Honorons la mémoire de Dáithí Ó Conaill

Eloge de Dáithí Ó Conaill prononcé par Des Dalton le 1er janvier 2010 au cimetière Glasnevin de Dublin.

Les forces de l’Histoire tout à leur labeur tendent à propulser sur le devant de la scène des êtres capables non seulement de reconnaître le moment opportun, mais encore de le saisir. Des êtres de cette trempe ne se satisfont pas d’être de simples témoins de l’Histoire en mouvement. Non, ils sont décidés à prendre leur place sur la scène de l’Histoire et à jouer leur rôle jusqu’au bout. Dáithí Ó Conaill était un homme comme cela.

Ó Conaill en 1969-70 était un membre clé de la direction [de l’IRA] qui sut reconnaître cette vérité [énoncée par Shakespeare, in Jules César], que « les affaires humaines ont leurs marées, qui, saisies au moment du flux, conduisent à la fortune ». Avec son ami et camarade de toujours Ruairí Ó Brádaigh, il fit en sorte que le Mouvement Républicain fût prêt à se plonger dans la marée de la révolution, alors en plein flux.

Par leurs actions, il firent en sorte que le Mouvement Républicain historique ne soit pas dévié hors du sentier du républicanisme irlandais révolutionnaire. Car malgré son jeune âge, il savait de sa profonde science de l’histoire irlandaise que toute déviation de ce sentier ne menait qu’à la division et à l’absorption dans l’appareil de la domination britannique en Irlande.

Dáithí Ó Conaill était issu d’une famille très républicaine du comté de Cork. Son oncle Michael O’Sullivan avait été tué à coups de bayonnettes par les forces de la couronne britannique en mars 1921, avec cinq camarades. Les premiers pas de Dáithí dans la Mouvement Républicain eurent lieu en 1955, il joignit Sinn Féin pendant les élections municipales à l’âge de 17 ans. Vers la fin de l’année suivante, il servit en tant que volontaire de l’Armée Républicaine Irlandaise en qualité d’organisateur, sous l’égide du quartier général de l’organisation, dans le comté de Fermanagh.

Le premier janvier 1957, il était le commandant en second de la colonne Pearse lors de l’attaque de la caserne du RUC à Brookeborough, qui vit tomber au combat ses camarades Fearghal Ó hAnluáin, du comté de Monaghan and Seán Sabhat, du comté de Limerick. Quatre autres volontaires y furent blessés, y compris le commandant de la colonne. Mais ce jeune homme de 18 ans prit le commandement et put mener une retraite forcée mais réussie de l’autre côté de la frontière [le poste de police attaqué était tout proche de la frontière entre les 6 comtés et le Free State], permettant à la colonne d’échapper aux 400 hommes de la police RUC et des supplétifs B-specials, aux deux hélicoptères et à l’armée britannique lancés à leurs trousses. Mais comme le fait remarquer l’historien Bowyer Bell : « ils ne se dispersèrent pas avant d’avoir caché les armes en lieux sûrs ». Suite à cela, il fut emprisonné dans la prison de Mountjoy et dans le camp de concentration de Curragh, duquel il s’échappa en septembre 1958 avec son ami et camarade Ruairí Ó Brádaigh.

Il retourna en service actif et occupa pendant une période le poste de Directeur des Opérations. Il fut grièvement blessé lors d’une embuscade tendue par le RUC les B-Specials à Arboe, dans le comté de Tyrone, au bord du lac Neagh en novembre 1959. Il parvint à s’échapper mais fut forcé de demander de l’aide parce qu’il perdait beaucoup de sang et était très affaibli. Il fut capturé et condamné à huit ans de prison, qu’il passa dans la prison de Crumlin Road à Belfast. Suite à sa libération en 1963, il retourna en service actif.

A nouveau en 1969-70, il mit ses talents au service du Mouvement Républicain. Ruairí Ó Brádaigh dit de lui qu’il était « l’esprit le plus capable dans le Mouvement Républicain depuis plus de vingt ans. » L’étendue de ses capacités et de son intelligence fut déployée au service de la République de Toute l’Irlande à la fois militairement et politiquement. Un monument durable de sa contribution à la lutte libératrice fut EIRE NUA. Il joua un rôle central dans la conception de ce document historique et resta un avocat infatigable de EIRE NUA jusqu’ à sa mort en 1991.

Dáithí Ó Conaill ne s’est jamais trompé au sujet de la cause de la guerre en Irlande ni au sujet des moyens requis pour apporter une paix juste et durable pour tout le peuple d’Irlande. Parlant à Belfast en 1973 lors de la commémoration du soulèvement de Pâques [1916], il dit : « Aujourd’hui, la définition centrale de cette guerre est un conflit entre le droit de l’Irlande à la liberté d’une part, et la détermination de l’Angleterre à nous maintenir sous le joug. Toutes les autres questions sont subordonnées à ce point fondamental. Il ne peut y avoir de compromis sur la question fondamentale : qui doit diriger l’Irlande? Le parlement britannique ou le peuple irlandais? Nous avons connu 800 ans de domination britannique inepte; nous n’avons jamais connu de souveraineté des Irlandais par les Irlandais pour les Irlandais. Jusqu’à ce jour, il ne devrait pas y avoir de paix et de stabilité sur notre terre. »

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