Nationalistes, républicains, « west-brits »

Il y a une lourde erreur commise en France, qui consiste à qualifier les catholiques du Nord occupé de l’Irlande de ‘républicains’. Une erreur parente est de qualifier ainsi les habitants du Sud de l’Irlande (Free State). Cela n’est pas correct, il s’agit en réalité de ‘nationalistes’, et encore ce terme perd de sa pertinence puisqu’il existe une tendance lourde dans le Free State, qui cherche à réviser cette tradition nationaliste et à se raccrocher à la Grande-Bretagne, il s’agit des ‘west-brits’.

1. Les nationalistes

Les nationalistes sont les gens qui se considèrent comme Irlandais au Nord occupé, il s’agit d’une désignation ethno-sociologique. On dit par exemple que Belfast-ouest abrite des quartiers nationalistes, comme Falls, ou qu’on joue de la musique traditionnelle dans les bars nationalistes.
Le nationalisme irlandais est aussi le nom du mouvement historique pour l’affirmation et l’émancipation de la nation irlandaise contre la puissance britannique. Il s’appuie sur une culture locale, comme par exemple le fait de parler irlandais, des danses, des musiques, les sports gaéliques, le club de foot du Celtic de Glasgow. Il s’agit d’un nationalisme d’une nation opprimée, défensif, non-impérialiste. Nous, Libération Irlande, n’attaquons pas ces choses mais nous n’en faisons pas non plus l’éloge, à cause du tribalisme qu’elles permettent. A l’intérieur de ce camp, il y a des conservateurs et des réactionnaires d’un côté, des progressistes et révolutionnaires de l’autre, ceux-là se rencontrent parmi les ‘républicains’. Cependant, comme il s’agit d’idéologies, il y peut y avoir des croisements et des interférences entre les deux à l’intérieur d’un même parti ou d’une même personne. Quant à nous, Libération Irlande, nous soutenons le républicanisme, tout en cherchant à le distinguer du nationalisme qui existe aussi chez les républicains.

2. Les républicains

Les républicains irlandais sont une tendance idéologique et politique qui remonte à la Sociéte des Irlandais Unis de Wolfe Tone (années1790) et se rattache non pas à la forme générale parlementaro-républicaine de gouvernement, mais à l’idéal de Wolfe Tone et plus précisément à un événement, la République proclamée par Pearse en 1916 à Dublin lors du Soulèvement, qui s’institua en tant qu’Etat souterrain pendant la guerre d’indépendance de 1919 à 1921. Leur idéologie a comme centre l’exigence de démocratie avec un halo de socialisme autour, et leur pratique a en général un aspect politico-militaire marqué. A ce titre ils se rapprochent assez des républicains espagnols qui défendirent la Seconde République espagnole contre Franco de 1936 à 1939, république qui exista ensuite en exil. Les républicains irlandais sont idéologiquement loin du parti républicains étatsunien ou des républicains de France comme Chevénement, qui défendent les possédants et la police, la loi et l’ordre.
A l’intérieur du camp républicain, on distingue les républicains traditionalistes ou légitimistes, fraction du mouvement qui considère que la république existe de droit, qu’elle est le vrai gouvernement de l’Irlande et l’IRA sa vraie armée, même si les autorités civiles et militaires de la République furent vaincues de fait lors de la guerre civile de contre-révolution, qui vit triompher la partition et le Free State en 1923. Les autres républicains, non légitimistes, se réclament aussi de cette république et de son document fondateur, la Proclamation de 1916, mais sans forcément reconnaître ses avatars depuis 1919 ni sa réalité présente en tant qu’Etat légitime ‘en exil intérieur’.

3. Les « west-brits »

Ce terme typiquement anglo-irlandais est une insulte exprimant le mépris et la haine pour une tendance lourde dans le Free State, qui consiste à vouloir le retour de celui-ci au sein du Commonwealth en tant que dominion de la couronne britannique. Il s’agit d’un unionisme catholique du Sud, d’une mentalité d’esclave, ou pour le dire de façon matérialiste historique, d’une l’expression de la faiblesse de la bourgeoisie nationale dans le Free State. Ces gens qui sont en haut de la pyramide sociale souhaitent que 1916 n’ait jamais existé. Vous l’avez reconnue, il s’agit de la bourgeoisie compradore, agent autochtone et chien de garde de la domination impérialiste. Le Free State est décrit par les républicains comme une néo-colonie, elle qui a massacré et pendu plus de républicains irlandais qu’aucun autre Etat. Les « west-brits » sont donc violemment contre les républicains, mais aussi contre le nationalisme, qu’ils considèrent comme du passéïsme ringard, eux se voulant modernes et cosmopolites.
Moins sanglant mais très parlant, à Dublin l’été dernier des policiers de l’équivalent de la DCRI ont jeté dans une poubelle le drapeau tricolore orange-blanc-vert, capturé à ceux qui manifestaient contre la visite de la Reine d’Angleterre. On a du mal à imaginer en France des RG jeter un drapeau bleu-blanc-rouge à la poubelle, ou des révolutionnaires parader avec ce drapeau. Un autre exemple est la façon dont la langue irlandaise et son enseignement sont traités dans cette entité, et un dernier exemple est l’initiative récente des étudiants de droite de l’université de Cork dont nous allons parler.

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2 commentaires pour Nationalistes, républicains, « west-brits »

  1. Liam dit :

    Tout cela me semble quelque peu date. L’ideologie dominante dans le nord et dans le sud est celle d’une « Agreed Ireland », une Irlande ou tout le monde est d’accord, car le « processus de paix » a mis tous ces conflits dans le passe. Dans cette « Agreed Ireland », il n’y a plus que differentes traditions (nationalistes ; unionistes etc) qui sont toutes valides et entre lesquelles il doit y avoir « egalite » et « parite ». (« parity of esteem ») Les conflits qui sont de nature POLITIQUE entre le nationalisme ; le republicanisme et l’unionisme sont sublimes en disputes CULTURELLES dans lesquelles il doit y avoir « respect » et « dialogue » ou personne n’a vraiment raison ou tort. Mary McAleese ou Gerry Adams sont les representants les plus importants de ce « nouveau nationalisme » qui n’a plus rien en commun avec le nationalisme irlandais ou republicanisme traditionneL qui sont ‘identitaires’ alors que ce nouveau nationalisme fait l’apologie de la difference. En fait c’est la version irlandaise de l’ideologie multiculturaliste et postmoderne qu’on peut trouver ailleurs.

  2. peadar dit :

    tu dis que « Mary McAleese ou Gerry Adams sont les representants les plus importants de ce « nouveau nationalisme » qui n’a plus rien en commun avec le nationalisme irlandais ou republicanisme traditionneL qui sont ‘identitaires’ alors que ce nouveau nationalisme fait l’apologie de la difference », mais j’ai l’impression que l’apologie de la différence n’est rien d’autre que l’apologie de l’identité, la particularité qui m’identifie (par exemple en tant que catholique) est ce qui me différencie de la particularité l’autre (le protestant). A ce titre, n’est-il pas plus juste de caractériser le républicanisme non pas comme identitaire-particulariste-différentialiste (tous ces termes sont équivalents pour moi) mais comme universaliste-démocrate (une même Eire Nua pour tous au-dessus des particularités)?

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