l’actuel président du Sinn Fein, le parti nationaliste nord-irlandais, le liant à un meurtre datant de 1972.

Tout commence en 2001, quand une équipe dirigée par des universitaires du Boston College, aux Etats-Unis, décide de faire témoigner des anciens de l’IRA, le groupe paramilitaire nord-irlandais désormais démantelé. Pendant cinq ans, vingt-six d’entre eux acceptent de raconter leur histoire, avec une condition absolue : les entretiens ne doivent être dévoilés qu’après leur mort.

Parlant librement, ces hommes et femmes expliquent dans ces enregistrements comment ils ont combattu, tué, posé des bombes, ce qui les motivait… S’ils se sentaient aussi libres de s’exprimer, c’est parce que leur intervieweur était Anthony McIntyre, lui-même un ancien de l’IRA, qui a passé dix-huit ans en prison avant de devenir universitaire. Le résultat est explosif, comme le prouve le seul témoignage qui ait été diffusé jusqu’à présent : celui de Brendan Hughes, héros des grèves de la faim des prisonniers républicains des années1980, décédé en 2008.

Il y lance cette bombe politique: selon lui, Gerry Adams était aux commandes de la branche de l’IRA chargée des «disparus », ces nationalistes que le groupe paramilitaire estimait être des traîtres et qu’il tuait et enterrait secrètement.

Cette accusation détruit la défense de l’actuel dirigeant du Sinn Fein, qui a toujours démenti avoir fait partie de l’IRA, malgré le scepticisme général. Pour les enquêteurs chargés du meurtre de Jean McConville, une mère de dix enfants victime, en 1972, de cette escouade des «disparus» parce qu’elle était soupçonnée – à tort – de donner des informations aux services britanniques, ce témoignage est capital.

A partir de mai 2010, la police d’Irlande du Nord (PSNI) a donc lancé plusieurs procédures judiciaires pour saisir deux autres enregistrements qu’elle soupçonne contenir des informations sur le crime. Après un refus initial, le Boston College a accepté d’en remettre un premier à la justice américaine. Scandalisés, Anthony McIntyre et Ed Moloney, le directeur du projet, ont fait appel,suspendant le transfert des cassettes aux autorités nord-irlandaises. Le jugement est prévu le 24 janvier.

Pour M. Moloney, la demande de la PSNI est inacceptable. Non seulement elle représente une catastrophe pour la recherche historique, bloquant potentiellement d’autres projets similaires, mais elle met aussi en danger Anthony McIntyre et tous ceux qui ont accepté de parler.

«L’omerta règne dans l’IRA et si les enregistrements mènent à des inculpations, la violence de cette organisation pourrait être réveillée», fait valoir le directeur du projet, M. McIntyre,qui vit en République d’Irlande et n’a pris aucune mesure spéciale de sécurité, ne cache pas sa colère : « Je n’aurais jamais accepté de mener le projet si j’avais su que les cassettes pouvaient être saisies par la justice.»

Cependant, même si la PSNI obtient finalement les documents et même si ceux-ci se révèlent accusateurs, il n’est pas dit qu’elle ose poursuivre en justice Gerry Adams. Cela aurait un effet profondément déstabilisant pour le processus de paix, le Sinn Fein partageant actuellement le pouvoir avec le DUP, un parti unioniste. Beaucoup soupçonnent que le coup de force du PSNI vient d’anciens éléments de la police déjà présents lors des «troubles », qui chercheraient à se venger de Gerry Adams. «La première chose que les gens me disent dans cette affaire est : “Ils essaient de se faire Gerry”», témoigne Ed Moloney. – (Intérim.)

Source : Le Monde du vendredi 13 janvier 2012

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